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Tunisie : La revolution trahie

Par : Nader Haddad

Les r?volutions arabes qui ont ?clat? il ya deux ans ont exprim? les aspirations des peuples arabes pour un avenir meilleur o? la justice, la libert? et la dignit? humaine l’emportent apr?s des d?cennies de tyrannie et de la d?gradation. Ces personnes n’ont pas ?t? attir?s dans la r?volution par s?ductions ?trang?res des promesses de r?compenses ? la maison. Ils ont ?t? inspir?s par l’amour de leur pays d’origine qui avait ?t? pill? sous l’emprise de la corruption et le n?potisme, par sympathie pour ses semblables dont les droits ont ?t? syst?matiquement maltrait?s, par la qu?te d’une vie digne qui avait ?t? longtemps inaccessible ? la majorit? de la personnes sous les r?gimes dont les copains et flagorneurs ont tenu un monopole sur l’avantage et le privil?ge.
Le long r?gne de la cupidit? et l’injustice avait suscit? une vague massive de col?re bouillonnante qui a ?clat? au grand jour lorsque Mohamed Bouazizi s’est immol? devant un b?timent municipal de Sidi Bouzeid, Tunisie. Dans l’accomplissement de cet acte ultime de frustration et de d?sespoir, Bouazizi n’avait pas r?alis? qu’il allait d?clencher une conflagration qui consommerait despotes en Tunisie et d’autres pays arabes. Mais c’est pr?cis?ment ce qui s’est pass?. Les gens ont surgi. Ils ont rempli les places publiques avec leurs exigences de libert?. Et r?gimes iniques renvers? l’un apr?s l’autre comme des feuilles d’automne. Un ressort s’?tait lev? avec la promesse de changements profonds qui ouvrirait la voie ? la r?alisation des aspirations arabes longtemps caress?s. Deux ans se sont ?coul?s depuis lors, et les fruits de ce printemps se sont av?r?es tr?s d?risoire, surtout lorsqu’on les compare aux grands r?ves qui avaient effectu? les torches r?volutionnaires.
Il est ? esp?rer que les nouveaux r?gimes au pouvoir s’efforceront de restructurer les anciens syst?mes de gouvernement et de g?rer le processus de transformation d?mocratique, dans le cadre d’un processus plus large de la reconstruction de l’Etat dans le cadre de l’unit? nationale, le consensus populaire et la primaut? du loi. En d’autres termes, l’attente ?tait pour la construction d’un Etat d?mocratique moderne ? la mani?re de ceux qui a surgi en Europe de l’Est. Cet ?tat serait alors superviser un renouveau ?conomique, ? la mani?re des ?conomies ?mergentes d’Asie du Sud et du Sud-Est, ce qui porterait l’am?lioration rapide des conditions de vie de la population, r?duire la pauvret? et r?aliser la justice sociale.
Sinon dit, il est ? esp?rer que les nouveaux r?gimes r?agiraient, si ce n’est ? des degr?s par rapport ? la r?volution des espoirs et des attentes arabes qui a ?t? d?clench?e par les r?volutions du printemps arabe. Malheureusement, les d?veloppements sur le terrain se sont d?roul?s dans la direction totalement oppos?e aux aspirations.
S’il est vrai que l’Egypte a pris d’importantes mesures positives (il y avait g?n?ralement juste et honn?te des ?lections l?gislatives et pr?sidentielles et l’arm?e est revenue ? sa mission centrale de sauvegarder la s?curit? nationale), la r?volution a ?t? la proie de dissensions et de division entre les forces r?volutionnaires. Le chef facteur contribuant ? la r?ussite de l’?gyptien (et tunisienne) R?volution ?tait l’unit? qui avait li? tous les participants ? Tahrir et des autres places r?volutionnaires. Une fois que facteur crucial a disparu, la d?sint?gration et le jeu de la discorde dans et friction mont?s comme des rivaux en comp?tition pour le pouvoir. En Egypte, les principaux pr?tendants sont les islamistes, repr?sent?s principalement par aile politique des Fr?res musulmans, le Parti de la Libert? et de la Justice, et ses alli?s salafistes, et l’opposition lib?rale / la?c, tandis qu’une grande partie de la jeunesse r?volutionnaire se tordit les mains sur leur r?ves qui ?taient partis en fum?e.
La situation a ensuite pris un tour plus dangereux quand le pr?sident a ?mis sa d?claration constitutionnelle en Novembre l’ann?e derni?re, ce qui aggrave la polarisation de montage sur le processus de r?daction de la nouvelle constitution et la substance m?me de cette constitution. Par le deuxi?me anniversaire des 25 Janvier r?volution, le pays ?tait en feu ? des manifestations, des ?meutes et de la violence des niveaux sans pr?c?dent. C’?tait comme si une ?norme boule de feu sautait du Caire ? Alexandrie, de la place Tahrir ? la mosqu?e Qaed Ibrahim, de Mahalla Al Kubra vers les villes du canal de Suez, et du palais pr?sidentiel au quartier g?n?ral des Fr?res Musulmans en Moqattam. Ne pouvaient les diff?rentes initiatives de dialogue national parvenir ? une perc?e qui pourrait mettre fin ? la spirale de la violence. Les forces de l’impartialit?, la rigidit? et la m?fiance ?taient trop forts. Pendant ce temps, les forces contre-r?volutionnaires ont profit? de l’effondrement de s?curit? pour parvenir ? leurs fins, ce qui porte l’Egypte, le pays pivot dans la r?gion, au bord de l’?tat d’un Etat en faillite et l’effondrement total.
La situation en Tunisie n’est pas tr?s diff?rent. L? aussi, la division et le conflit a pr?valu parmi les forces r?volutionnaires quand il est devenu de plus en plus ?vident que la coalition au pouvoir, dirig?e par le mouvement islamiste Al-Nahda a ?t? pli? ? affirmer le contr?le int?gral du syst?me politique. M?me quand Hamadi Al-Jabali, Premier ministre tunisien et secr?taire g?n?ral d’Al-Nahda, a d?m?nag? ? former un gouvernement de coalition de technocrates ind?pendants comme le seul moyen de sauver le pays de la faillite, Al-Nahda a rejet? cela et Al-Jabali a ?t? contraint de d?missionner le 19 F?vrier 2013. Mais le prochain gouvernement qui a ?t? form?, sous le Premier ministre d’Ali Al-arides, a ?t? accus? d’?tre un peu plus d’une reproduction de l’ancienne coalition au pouvoir, m?me si certains minist?res souverains ?taient neutralis?s, et l’opposition a insist? lors d’une conf?rence de salut national. Pendant ce temps, le gouvernement demeure incapable d’affronter les salafistes radicaux, qui ont ?t? de plus en plus impliqu?s dans des actes d’intimidation et de violence.
La r?volution syrienne a atteint un carrefour. Les r?volutionnaires n’ont pas r?ussi ? renverser le r?gime de Bachar Al-Assad qui est fortement soutenue par la Russie, la Chine et l’Iran alors que les puissances occidentales sont rest?s r?ticents ? intervenir militaire au nom des r?volutionnaires, comme ils l’avaient fait en Libye, de peur que l’intervention serait pr?cipiter une guerre r?gionale majeure. Ainsi, ce qui a commenc? comme une r?volution pacifique a d?g?n?r? en guerre civile en raison de l’appel du r?gime syrien ? une violence excessive. Le r?sultat fut la destruction de l’Etat syrien, et plus de 70.000 morts et environ un million de personnes d?plac?es.
En Libye, le gouvernement central est toujours incapable d’?tendre son contr?le sur le pays et mettre en ?uvre ses politiques, dans le contexte de la pol?mique en cours sur la loi d’isolement politique visant ? interdire les membres de l’ancien r?gime de la vie politique. Dans les derniers d?veloppements sur ce front, des groupes de manifestants qui r?clament la mise en ?uvre de cette loi ont assi?g? le si?ge du Congr?s national g?n?ral, des ?meutes ont ?clat? ailleurs dans le pays, il ya eu une tentative d’assassinat contre le pr?sident du congr?s, et les citoyens libyens ont commenc? ? appeler ? l’arm?e et ? la police d’intervenir afin d’endiguer les milices arm?es. Ces ?volutions indiquent que, plut?t que d’avancer vers la r?alisation des objectifs de la r?volution, la Libye est en train de cercles en place.
Y?men n’a pas d?rog? ? la r?gle g?n?rale des autres pays du printemps arabe. Il doit encore composer avec ces d?fis majeurs comme la n?cessit? de reconstruire l’arm?e et les agences de s?curit? nationale de mani?re ? garantir leur neutralit? politique. R?cemment, le pr?sident y?m?nite a appel? ? un dialogue national pr?paratoire ? l’?tablissement des principes g?n?raux de la Constitution avant les ?lections ont lieu au d?but de 2014.
Sur le plan politique, dans son ensemble, les pays des r?volutions arabes se caract?risent par un conflit interne intense et la pi?tre performance dans la gestion du processus de transformation d?mocratique.
Socialement et ?conomiquement, ils s’en sortent aussi mal. Les principales revendications des r?volutions arabes ?taient essentiellement ?conomiques. Les peuples arabes ont demand? la fin du ch?mage, des salaires plus ?lev?s, et l’arr?t de la hausse des prix des biens et services essentiels. En bref, ils ont cherch? la justice socio-?conomique. Encore une fois, les r?alit?s se sont d?roul?s dans la direction diam?tralement oppos?e. La d?t?rioration des conditions de s?curit? ont eu un impact catastrophique sur de nombreux secteurs ?conomiques, notamment les investissements ?trangers, le tourisme, les banques et les march?s boursiers en Egypte et en Tunisie, le secteur p?trolier en Libye. Avec la baisse des niveaux de production, les taux de croissance ?conomique ont plong?. Cette situation, ? son tour, a engendr? une crise financi?re majeure qui a pris la forme d’une p?nurie de liquidit?s et de montage des d?ficits budg?taires. Dans le m?me temps, il ya l’?nergie continue et les p?nuries de carburant et les taux de ch?mage sont tr?s ?lev?s.
Dans l’espoir d’att?nuer la gravit? de la crise, l’Egypte cherche ? renouveler ses pourparlers avec le FMI au d?but Avril afin de conclure un accord sur un pr?t de 4,8 milliards de dollars, en d?pit des conditions difficiles que l’Egypte sera oblig? de r?pondre.
Le gouvernement tunisien a, pour sa part, n’a pas seulement ?t? incapable de produire des solutions au probl?me de la mont?e du ch?mage, il a ?galement r?ussi ? introduire des r?formes de l’emploi efficaces et d’am?liorer le niveau des services publics.
En Syrie, l’infrastructure ?conomique et physique du pays est en train de s’effondrer dans la mesure o? il n’est m?me plus possible de parler de quelque chose qui s’appelle une ?conomie syrienne, tandis que la recherche de larges segments de la population pour le pain est devenu partie int?grante de la lutte de la vie et de la mort.
En g?n?ral, les gouvernements des pays des r?volutions du Printemps arabe semblent manquer totalement une vision ?conomique de leurs pays en crise. Le r?sultat est que ces pays qui ont accompli l’?norme exploit de renverser les r?gimes despotiques se trouvent maintenant patauger dans les bourbiers du conflit politique et les conflits, et le cercle vicieux de la mauvaise performance du gouvernement, aggravation de la crise ?conomique, et la col?re populaire renaissant et de frustration. Certes, une telle d?t?rioration drastique aurait pu ?tre surmont?s, si elle n’est pas ?vit?e, a l’esprit de consensus national ou ?coalition nationale? ?t? autoris? ? emporter et conduire ces pays ? la s?curit?.
L’ordre arabe a ?galement ?t? victime de l’instabilit? actuelle dans les pays des r?volutions du printemps arabe et la baisse cons?quente de leur capacit? ? influencer la r?gion et du monde. En cons?quence, ces pays sont devenus vuln?rables ? la p?n?tration croissante de la part de ces puissances r?gionales comme l’Iran et la Turquie. Les deux sont sur les c?t?s oppos?s de la question syrienne. Le premier a longtemps fait campagne pour ?tendre son influence dans la r?gion par le biais du ?croissant chiite?, alors que ce dernier cherche ? ?tendre son influence, mais ? travers le d?ploiement de ses sources de ?soft power? dans l’espoir de r?cup?rer un ?l?ment de son ?tat ant?rieur et de prestige dans les pays de l’ex califat ottoman.

Pourtant, nous nous retrouvons avec la question de savoir pourquoi la r?colte du printemps arabe a ?t? si maigre, en d?pit de la chute des r?gimes oppressifs, le r?veil des peuples qui avaient franchi la barri?re de la peur, et la capacit? accrue de l’opinion publique ? diriger les ?v?nements.
Aussi difficile que cela est d’identifier toutes les r?ponses, nous pouvons aborder certains. On doit faire avec de grandes diff?rences dans les perspectives des forces politiques qui, une fois l’objectif unificateur de renverser le r?gime a ?t? accompli, brouill?s pour profiter de ce qu’ils consid?rent comme l’occasion historique de r?aliser leurs propres objectifs particuliers et appliquer leur vision particuli?re sur le terrain. Peu de ces forces ?taient pr?ts ? faire des compromis dans ce qui est devenu un jeu ? somme nulle, dont les effets se sont vite devenus ?vidents en spirale polarisation politique et la violence de montage. Dans le m?me temps, il est devenu ?vident que l’effondrement ?conomique est la cons?quence directe de l’instabilit? politique et que c’est seulement par la restauration de la stabilit? politique de ces pays pourrait s’engager sur la voie de la reprise ?conomique et la r?alisation des revendications r?volutionnaires li?s ? la justice socio-?conomique.
Certes, il ya des puissances ext?rieures qui ont un int?r?t dans la perp?tuation de l’instabilit? politique et ?conomique dans les pays des r?volutions du printemps arabe, afin de les garder mall?able et inf?od?e aux int?r?ts de ces puissances ext?rieures. Dans le m?me temps, les forces de la contre-r?volution sont certainement au travail, faire tout leur possible pour aggraver la crise et de contrecarrer les r?volutions arabes.
N?anmoins, il faut garder ? l’esprit que seulement deux ans se sont ?coul?s depuis les r?volutions du printemps arabe a ?clat?. C’est un temps tr?s court dans la dur?e de vie moyenne des r?volutions, m?me si ? la conscience collective semble une ?ternit?, surtout ? la lumi?re des nombreuses et ?normes sacrifices qui ont ?t? faits de la cause r?volutionnaire.

 

Nader Haddad
Doctorant a l?Universite d?Oxford
Dipl?m? de Paris 1 Sorbonne Pantheon

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