Accueil / A C T U A L I T É / Un coup de vent…très révélateur

Un coup de vent…très révélateur

L’image découverte par un ami féru d’aviation est marquante.  C’est celle d’un nez d’avion qui a traversé un mur de parpaings.  Comment s’est-il retrouvé dans cette position, ce beau Falcon 7X, voilà bien toute l’affaire.  Car derrière cet incident aux effets surprenants, on découvre que se dissimule un des personnages parmi les plus influents en Angleterre sur la question du Brexit via son parti.  Un député conservateur anglais qui avait déjà réglé le problème à sa façon en allant s’expatrier à Belize, terre d’accueil on le sait des avions remplis de coke, et en inscrivant le sien à Malte, terre d’accueil des grandes fortunes qui ne souhaitent pas payer d’impôts sur leurs jets mirobolants … Découverte des conséquences inattendues de la tempête Bruno, celle qui envoie aussi des Falcon dans les murs, à Malte…

La météo nous avait pourtant prévenus. Le réchauffement climatique a beau ne toujours pas exister pour Donald Trump, on en perçoit ici et là des effets, tels la recrudescence de tempêtes inattendues, même si celle-ci n’est qu’une manifestation météo pas si extraordinaire que cela en cette saison, mais cette fois-ci c’est sa trajectoire incurvée vers le sud qui a surpris.  Bruno, on nous l’avait dit, allait en effet causer des dégâts notamment en Méditerranée, et chez nous en Corse… ou vers le Sud de l’Espagne, également. C’était prévu aux alentours de Noël.  Et ça n’a pas raté à Malte, en effet.  On avait beau avoir apposé les cales devant les roues du beau Falcon 7X immatriculé VP-BZE, des traces de pneus révèlent que le vent a fait tourner l’avion sur lui-même pour les rendre inefficaces… (voir plus bas) l’appareil, emporté par le vent allant ensuite défoncer un mur de parpaings qui n’a pas résisté à sa projection (l’engin fait quand même 15 545 kg à vide et peu en faire le double en pleine charge, notamment de carburant).

Le Falcon 7, ce roi des airs, c’est aussi l’avion des princes, c’est bien connu.  Celui de Monaco, notamment qui a reçu le sien, « aménagé spécialement pour le couple princier » en mars 2013 (ça a été fait à Little Rock dans l’Arkansas (1), au tarif plein de 40 millions d’euros (au prix catalogue) chez Dassault Aviation, fourni clés en mains par Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation en personne (ci-contre à gauche).  L’avion siglé des armoiries monégasques avait été « inauguré » comme un véritable monument.  Chez les Grimaldi on est en effet « Dassault-Addict » :  Rainier (mort le avait acheté le premier Falcon 20 en 1985, puis ensuite un Falcon 2000 en 2002.  Son fils Albert achetant dans la foulée un Falcon 900 EX trois ans après sa disparition, en 2008.  Albert II inaugurant son tout nouveau jet privé avec un voyage vers… Palau, un micro-état polynésien (le Falcon 7 pouvant effectuer d’une traite des vols de 11 020 km (5 950 miles nautiques) avec 8 passagers à son bord (il a remis ça en 2015 en se rendant brièvement à Tahiti).  Le précédent étant bien… revendu :  à Monaco on fait attention à l’argent, c’est bien connu.  Il est devenu le HB-JIO puis le T-785 (dans l’aviation militaire suisse).  Les oligarques russes ou ukrainiens préférant parfois le Falcon 900EX, tel Viktor Medvedchuk, détenteur du yacht Royal Romance et son P4-GEMRoman Abramovich restant lui fidèle au 7X avec son LX-MES, surnommé « Mini-Bandit ».  Selon Aviation Week en 2016, 117 modèles de Falcon 7 étaient en service en Europe, soit 45% du total des appareils alors vendus.  Dont 18 pour la Suisse, 13 en France, 8 au Luxembourg, 7 en Belgique, Danemark, Allemagne et Portugal, 6 en Russie, 4 en Ukraine…

A Malte, des sociétés d’aviation, attirées par les avantages fiscaux, se sont installées (à gauche l’avant du Falcon ayant défoncé le local en parpaings).  Elles ont toutes la même caractéristique:  si l’on peut voir sur leur site de beaux jets, sur de beaux clichés mis en scène savamment, ces avions ne leur appartiennent pas.  Elles ne font que les offrir en location, un moyen pour leur propriétaire de rentabiliser sa dépense initiale.   Ce qui parfois pose problème.  L’une d’entre elles, une société d’aviation suisse d’origine (Hyperion Aviation), affrétait par exemple un Falcon 7X  immatriculé 9H-MAK (ex ex G-UMKA de Ocean Sky Aircraft Management Ltd), c’était le  114 eme Dassault construit en 2011.  Avec elle on changeait un peu de catégorie, question taille du catalogue, puisqu’elle revendiquait offrir aussi un Embraer 600 Legacy (le P4-SUN) ainsi que 6 Bombardier Global Expresses (exemple ici avec le 9H-AMF , 2 Bombardier Challenger , un  Gulfstream IV, un Hawker 750 (9H-BSA) et également un Falcon 2000EX.  En 2016, Hyperion Aviation (Malte) y a ajouté également son premier A319-100 qui provenait de Rosira (à St. Petersburg) c’était l’ex- EI-ETP devenu 9H-MCS, à Malte, toujours.  Si tout allait bien pour la firme en pleine expansion, il faut rappeler ici je pense qu’en août 2012, c’est dans un de ses Challenger, le 9H-FED que l’on avait découvert 1077 kg de cocaïne provenant de République Dominicaine, enfermée dans des sacs « humanitaires » portant l’insigne de la Croix-Rouge (ci-dessous à gauche la visite de l’intérieur de la cabine).  J’ai raconté l’affaire ici-même. Etait impliqué dans l’affaire Fidelio Cavalli, grand ami organisateur de fêtes du prince Harry.   « Pas plus tard qu’hier, des sections de la presse britannique ont rapporté que Cavalli avait été accusé d’avoir aidé à acheminer l’énorme cargaison de cocaïne par avion privé du Venezuela en Amérique du Sud à travers l’Atlantique vers le Bénin, en Afrique de l’Ouest.  Selon des documents judiciaires dans une action civile contre Cavalli dans le comté d’Orange, en Californie, il avait approché une compagnie d’aviation privée appelée Macair au nom d’un ami, demandant un avion.  Macair n’en avait pas assez et l’a aidé à en louer un à Hyperion Air à Malte.  Selon un article paru dans The Times (de Londres) hier, le plus gros avion a été détourné vers Gran Canaria où les douaniers espagnols l’attendaient.  À bord, ils ont trouvé la cocaïne, prétendument chargée par des hommes armés au Venezuela.  Les sacs avaient été décorés avec le logo de la Croix-Rouge internationale pour déguiser l’envoi de cocaïne en aide humanitaire. (ici à droite).  Au tribunal, Cavalli a nié être impliqué directement dans une opération de trafic de drogue et a déposé une contre-plainte contre son accusateur, un ancien collègue appelé Najib Khoury.  Khoury a déclaré qu’il ne prétendait pas que Cavalli faisait partie d’une opération de contrebande de drogue mais qu’il le poursuivait en raison d’une détresse émotionnelle après avoir reçu deux messages vocaux qu’il a qualifiés de menaces de mort.  Cavalli a admis avoir fait les appels, mais a nié qu’il menaçait la vie de quiconque.  Son avocat a également nié tout lien avec le Hezbollah, affirmant que Cavalli ne soutenait pas le groupe ».  Derrière Cavalli, dont les fêtes comportaient toujours la présence en abondance de cocaïne (mauvaise image pour ceux qui l’on côtoyé, on pense à Michael Schumacher ou Paris Hilton, dont les frasques ne nous étonnent plus), il y avait Mohammed al-Habtoor qui l’avait recruté auparavant comme… chauffeur.  Habtoor étant le fils du millionnaire Khalaf Habtoor, qui dirige le Al Habtoor Group.  Cavalli avait fondé ensuite le Royal Advisor Group, LLC, en Californie, société de « divertissement ».  En 2016, on pouvait voir Cavalli, libre, à Dubaï, assister à un tournoi de jumping.. ou pour du polo, lors de la McLaren Cup, toujours à Dubaï ou encore pour assister au Grand Prix de Formule , toujours au même endroit.  L’homme, à l’évidence, fait partie des quelques intouchables de cette planète… Habtoor Group a remplacé depuis son vieux JetStar A6-KAH (ici à droite) par un l’Embraer Lineage, d’une toute autre catégorie, en gardant la même immatriculation.  De la taille d’un B-737 mais avec un intérieur limité à 19 sièges, et aménagement haut de gamme (salle de bains, et zone cargo à l’arrière), l’avion coûte 53 millions de dollars (moins qu’un Boeing Business Jet à 71, 4 millions ou un Airbus Corporate Jet à 87 millions).

Depuis, le Falcon 9H-MAK s’est retrouvé chez Hyperion comme on l’a vu.  Mais c’est une autre société de gestion de parc de jets qui nous intéresse aujourd’hui : « Emperor Aviation » (quel nom idiot !), car c’est une société plus récente, basée elle aussi à… Malte.  Selon toujours le même principe :  il suffit d’un bureau, d’un téléphone et d’un carnet d’adresses pour gérer toute une flotte, pour les moins sérieux d’entre eux. « Emperor »,  donc, fondée par le dénommé Irakli Litanishvili (ici à gauche), présenté de manière fort ronflante comme dirigeant de « Capital AviaNeft Ltd » (en Russie), de « Fuel For You BV » (en Hollande) et de « QuantumVIA Ltd » (en Angleterre) sans oublier « ForPost Aero Service » ou « ASR Russia Aviation » et « 4s (Lis) Trading ».  Il est aussi représentant des ventes de Honda Jet en Russie, du moins c’est comme ça qu’il se présente également, photocopie de document à l’appui (pourquoi donc  ainsi la montrer ?).  La Russie, orientation privilégiée de la micro-entreprise, qui table sur le marché russe en priorité.  Sur le forum PPRuNequi fait plutôt référence (les pilotes y participent tous les jours), il ne semble en tout cas guère apprécié (on lui rappelle surtout ici son passé en forme de passif)  :  « Emperor Aviation, quel rigolade : c’est encore ce vieil idiot irako-russe qui a été impliqué dans la disparition d’OceanSky, et qui vient de faire une nouvelle compagnie dans la roue des pompiers et et qui a fait faillite en utilisant différents AOC (nota : il s’agît du certificat de transporteur aérien (CTA en France, AOC en anglo-saxon pour Air Operator’s Certificate).   Les pilotes du forum mettent en garde leurs collègues des propositions de travail chez « Emperor’ en termes plutôt crus : « Prends donc ce conseil, éloigne-t-en » .   Ou ailleurs dans le forum, un avis tout aussi péremptoire (dont on laisse la responsabilité au pilote l’ayant écrit ): « Irakli (il ressemble à une doublure de M. Bean) n’a jamais rien dit à personne jusqu’à ce qu’on lui pose des questions sur où se trouvaient les recettes pour un certain vol qu’il aurait prétendument perçu en cash… » Ou encore : « je suis entièrement d’accord.  Un tas de clowns.  Des clowns à temps plein (même si d’autres clowns peuvent se sentir offensés d’être comparés !!).  Bonne chance avec cela pour être payé – et pas que juste à temps.  Leur responsable femme est une narcissique (…) qui n’a absolument aucune idée.  Tout a été dit et vous avez là un tableau complet.  Bonne chance avec ce projet ».  Le marché et la clientèle russe dans l’optique principale de la société ?  En effet, puisque c’est ce qu’indique leurs publicités, rédigées en russe :

Aujourd’hui on peut voir sur le net une demande de recrutement de pilote provenant d’Emperor Aviation : on lui souhaite bien de la chance d’en trouver un… qui ne lise pas le forum PPRuNe. Plus loin, on peut lire aussi en date de 2012 le grief essentiel contre son patron, à savoir son passage chez une autre société ayant fait faillite avec fracas : « et la clientèle il y a eu un jugement contre OCS UK et tous les avions qui appartient à Ocean Sky (G-GABY, G-OKKI, G-PVEL, G-RAAA, G-UMKA) sont en cours de saisie par l’équipe de la High Court Enforcement.  Le jugement sur le G-FCFC à été publié la semaine dernière ».  A noter que l’un des avions de Ocean Sky, liquidé en 2012, avait figuré en 2008 (avec les bureaux de la compagnie) dans le film James Bond Quantum of Solace avec Daniel Craig comme acteur principal.  La firme en avait fait grande publicité.  Ocean Sky était détenu par Ocean Investments, ayant deux entrepreneurs comme  responsables : Timur Sardorov et Oliver Ripley , dont la compagne actuelle joue aux starlettes un peu partout (c’est une modèle de Victoria’s Secret !).  Le groupe est en fait en rapport direct avec la Russie :  il inclus en effet Natural Farming Ltd, une société agricole située au sud de la Russie, dans l’Oural !  En fait, Irakli Litanishvili, a effectivement fait partie d’Ocean Sky, comme il l’avoue ici lui-même, c’est même là qu’il a débuté sa carrière comme représentant… en Russie  (on y revient) !  Comment en revanche a-t-il pu récupérer les avions d’Ocean Sky déclaré en faillite alors qu’il en avait fait partie, ça c’est autre histoire…. En fait, comme on l’a dit, le Falcon n’est pas la propriété d’Emperor Aviation, qui ne fait que le louer.  Son véritable propriétaire étant.. russe ou exactement caucasien (on y revient à nouveau).  Ce n’est autre en effet que l’homme venu du Dagestan, Magomedali Magomedov un homme politique ouvertement pro-russe, et sa société intitulée Sputnik Oil (la ruée vers le pétrole étant comparable au rush vers la conquête spatiale russe !).  Son propre fils, Magomedsalam Magomedov, a été président du Dagestan de 2010 à 2013.  Son frère, Gadzhimurad Magomedov, est mort dans un crash de Tupolev-154 le 5 décembre 2010.   Le 154 maudit ; celui qui a tué le gouvernement polonais et les chœurs de l’Armée Rouge (l’ensemble Alexandrov) ! A gauche on peut voir les cales de l’avion maltais du jour, repoussées et tournées par les rafales de vent et l’inertie de l’avion qu’elles étaient censées maintenir en place…

Depuis,  chez « Hyperion », le 9H-MAK, ancien Ocean Sky  G-UMKA, donc (voir ici à gauche) est désormais  (on dira déjà) proposé à la vente… (le pétrole rapporte moins depuis quelque temps !)?  Au même moment, en 2016 « Emperor Aviation »  annonçait avoir capté dans son catalogue un Global XRS business jet, immatriculé 9H-IKO. pour le baser aussitôt en Russie, à … Domodedovo chez « Domodedovo Business Aviation » (ici c’est spécifié comme étant au Vnukov Airport cet d’â côté en fait).  Présenté comme « neuf », l’avion est en fait resté … invendu pendant au moins un an en 2014 chez Gulfstream Aerospace Corporation sous l’immatriculation N620GD.  Au passage, Irakli Litanishvili rapellait ses liens avec « Ocean Sky, mais aussi Petroff Air, Rusaero, DC Aviation et Vibro-Air. » . Depuis, également, son groupe s’appelle désormais « Aim Of Emperor » (jusqu’où ira-t-il avec cette appellation ridicule d’Emperor ?)… dans une lettre pour motiver ses troupes (ou lui-même ?) Irakli Litanishvili décrit le bel avenir qui l’attend (et pas celui d’Ocean Sky, on l’espère pour lui) : « comme indiqué par les employés de Aim of Emperor, les principaux moteurs de la croissance de l’aviation d’affaires russe restent la matière première, le développement, les secteurs bancaires de l’économie, la croissance du nombre de personnes fortunées (HNWI, pour High Net Worth Individuals). Au cours des dernières années, ils ont été complétés par le secteur agraire et l’industrie informatique.  Malgré le fait que l’état et le développement de ces moteurs ne sont pas égaux, leur diversification permet d’équilibrer la demande de services d’aviation d’affaires.  En particulier, sur le marché des matières premières, la baisse de la valeur du baril de pétrole est compensée par la croissance du marché de la métallurgie ferreuse.  Un facteur important – le nombre de HNWI – est également en augmentation constante: selon la nouvelle notation russe Forbes, le nombre de milliardaires en dollars est passé de 77 à 96 au cours de l’année écoulée. ».  Et c’est ainsi que l’aviation privée russe se gère donc… à Malte !  En se basant uniquement sur sur le nombre de riches oligarques russes capables de voyager en jet privés !!!  C’est Vladimir qui va être content !  On découvre juste après que le fameux Global 9H-IKO, remplacé par le G650 9H-IKO,  fleuron longue distance du catalogue de « l’Empereur », appartient en fait à Igor Krutoy.  Un… musicien de renom en Russie, devenu immensément riche, et très apprécié du pouvoir en place, qui l’a déjà décoré (photo ici à droite).  Il a la particularité d’avoir fait un album avec Lara Fabian (ici à gauche), très prisée là-bas paraît-il (ils avaient déjà encensé Patricia Kass, il est vrai !).  Les russes n’ont pas la même oreille, que nous, pourrait-on en conclure hâtivement.  Effectivement.  Ou alors Fabian est la seule à pouvoir couvrir le bruit des réacteurs au décollage du G650 de Crutoy, qui sait (?).  Le 16 décembre dernier, Igor Krutoy et la chanteuse Polina Gagarina – la chanteuse russe de l’Eurovision – ont été photographiés, bien en évidence, à Moscou,  lors d’un meeting de soutien pour la candidature de 2018 de Vladimir Poutine… Se faire réélire, tout un art… on sait déjà qui fera la musique d’investiture, en tout cas.  Et on sait aussi par la même occasion que la musique n’est pas vraiment le fort de Vladimir.  Il n’apprécie pas trop, en tout cas, le rockeur Yuri Shevchuk

Et les français, me direz-vous, dans tout ça ? Laissent-ils aussi atterrir leurs jets à Malte, voire même s’y installer ? Bien sûr, et on en possède un bel exemple depuis des années avec trois Falcon bien connus.  Je vous en avais déjà touché un mot lors du crash d’octobre 2016 à Malte d’un avion de mercenaires (rien à voir avec ceux qui vont suivre, précisons-le).  Un Falcon 50, ex F-GOLV,devenu 9H-MSL, un Learjet 45, ex F-HACP devenu 9H-BCP sous pavillon Maltais, et le plus récent Falcon 7X, immatriculé au départ F-HFDA devenu 9H-TOO en 2016 (ici à droite à St-Martin).  Le Falcon 2000 tout de gris foncé vêtu, ex F-HPAD devenu 9H-BEC (ci-dessous à droite) a été lui géré quelque temps par Skyfirst mais il n’appartient pas à la même société.  Sans oublier bien sûr le Falcon 2000, immatriculé 9H-SFA dont l’intitulé prête à sourire quand on sait ce qu’il dissimule.  SFA, ce sont en effet les sanibroyeurs (des WC « portables » inventés dans les années 60) qui ont fait la fortune de… Claude Perdriel, le PDG fondateur du Nouvel Observateur, et du Matin de Paris, longtemps acoquiné avec la gauche socialiste.  Rue d’Aboukir, à Paris, on peut toujours voir où ça a démarré avec le même show-room présentant … des W-C.  En 2010,  il avait fondé une compagnie aérienne, spécialisée dans le transport sanitaire : Air Albatros, qui a ensuite été rebaptisée SKYFIRST, installée au Bourget.  Puis avec l’arrivée du Learjet 2011 c’est une seconde petite compagnie aérienne, SKYFREE Limited, qui a été créée… à Malte.  Mediapart, qui avait retrouvé la trace aussi de son voilier de 39 mètres (le « Vaimiti », proposé ici en charter), avait obtenu une explication à cette localisation : « Je ne suis pas allé à Malte pour des raisons fiscales, mais parce que la bureaucratie française en matière d’aviation civile est tatillonne », raconte Perdriel à Mediapart.  On aurait pu le louer à Air Albatros, mais la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) était réservée sur la délivrance du permis de navigabilité pour cet appareil, alors que Malte l’a pris tout de suite.  C’est pour cela qu’on est allé là-bas. »  Interrogé par le pureplayer, le pilote Nicolas Baud, qui a été le premier directeur des opérations de Skyfree, abonde dans le sens de Perdriel.  Mais tous ne sont pas du même avis que lui, l’opération vers Skyfree ne s’étant pas bien passée pour ces mêmes pilotes :  « ce n’est visiblement pas l’avis de trois autres anciens pilotes. « Ces pilotes, qui ont refusé de nous parler, ont contesté leur licenciement devant les prud’hommes » explique Mediapart.  Qui poursuit : « Ils estiment que Claude Perdriel a artificiellement délocalisé les actifs de Skyfirst dans la compagnie maltaise Skyfree, au sein de laquelle ils auraient dû être reclassés. » L’affaire, précise le site, a été jugée, mais le verdict n’est pas encore rendu.  Perdriel assure à Mediapart qu’il n’a pas bénéficié du faible taux d’imposition sur les sociétés maltaises, qui peut tomber à seulement 5%.  Il rétorque : « Alors que mon groupe SFA réalise la très grande majorité de ses ventes à l’étranger, je rapatrie 84% des bénéfices en France, où ils sont taxés.  Je pourrais très facilement et en toute légalité localiser une plus grande part de mes profits à l’étranger, mais j’ai choisi de ne pas le faire et j’en suis fier. »  Perdriel vient de ré-investir… dans la presse, une nouvelle fois, via un allié inattendu : Renault, et son directeur Carlos Ghosn, qui lui aussi apprécie beaucoup les jets.  Surtout le sien, le Gulstream de Nissan « qui lui sert de bureau »… il est immatriculé il est vrai NI55AN, ce qui peut effectivement se lire de loin Nissan (aperçu ici à Davos) !!!  Ghosn a d’ailleurs déjà échangé depuis son « bureau » de G550 (à droite) contre un Gulfstream  G650 (ici à gauche)…

Mais venons-en maintenant  (enfin ?) à notre Falcon perceur de murs maltais.  Le crash dû au vent a révélé les turpitudes d’un vieux système bien anglais, celui des Lords, plutôt coûteux, (il faut bien tout compter);  cet héritage du passé datant de  1707, qui ne décident en fait de rien, (ou si peu) et ne disposent d’un titre qui n’est en fait qu’honorifique.  Des gens inamovibles ;  ils sont nommés à vie par la reine… sur proposition du Premier ministre.  Mais visiblement, ça ne lui suffisait pas pour notre homme, ancien député conservateur, Michael Ashcroft, autrement dit Lord Ashcroft (ici à gauche en tenue de Lord)…  Voici ce que résume (fort bien) Libération le 6 novembre dernier, après la lecture édifiante des « Paradise Papers », où son nom était apparu et le lien gênant avec le dossier Appleby :  « en 2000, après des années de service, et de paiements, au Parti conservateur, cet entrepreneur rêve d’entrer à la Chambre des Lords, au Parlement.  Mais, avant d’obtenir ce sésame, doté d’une cape bordée d’hermine, Michael Ashcroft promet de s’acquitter d’un détail gênant : modifier son statut de non-résident fiscal qui lui permet depuis toujours ou presque de ne pas payer d’impôts au Royaume-Uni.  Il est alors officiellement domicilié au Belize.  Il en fut même un temps ambassadeur auprès de l’ONU.  A l’époque, le chef du Parti conservateur William Hague explique que devenir un pair du royaume «coûtera cher [à Ashcroft] et rapportera au Trésor des millions de livres sterling par an en impôts».  Sauf qu’au lieu de se muer comme promis en résident fiscal permanent au Royaume-Uni, Ashcroft s’est débrouillé pour ne devenir que résident provisoire et garder son statut de non-résident fiscal. A ce titre, il a touché entre 2000 et 2010 quelque 150 millions de livres (169,6 millions d’euros) d’un trust situé aux Bermudes (2), sur lesquels il n’a payé aucun impôt.  Tout en siégeant à la Chambre des lords. »  Sa fortune est estimée aujourd’hui à 850 millions de livres (1,1 milliard de dollars), et il recevait effectivement entre 150 et 200 millions de livres par an de son fameux trust des Bermudes… chez lui, on peut parler d’évasion contrôlée de haute main : la veille même , le 31 mars 2010, du jour où la loi anglaise sur les déclaration fiscales avaient changé, le trust de Lord Ashcroft avait transvasé 33, 9 millions de livres par précaution.  En grand donateur aux Tories, il avait injecté 500 000 livres encore dans la dernière électorale pour se faire snober au final par David Cameron, et lui dire à mots fleuris, vu comment il l’avait pris.  Un dessin de caricaturiste anglais résumant très bien la chose (ici à droite).  Lui-même ayant une façon toute personnelle d’éviter d’en parler avec la presse :  « appelé à réagir à ces accusations par le journaliste de la BBC Richard Bilton alors qu’il se trouvait à une conférence du parti conservateur, Ashcroft a choisi une méthode d’esquive pour le moins originale. Après avoir déambulé dans toute l’enceinte, le journaliste à ses côtés, il a dégainé sa dernière cartouche : se réfugier aux toilettes » avait ici rappelé 20 Minutes.. né au Belize, où son père avait été nommé, il y était naturellement retourné et était devenu de 1998 à 2000 l‘ambassadeur de Belize aux Nations Unies.  Pour ajouter à l’état d’esprit du personnage, qui préfère de loin l’argent à son pays de naissance, le 1er novembre 2017, il avait gagné une manche contre l’Etat de Belize, et la décision de la Cour de justice des Caraïbes de payer au plus vite les 78,16 millions de dollars restants en paiement aux anciens propriétaires de BTL (Belize Telemedia Limited), société d’Ashcroft, qui avait été nationalisée en 2009.  Ashcroft avait demandé entre 300 et 600 millions de dédommagements, selon les années de procédure, pour arriver à versement final des 78 millions « manquants »encore .  Une partie de la somme initiale, estimée au total part Ashcroft au plus haut à 567 millions de dollars.  Le premier paiement de 458,4 millions de dollars avait été effectivement effectué dans l’année, pourtant.  Sur place, le gouvernement en la personne de Joseph Waight, déplorait que « les 78 millions de dollars, en monnaie américaine, puissent réduire les réserves dont le pays a tant besoin ».
L’exigence de dernière minute d’Ashcroft d’être payé uniquement en dollars était un problème inattendu pour le pays, qui obtient ces fameux dollars uniquement de ses exportations, qui déclinent depuis plusieurs années de suite.  A la télévision, Ashcroft s’était bien sûr félicité de la décision.  Ruiner le pays pour lui ne représentait pas grand chose, alors que le FMI s’inquiétait en même temps de ses trop maigres réserves.  Elles descendraient ainsi au final de 422 millions à 159 millions seulement.  Ce qui ne représente qu’un mois et demi d’importation pour l’économie plutôt anémique du pays…  et c’est donc le jet du même Ashcroft, acheté entre 23 millions et 43 millions de dollars, selon les équipements, qui est aujourd’hui à la une des journaux.  Même d’occasion, comme ici celui du célèbre paravent de la BANK OF UTAH TRUSTEE,  et son N889AB, qui est mis en vente aujourd’hui  d’occasion à 24,3 petits millions de dollars (« price reduced » (3).

Voici donc comment un gros coup de vent révèle certains, si peu soucieux des autres et qui ne pensent qu’à leur cagnotte – ou cassette- personnelle.  Un Harpagon du XXIeme siècle, en quelque sorte.  Une personne détestable, en tout cas en tous points… A Belize, où réside notre personnage, pendant ce temps, les avions bourrés de cocaïne continuent à se poser puis à être incendiés par les trafiquants.  Le dernier en date, ici à droite, un Piper PA-42 Cheyenne III posé en plein champ fin novembre dernier, puis incendié.

 

 

 

(1) le centre a été fondé au départ dans les années 70 par Fred Smith, le fondateur de FedEx, sous le nom de Little Rock Airmotive; c’est là que les premiers Falcon 20 de la société ont été transformés en version cargo avec une large porte côté gauche de la carlingue.  Dassault reprend plus tard les bâtiments sous le nom de Falcon Jet Corp. les ouvriers sur place étant déjà habitués à l’aménagement des avions de type Falcon la transition se fait avec douceur. 60 millions de dollars ont été investis en 2013 pour l’agrandissement du site avec l’embauche de 300 emplois locaux.  Pas sûr que ça plaise aux syndicats français… en 2016, Dassault à été condamné à payer 1,1 million de dommages et intérêts à sept de ses salariés ou ex-salariés affiliés à la CGT. Ceux-ci avaient remarqué que leur carrière avait été freinée… en raison de leur engagement syndical !!!  Chacun avait en effet reçu en dédommagement sur décision de justice entre  100 000 et 195 000 euros.

(2) il n’est pas le seul à avoir agi ainsi :  « Alphabet Inc., la maison mère de Google, a transféré en 2016 15,9 milliards d’euros des Pays-Bas vers une société écran aux Bermudes, selon des documents officiels cités par l’agence Bloomberg. Une technique d’optimisation fiscale baptisée « dutch sandwich » (le « sandwich néerlandais »), qui a permis à l’entreprise d’éviter des milliards de dollars d’impôts. »

(3) le Falcon 7X N889AB appartient à Renhe Commercial Holdings Ltd, Hong Kong, et il est managé par Global Jet Luxembourg.  Des investisseurs chinois dans les centres commerciaux.  L’avion est basé en Chine.  Global Jet Luxembourg est le numéro 1 des loueurs de jets, firme sérieuse créée par le français Antoine David, une bonne partie de sa clientèle est également russe.  A la différence de l’américain NetJets, « de loin le plus gros opérateur d’avions d’affaires dans le monde (qui appartient à Warren Buffett et gère une flotte de 144 appareils, ndlr.), n’est pas une compagnie aérienne.  La société fait du time-sharing, c’est-à-dire de la propriété partagée, ou multipropriété » pouvait-on lire ici à son propos, et pour différencier les métiers.  Dassault n’aime pas trop que l’on révèle les tarifs exacts de ses appareils, et encore moins que l’on montre des avions quasi-neufs mis en vente au tarif de l’occasion.  Le marché du neuf n’est pas porteur ces derniers mois, et on peut le comprendre.  Surtout si l’on évoque les méthodes de vente « recommandées » par la firme de l’avionneur.  Le record de ventes de jets privés date maintenant de 2008, avec 1 306 unités vendues tous avionneurs confondus.  En 2015, on en avait vendu que 718 unités. La faute… aux avions d’occasion !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

FRANCE: anxiété chez les étudiants liée à la réforme du BAC

Ci-dessous un article d’Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Picardie, publié ...