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Trump : vers une « Convention contestée » ?

Donald Trump domine très largement la concurrence dans son camp, et vu de France, il semble avoir un boulevard devant lui pour obtenir l’investiture du Parti Républicain. Les choses ne sont pourtant pas si simples qu’il y paraît, et c’est une « Convention contestée » qui pourrait se tenir en juillet à Cleveland (Ohio)…

Pour les Français que nous sommes, le système des Primaires américaines semble pour le moins complexe. Et de fait il l’est, avec ses scrutins par État qui ne prennent pas tous la même forme et ne désignent pas tous des délégués en proportion du résultat de chaque candidat. Ici l’on organise des votes traditionnels ; là des « caucus » dans des assemblées locales où l’on vote parfois à main levée. Ici, le nombre de délégués est proportionnel au résultat obtenu dans l’État ; là le candidat arrivé en tête rafle la totalité des délégués.

Qu’à cela ne tienne, les électeurs américains s’y retrouvent et ne semblent pas décontenancés par un système en apparence confus, et même inéquitable*. C’est le cas des électeurs républicains, ces partisans du « Grand Old Party » (GOP) d’Abraham Lincoln** qui rêvent de reprendre la Maison Blanche aux démocrates pour enfoncer le clou du libéralisme et détricoter les rares, et pourtant bien timides, avancées sociales du double mandat d’Obama. Eu égard à la contestation de l’action du président sortant et à la personnalité controversée d’Hillary Clinton, cela semblait devoir être une formalité.

Or, voilà que dans une société de plus en plus déboussolée, et de plus en plus défiante à l’égard des élites, ce n’est pas un candidat républicain bon teint issu de l’« establishment » – du genre Jeb Bush – qui fait la course en tête, mais un pitre populiste et vulgaire qui multiplie dans ses discours les énormités envers les femmes, les Mexicains, et bien entendu ses adversaires. Nombre d’éminents éditorialistes et d’experts en politologie, des deux côtés de l’Atlantique, avaient pourtant pensé, à la lecture des sondages positifs dont bénéficiait Trump avant le début des primaires, que sa cote s’effondrerait très vite. La suite des évènements leur a montré qu’ils se sont gravement plantés.

Donald Trump a-t-il d’ores et déjà gagné l’investiture républicaine ? Ceux qui l’affirment vont un peu vite en besogne. Certes, avec ses 378 délégués, l’iconoclaste milliardaire possède actuellement une nette avance sur Ted Cruz (295 délégués), Marco Rubio (123 délégués) et John Kasich (34 délégués), Ben Carson ayant jeté l’éponge avant les scrutins de samedi. Mais contrairement aux apparences, cette victoire annoncée de Trump est loin d’être aussi évidente que les résultats acquis à ce jour semblent l’indiquer.

En réalité, la date véritablement importante sera le 15 mars. Ce jour-là, il y aura quatre primaires républicaines, dont deux cruciales pour l’issue de la course à l’investiture, en Floride et dans l’Ohio. Deux États où fonctionne, non le principe de la répartition proportionnelle, mais celui du « winner takes all », autrement dit du tout ou rien, le gagnant raflant la totalité des délégués. Or, Trump est actuellement donné largement favori en Floride, dans le fief du sénateur Rubio, le seul des candidats de l’« establishment » encore en course, mais en grande difficulté. Une victoire de Trump au pays de Mickey donnerait le coup de grâce aux caciques du GOP, et cela quel que soit le score de Cruz dans l’Ohio. Et pour cause : l’évangéliste latino – une sorte de « fou de Dieu » à l’américaine –, est tout aussi délirant que Trump, et tout aussi honni dans son propre camp.

Un cauchemar pour les républicains

Manifestement, il y a le feu au Parti Républicain, et c’est pourquoi tout a été mis en œuvre par les caciques du GOP pour briser la dynamique dont bénéficie Trump dans  l’espoir probablement vain de sauver le subclaquant Rubio. Mitt Romney, le candidat républicain battu par Barack Obama en 2012, a lui-même sonné la charge avant les votes de samedi en tirant sur Trump au bazooka, allant jusqu’à le qualifier de « charlatan » et d’« imposteur ». Du jamais vu à l’encontre d’un candidat majeur au cours d’une primaire ! Dans le même temps, des campagnes de publicité négative financées par le GOP ont été diffusées dans les médias pour contrer le milliardaire blond. Là encore, c’est du jamais vu ! Et bien entendu les adversaires de Trump ne se sont pas privés de lâcher leurs coups sans la moindre retenue.

Tout sera-t-il définitivement joué en faveur de Trump au soir du 15 mars ? Probablement pas. Car pour être assuré de l’investiture, il ne suffit pas à un candidat d’arriver à la Convention avec le plus grand nombre de délégués : encore faut-il qu’il dispose de la majorité absolue, soit 1 236 délégués, pour que son investiture s’impose à tous. Or, tout démontre que les responsables du GOP vont continuer de faire le forcing pour empêcher Trump d’atteindre ce nombre d’or, probablement synonyme d’une défaite face à la probable candidate démocrate, Hillary Clinton. Encore faudrait-il, pour mettre Trump en échec dans sa quête d’investiture, parvenir à une union sacrée de ses opposants, de nature à rallier tous leurs délégués sous une même bannière.

Un tel scénario est en principe possible dans le cadre d’une « Contested Convention », et certains caciques du Parti républicain se sont pris à en rêver. Mais en pratique il y a fort peu de chances que cela puisse se réaliser car, compte tenu de ses résultats à ce jour – il n’a gagné qu’un seul état –, on voit mal comment Rubio pourrait incarner un tel candidat de consensus parmi les adversaires de Trump. On le voit d’autant plus mal que Cruz, désormais en embuscade et fort des succès engrangés, entend jouer sa chance jusqu’au bout.

Mais surtout, qui peut croire que Trump accepterait sans broncher d’être écarté de l’investiture par une manœuvre d’appareil s’il est avéré qu’il possède le plus grand nombre de délégués ? Personne, évidemment. Or, Trump a laissé planer la menace d’une candidature individuelle à la présidentielle contre son propre parti. Avec à la clé la certitude d’un échec cuisant des républicains face au camp démocrate. Et le possible éclatement du Grand Old Party.

Décidément, cette primaire est un cauchemar pour Mitt Romney et ses amis. Comme dirait un vieil ami paysan : « Ils n’ont pas le cul sorti des ronces ! »

* Outre les différences évoquées dans l’article entre les États, le fait que les scrutins soient étalés de février à avril influe indiscutablement sur les votes de lecteurs, le choix des candidats étant plus large au début du processus qu’en son milieu ou en phase terminale.

** Abraham Lincoln a été le 1er président républicain de l’histoire des États-Unis. 

 

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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