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Un matin, dans une classe de sixi?me ann

La r?alit? du terrain

***

H?l?ne Boily – Enseignante de sixi?me ann?e? 7 d?cembre 2010? ?ducation

Quand j’ai entendu ?on a tous les droits, nous autres?, je me suis lev?e. Il y a une suppl?ante dans la classe d’? c?t?. L’enseignante est en plan d’intervention avec la directrice. La derni?re fois, ?a a mal tourn?. D?s 8h15, les ?l?ves chahutaient. Ce matin, ?a augure mieux. Vers 8h30, pas encore de cris. Cette fois, je crois que la rempla?ante va r?ussir ? tenir le coup. Apr?s tout, c’est presque un clone du prof: m?me petite taille, m?me voix assez grave, de l’aplomb.

Puis la situation se d?t?riore. Mes ?l?ves sont interloqu?s par les ?clats de voix venant du groupe voisin. C’est au tour de l’enseignante de hausser le ton. Puis ? nouveau le calme. Et le brouhaha recommence. ? 9h10, je conduis mes ?l?ves ? l’?ducation physique et, de retour vers ma classe, je constate que la rempla?ante a ouvert sa porte.

J’essaie de travailler, mais je n’arrive pas ? me concentrer ? cause de ce qui se passe ? c?t?. Ce n’est pas un bruit normal, celui des ?l?ves qui travaillent en ?quipe ou qui ont une p?riode libre. Ils engueulent la prof. La jeune femme r?pond toujours calmement en puisant dans son arsenal de patience et de petits ?syst?mes? de gestion scolaire. Noms au tableau, rappel de la carotte au bout du b?ton, ? savoir la p?riode d’informatique amput?e de tant de minutes vu le nombre d’avertissements, etc.

Je ressens un malaise, et c’est la col?re qui monte. Ce n’est pas vrai que ces ?l?ves, qui ont envoy? leur prof d’anglais en maladie et qui en sont fiers, qui refusent de dire leur nom et nous rient en pleine face quand on s’adresse ? eux, qui font vivre le calvaire aux suppl?ants, ce n’est pas vrai qu’ils vont encore gagner.

Elle n’est pas seule

?On a tous les droits, nous autres.? Le verdict tombe froidement, de la part d’un gar?on. Dans l’instant, je suis dans la porte de ma voisine, lui offrant de prendre un ou deux ?l?ves. Elle m’en envoie un qui sort en larmes, hurlant qu’on ne le comprend pas. Puis il fera demi-tour et r?int?grera sa place sans autre forme de proc?s. Avec la permission de l’enseignante, j’interviens aupr?s de la classe.

Je sais que cela faisant, je mine son autorit?, mais on n’en est plus l?. Je veux que les enfants sachent que l’enseignante n’est pas seule. Je ne saurai pas me faire entendre. De plus, les enfants s’attendent ? ce que je participe au forum de discussion qui a lieu, le cours de science ayant foutu le camp. Je n’?coute pas leurs dol?ances. Je quitte la classe en formulant une menace au plus dissip?, laquelle ?tant fond?e, a pour effet de lui refroidir le sang.

Cloche de la r?cr?ation. J’avale une gorg?e de caf? et descends au bureau de la directrice. Toujours en plan d’intervention. J’?cris une note ? son intention et en la remettant ? la secr?taire, je tombe sur les quatre meneurs de claques. Ils viennent d?poser une plainte contre la suppl?ante qui les a ?fait chier?. Je les invite ? attendre la directrice, que nous pourrons rencontrer ensemble, quel heureux hasard; les enfants acquiescent. Je pense incidemment que ces derniers devraient ?tre priv?s de leur cours d’?duc (qui suit la r?cr?ation) pour ?tre tanc?s comme ils le m?ritent. Mais ces petits fut?s, loin d’avoir perdu de vue leurs int?r?ts, all?guent le cours d’?duc pour tourner les talons. Il faut ?tre franc, c’est d’une logique implacable: chaque ?l?ve a le droit de recevoir ses cours en bonne et due forme. O? avais-je la t?te, je d?parle ma foi.

La fabrique de monstres

Tr?ve de sarcasmes. Je suis ? la fois boulevers?e et soucieuse. Que faisons-nous, les adultes? Quelle p?dagogie, quelle philosophie nous ?claire? Qui pointer? Les enseignants, l’?cole, les parents, le syst?me, l’Occident? Je vous le demande. Parce que ce ne sont pas les enfants qui sont responsables de ce chaos, ?videmment. Certains d’entre eux ont-ils ? ce point perdu confiance en l’adulte pour vouloir bousiller le premier qui se pointe devant eux?

Parce que nous sommes en train de fabriquer des monstres. Des enfants de 11 ans qui p?tent les plombs quand on leur dit non, ce n’est pas normal. Sont-ils ? ce point imbus ou au contraire ont-ils peur? Est-ce qu’on les ?coute trop? Est-ce qu’on les livre au vide en les c?linant toujours? Sommes-nous rest?s enfants nous aussi, peu aptes aux responsabilit?s, donnant ainsi raison au bougre qui est sorti en braillant qu’on ne le comprenait pas?

Errer en cherchant ? comprendre, je le con?ois, mais fermer les yeux, me boucher les oreilles et me taire, je n’en ai pas le droit.

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2 Commentaire

  1. avatar

    Il y a quatre lois d’apprentissage; lorsqu’on ne se sert que d’une seule, cela ne fonctionne pas.

    C’est quand même assez simple; mais lorsque le plis est dans le tisssu, il est très difficile de le faire disparaître.

    Amicalement

    Élie L’Artiste.

    • avatar

      Bonjour L’artiste,
      C’est la raison pour laquelle cette idée lancinante d’injecter et d’injecter encore plus d’argent n’est pas la meilleure…
      Et à chaque fois que ça fonctionne « mal », on a recours, comme en santé, à « plus d’administrateurs ».