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Un clou chasse l’autre

Delevoye s’en est allé, chassé pour de bruyantes casseroles qui pouvaient décrédibiliser la réforme des retraites… remplacé par un étrange personnage, symptomatique peut-être de l’univers macroniste.

Une avancée ? Pas sûr.

En effet, les internautes, toujours taquins, n’ont pas tardé à découvrir des failles dans le profil de ce personnage, nommé Laurent Pietraszewski.

Avant d’être le député nordiste que l’on sait, Il a été l’artisan efficace de son employeur, un certain Auchan, lequel l’avait chargé de faire le ménage au sein de l’entreprise, quitte à susciter un peu d’émoi.

Il faut savoir que ce type de poste est éphémère, et que les « nominés » ne sont là que pour sanctionner, qu’importe le prétexte, afin de libérer de l’emploi, au profit des actionnaires, en utilisant les ressources numériques, c’est-à-dire, par exemple, en remplaçant les caissières par des robots.

Pourquoi pas ?…

C’est une logique économique imparable : remplacer l’humain par une machine coûte moins cher, elle ne tombe que rarement malade, ne se syndicalise pas, et finalement fait le bonheur des actionnaires.

 

Sauf que notre monde est limité, et que le principe d’une croissance illimitée est du domaine de l’illusion.

C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui, et l’entreprise Auchan a été à la pointe de cette action, puisque le vendredi 13 janvier 2017, la direction a fait valoir sa volonté de remplacer les « hôtesses de caisse », par des robots, quitte à supprimer 2000 emploislien

Mais revenons à Pietraszewski.

En quittant son poste de député, il a dû passer la main à Florence Morlighem, celle-là même qui vient de claquer la porte du parti présidentiel, reprochant à ce dernier des dérives peu démocratiques. lien

Ce n’est pas tout.

Luc Fourrier, l’un des délégués CFDT du groupe Auchan, a bien connu Laurent Pietraszewski lequel, comme on le sait, a œuvré plusieurs années au sein du groupe en tant que DRH.

Pietraszewski n’a pas laissé que des bons souvenirs et Fourrier a notamment déclaré : «  quand il est arrivé, c’était un cadeau empoisonné (…) il n’a jamais été sincère. Le rôle des ressources humaines, c’est d’être à l’écoute, mais lui c’était tout le contraire (…) c’est un carriériste qui licenciait à tout-va. C’est un homme hypocrite et méchant  ». lien

De nombreux journalistes ont exhumé la vilaine affaire du « petit pain au chocolat », qu’une caissière avait offert à une cliente, vu qu’il était trop cuit.

Mal lui en a pris, mise à pied immédiate, garde à vue pour vol, et elle est partie entre 2 gendarmes par la volonté du nouveau secrétaire d’état aux retraites. lien

Ajoutons pour la bonne bouche que Pietraszewski a été le rapporteur qui autorisait le gouvernement à réformer par ordonnances.

Voilà qui en dit long sur le sens du dialogue de celui qui est en charge de négocier le conflit qui oppose travailleurs et gouvernement.

Pietraszewski symbolise en effet les dérives actuelles du « management cruel », à l’image de France Télécom, condamné le 20 décembre à de lourdes peines, pour avoir provoqué de nombreux suicides. lien

Pour de nombreux observateurs, La Poste a connu les mêmes déboires que ceux observés à France Télécom, telle Laura Raim, qui dans les colonnes de « l’expansion » affirmait que « La Poste est victime du syndrome « France Télécom ». lien

En seulement 2 années, ils ont été près de 50 employés de La Poste, à être passés à l’acte, après avoir dénoncé les cadences infernales qui leurs étaient imposées. lien

J’avais évoqué le scandale de ces suicides dans un article déjà ancien, démontrant tous les mécanismes du harcèlement subis par de nombreux employés de la poste…

Hélas, ce ne sont pas des cas isolés, et les DRH façon Pietraszewski n’y vont pas de main morte : un suicide survient en France toutes les 50 minutes, et une bonne partie d’entre eux sont la conséquence de conditions de travail défavorables, ce qui fait de notre pays le champion d’Europelien

Justement, l’entreprise Auchan n’échappe pas à ces vagues de suicides…

Evoquons celui de la Croix-St Ouen, ou 3 hommes ont été poursuivis pour harcèlement moral envers 2 salariés… « Il règne un climat de terreur dans cette entreprise » affirmait alors l’avocate des 2 employés, lesquels feront une tentative de suicide. lien

Poinçonnet, dans l’Indre, en 2013, une cadre de l’entreprise a tenté de se suicider sur le parking du super marché. Lien

Jean-Claude Delgène, du cabinet Tehnologia, estime à plus de 10 000 le nombre annuel de suicides, (lien) et une étude, menée en 2003, en Basse Normandie, a démontré que cette année-là, 107 cas de suicides, ou tentatives, ont été répertoriées. lien

Mais revenons à l’objet du conflit qui a fait partir Delevoye (dont on vient de découvrir un 14ème oubli) et arriver Pietraszewski

On l’a vu, la retraite par point est loin de faire l’unanimité, et pas seulement chez nous.

Au Chili, par exemple, elle a été instaurée par Pinochet de triste mémoire, et elle met le peuple dans la rue depuis bientôt 2 moislien

Aude Villiers-Moriamé s’exprimant dans les colonnes du «  Monde », relate le cas d’un mécanicien de 69 ans, qui avec 176 € par mois, est « obligé de continuer à travailler  ».

Ce système de capitalisation individuelle, pas si éloigné de ce que propose Macron fait que la moitié des retraités chilien ayant cotisé perçoivent à peine 150 € par mois.

On n’en est pas là, évidemment chez nous, mais il faut tout de même savoir que les 7 AFP (Administrations de Fonds de Pension) pour lesquelles les chiliens doivent verser 10% de leur salaire, en tirent de gros bénéfices en les plaçant sur les marchés financiers qu’ils reversent en partie aux travailleurs chiliens sur la base d’une espérance de vie moyenne. lien

Ce n’est bien sûr qu’une extrapolation, mais elle permet de comprendre l’effet néfaste qu’aurait, pour les travailleurs français, le principe d’une retraite à point.

C’est pourtant ce que Pietraszewski va devoir défendre devant des syndicats très remontés…y compris Laurent Berger, le patron de la CFDT, qui vient de se faire rembarrer par ses propres syndicalistes, finalement peu moutonniers, puisqu’ils ont refusé, dans la section transport, la trêve voulue par leur dirigeant. lien

Quant à Macron, en tournée africaine, il semble croire encore au Père Noël, espérant une trêve, avec comme argument le royal cadeau de sa retraite lorsqu’il aura cessé d’exercer la présidence…mais le soutien de Berger aura été de courte durée, puisque ce dernier a été désavoué par sa base.

Au cours de ce voyage, il a dénoncé les terroristes, s’étonnant de la mollesse européenne sur le continent africain.

Le peu d’engagement européen ne serait-il pas dû au fait qu’il s’agit pour la France de protéger d’abord les intérêts français au Niger, notamment nucléaires, avec la mine d’Arliit, source essentielle de production d’uranium, dont la France est dépendante ? lien

Bien sûr, le président nigérien perçoit quelques subsides, qui, manifestement ne font pas le bonheur de tous les nigériens…surtout de ceux qui sont impactés cruellement par l’exploitation française.

 

Mais revenons à la retraite par point.

Dialogue quasi inexistant entre un pouvoir qui ne veut pas reculer… et des français loin d’être convaincus par la justification de cette réforme, soutenant la grève à 62%… contre 32%… et 6% d’hésitants… lien

Il est probable que l’arrivée de Pietraszewski ne va rien arranger, au vu de ses capacités de dialogue.

Il a récemment mis de l’huile sur le feu, en déclarant : « ce n’est pas le gouvernement qui refuse le compromis », assurant : « il y a une vrai volonté du gouvernement de trouver les voies de la sortie de crise », mais concluant : « nous ne reviendrons pas sur la suppression des régimes spéciaux ». lien

Ce qui ne manque pas de sel, puisque déjà, Macron a assuré gendarmes et militaires que la réforme ne les concernerait pas. lien

La macronie ne semble pas au mieux de sa forme, car après avoir trouvé un étrange remplaçant à Delevoye, elle vient d’honorer un certain Dominique Baert, en lui offrant le poste de conseiller maitre en service extraordinaire à la Cour des Comptes…alors que cet élu, maire de Wattrelos a été épinglé pour la gestion financière de sa commune. lien

Décidément, sans lire dans une boule de cristal, on peut présager que l’année 2020 réservera de nombreuses surprises, et comme dit mon vieil ami africain : « pour se réconcilier, l’aiguille qui coud est plus pratique que le couteau qui tranche ».

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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