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Un héros français en Nouvelle-France

Dans mon roman historique « Les Lefebvre de Batiscan » tome 2, j’ai présenté la bataille de la Monongahela comme étant une embuscade canadienne et indienne contre l’armée de Braddock. Toutes les raisons qui appuient cette opinion se retrouvent dans les textes/rapports de ceux qui ont participé à ce combat. L’un d’eux est Jean-Daniel Dumas.

Voici donc un exemple de la façon que je décortique les rapports historiques de la Nouvelle-France.

Dumas Jean Daniel

Un héros français en Nouvelle-France

Le 28 juin (1759), le marquis de Montcalm lui ordonna d’organiser en compagnies tous les miliciens en état de porter les armes sous le commandement des offi­ciers. M. de Vaudreuil, en vue de détruire les batteries anglaises à la Pointe-Lévy, mit sous ses ordres 150 réguliers, des miliciens, un groupe de 30 élèves du Séminaire. La nuit du 12 au 13 juillet, M. Dumas traversa avec eux le fleuve au Cap-Rouge, afin de surprendre l’ennemi, le matin. Ayant formé deux colonnes, la première prit les devants, s’égara dans un bois, revint sur ses pas par erreur et, dans la demi-obscurité, rencontra la seconde : celle-ci se croyant en face de l’ennemi fit feu sur elle (feu commandé par qui?), qui riposta sur-le-champ. La méprise (de qui?) produisit une panique, qui ramena les troupes aux chaloupes, en dépit de l’énergie du chef (Ah bon!). Puis, Dumas fut mis à la tête d’un camp volant, destiné à entraver tout atterrissement ennemi au-dessus de la ville. La nuit du 18, des vaisseaux ayant franchi la passe, M. Dumas avec 600 hommes, fantassins et cavaliers, fut envoyé à Sillery pour les observer. « Malgré son activité, il ne put empêcher à temps le débarquement à la Pointe-aux-Trembles, (donc fiasco) où l’Anglais enleva 200 femmes, filles ou enfants qu’il renvoya le lendemain, 22 du mois.» Le 3 août, le major conduisit ses combattants à Montmorency, revint à Québec. Le 13 septembre, il commandait aux Plaines la retraite de l’aile droite (Commandait une « retraite » qui en réalité était un « sauve qui peut » général où Montcalm reçu une balle au rein, monté sur son cheval qui galopait vers les portes de la ville).

Voyons maintenant le genre de « rapport » qu’un tel « héros » peut faire d’une bataille à laquelle il a participé, celle de la Monongahela.

Le 24 juillet 1756 il est au fort Duquesne d’où il écrit une lettre :

« Je ne suis plus jaloux, Monseigneur, d’avoir vû pendant trois ans donner à mes camarades moins anciens capitaines que moy une préférance que ma Commission au Régiment Dagénois me métoit en lieu de prétendre en vertu de l’ordonnance du Roy qui a réglé le rang que je devois prendre dans les trouppes de la Colonie dont je n’ay pu jouir jusques ici. »

« Car personne ne peut douter que celle cy (la colonie) n’eut été totallement ébranlée si j’eusse été batû le 9 de juillet ».

« La fortune qui me tendit la main dans le combat me la retira après la victoire ; si elle eut daigné me présenter à vous, Monseigneur, je serois sorti du grade de Capitaine dans lequel l’envie et la basse jalousie m’ont fait servir désaggréablement depuis que je suis en Canada ».

« Messieurs De Contrecœur et de Beaujeu étoient moins anciens capitaines que moy ; mais monsr Duquesne n’ayant jamais voulu me faire servir à mon rang, je demanday à marcher sous mes cadets plutôt que de rester dans un inaction honteuse pour un officier dans un tems de trouble ».

« Je fus donc employé en second dans ce poste sous monsr De Contrecœur (Canadien); et monsr De Beaujeu (Canadien) ayant été nommé pour le relever, je me trouvay en troisième à son arrivée ».

« Quand nous apprimes que l’ennemi marchoit sur nous avec des forces très suppérieures aux nôtres et un train d’artillerie formidable pour unne place comme celle cy, ce fut ma seule représentation qui engagea monsr De Contrecœur à nous envoyer le combattre en chemin ; il n’y eut que monsr De Courtemanche qui s’étant trouvé présent avec beaucoup d’autres appuya ma remontrance, monsr De Beaujeu prit la dessus sa détermination par unne espèce de délicatesse personnelle et pour éviter le reproche si faute de cette démarche le fort venoit à être pris comme inévitablement il devoit l’être ».

« Monsr De Beaujeu marcha donc et sous ses ordres monsr Desligneris et moy, il attaqua avec beaucoup d’audace, mais sans nulle disposition. Nôtre première décharge fut faite hors de portée ; lennemi fit la sienne de plus près ; et, dans ce premier instant du combat, cent miliciens qui faisoient la moitié de nos français lâchèrent honteusement le pied en criant sauve qui peut ; deux cadets qui depuis ont été faits officiers, et dont l’un enseigne en second de l’année dernière vient d’être fait enseigne en pied autorisèrent cette fuite par leur exemple ».

« Ce mouvement en arrière ayant encouragé l’ennemi il fit retentir ses cris de vive le Roy, et avança sur nous à grand pas. Son artillerie s’étant préparée pendant ce temps là commença à faire feu, ce qui épouvanta tellement les sauvages que tout prit la fuite ; l’ennemi faisoit sa troisième décharge de mousqueterie quand monsr De Beaujeu fut tué ».

En réalité, les quelque 250 Français et Canadiens comptèrent 8 morts et 4 blessés ; leurs 637 alliés indiens, 15 morts et 12 blessés.

« Ce fut alors, Monseigneur, qu’exitant de la voix et du geste le peu de soldats qui restoit, je m’avançay avec la contenance que donne le désespoir, mon peloton fit un feu si vif que l’ennemi en parut étonné ;

l’ennemie étonné avec le tir des fusils de l’époque? C’est impossible. L’étonnement serait explicable par une embuscade exclusivement

il grossit insensiblement et les Sauvages voyant que mon attaque faisoit cesser les cris de l’ennemi

l’ennemi cessa de crier? C’est assez étonnant parce que, que ce soit à l’attaque ou à la retraite les cris sont constants

revinrent à moy. Dans ce moment j’envoyay monsr le chevalier Le Borgne et monsr de Rocheblave dire aux officiers qui étoient à la tête des Sauvages, de prendre l’ennemi en flanc

étant en embuscade ils le faisaient déjà

; le canon qui batoit en tête donna favœur à mes ordres ; l’ennemi pris de touts côtés

sur un chemin étroit de la forêt donc trois cotés en embuscade

combatît avec la fermeté la plus opiniâtre. Les rangs entiers tomboient à la fois ; presque touts les officiers périrent ; et le désordre s’étant mis par là dans cette colonne tout prit la fuite ».

« J’envoyay Messieurs De Normanville et Saint-Simon ramasser les soldats ; tout revint. Messrs de Carquevilie Lapérade, Le Borgne, Mommidy et Hertel furent enlevés, les deux premiers expirent en arrivant au fort : il ne me resta plus de monde pour faire enlever le corps de monsieur De Beaujeu

« Plus de monde »? 8 morts et 4 blessés? Quelle farce!

, je le fis cacher dans un ravin un peu écarté du chemin ».

« Nous étions dans cet état lorsque monsr Deslignerie vint à moy et me représenta qu’il n’y avoit pas moyen de garder la place ; qu’il ne nous restoit plus personne

Encore du mensonge; il restait 238 combattants à part les indiens

 ; et que l’ennemi étoit en état de revenir avec huit cents hommes fraix qu’il avoit fort près de nous

tous en débandade; voyez le rapport de Washington.

Nous nous consultâmes et nous prîmes le parti de nous retirer en vûe de rallier notre petite armée qui avoit peu souffert et qui n’étoit que dispersée

Il n’y avait plus personne d’une petite armée qui avait peut souffert?

Dispersée où sur ce petit chemin de forêt; en position d’embuscade?

pour nous mettre en scituation de remarcher le lendemain si l’ennemi se trouvoit en état de faire de nouveaux mouvements avec sa réserve, par l’événement la chose n’eut pas été facille, touts les Sauvages étant partis sur le champ sans prendre congé pour retourner dans leurs villages »

et sans prendre le temps de prendre des scalps? On peut en douter.

« Le lendemain matin les Sauvages qui avoit passé la nuit à boire sur le champ de bataille

Ils avaient trouvé de l’eau de vie

revinrent avec quelques officiers qui y étoient restés avec eux

les officiers canadiens conduisant l’embuscade

, il est inutille de dire par quel motif, ils rapportèrent que l’ennemi marchoit à nous et qu’ils avoient entendû les caisses »

heureusement car tu ne saurais quoi dire.

« Je partis par terre avec monsr De Léry

cet officier canadien est tellement méticuleux dans ses rapport qu’il est malheureux qu’il n’en ait pas un de cette bataille

et cent hommes pour aller chercher l’artillerie sur le champ de bataille

tiens!Tiens! Plus de danger d’une attaque ennemie?

, monsr de Céloron conduisit par la rivière des pirogues pour la transporter. Cela s’exécuta non sans allerte, chaque Sauvage qui venoit à nous nous annonceant l’ennemi : mais nous la conduisîmes au bord de la rivière, ou ayant été embarqués elle fut bientôt rendue au fort. Deux découvertes que je fis faire pendant cette opération nous tranquillisèrent sur le prétendu mouvement des ennemis ».

« Ainsi s’est passé, Monseigneur, la journée du 9 de juillet dans laquelle je me flate de m’être montré soldat et officier : il s’est trouvé des gens qui ont voulû blâmer ma retraite. Mais ils ne sçavoient, sans doute, pas que l’on ne garde pas un champ de bataille quand on n’est plus en état de le disputer, à plus forte raison quand il ne reste plus de quoy l’oser en avant unne garde de dix hommes »

250 – 4 = 10; pas fort en calcul le Dumas.

« S’il se trouvait quelqu’un, Monseigneur, entre ceux qui étoient à cette action qui osât nier un seul point de ce que j’avance, et qui le put prouver, je mérite d’être cassé pour avoir eu l’audace d’en imposer à Votre Grandeur »

n’en rajoutes pas trop; tu te dénonces toi-même déjà suffisamment.

Ceci n’est qu’une partie de la lettre. Le reste est une auto-valorisation qui semble bien s’accaparer de réussites militaires que j’ai attribuées aux combattants canadiens. Mais je ne reviendrai pas là-dessus. Je voulais simplement indiquer comment je « critique » les textes historiques sans « croire » à tout ce qui fut raconté par d’autres que les intervenants.

André Lefebvre

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3 Commentaire

  1. avatar

    Non seulement le récit qu’il en fait ne vous paraît pas crédible, mais il semble qu’il craignait qu’il ne soit pas cru, ce qui en dit long!

    « S’il se trouvait quelqu’un, Monseigneur, entre ceux qui étoient à cette action qui osât nier un seul point de ce que j’avance, et qui le put prouver, je mérite d’être cassé pour avoir eu l’audace d’en imposer à Votre Grandeur »

    Merci pour ce texte. Dommage que sa Grandeur ne puisse le lire:)

    • avatar

      La plupart des « rapports » d’acteurs français (autorités) sont « pondus » de cette façon.

      Notons que sa « Grandeur » a du raccourcir de beaucoup depuis l’époque.

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