• Un trop Grand Zazou ?

    22 mai 2007 | 0 commentaire(s) | 129 affichage(s)

    Le Grand Zazou n’est pas un chanteur : c’est un concept. C’est même une sorte d’abstraction chantante, un avatar charmeur qui a pris possession du corps d’un choriste nommé Vincent Potel. Son but avoué : transformer le malheureux vocaliste en un crooner démodé traquant avidement les faveurs du public féminin…

    Après son passage au Lion d’Or, l’automne dernier, l’énergumène a installé ses pénates vendredi soir sur la (trop) petite scène du Cabaret Juste pour rire. Précisons-le d’emblée, ce n’est pas l’homme qui prend de la place, mais plutôt son band de 13 musiciens. Le Treize Expenzive Orcheztra, sous la direction musicale du guitariste Normand Lefebvre, est une formation solide qui rassemble autour de sa section rythmique un quartet d’instruments à vent – mentionnons l’excellent André Leroux au sax ténor –, un quatuor à cordes et deux solides choristes. Quant à Vincent Potel, ce n’est pas tout à fait un nouveau venu, puisqu’on l’a entendu dans les groupes vocaux Zarzuela, La Bande Magnétik et la Petite école du jazz, sans compter sa présence dans les chœurs de Patti Labelle, Ginette Reno, Serge Lama, Helmut Lotti, Petula Clark, Lara Fabian, Sylvain Cossette et bien d’autres. Il y a chez lui un fort côté « caméléon » qui s’exprime librement dans ses citations d’Elvis, de Sinatra ou de Ray Charles.

    « Le Grand Zazou » se veut à la fois une allusion à la mode des zazous français de l’après-guerre, et un hommage à « The Great Wazoo » de Frank Zappa. Selon le concept, donc, c’est un « personnage couleur bédé : étonnant chanteur de charme, dragueur maladroit, jouant avec humour avec l’amour, l’espoir et les désirs, [qui] souhaite séduire toutes les femmes et possède les moyens de ses ambitions ». Le dossier de presse, la décoration de la salle, la très belle affiche illustrée : tout participe à attiser les attentes du public – et celles des critiques ! Sous la redingote tapageuse de cet individu pétri de clichés se cache un personnage qui semble, malgré son chaud timbre de basse et sa maîtrise vocale incontestable, perdu dans un costume trop grand pour lui. Vincent Potel a connu la scène comme choriste, mais il peine à faire le saut de géant qui lui permettrait d’endosser ce personnage exubérant. Pour être accompli, ce Zazou devrait faire preuve d’une théâtralité débordante, d’une véritable volonté de séduire et d’une réelle intensité. Il gagnerait certainement à être mis en scène, plutôt que laissé à une improvisation inconstante et un peu molle. Pour mal faire, les chansons, écrites par Potel lui-même, brassent les lieux communs propres à chaque style : cha-cha-cha, salsa, reggae, tango, jazz, rumba, musique arabe ou créole, etc.

    On voudrait croire à cette parenthèse hors du temps et hors du stress, mais on cherche en vain un fil conducteur, une étincelle, une idée qui surprenne. Et c’est à la fin du spectacle, à l’instant où le chanteur remercie ses collaborateurs, qu’il formule malgré lui une explication : « Merci à mon équipe qui, à la limite, y croyait plus que moi ».

    De fait, au rappel, quand Potel laisse son personnage en coulisse et revient chanter une chanson qui lui est chère, on le sent comme libéré de cet encombrant parasite, de ce trop grand zazou.

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