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Une démocratie en lambeaux

Votez pour moi, ou voter pourquoi ?

 C’est la question que se pose un nombre de plus en plus grand de citoyens en France, et ailleurs…

 

hollande_louis_16Démocratie, ce mot qui fait rêver, et qu’Abraham Lincoln avait défini ainsi : « le gouvernement du peuple, pour le peuple », puisqu’en principe le pouvoir est détenu, et surtout contrôlé par le peuple, et qu’il s’exerce par l’intermédiaire de représentants désignés lors d’élections au suffrage universel, a perdu beaucoup de crédibilité.

En réalité, en creusant même superficiellement, il apparait très vite que cette démocratie est une sorte d’illusion, voire un leurre.

Pour briguer, en tout cas en France, la plus haute place, il faut être quand même un peu fortuné.

Valéry Giscard est à la tête d’une fortune de près de 150 millions d’euros (lien), Chirac le précède avec 215 millions d’euros, (lien) Sarközi n’aurait que 2 millions d’euros… un peu plus que l’actuel président, lequel a déclaré un peu plus de 1 millions d’euros, ce qui les met tout de même à l’abri du besoin pour un certain temps. lien

Qui pourrait imaginer que demain, un président de la République puisse être un simple smicard ?

Et s’il est vrai que, lors de la révolution de 1789, les élections se faisaient sans candidat, il ne faut pas oublier que déjà le critère économique avait conduit à recréer une aristocratie fondée sur la richesse, excluant de fait de l’élection le tiers des citoyens, et que les femmes et les domestiques ne pouvaient voter, étant considérés dépourvus de toute indépendance de jugement. lien

Comme le disait le 31 aout 2015 sur l’antenne de France Culture, Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, l’argent reste un moyen pour se faire élire, ajoutant « nos régimes peuvent être dits démocratiques mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement  ».

Constatant que les partis se sont éloignés de la société, remarquant que chez les députés communistes, il n’en reste plus qu’un qui soit d’origine ouvrière, il en déduit qu’est venu le règne des professionnels de la politique, lesquels y viennent pour y faire carrière, concluant que la politique est devenue un métier, et que la plupart du temps, les élus sont aux service d’eux même, et non au service du peuple, expliquant ainsi le désenchantement des citoyens. lien

Dans son livre qui vient de paraitre, (le bon gouvernement/Seuil), Rosanvallon enfonce le clou affirmant que l’action des gouvernements n’obéit pas à des règles de transparence, d’exercice de la responsabilité, de réactivité ou d’écoute des citoyens clairement établies, et il martèle « gouverner aujourd’hui, c’est séduire pour survivre  ». lien

D’où la spécificité du désarroi et la colère de nos contemporains qui désertent de plus en plus les urnes, faisant des abstentionnistes le premier parti de France.

Mais l’abstention galopante vient aussi du fait que les partis ont déserté le monde ouvrier, et comme l’écrit Florent Gougou, du CEESP (centre d’étude européenne de Sciences Po) c’est le désintérêt des politiques pour les ouvriers qui a entraîné la montée de l’abstention, et non l’inverse…(lien) ce qu’a bien compris le FN, lequel doit en partie son succès à sa nouvelle orientation.

Et puis, s’il est incontestable que le chef de l’état soit bien légitimement élu, c’est lui qui choisit arbitrairement les membres de son gouvernement, sans que le peuple ait eu à donner son avis, et certains n’hésitent plus à évoquer une monarchie ripoublicaine. lien

Bien sur, les élus, voire les éligibles, ont tôt fait de ranger à la place de « mauvais citoyens » ceux qui ne se rendent plus dans les bureaux de vote, négligeant le fait que ces mêmes élus pourraient bien être le moteur de la désillusion citoyenne.

Regrettant qu’ils soient souvent la cible des électeurs, avec l’insupportable slogan « tous pourris », ces élus oublient vite combien la trahison de l’élu avec ses engagements soit l’une des raisons de ce désamour électoral.

Ce n’est pas une nouveauté, de la gauche à la droite, il sera difficile de trouver un élu qui, une fois à la place convoitée, ait tenu parole, reniant la majorité de ses promesses, et tenant même parfois un discours radicalement différent de celui qu’il tenait avant d’être élu, sans le moindre risque d’être sanctionné.

Le président actuel ne prône-t-il pas aujourd’hui un socialisme libéral, bien éloigné de la guerre qu’il prétendait mener contre « le monde de la finance » promesse qu’il avait formulé lors de son discours du Bourget, même si des esprits taquins n’avaient pas manqué de signaler que, dès 1985, François Hollande s’affichait déjà comme un authentique libéral ?lien

Allons plus loin pour observer la démocratie de notre beau pays : alors que chez nos voisins helvètes, il suffit que 50 000 citoyens aient signé une pétition, pour inscrire dans la constitution, après une votation, des mesures voulues par le plus grand nombre, (lien) enFrance, c’est un véritable parcours du combattant…et lorsque par bonheur il aboutit, le gouvernement sans vergogne peut surmonter l’obstacle, comme ça s’est passé lors du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe. lien

En effet, pour faire aboutir un référendum d’initiative populaire, il faut obtenir le soutien du1/5ème de membres du parlement, et la signature de 4,5 millions de français, soit quasi mission impossible. lien

Comment s’étonner dès lors de la désaffection des citoyens qui préfèrent aller à la pêche, que de voter pour le moins pire, sachant que l’élu n’hésitera pas une seconde à renier ses promesses, sans le moindre risque d’une sanction juridique ?

Pour espérer un changement, ne faudrait-il pas envisager rapidement une 6ème Républiquequi mettrait en place une réelle démocratie, ou faudra-t-il continuer à s’enfoncer dans cette illusion démocratique, quitte à plonger le pays dans une détresse mortifère dont les conséquences permettraient aux pires des extrêmes de prendre le pouvoir ?

Il s’agirait donc de donner vie à une constitution qui permettrait une réelle démocratie…

Pour écarter les professionnels de la politique, il suffirait que les avantages de ceux-ci soient réduits drastiquement, afin que seuls ceux, par vocation, portés par la seule volonté de se mettre au service du peuple pour appliquer ses choix, soient les élus…

Il faudrait aussi que soient choisis des citoyens (nes) qui soient compétents au poste qu’ils occuperont, en en finissant avec les pratiques actuelles qui permettent à un ministre de passer indistinctement d’un domaine à un autre.

Cerise sur le gâteau, tout élu qui aura été condamné ne devrait plus prétendre au moindre mandat…

Alors là, peut-être, le sens du mot démocratie ne sera plus bafoué, et les citoyens retrouveraient le goût de retourner aux urnes…

Car comme dit mon vieil ami africain : « la faute du troupeau vient du berger ».

L’image illustrant l’article vient de : « marcrousset.over-blog.com »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

 

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