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Un coureur de bois « chum » de d’Iberville

Dans mon dernier article, nous avons rencontré un certain coureur de bois nommé Pierre Le Sueur. Ce nom a piqué ma curiosité.

Pierre Le Sueur

Pierre-Charles Le Sueur (1657-1704) est un explorateur, trappeur et négociant français de la Nouvelle-France.

Né vers 1657 en Artois, France, il décède le 17 juillet 1704 à La Havane, Cuba. Souvenons-nous que Pierre Le Moyne d’Iberville y décédera également, exactement, deux ans plus tard.

À son arrivée au Canada, tout jeune, les Jésuites envoient Pierre Le Sueur au Sault-Ste-Marie. Très vite attiré par les grands espaces et le commerce des fourrures, Pierre-Charles Le Sueur part à l’aventure comme « coureur de bois » et trappeur dans la région du « Pays-d’en-Haut » autour des Grands Lacs.

Déjà en 1678, âgé de 19 ans, il est capable de fournir des informations qui permettent à Franquelin d’établir une carte du haut Mississippi.

C’est en 1680 qu’il est officiellement « dénoncé » comme étant un « coureur de bois »; il est maintenant âgé de 22 ans. Il fait la traite avec les Sioux du Mississippi que Radisson et Des Groseilliers avaient rencontrés 40 ans plus tôt.

En 1682 il s’associe avec d’autres « coureurs de bois » pour une expédition de traite à Michilimackinac.

Vers 1683, il explore la partie supérieure du fleuve Mississippi et arpente le Missouri. Il traite avec les Amérindiens Dakotas, Sioux, et Ojibwés de la tribu des Chippewa.

Des Indiens lui donnent quelques échantillons d’une argile bleuâtre. Il retourne en France pour faire analyser cette argile. Le chimiste Alexandre L’Huillier constate qu’il s’agit de minerai de cuivre. Le Sueur propose à Louis XIV d’établir un poste permanent chez les Sioux soulignant les mines de plomb et de cuivre de la région. Il n’oublie pas de demander qu’on lui octroie les droits exclusifs de traite pendant dix ans, avec la permission de livrer des armes aux Sioux ; il demande 20 hommes pour garder le fort et autant pour travailler dans les mines.

Les propositions de Le Sueur sont rejetées parce que les autorités de la Nouvelle-France déclaraient que les Illinois s’opposaient à la livraison d’armes à leurs ennemis les Sioux et que la demande de Le Sueur pour les droits miniers n’était qu’un prétexte pour se livrer à la traite. Le Sueur revient en Nouvelle-France, avec le chimiste L’Huillier, projetant de faire commerce de ce minerai. On le met en prison pour avoir traité la fourrure sans permis.

En 1689 il reçoit enfin l’autorisation royale d’ouvrir une mine. Il continue en parallèle le commerce de la fourrure. Il succède à Daniel Greysolon, sieur du Lhut dans ce commerce. Il est au Fort St-Antoine, sur la rive orientale d’un élargissement du Mississippi appelé le lac Pépin, au moment où Nicolas Perrot place la région sous l’autorité royale.

Le lac Pépin doit son nom aux « coureurs de bois » canadiens-français qui parcouraient cette contrée au XVIIe siècle. Le roi Louis XIII aurait accordé une grande parcelle de terre dans la vallée du fleuve Mississippi à Étienne et Guillaume Pépin de la Fond dit Tranchemontagne. Donc avant 1643, date de la mort de Louis XIII? Ce qui est assez étonnant, mais quand même très possible puisqu’en 1634 on trouve un « coureur de bois » appelé Guillaume Pepin dit Tranchemontagne lors de la fondation de Trois-Rivières. Ce Guillaume serait né en 1610 en Saintonge et décédé en 1697, chez son fils Pierre Pepin, à Trois-Rivières. De sorte que puisque Médard Chouart Des Groseilliers arrive au Canada en 1634, âgé de 16 ans, et qu’il reste avec les Jésuites autour du lac Huron pendant 10 ans, il faut croire que d’autres  « coureurs de bois » parcouraient le Mississippi avant Radisson et Des Groseilliers sans le mentionner aux autorités françaises. L’explication « officielle » est que Pierre Pepin dit Laforce et son frère Étienne, les deux fils de Guillaume Pepin, font partie de l’expédition de Du Luth en 1678 à la découverte du Haut-Mississippi. Mais pourquoi Du Luth donne le nom de Pépin à ce qu’il explore? Est une question qui nous ramène à la première interprétation. Les « coureurs de bois » s’y rendaient depuis longtemps avant Du Luth.

D’ailleurs l’Espagnol Hernando De Soto avait exploré le Tennessee en 1540, c’est-à-dire 100 ans auparavant, avec 700 soldats et découvert le Mississippi en 1541. De Soto meurt des fièvres en 1542, en Arkansas, lors de son retour. Seulement 300 de ses hommes survivent à l’expédition. Les chevaux qu’il perd lors de sa campagne, sont la source des chevaux sauvages appelés « mustangs » d’Amérique du Nord. Suite à l’exploration de De Soto, le roi d’Espagne revendique cette partie de l’Amérique du Nord, ce qui fait réagir le roi de France.

Les fils de Guillaume Pepin, Pierre et Jean Pépin, explorent à leur tour la région de la Haute-Louisiane et du Pays des Illinois et leur nom reste attaché au village, à la commune, au comté ainsi qu’au lac voisin. Ceux-ci continuèrent toujours à demeurer à Trois-Rivières entre leurs expéditions.

En 1690 Pierre Le Sueur épouse Marguerite, fille de Michel Messier dit St-Michel arrivé avec Maisonneuve en 1653 et prisonnier des Iroquois pendant un an entre 1654 et 1655 (il sera fait prisonnier encore une fois, plus tard). Son beau-père avait épousé Anne Le Moyne; ce qui installe notre Pierre Le Sueur dans la famille Le Moyne.

En 1693, Frontenac envoie Le Sueur ouvrir les voies de passage entre le lac Supérieur et le Mississipi, construire un poste de traite, assurer la paix entre les Saulteux et les Sioux et protéger ces derniers contre les attaques de leurs ennemis, les Renards et les Mascoutins. Le Sueur choisit l’emplacement d’un cap donnant sur les Grands Lacs (Lac Supériur) qu’il nommera « La Pointe » (baie de Chagouamigon). Sa maîtrise des dialectes sioux et saulteux, et sa connaissance du haut Mississipi lui permettent de jouer un rôle diplomatique auprès des Indiens.

En 1695, Pierre-Charles reçoit l’ordre de construire un autre fort le long du lac Pépin, qu’il appelle Fort Le Sueur, près des postes de traite, fort Saint-Antoine et fort Perrot, déjà fortifiés. Il rentre de l’Ouest au cours de l’été de 1695, ramenant avec lui un grand chef sioux appelé Tioskatin, qui vient conclure une alliance avec Frontenac. Un chef saulteux les accompagne pour ratifier la paix entre les deux nations indiennes. Le chef Sioux décède à Montréal.

Le Sueur se rend en France en 1697, où il obtient finalement la permission d’emmener 50 hommes en territoire sioux, pour exploiter les mines et se livrer à un commerce restreint ; cependant, il lui est strictement interdit de faire la traite des peaux de castor.

Ce qui confirme qu’il était connu par le roi que Le Sueur avait des ennemis importants à Québec, est le fait qu’on lui exige de retourner en Amérique en passant par la Louisiane française au lieu de par Québec.

Il est difficile de suivre Le Sueur dans ses déplacements au cours des deux années qui suivirent. En 1697, probablement en route vers la France, il est capturé par les Anglais, qui le libèrent par la suite. Ses succès à la cour de France suivent les fluctuations occasionnées par les changements dans la politique royale : le permis de traite qu’on lui octroie le 21 mai 1698 est annulé le 27 mai 1699, lorsqu’on décide de renoncer au commerce avec les Sioux, à cause de l’opposition manifestée par les Renards.

Jean Bochart de Champigny, intendant depuis 1686, qui s’opposait fréquemment à tout ce que Frontenac proposait et considérait Le Sueur comme un « coureur de bois » à la solde de Frontenac, continue sa politique et se répand en plaintes contre l’autorisation accordée à Le Sueur : « Je croy que les mines qu’il cherche dans ces quartiers ne sont que de castor. »

L’opposition des autorités de la Nouvelle-France paralyse ainsi les mouvements de Le Sueur jusqu’en 1699. Cette année-là, appuyé par le parent de sa femme, Pierre Le Moyne d’Iberville qui sans doute espère que Le Sueur lui sera d’un grand secours dans l’organisation du commerce en Louisiane, Pierre-Charles obtient l’autorisation royale d’entreprendre, en partant de cette nouvelle colonie, une expédition vers le territoire des Sioux, pour organiser une exploitation minière. Le Sueur forme alors la Compagnie des Sioux, dont Iberville et le fermier général L’Huillier sont membres. Il engage des hommes et des artisans à La Rochelle, puis accompagne d’Iberville dans sa seconde expédition en Louisiane.

Le 7 décembre 1699 il débarque à Biloxi où son beau-frère, Pierre Le Moyne, sieur d’Iberville et d’Ardillières, a fondé la colonie de Biloxi. Il remonte le fleuve Mississippi jusqu’aux chutes de Saint-Antoine, découvertes quelques années auparavant par Louis Hennepin, où il y traite avec les indiens Dakota.

Le 19 septembre 1700, il remonte la rivière Minnesota avec ses 20 compagnons de voyage, dont le chimiste L’Huillier et le charpentier Pénigaut. Il fonde alors le Fort L’Huillier sur la rivière Bleue devenue la rivière Blue Earth, en raison de la couleur du minerai qu’on y trouve. Alexandre L’Huillier y identifie du minerai de cuivre et Le Sueur y découvre également du minerai de plomb. Ils hivernent à leur fort où ils font la traite des pelleteries. Le Sueur mentionne sur ses cartes qu’il négocie avec les indiens Yankton (la nation du rocher) alors composée de 150 « cabanes » (1800 personnes) et dont la « découverte », plus au sud-ouest, sera, éventuellement, attribuée à Lewis et Clark… cent ans plus tard. Nos explorateurs se nourrissent, durant tout l’hiver, de viande de bisons nombreux à cet endroit.

Voici la carte Cornelli de 1688 basée sur celle de Franquelin de 1678 à qui Le Sueur avait fourni les renseignements :

Au printemps 1701 Le Sueur rassemble deux tonnes du minerai et l’année suivante l’envoie en bateau en France. Les analyses du minerai viendront plus tard démentir les premières conclusions. Le Sueur laisse une garnison d’une douzaine d’hommes au fort L’Huillier sous le commandement d’Eraque, un Canadien de ses compagnons qui tiendront le fort jusqu’à ce qu’en 1703, il soit attaqué par les Indiens Renards partis en guerre contre les Sioux. Le fort est alors abandoné.

Le Sueur retourne à Mobile avec une cargaison de fourrures et de différents minerais. Il fait analyser les pierres qu’il croit être du minerai de cuivre, mais les analyses révèlent que ce n’est point du cuivre. Son activité pendant cette période et plus encore son apparente indifférence à l’égard de l’interdiction de faire la traite des peaux de castors ne firent qu’irriter davantage les autorités de la Nouvelle-France et donnèrent lieu à une nouvelle série d’accusations de la part de Callière.

En avril 1702, Le Sueur retourne en France avec d’Iberville. Le Sueur fait un récit de son expédition au ministre et lui montre ses caisses de minerai. Il présente un mémoire qui résume ses entreprises pendant ses 15 années d’exploration du haut Mississipi. Il demande maintenant à être nommé juge dans la nouvelle ville de Mobile et, de plus, l’autorisation d’employer des hommes dans d’autres explorations, un salaire important et le transport de sa famille en Louisiane. D’Iberville appuie ces requêtes, car il veut encore employer Le Sueur pour tenter de gagner, en faveur de la Louisiane, une part du commerce de la vallée du Mississipi, même aux dépens du Canada et des colonies anglaises, s’il le fallait. Bien que Pontchartrain se fût élevé contre les projets d’Iberville et de Le Sueur, le roi nomme ce dernier juge à Mobile. Il l’autorise à recruter des hommes en vue de ses explorations et s’engage à le rémunérer pour le travail qu’il accomplira chez les Sioux et les Illinois. Le Sueur devait quitter la France sur le Loire, en 1703, mais il ne prit la mer qu’au printemps de 1704, à bord du Pélican. Ce navire de 500 tonnes, équipé de 50 canons, transportant en Louisiane des femmes, parmi lesquelles se trouvaient des infirmières, fit escale à La Havane, où Le Sueur attrapa la fièvre jaune. On dut le laisser sur place et, après avoir rédigé son testament, Le Sueur mourut le 17 juillet. Il fut inhumé dans l’église de San Cristobal. Le vaisseau « Le Pélican » est ce navire que Pierre Le Moyne d’Iberville devra abandonner, plus tard, lors de sa victoire sur trois vaisseaux anglais à la Baie d’Hudson.

La femme de Le Sueur avait demandé qu’on lui permît de se rendre en Louisiane avec ses enfants, ce qui lui fut accordé par un mémoire royal adressé à Vaudreuil [Rigaud] et daté du 14 juillet 1704. Mme Le Sueur arrive à Mobile en avril ou mai 1705 et ignore la mort de son mari jusqu’à son arrivée en Louisiane. Il est possible que leur fils, Jean-Paul, soit ce Le Sueur, surnommé « le Canadien », qui plus tard, seconda Le Moyne de Bienville dans sa lutte contre les Natchez.

Le Sueur meurt en 1704 laissant en héritage des cartes très précises de la région et du parcours du Mississippi. Le Sueur reste également associé à l’histoire des mines de plomb dans l’Iowa pour y avoir décelé du minerai de plomb dès 1690. Ces mines seront plus tard exploitées par les Indiens sous la direction de Nicolas Perrot et, encore plus tard, par le trappeur québécois Julien Dubuque qui donnera son nom à cette ville de l’Iowa.

Pierre Le Sueur contribua à éveiller l’intérêt des Français pour l’exploration minière et collabora très activement à l’établissement de la cartographie de la région du haut Mississipi. Il se trouve mêlé aux rivalités politiques et commerciales de son temps, et ses rapports avec Frontenac, comme plus tard en Louisiane avec Iberville, en firent un personnage controversé, peut-être, mais extrêmement important pour l’Amérique du Nord. En fait il fut controversé au point de disparaître complètement de l’histoire canadienne. C’est là, en fait et on devra bien l’admettre un jour, toute la base de l’histoire des Canadiens au Canada.

André Lefebvre

Auteur de:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

Le tout dernier livre, paru en novembre 2016 (version gratuite):

Histoire de ma nation

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