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Un si lourd fardeau

Un jour, vous en fûtes le dépositaire ! Un secret vous fut confié, lourd de vérités à cacher profondes, pesantes et inquiétantes. Étrange cadeau en effet que cette marque de confiance absolue qui soudainement vous met dans l’embarras. Vous ne savez plus que faire d’une offrande chargée de menaces et d’inquiétude, de tourments et du risque permanent de commettre une bévue.

Ce secret ne vous quitte plus. Présence obsédante d’une confidence qui dépasse le cadre du propos anodin, bouleverse vos représentations et vous place devant un cas de conscience. Vous devez rester à jamais muet comme une tombe sur ce qui vous a été murmuré, sous le sceau d’un serment qui envahit vos pensées, vos propos, vos réflexions intimes.

Le secret ne se partage pas. Il ne cesse de tourner dans votre tête. Le silence auquel vous avez souscrit s’impose avec un vacarme insupportable. Il résonne en vous à chaque instant. Vous mourez d’envie de vous soulager de ce poids en le confiant à un tiers, en vous délestant d’une partie de ce terrible cas de conscience.

Il tourne dans votre esprit comme une image qui revient en boucle. Vous ne pouvez plus vous en soustraire, il fait désormais partie de votre existence alors que vous êtes totalement étranger à ce récit troublant. Pourquoi vous ? Pourquoi ce partage ? Vous ne parvenez plus à mesurer la valeur de cet obsédant secret.

Vous étiez là pour soulager un ami. Il avait besoin de parler, de dire pour accepter, de raconter pour supporter, de décrire sans doute pour comprendre. Vous avez été à son écoute, vous avez pris sur vous pour tenir parole et pourtant les mots vous brûlaient. À votre tour, vous eussiez aimé vous délester quelque peu de ce poids de plus en plus terrible.

Mais la parole donnée ne permet pas la parole qui se confie. Vos lèvres sont scellées à jamais par un serment qui devient tourment. Votre ami vous a joué là un bien vilain tour, pris que vous êtes dans la spirale infernale du mensonge par omission qu’impose ce que vous savez sans avoir à le savoir. Il vous faut composer, tricher, feindre. C’est insupportable, presque intolérable.

Vous continuez malgré tout à faire bonne figure, à tenir votre langue en dépit qu’elle se charge de plus en plus du désir d’avouer, de tomber le masque que vous impose le Secret enfoui au plus profond de vous. Il vous brûle, il aurait besoin d’oreilles attentives pour calmer ce redoutable sentiment d’impuissance qui vous enchaîne à lui.

Oui, vraiment votre ami vous a mis dans une situation inextricable ; la trahison ou le silence. Dans les deux cas, vous êtes le prisonnier de votre promesse. Trahir c’est perdre à jamais votre ami, votre honneur et l’image que vous avez de vous-même. Se taire, c’est vivre avec cette obsédante présence qui vous étouffe, qui vous contraint à porter la croix d’un autre.

Alors vous lui envoyez des messages, des appels du pied, des signaux de détresse. Vous lui signifiez ainsi qu’il conviendrait de libérer la parole, qu’il lui faudrait lever la chape de plomb qu’il vous a imposée. Car ce secret, c’est à lui de le lever, de l’assumer, de le divulguer au petit cercle pour lequel depuis quelque temps, vous être contraint de feindre.

Mais tout ceci est un secret. Vous en avez déjà trop dit. Pire même, vous l’avez écrit. Vous en tiendra-t-il rigueur ? Seul l’avenir vous le dira ? Aura-t-il l’effet salutaire que vous espérez ? La balle est désormais dans son camp. Il lui revient le devoir d’avouer à d’autres pour soulager le dépositaire d’un fardeau devenu intenable tout autant qu’inextricable.

Secrètement sien.

 

C’est Nabum

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