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Une ferveur religieuse bien normale

Souvent la Nouvelle-France est associ?e ? une grande ferveur religieuse. L’h?ro?sme de Marguerite Bourgeois, des Saints Martyrs canadiens ainsi que l’acte de d?votion ultime de Jeanne Leber sont souvent cit?s. Cette impression est un probl?me en soi. En regardant de pr?s l’histoire de cette colonie, il est possible de constater des variations dans l’influence de l’?glise catholique romaine aupr?s du pouvoir colonial. En effet, celle-ci aura diff?rents visages : effac?, dominant, subordonn? et complice.

Certes, la pr?sence de l’?glise est continue en Nouvelle-France, cependant, nous constatons une variation dans le pouvoir qu’elle dispose aupr?s de ses paroissiens et face aux institutions fran?aises. Le probl?me historiographique r?side donc dans une interpr?tation erron?e de l’histoire dont on ne retient souvent que deux ?pisodes. D’abord, la p?riode 1630-1650 qui a ?t? marqu?e par une domination de l’?glise catholique qui correspond ? la p?riode missionnaire et mystique de l’exp?rience chr?tienne en Am?rique du Nord. Ensuite, au 19e si?cle, longtemps apr?s la chute de la Nouvelle-France, on se rem?more l’ultramontanisme et le fulgurant succ?s de l’?glise dans un recrutement religieux sans pr?c?dent.

On pense souvent ? tort que la p?riode de domination eccl?siastique qui dure en fait 20 ans est repr?sentative de deux si?cles d’histoire. En plus, on fait un lien inopportun avec cette autre p?riode atypique de l’histoire du Qu?bec. ? la lumi?re de ces faits, il ne semble pas que la Nouvelle-France est connue une v?ritable domination du clerg?. Nuance et logique sont n?cessaires pour appr?cier de mani?re plus appropri?e la pr?sence et l’impact des religieux dans la p?riode coloniale.

La confusion persiste dans les esprits car l’h?ro?sme chr?tien a ?t? repris par nombre d’auteurs. Ces missionnaires d?vou?s et investi d’une mission salvatrice se situent dans une p?riode bien pr?cise. En effet, ils sont le r?sultat du renouveau catholique suivant le Concile de Trente en Europe. Ce ph?nom?ne ?tait une r?action ? la vague protestante. Cette imposition de la discipline du haut vers le bas a aussi touch? la Nouvelle-France. En effet, la colonie a ?t? le territoire privil?gi? des individus les plus aptes ? la t?che de l’?vang?lisation. Ambitieux et tr?s motiv?s, ils se lanc?rent dans une entreprise difficile et parfois funeste. Cet activisme religieux frappe l’imaginaire mais est limit? dans un espace-temps.

Malgr? tout l’image persiste, en effet, 99% de la population ?tait catholique, les autres confessions ?tant interdite en Nouvelle-France par d?cret royal. Cependant, il n’y avait pas de domination mais plut?t une persistance du culte catholique romain. Cela s’explique notamment par le fait que la philosophie des Lumi?res a eu peu d’?cho dans la colonie. Ne disposant pas de presse ni de journaux, celle-ci n’est pas perm?able aux id?ologies philosophiques d’outre-Atlantique. Graduellement, l’?glise catholique en Nouvelle-France va se subordonn?e aux volont?s de la monarchie fran?aise. Le gallicanisme se substitue ? l’influence de Rome. Nous pouvons noter quelques incidents entre pouvoir militaire et cl?rical. Le rapport de force change et l’?glise devient la subordonn?e de l’?tat.

Au niveau local, dans l’administration des paroisses, il n’est pas rare de voir des marguillers se disputer avec le cur? dans le conseil de fabrique. Aussi, les tenues parfois audacieuses des dames provoquent l’ire des cur?s, tandis que les hommes fument la pipe nonchalamment sur le parvis en ?coutant d’une oreille distraite l’hom?lie de ceux-ci. La pratique religieuse est une routine sans exc?s pour la plupart des habitants de la Nouvelle-France. Le manque de pr?tre, l’existence de superstitions et les tentatives rigoristes manqu?es de quelques ?v?ques d?montrent bien qu’il n’y a pas eu un niveau de religiosit? extr?me dans les 200 ans d’histoire. Finalement, m?me le jans?nisme n’est m?me pas venu d?ranger la qui?tude sereine des habitants de cette colonie vivante et dynamique.

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