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Ubériser la création monétaire!

Comment se libérer de l’idéologie dominante selon laquelle les Etats ne sont capables de discipline budgétaire que s’ils doivent se financer auprès des marchés financiers ? Le néolibéralisme enseigne en effet que la sanction des marchés envers les pays peu rigoureux s’exercera sous la forme de taux d’intérêt plus élevés censés remettre les cigales sur le droit chemin, soit par l’augmentation des impôts, soit par la réduction des dépenses. Voilà pourquoi l’orthodoxie est farouchement opposée à la création monétaire des banques centrales, qui soutiendrait les Etats dans leur folie dépensière car les divers gouvernements n’auraient qu’à revendre leurs obligations à leur propre banque centrale qui les financerait grâce à sa planche à billets…

Pour autant, il semblerait bien que l’on ait par ailleurs surestimé l’impact des baisses de taux quantitatives qui disposent certes d’un pouvoir monétaire (et psychologique) indéniable de stimulus par leur effet largement positif sur les actifs divers et variés, comme l’immobilier, les bourses ou l’art. Comme ces retombées ne concernent pas l’économie dans son ensemble, ces QE n’ont cependant pas atteint les objectifs de redressement de la croissance et de rétablissement de l’inflation initialement recherchés par les banquiers centraux. La vérité est que les banques centrales comme leurs instruments sont rendus quasi inopérants par les politiques d’austérité de certains Etats. Véritable levier fiscal et budgétaire qui autorise les Etats à emprunter à bon prix pour dépenser et pour investir, les baisses de taux quantitatives, la création monétaire et les taux négatifs ne sont ainsi efficaces que dans le cadre d’une politique expansionniste du gouvernement. Si ces mêmes leviers de la banque centrale sont largement neutralisés dans une conjoncture de rigueur, ils deviennent littéralement contre productifs dès lors que l’austérité est imposée dans un climat de chômage et de récession.

Ils ne profitent en effet dès lors qu’à un nombre infime de privilégiés qui deviennent schizophrènes. Opposés jusque dans leur moelle à la création monétaire par peur de l’inflation et pour ne pas assister les moins démunis ne devant vivre que du produit de leur labeur, ces nantis sont pourtant parfaitement conscients que c’est à cette même politique monétaire qu’ils doivent l’envolée de leurs actifs. C’est donc lorsque les QE ne bénéficient qu’à une infime minorité qu’elles deviennent régressives, tandis qu’elles déploient toute leur efficacité et profitent à l’ensemble de l’économie si elles permettent de financer des plans d’investissement et des programmes de facilités d’accès aux prêts destinés aux entreprises et aux ménages. Pourtant, comment éviter que cette création monétaire ne soit réduite à un banal de transfert de richesses encore et toujours en faveur des plus riches, dans un contexte où la pensée dominante ne cesse de stigmatiser dettes et déficits ?

En opérant des transferts de fonds directement vers les citoyens, afin d’améliorer leur pouvoir d’achat et de multiplier leur capacité à consommer. C’est bien l’ubérisation de la dépense que doit promouvoir un gouvernement dans une conjoncture de stagnation économique, afin de rétablir l’inflation et de donner des ailes à la croissance. Tout en accompagnant ces dons de diverses mesures protectionnistes afin que cette consommation profite aux entreprises locales et nationales, sans plomber davantage le commerce extérieur. Pourquoi ne pas distribuer 2’500 euros par ménage et par an et, ce, tant que croissance et inflation sont en-dessous de 2% ? Quant à l’impact de tels transferts de fonds sur l’état de l’économie, il est possible de le calculer en trouvant son effet multiplicateur : autrement, pour 100 euros donnés, quelles sont les retombées en termes d’amélioration du P.I.B. ?

S’il n’est pas possible de s’adosser à des statistiques appartenant au passé vu que de telles expériences n’ont jamais été tentées, on peut en revanche analyser les effets des remboursements d’impôts ayant eu lieu aux USA en 2008 où des chèques furent envoyés par les services fiscaux aux contribuables au plus fort de la crise afin de relancer l’économie. Dans ce contexte, l’effet multiplicateur fut de 1.3. Transposé au don de liquidités, ceci reviendrait à en conclure que 1% du P.I.B. donné aux citoyens se traduirait par un redressement de 1.3% du P.I.B., soit une hausse de 2.6% du P.I.B. en cas de dons aux citoyens totalisant 2% du P.I.B. Sachant qu’il a été prouvé que les sommes restituées en termes de crédit d’impôts avaient nettement moins d’impact favorable que l’apport d’argent « frais ». Il est donc possible d’en déduire que l’effet multiplicateur de ce crédit social avoisinera vraisemblablement les 1.5, niveau plus qu’honorable en termes macroéconomiques. Un tel multiplicateur serait gage de croissance et d’une diminution tangible du chômage.

Ce crédit social peut en outre être optimisé en ne le destinant qu’aux 75% des contribuables disposant des revenus les plus bas. Un tel calibrage aurait à l’évidence des conséquences bénéfiques immédiates sur la croissance, sans les effets collatéraux des QE qui sont d’enfler des bulles spéculatives et d’aggraver l’instabilité financière. Par ce biais, la création monétaire elle-même serait nettement moins intensive puisque – pour reprendre l’exemple ci-dessus – un don de 2’500 euros par famille et par an ne représente environ que 2 mois de baisses de taux quantitatives de la part de la Banque centrale européenne, qui du coup activerait moins sa planche à billets avec des effets spectaculaires et sur la croissance et sur les inégalités. Ne nous égarons donc pas dans les méandres de la sémantique des banquiers centraux qui rechignent à ce crédit social sous le prétexte qu’il s’agit là d’une mesure fiscale du ressort des exécutifs. Dans un contexte où les gouvernements sont tétanisés par l’orthodoxie, et alors que les politiques – et que la politique – ne sont absolument plus crédibles, il est vital que ces transferts de liquidités en faveur de la population deviennent un instrument à part entière de politique monétaire.

 

Michel Santi

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