Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / Un sacré tour de cochon
La petite histoire du cochon

Un sacré tour de cochon

Cet étrange animal, le cochon, provoque tant d’antagonismes qu’il est temps de se pencher sur son cas.

Détesté par les uns, considéré comme impur, voire tabou, chez les musulmans et les juifs, et adorés par d’autres qui déclarent sans ambages : « tout est bon dans le cochon »… le cochon est pris aujourd’hui dans une tourmente sociale… et financière.

 

S’il faut en croire Michel Pastoureau qui s’exprimait sur l’antenne de France culture le 9 aout dernier, dans l’émission, « les animaux ont aussi leur histoire  », le cochon n’a pas toujours subi ce désamour. lien

Aujourd’hui, on le méprise, le déclarant sale, goinfre, impur, mais auparavant, il était considéré comme porte bonheur, puisqu’on s’envoyait des cartes postales le représentant tout rose, tout propret, accompagné d’un trèfle à 4 feuilles. lien

La petite histoire du cochon

L’argument hygiéniste, avançant que, sous des climats chauds, cette viande s’abimerait facilement, n’est plus retenu par les scientifiques, d’autant qu’il s’appliquerait à tous les autres animaux dont les humains se nourrissent parfois, le bœuf, le mouton…etc. lien

De plus, les chercheurs affirment qu’il est l’animal le plus intelligent de tous les animaux de ferme.

Ceux de l’Université de Cambridge ont démontré qu’il a conscience de sa propre existence, il est, tout comme les grands singes, capable de reconnaitre son reflet.

Cet animal, domestiqué tardivement, il y a  10 000 ans, puisqu’il n’a pu cohabiter avec l’homme que lorsque celui-ci s’est sédentarisé, présente des similitudes troublantes avec l’être humain, d’autant qu’il partage avec nous 95% de notre ADN, raison pour laquelle, on l’utilise couramment en médecine pour des greffes diverses. vidéo

Il y a, d’après les scientifiques, un cousinage indiscutable entre l’homme et le porc, et ce serait l’une des raisons du rejet qu’en font certains.

De plus, il est le seul animal, avec l’être humain, à avoir une peau sensible aux coups de soleil. Ajoutons que ceux connaissent le goût de la chair humaine affirment qu’elle est identique à celle du cochon. lien

Au-delà de cette viande dont on fait des terrines, et dont les côtes animent nos barbecues, au-delà de ses filets si délicats, son sang permet la fabrication du boudin, et du jambon aux épaules, il est champion toutes catégories en matière de charcuterie.

N’oublions pas sa peau qui devient cuir, ses os dont on tire de la colle, ses poils, les fameuses soies, qui font les pinceaux des artistes…lien

Ce qui a fit dire à Charles Monselet dans un sonnet devenu culte : « car tout est bon en toi, chair, graisse, muscles, tripes, on t’aime galantine, on t’adore boudin, ton pied, dont une sainte à consacré le type, empruntant son arome au sol périgourdin, eut réconcilié Socrate avec Xanthippe… » lien

Et pourtant, pour certains, il est si tabou qu’il ne faut même pas, à l’instar de Dieu, prononcer son nom…et pour définitivement le conspuer, il a été, au fil des siècles, déclaré vicieux, remplaçant au pied levé le chien qui détenait cette place peu enviée.

On lui reproche d’être sale, et pourtant, un cochon en liberté est fier de sa jolie robe rose…

On lui reproche de fouiller continuellement le sol avec son groin, ne dressant jamais la tête à la recherche d’un éventuel Dieu, et pourtant, les amateurs de truffes sont bien contents de son aide, même si aujourd’hui, c’est le chien qui le remplace. lien

Il est donc aujourd’hui rejeté par les musulmans et les juifs, et pourtant, c’était l’animal totem chez les hébreux, tout comme chez les sympathisants du Front National, mais manifestement, c’est plus pour provoquer juifs et musulmans que pour d’autres raisons. lien

D’ailleurs ceux dont le cochon est le totem sont considérés très intelligents, affectueux, indépendants, et il est dit que leur richesse sera protégée. lien

Ajoutons pour faire bonne mesure que les grecs et les romains le glorifiaient.

On sait moins que le cochon, ou le sanglier, peuvent atteindre des poids considérables : l’un d’eux, abattu en foret, affichait le poids d’une ½ tonne ! lien

Le champion, un porc Taïwanais qui a dépassé les 900 kilos (lien) après un gavage de 2 ans plus que discutable, qui ne lui permet plus de se déplacer, ce qui attire les foudres logiques des organismes qui défendent le droit des animaux, a été présenté lors du « God Pig Festival ». lien

Cet animal revient donc aujourd’hui au premier plan de l’actualité, puisqu’une crise ouverte, pour ne pas dire une guerre, est déclarée entre les producteurs français, et l’Europe, dont la règlementation permet, en Allemagne, en Espagne et ailleurs, de produire en quantité industrielle cet animal, lesquels producteurs ne se gênent pas d’employer de la main d’œuvre européenne bon marché, ce qui leur permet de proposer des prix qui mettent à mal la production française…

Sur l’antenne d’Europe 1, le chroniqueur Samuel Etienne pense tenir la solution en encourageant les consommateurs français à n’acheter que la qualité, (lien) privilégiant les petits producteurs, lesquels font parfois de l’élevage en liberté, bien loin des énormes « usine à viande » pratiquée dans quelques pays européens.

Il existe en effet, chez nos voisins outre-rhin des usines produisant parfois jusqu’à 10 000 porcs, ce qui les place en 3ème position mondiale, juste après la Chine et les Etats-Unis, avec 60 millions de porcs découpés chaque année.

Inutile d’expliquer que dans ces usines à viande, il est fait peu de cas de la santé de l’animal, et encore moins du respect qui lui est du.

Les 20 millions de mâles qui y naissent sont castrés sans anesthésie, et sont nourris dans des enclos pendant 8 semaines, ce qui leur permet de grossir de 400 grammes par jour, (jusqu’à parfois 850 gr quotidiens)…ces surcharges excessives provoquent de nombreuses fractures, et il est fait appel quotidiennement aux antibiotiques, lesquels vont se retrouver dans la viande vendue dans nos grandes surfaces.

Pire, dans quelques abattoirs, les animaux sont tronçonnés vivants (lien), et le plus souvent abattus sans étourdissement. lien

On trouve dans ces centre de production de la main d’œuvre roumaine, hongroise, polonaise, dont les salaires horaires peuvent descendre jusqu’à 3€…ce qui permet bien évidemment de vendre cette viande à des prix extrêmement bas, ce qui a généré la crise actuelle. lien

En effet, si le gouvernement français a bien pris des mesures imposant un prix minimum à 1,40 euros, les plus gros acheteurs français, Bigard et Cooperl, ne l’entendent pas de cette oreille et refuse de s’assoir à la table de négociation, laquelle fixe ce prix, et font valoir que ce prix est « intenable pour les abattoirs, comparé au prix en Allemagne et en Espagne ». lien

Ceci dit, la Cooperl condamnée pour fraude ne fait pas appel. lien

Il serait tellement plus simple que l’Europe décide d’un smic européen, ce qui supprimerait bien des problèmes, mais au-delà de ces incohérences européennes qui, sous l’argument de la liberté du marché, permettent la production de la viande porcine à des prix si bas qu’ils font chuter les cours français de manière drastique, il y a aussi d’autres solutions.

En effet, ceux qui pratiquent un élevage respectueux, souvent bio, avec des porcs souvent en liberté, ne recevant aucun traitement dégradant, sans utiliser des antibiotiques, vendent sans problèmes toute leur production à plus du double du prix minimum fixé par le gouvernement français.

C’est ce qu’a constaté une équipe de France 2 venu interviewer un éleveur d’Ille et Vilaine, Philippe Duté, lequel s’est converti au bio, et vend sans difficulté la viande produite à 3,50 € le kilo. lien

Le vent serait-il en train de tourner, car si demain, tous les producteurs proposent des produits respectueux de l’animal, appliquant une saine déontologie, l’offre sera-t-elle suffisante à la demande ?

Le porte monnaie dicte sa loi, les producteurs et les consommateurs ne voient d’abord que leur intérêts…

En tout cas, la question mérite d’être posée, mais dans le fond, manger sain et donc vivre en bonne santé ne peut pas être contreproductif, et nos services sociaux, sécurité sociale en tête, ne pourraient que s’en réjouir.

Toujours est-il que les tenants de la production alimentaire industrielle voient parfois leurs bénéfices chuter considérablement et pourraient bientôt se demander s’il ne faudrait pas changer le fusil d’épaule.

Certaines boissons pétillantes à base de cola ont chuté de 14% en un seul trimestre…lien) et le bénéfice net du groupe Coca Cola à dégringolé de 55% au 4ème trimestre 2014. lien

L’un des champions du fast food, Mc Do, pour ne pas le nommer, à enregistré une chute vertigineuse de 30% aux USAlien

Monsanto n’est pas en bonne santé et connait aussi quelques problèmes. lien

Plus d’un français sur deux serait en train de changer ses habitudes de consommation et l’économie du partage devient un nouveau mode de consommation. lien

Cela finira-t-il en « eau de boudin », cochon qui s’en dédit, car comme dit mon vieil ami africain : « il vaut mieux tondre le mouton que le cochon ».

L’image illustrant l’article vient de petitcanarddechaine

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

Commentaires

commentaires

A propos de Olivier Cabanel

avatar

Check Also

Ça sert à quoi un énarque ?

L’ENA, cette vieille institution dont certains n’hésitent pas à rappeler l’anagramme, produit d’étranges résultats, qui ...