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Un budget pour les plus riches : analyse du contenu du budget qu?b?cois

On ne peut pas totalement rejeter du revers de la main quelque chose d’aussi complexe que le budget du Qu?bec. Ceci dit, le d?p?t par la ministre J?r?me-Forget du budget de l’an 1 du gouvernement lib?ral minoritaire a de quoi inqui?ter la classe moyenne et les plus d?favoris?s, malgr? quelques mesures positives.

Ainsi, les r?ductions d’imp?ts de pr?s de 1 milliard $ se font avec l’argent du d?s?quilibre fiscal, qui aurait d? financer les programmes sociaux, notamment les soins de sant? et l’?ducation. ? d?faut d’?tre ill?gale, cette utilisation frauduleuse de l’argent d’Ottawa est certainement immorale et constitue un dangereux pr?c?dent, handicapant de mani?re potentiellement irr?versible toute future demande du Qu?bec pour obtenir de l’argent du f?d?ral pour am?liorer ses programmes sociaux.

Par ailleurs, ? qui profitent les r?ductions d’imp?ts ? Certainement pas aux plus d?munis, qui n’en paient pas, ni m?me ? la classe moyenne, qui re?oit davantage en services que ce qu’elle paie en imp?ts. En faisant passer la limite inf?rieure du taux d’imposition de 24% de 59 765$ ? 75 000$, le gouvernement fait un gros cadeau ? ceux qui sont d?j? des privil?gi?s et se prive de revenus qui auraient pu ?tre utiles pour l’ensemble de la soci?t?. On le constate, le Parti Lib?ral soigne sa base, c’est-?-dire les plus riches parmi la population qu?b?coise.

De la m?me fa?on, la d?cision d’?liminer la taxe sur le capital contribuera ? la d?t?rioration d’une situation d?j? intol?rable o? les entreprises d?clarent des profits ind?cents sans payer leur juste part ? l’?tat du Qu?bec. Cette in?quit? profonde emp?che le gouvernement de distribuer ad?quatement la richesse produite, et quelle solution a trouv? J?r?me-Forget ? Oui, oui, augmenter encore davantage ce d?s?quilibre en s’assurant de r?duire le pouvoir ?tatique d’imposer ? une juste hauteur les profits des entreprises.

Concernant la hausse des frais de scolarit?, c’est d?j? un vieux d?bat : les hausses seront impos?es et les ?tudiants, parmi les plus pauvres de la population, ?coperont. Pendant qu’on soulage des multinationales et ceux d’entre nous qui sont les plus riches, on augmente le fardeau des ?tudiants et on les d?courage de continuer leurs ?tudes, affaiblissant le niveau global d’?ducation du Qu?bec et sa capacit? comp?titive ? long terme.

Ensuite, la cr?ation d’un groupe de travail en sant? charg? de faire des recommandations au gouvernement pourrait ?tre une bonne id?e. Malheureusement, ce groupe sera dirig? par un n?olib?ral notoire, Claude Castonguay, et on se demande de toute fa?on si le gouvernement ?coutera ses recommandations, lui qui n’a pas attendu les r?sultats d’?tudes des experts avant de d?cider d’augmenter les frais de scolarit?.

Mais une des pires mesures, ? mon avis, c’est la d?cision de vendre trois immeubles de soci?t? immobiliaire du Qu?bec pour financer, avec les « gains » r?alis?s, cette chim?re qu’est le Fonds des g?n?rations. En langage populaire, on appelle cette mesure « d?truire le balcon pour chauffer la maison ». Bref, on se d?partit ? la va-vite de biens publics, appartenant ? la collectivit?, pour obtenir un b?n?fice temporaire et non-r?current. Cette d?cision, alli?e ? la volont? de privatiser cinq services gouvernementaux, est tout ? fait irresponsable.

Ceci dit, et malgr? ces points profond?ment n?gatifs et r?trogrades, il y a quelques mesures int?ressantes, voire n?cessaires, notamment un investissement de 30 milliards $ au cours des cinq prochaines ann?es pour r?nover les infrastructures, dont les ?coles et les h?pitaux. Cependant, consid?rant la dur?e de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire, il y a fort ? parier que cet engagement sera r?vis? en court de route.

En somme, ce qui frappe dans ce budget, c’est son in?galit? : on donne des bonbons de 1 milliard $ et une ?limination de la taxe sur le capital aux plus ais?s, mais en m?me temps on augmente le fardeau des ?tudiants et on doit se d?barasser d’immeubles pour boucler le budget. On appelle cela au mieux de l’incoh?rence, mais en ?tant tr?s cynique on peut simplement affirmer que le PLQ satisfait ses appuis du monde financier, de l’IEDM, des m?dias corporatistes et des plus hauts salari?s.

Quand un budget devient l’occasion de remercier ses appuis et ne satisfait plus au r?le primordial de l’?tat qui est de chercher ? mieux redistribuer la richesse, il devient ?vident qu’il existe un profond d?ficit d?mocratique et qu’il est dans l’int?r?t de la majorit? de changer le gouvernement au plus vite.

C’est bien beau le d?ficit z?ro, mais qu’en est-il du d?ficit social ? Il serait peut-?tre temps de r?aliser qu’on a peut-?tre simplement transf?r? le d?ficit de l’?tat vers les particuliers…

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  1. avatar
    Catherine-Aimée Roy

    Excellent papier !
    Pour ma part, je crois qu’il manque quelque chose de primordial au budget libéral : une vision à long terme. En effet, minoritaire ou pas, le gouvernement actuel ou futur du Québec devra prendre conscience de l’impact de la démographie sur l’économie. On ne pourra bientôt plus nier que la génération du Baby boom est vieillissante et qu’une fois tout ce beau monde à la retraite, le fardeau fiscal de leurs enfants sera énorme. Par les temps qui courent, on entend beaucoup parler des problèmes de notre système de santé. Qu’en sera-t-il dans 5, 10, ou 15 ans si on sait qu’une large bande de la pyramide démoraphique est en train de vieillir ? Peut-on vraiment se permettre de diminuer les impôts ?

  2. avatar

    Pour ma part, je ne crois pas que la décision des libéraux soit seulement immorale. Elle est, en plus, stupide. Encore une fois, ils ont cru que les Québécois appuieraient un parti qui allège leur fardeau fiscal. Encore une fois, ils coupent dans le financement des services publics en prétendant qu’ils vont pouvoir en améliorer la qualité. Bref, ils sont les champions de la novlangue. Leur problème, c’est que les Québécois décodent trop facilement la vérité derrière les mots. Pour ma part, je vais donner à un organisme d’aide ce cadeau empoisonné que j’aurais préféré ne pas recevoir. Même si j’ai un très grand respect pour celles et ceux qui se dévouent à aider ceux qui ont besoin du soutien de la société, cela me fâche au plus haut point de devoir financer davantage les organismes d’aide parce qu’il faut pallier au désengagement de l’État. Triste, vraiment triste.

  3. avatar
    Renart L’éveillé

    Très bon article Louis !

    Très étoffé aussi, ce que tu te permets moins, et on comprends pourquoi, sur ton blogue, où la pensée se doit d’être plus condensée.