Accueil / A C T U A L I T É / Trump : Gouverner les USA comme le Mississippi (1)

Trump : Gouverner les USA comme le Mississippi (1)

A chercher comment donc Trump fonctionne, j’en suis arrivé à me dire qu’il devait bien avoir lui-même des modèles en politique. J’ai fini par en trouver un, ancien trésorier de l’Etat, remplacé dernièrement par un adepte, qui est à l’image même de ce que sont devenus les Etats-Unis : un pays où les pauvres, les noirs et les démunis sont grugés. On préfère là-bas les combats de catch, comme sport favori, à l’image du pays drivé par un président bonimenteur, illettré, excessif, impudique, qui se moque de justice, le spécialiste des coups tordus, un pantin immédiat (1), lequel ne cache pas non plus son goût pour ce sport où tous les coups bas sont permis. Analyse du phénomène ou comment réussir à se faire élire par une population que l’on gruge tous les jours (2)…

Je vous expliquerai tout à l’heure d’où m’est venue exactement l’idée de cette analyse incongrue : de l’actualité bien sûr, vous vous en doutez. Elle est sinistre et déplorable comme vous allez le voir. L’Etat que j’évoque est le Mississippi. Il vient juste de changer de gouverneur, le précédent lui ayant bien préparé le terrain comme on peut le voir sur cette photo avec un invité de marque entre les deux pour le présenter : « Junior », le fils qui se promène à la chasse avec des fusils estampillés du mot « Croisade ». L’image de la relève en marche, hélas, si les américains continuent à garder leurs œillères, à défaut de porter aujourd’hui un masque.

Le (Delta) Blues des démocrates

A droite, sur la photo, c’est le nouvel élu, Tate Reeves, un banquier républicain de 46 ans, à gauche son prédécesseur Phil Bryant. L’Etat, proche voisin celui du ségrégationniste George Wallace ne l’oublions pas, est franchement républicain en effet depuis les années 60 (il avait démarré démocrate avant guerre et même sans discontinuer depuis la fin de la guerre de Sécession, et invariablement depuis 1976 au point d’être aujourd’hui considéré comme perdu par les démocrates qui ne s’y aventurent plus ou prou.

Pour le décrire, on peu prendre ce texte assez sidérant à vrai dire qui date pas mal, rassurons-nous  : « le Mississippi est un état rural. La population est noire à 70 %. C’est l’état le plus pauvre des Etats Unis. Une proportion importante de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Des maladies comme la tuberculose et la syphilis font encore des ravages, nombreux sont les enfants qui naissent aveugles. La mortalité infantile y est très élevée, au niveau de certains pays du tiers-monde. Les médecins sont peu nombreux. Il n’est pas rare dès que l’on sort des grands axes comme les highway 61 et 49 de devoir rouler sur des chemins de terre complètements défoncés, beaucoup de voies de chemin de fer sont abandonnées, la plupart des villages ont des faux air de Jamaïque, avec leur cabanes en bois délabrées, parfois sans eau courante et sans sanitaires. » C’est en effet le pays du blues , celui du Delta, celui de Robert Johnson (à droite ici c’est Lonnie Pitchford, ami de Robert Lockwood Jr et Johnny Shines, disparu tôt en 1998, à 43 ans (3), il a été enterré pas loin d’Elmore James. Il est ici à droite- et au bottleneck- dans le film « Deep Blues A Musical Pilgrimage To The Crossroads » une visite commentée effectuée par Robert Mugge et Robert Palmer en 1991).

Le pays, également, de naissance de BB King puisqu’il est né à Indianola… un BB venu de ses champs de coton pour enregistrer des merveilles et influencer toute une génération. On peut regarder « The Life of Riley » superbe documentaire  de 2014 sur la vie d BB… pour s’en convaincre si ce n’était déjà fait. Ci-dessous le dessin de Crumb illustrant la bio de Charlie Patton évoquant la terrible inondation de 1927, celle où les digues ont cédé (une interprétation plus récente du phénomène ici et là sa version live (4))

En fait le chiffre cité au départ était complètement faux : la population est à majorité blanche dans l’Etat, à 59,2% aujourd’hui, et c’est ainsi depuis 1940… : les chiffres, non vérifiés, ont été cités pour étayer un peu trop rapidement le film, mais la description des lieux, datant des années 90 en tout cas, était proche de la réalité du moment. Sinon il serait difficile en effet d’expliquer comment on peut y voter républicain avec une telle constance depuis les années soixante ! Trump en 2016 y a fait 57,86% des votes avec 17,8% d’avance sur Hillary Clinton. C’est 6,8% de plus que la marge (11,5% ) qu’avait vite obtenu dans l’Etat Mitt Romney contre Obama

Le Mississippi, un Etat pauvre avant tout

La pauvreté est aujourd’hui toujours présente,(5), en tout cas au point qu’en 2016 une demande (émanant de la droite bien sûr (6)), avait été faite de.. réduire l’aide alimentaire (« food stamps »), au grief que les gens s’y étaient trop habitués au lieu de chercher du travail…  (s’ils pouvaient en trouver !) :« L’un des moyens les plus importants pour les gouvernements de travailler avec les gens pour échapper à la pauvreté est de les aider à trouver du travail. Seulement 2,6% des travailleurs à temps plein sont pauvres, au sens des normes fédérales de pauvreté, contre 23,9% des adultes qui ne travaillent pas. Même le travail à temps partiel fait une différence significative; seulement 15% des travailleurs à temps partiel sont pauvres » notait le rapport. En 2014, 25% de la population de l’Etat du Misssissipi vivait des Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), ou « food stamps », pour 9% dans l’ensemble du pays  (l’aide est de 250 dollars par mois) ! 45% de la population (pas loin de la moitié !) est en-dessous des « 200% du seuil de pauvreté », qui est établi ainsi : une famille de deux adultes et deux enfants est en dessous des 200% de pauvreté si elle touche moins de 49,200 dollars par an… 

« Chaque mois, 582 658 Mississippiens reçoivent des prestations du Programme d’assistance nutritionnelle supplémentaire (SNAP) ou des coupons alimentaires. Les États-Unis Le Ministère de l’Agriculture estime que ce nombre représentait 83,4% des Mississippiens éligibles à ces avantages ». C’est désespérément pauvre, et triste à souhait   Heureusement il reste que des « Juke Joint » subsistent, comme le célèbre Blue Front Café.  Lui aussi, hélas, aujourd’hui désespérement vide…. Dans le Mississippi, on danse même sur la boue ! Comme est vide tout autant Clarksdale, autre berceau du blues, car c’est aussi, hélas, le terrain rêvé pour le développement du coronavirus, en ce moment. Et ce n’est pas un simple coup de balai qui va le faire disparaître ! Le racisme, lui, n’a pas disparu non plus… hélas !

Une page d’histoire d’abord

Il y a donc peu de choses à conter historiquement sur le Misssissipi, à part les événements météo réguliers comme les tornades ou les crues du Mississippi, comme celle de 2019 encore, étudiée ici par la NASA. Ou faire l’histoire des Steamboats, ces particularismes nautiques qui se feront la course ou exploseront parfois, trop poussés par leurs chauffeurs, pour devenir plus tard vedettes d’Hollywood et être célébrés par John Fogerty et CCR. Historiquement on revient invariablement aussi aux lynchages de noirs (on peut réécouter le saisissant Strange Fruits de Billie Holiday !), que tout le monde a pris dans la figure en 1988 avec le terrible film d’Alan Parker (Mississippi is Burning), basé sur des faits réels datant de 1964, dans lesquels trois militants des droits civiques, Michael Schwerner, Andrew Goodman et James Chaney avaient été lâchement assassinés par des membres du Ku-Klux-Klan. Je passe rapidement sur l’histoire, connue, en n’oubliant pas de préciser que l’on a mis 40 ans pour arrêter l’un des assassins, Edgar Ray Killen, soupçonné pourtant en 1998 mais relâché à l’époque. Agé de 80 ans, il a finalement été condamné en 2005 à 60 ans de prison (3 fois 20 ans pour chaque meurtre). Il est mort il y a deux ans seulement.

Non, aujourd’hui je préfère revenir bien plus en arrière, en… 1875 sur une affaire oubliée et très symptomatique il me semble. Dans une petite ville du Misssissipi appellée… Clinton alors petite bourgade (elle fait 25 000 habitants aujourd’hui). On est déjà à cette époque sur une séparation républicains-démocrates, et à Clinton, pour adoucir les choses pour les élections, on a organisé un barbecue rassemblant plus de 1 500 républicains et leurs familles (on dit parfois 2500), des républicains noirs en effet, car tous embarqués dans l’immense espoir donné par Abraham Lincoln. Le barbecue a lieu en présence de quelques démocrates (blancs), invités, également présents (ils ne sont que 75, dont huit venus de la ville voisine de Raymond).  Une réunion tenue sur le terrain de l’ancienne plantation ravagée de Moss Hill (détruite par les terribles combats de la bataille de Vicksburg). A ce moment-là les noirs ne votent que depuis 8 ans, est ils ont compris le besoin de s’organiser pour augmenter leur voix, ce qui bien entendu crée des dissensions chez les blancs restés racistes qui craignent cette montée en puissance toute nouvelle qui les inquiète. Pour éviter les heurts possibles, boissons alcoolisées et armes ont été interdites ce jour-là. A la suite du discours du chef républicain, H.T. Fisher, le rédacteur en chef du Jackson Times, un incident va se produire pourtant, et tout va hélas vite dégénérer. Un démocrate a fait une remarque tout haut dans l’assemblée, jugée blessante pour le noirs, et peu de temps après des coups de feu on été tirés. On relèvera sur le terrain neuf morts, dont cinq noirs, parmi eux deux enfants, quatre blancs, et près d’une trentaine de blessés dans les deux camps. Un vrai carnage, les deux partis se rejetant mutuellement d’être à l’origine des tirs. Parmi les tués, des blancs comme William P. Haffa, un instituteur venu de Pennsylvanie, mais inscrit lui aussi au parti républicain et dont la femme Alzina a raconté le meurtre, chez eux, perpétré par un groupe armé de 75 hommes, dont deux membres de sa propre famille ! Horrible ! Acte I de l’affaire.

Mais ce n’est pas fini, hélas. Le soir même commence l’acte II : dans la nuit, des milices blanches armées, associées au parti démocrate du Mississippi, venues plus tôt en renfort de Jackson et Vicksburg, et surnommées Modocs, (d’après une tribu indienne de Californie) arrivent pour protéger soi-disant les leurs contre les noirs armés. Près de cinquante d’entre eux vont alors périr, poursuivis par les blancs jusque dans la forêt avoisinante. Le gouverneur Ames décide alors de faire appel à Washington, ou le président Ulysses Grant (18e président des États-Unis, perçu comme progressiste pourtant, opposé au KKK) rejette sa demande d’aide le 14 septembre, lui répondant que « tout les gens sont fatigués de ces réunions annuelles et automnales dans le Sud », laissant donc ainsi les gens continuer à s’entretuer à Clinton. Au total, il y aura plus d’une cinquantaine de morts, essentiellement des noirs. Et laissant le Mississippi profondément meurtri pour des années… avec une profonde méfiance désormais pour le pouvoir central !!! Cela durera, durera, en raison des blocages évidents de la société et des politiciens blancs au Mississippi : l’Etat refusera par exemple de ratifier le 13e amendement abolissant l’esclavage jusqu’en 1995 !!! Incroyable !!!

L’inauguration de la honte

Une méfiance qui perdure, en raison de graves erreurs de stratégie politique, dont voici le plus bel exemple récent historiquement au Mississippi. Le mardi l’inscription de deux jeunes étudiants noirs à l’université.  Son assassin s’appelle Byron De La Beckwith.  Il est membre des Citizens’ Councils, un groupe fascisant de suprémacistes blancs formé en 1954 pour empêcher l’intégration raciale dans les écoles du Mississippi, justement, une intégration imposée par le gouvernement fédéral (7).  Meyers, ancien soldat qui a participé au Débarquement en Normandie, repose depuis à Harlington. Sa mémoire est célébrée partout, aujourd’hui,  y compris au Mississippi bien sûr Le 9 décembre 2017.  La ville de Jackson, inaugure le Mississippi Civil Rights Museum pour entretenir la mémoire de son mouvement. L’idée a été proposée en 2000 par le sénateur démocrate John Horhn, et a été reprise par le gouverneur Barbour, qui a vu dans son édification un moyen de bloquer les « ultras » de son propre parti, qui y sont bien sûr opposés.

Les tractations pour choisir l’endroit où le bâtir vont durer plus de trois ans, chaque homme politique priant pour sa chapelle, car il promet de nombreux visiteurs et il est déjà devenu un moteur économique régional avant même d’être édifié. La crise financière aidant, on dit le projet mort en 2010, car il faut désormais 70 millions pour le bâtir (pour 20 au départ). Un accord est enfin passé entre le Sénat et l’Etat en 2001 et le projet peut être enfin être bâti. Barbour parti en 2012, c’est à Bryant que revient la mission de demander au président du moment de l’inaugurer.

Il refusera d’abord de le faire, et, le comble, il est venu quand même sur place (!).  Il se déplacera pour le visiter en 30 minutes au pas de charge et pour recevoir dans la foulée des personnes réunies en petit comité pendant 10 minutes et repartir aussitôt. Le seul noir qui l’accompagnait était celui du Housing and Urban Development Secretary (le secrétaire au logement) Ben Carson, la potiche de couleur de son cabinet, après avoir été son rival à la course à la Maison Blanche. Un menteur invétéré, qui avait affirmé avoir fait West Point sans jamais y avait mis les pieds ! La veille de venir, comme pour jeter de l’huile sur le feu, Trump avait apporté tout son soutien à la nomination du controversé Roy Moore à la Cour suprême de l’Alabama. Or Moore est un anti-gay, pro-religieux, un évangélique, partisan de la loi divine (dite loi mosaïque), qui était aussi accusé de harcèlement sexuel par sept femmes !!!

Le  manque de respect de Trump, ce jour-là, avait été évident, ainsi que son incompréhension totale de la charge présidentielle. Sans oublier sa rancune coriace sur le jour d’inauguration d’Obama, qui avait effectivement et sans aucune contestation possible réuni bien plus de gens que la sienne (sans oublier la grotesque copie du gâteau):  Donald Trump est bien étroit esprit, tout simplement ! Sur place, Bryant expédiera lui aussi la cérémonie et, pire encore, il n’empêchera pas le déploiement du drapeau des Confédérés, symbole raciste, durant la cérémonie, puisqu’il figure toujours sur celui de l’Etat  : c’est la honte complète !  Une photo le prouve, où l’on aperçoit la tête de M

La maison hantée par les fantômes de la ségrégation

Deuxième acte de ces positions pour le moins alambiquées du gouverneur funambule Bryant, dont celle portant sur le statut de monument historique accordé à la minuscule maison où avait vécu Myers, dont l’assassinat hante toujours tous les esprits il semble bien. Le 12 mars 2019, un Bryant triomphant annonce sur Twitter que ça y est, c’est fait…. grâce à Donald Trump ! Ce qui semble un peu fort de café, à avoir vu comment il a traité de façon cavalière l’inauguration de son musée. L’Atlanta Black Star, le journal voisin est heureusement là pour lui rappeler, et écrire que Trump n’y est strictement pour rien, pas plus que Bryant non plus d’ailleurs. La première décision d’en faire un endroit de mémoire provenait d’Obama et le travail pour y arriver revenait entièrement à Bennie Thompson, congressiste noir, qui sur la chaîne locale de Jackson WJ-TV, n’hésitait pas à le dire sèchement : « le Gov. Bryant a historiquement été contre les droits civiques dans cet état et pour lui d’essayer de capturer ce moment est malhonnête de sa part. Vous ne pouvez pas monter dans ce train quand il a quitté la gare il y a 16 ans et essayer de prétendre que vous étiez le conducteur ». Bryant lui répondant, il se faisait davantage incendier encore en Tweets pour sa rancune évidente et son oubli du congressiste qui avait reçu le projet à bout de bras pendant 16 ans. Tel le post du  journaliste Roland Martin : «Faire comme si seuls les républicains avaient fait de la désignation de Medgar et de Myrlie Evers une réalité est BS (Bullshit). Votre omission de Bennie G Thompson était délibérée et mesquine. Il devrait être offensé.  » Bryant, ou l’art de la récupération de ce qu’il n’a pas fait… et l’art de servir l’encensoir à Trump !

Le racisme est en effet toujours présent au Mississippi et on le constate lors d’événements inattendus. Ainsi, en janvier 2012, quand le gouverneur Barbour cède son fauteuil à son successeur Bryant.  A la surprise générale, il décide de livrer 200 prisonniers, du jamais vu au départ d’un politicien dans la région. Personne n’en connait la raison, il ne l’a jamais expliquée. Dans le lot, des grâces complètes pour quatre meurtriers condamnés et un voleur à main armée qui travaillait au manoir du gouverneur au nom de la prison. Les autres graciés avaient déjà purgé leur peine de prison. Mais c’est surtout la composition du panel qui est significative d’une incroyable sélection : deux sur trois sont des blancs, or la composition raciale de la population carcérale du Mississippi est l’inverse: les deux tiers environ sont des Noirs !!!

Gouverner, c’est savoir prendre le thé à la bonne heure

Tate Reeves, le nouvel arrivant, est donc le digne descendant de Phil Bryant qui l’a lui-même intronisé. A son départ, ce dernier n’a pas fait beaucoup mystère d’être pressenti à de hautes fonctions en cas de réélection de Trump : ils sont en effet amis depuis longtemps. Ça ou bosser chez Songy LLC, dont le responsable et créateur est son ancien responsable d’équipe. Comme Reeves vient tout juste d’être élu, on va en effet plutôt s’adresser à son prédécesseur pour voir comment un état passablement pauvre a pu être géré par un républicain (plutôt riche: Bryant avait réussi à lever pour sa campagne d’élection pas moins de 1,86 millions de dollars et, en 2011, 6 412 216 $!).

L’homme paraît bien ordinaire, extérieurement et plutôt austère, même.  Sa carrière en politique n’a en fait rien de celle d’un génie: on dit de lui qu’il s’est « toujours trouvé au bon endroit au bon moment« , et surtout pour ma part qu’il est l’un des seuls chez les républicains bien rigides à s’être aperçu de la montée du Tea Party (et leurs thuriféraires, dont Glenn Beck chez Fox news, ici à gauche). Cette extrême droite libertarienne déguisée en politiciens civilisés, et qu’au lieu de chercher à les combattre, Bryant a plutôt fait alliance avec eux sur des points clés, comme l’immigration, le rejet de l’Obamacare et l’avortement. En somme c’est un pragmatique droitier, surtout vis à vis de la montée d’un fascisme rampant, quitte à s’en badigeonner un peu (beaucoup ?), s’il le fallait, pour gagner sa propre élection.  » L’allégeance de Bryant au conservatisme du Tea Party a façonné sa gouvernance » résume très bien l’excellent Jacskson Free Press, que je vous recommande de lire. Son absence d’idéologie véritable et ses penchants vers la droite le faisant ressembler à… un Donald Trump local, l’imbécillité en moins (mais avec les même discours laborieux) !

Son début de carrière est en effet dû plutôt au hasard : devenu en 1991 l’obscur adjoint d’un shérif du comté de Hinds, geôlier à ses heures, (« en serrant des mains » ricanent ses critiques), Bryant remporte à sa propre surprise le siège à la Chambre des représentants de l’État pour le comté de Rankin. Il y végète durant cinq ans jusqu’à ce que le vérificateur d’État (un commissaire aux comptes ici ), Steve Patterson, soit obligé de démissionner pour une vague affaire de taxes impayées et que le gouverneur Fordice (dirigeant l’Etat de 1992 à 2000), alors en place, fasse alors appel à lui comme remplaçant. En qualité d’auditeur, il va se familiariser avec les dépenses d’un Etat et beaucoup en apprendre sur sa gestion, « ce qui est mal géré comme ce qui doit être rendu  en cas de détournement » écrit le JFP. Mais il vire surtout un peu plus à droite en 2006, en écrivant un rapport qui concluait selon lui que les immigrants sans papiers coûtaient aux contribuables, des États des millions de dollars sur la base « d’importants frais d’éducation, d’application de la loi et de soins de santé, ainsi que de pertes fiscales substantielles et d’autres pertes économiques » ce qui l’a tout de suite rapproché du TEA Party encore dans les limbes à ce moment-là  (TEA, pour Taxed Enough Already, car ils sont avant tout surtout remontés contres les banques qui viennent de plonger, car certains y ont perdu leur jusqu’à leur logement !).

Le Tea Party est apparu au grand jour en 2008, sous l’égide d’une blogueuse, Keli Carender, secondée par FreedomWorks, dirigé alors par le républicain Dick Armey, puis surtout grâce à l’argent injecté en masse par Americans for Prosperity et deux milliardaires fascisants David -décédé le 23 août 2019– et Charles Koch. Deux libertariens, climatosceptiques, très, très fortunés. Trump ne sera pas leur tasse de thé.  En réalité, ils préféreront lutter pour dévorer de l’intérieur à coups de millions le GOP (le Parti Républicain). Ce qu’ils ont aujourd’hui réussi à faire à voir le comportement de son chef, Mitch Connell. et son sourire niais qui dissimule un faucon. Ils n’appréciaient pas Trump car selon eux ils « manquait de bases conservatrices ». Ce qui n’était pas faux : il n’avait jamais été élu auparavant (ni n’a fait son service militaire).

Bryant est toujours à ce moment-là dans l’ombre -pesante- du gouverneur Haley Barbour, un homme plutôt rougeot qui a succédé à Ronnie Musgrove en 2004, et qui lui cède la place « naturellement » huit ans plus tard en 2012.  Il n’aura pas à batailler, en face il n’y a plus personne depuis longtemps chez les démocrates, qui ont littéralement abandonné l’Etat… C’est ainsi qu’il se retrouve cité comme étant le « premier élu » du Tea Party sans l’avoir demandé (ni s’être inscrit sous sa bannière)… mais en les remerciant chaleureusement de leur soutien :  « Bryant était fier d’avoir le surnom, disant aux journalistes de télévision à l’époque:  le Tea-Party demande que l’immigration illégale soit arrêtée par les États. Il n’y a rien de mal à cela. C’est une violation de la loi de l’État. Ils parlent d’une fiscalité équitable pour tout le monde ici. J’apprécie simplement de leur parler. Ce sont des gens bons et fidèles, très patriotes. »

Il négociera donc avec eux et s’appropriera en fait leurs idées : « pour les membres du Tea Party, « le cauchemar du déclin social est généralement dépeint avec des teintes culturelles et les méchants du tableau sont les groupes sociaux profiteurs, les politiciens libéraux, les professionnels autoritaires, le gouvernement trop imposant et les médias de masse »  (On croirait un discours en meeting de Donald) Selon ici Roman Vinadia. Phil Bryant va donc infléchir adroitement son action en se rapprochant de leurs idées : « responsabilité fiscale, gouvernement limité et application stricte de la Constitution. La religion réapparaît néanmoins régulièrement et révèle la tension fondamentale entre tendances libertaires et conservatisme social qui persiste au sein de la coalition conservatrice ». En 2012, le Tea Party s’est tout simplement tout doucement déversé et répandu dans le Mississippi et dans la tasse de Bryant !  L’éléphant s’est noyé dans le thé !!!  Ses partisans rêvaient de renverser les choses et avaient commencé par mettre à l’envers les drapeaux américains : tout un symbole ! Allait-il lui aussi, « nettoyer le marécage  » comme l’a promis son mentor à Washington ?

Le voici donc élu gouverneur, pas génial, plutôt lent à la détente, mais avec des idées de droite dure chevillées au corps, qui le font passer au début pour une sorte d’OVNI républicain, certes, MAIS surtout indépendant. Un républicain atypique, sensible à l’extrême droite, pas vraiment une flèche en politique, lent à réagir, ami d’un homme appelé Donald devenu républicain par opportunité et par calcul… aux idées franchement d’extrême droite : ils étaient donc faits pour se rencontrer, Trump et lui ! En 2016 sur Fox News, lors de l’investiture républicaine face à Ted Cruz ou John Kasick et Mark Rubio, derniers en lice, on peut entendre un intervenant présentant (en hésitant encore un peu) Trump comme plus « compatible » avec le Tea Party que Cruz, jugé plus « classique » comme « conservateur ».

Lors de la dernière convention houleuse le dernier rival, à Houston le 25 février 2016, Ted Cruz qualifiera Trump de « menteur pathologique« , d’être un « narcissique » et un homme  « complètement amoral » ce que l’on a pu que constater et déplorer depuis quatre ans !!! Cruz avait raison ! Le 25 février, les américains ont vu ce soir-là en direct la mort d’un parti en définitive, obligé d’oublier ses principes et ses racines pour admettre un candidat arrivé chez eux comme un cheveu sur la soupe, sa décision de se présenter ayant été tardive, et pour beaucoup incitée hélas par le fait d’avoir été lourdement moqué par Barack Obama lors du diner de gala des journalistes (un autre grand moment de la politique américaine… Obama ce soir-là avait proposé une Maison Blanche repeinte par Trump s’il arrivait à y entrer : on n’y est, hélas (avec les dorures qu’il avait promis en 2015 ne pas mettre en place, pourtant !)) :

C’est bien le texan Ted Cruz (il est né aux Canada !), donc, qui a ce jour le mieux défini la personnalité de son dernier rival en tout cas !!! Leur bataille homérique par Tweets interposés et leurs quolibets jetés à la tête l’un de l’autre, agitant en sourdine le spectre de la désunion et du schisme au sein du parti républicain ! Le 29 mars 2016, Cruz tweetait ainsi que « la nomination de Donald Trump serait un véritable accident ferroviaire. Ce serait remettre la Maison Blanche à Hillary Clinton« . C’est l’inverse qui s’est produit, hélas !!! Clinton s’enferrant dans ses (nombreuses) casseroles (dont ses nombreux de pots de vin). 

Au Sénat, en 2014, un dénommé Mitch McConnell avait déjà enfilé son masque de soudure ou sa tenue de plâtrier et faisait tout pour ne pas froisser les nouveaux arrivants du Tea Party… infléchissant ainsi nettement la ligne du Parti rouge devenu cramoisi (de honte ?) « Le Parti républicain perdit des sièges en 2012 à cause du radicalisme et de l’incompétence de certains candidats soutenus par le Tea Party. Le cycle électoral de 2014 fut ensuite marqué par une stratégie offensive de l’establishment du Parti républicain contre les candidats soutenus par le Tea Party, obnubilés par l’idée de remplacer les modérés par des ultraconservateurs« . Cinq ans plus tard, le Tea Party n’est plus le sujet fétiche des médias américains » écrit le JFP. Il s’est en effet tout simplement dissous dans l’establishment politique (et dans les téléviseurs avec FoxNews), et notamment au Sénat. Comme Bryant, McConnell les craignait donc avant tout. Ils craignaient tous alors, au GOP (Parti Républicain), de se faire doubler par leur propre droite ! Cette pression pourrit toujours actuellement tout le Sénat US, viré bien plus à droite depuis que Mitch McConnell (devenu en novembre 2006 le chef de la minorité républicaine d’alors) l’a repris en mains, en resserrant très durement les boulons ! Le grand gagnant de 2016, dans le Mississippi comme ailleurs, c’est lui en définitive, ce parti nouveau reposant sur  de vieilles idées !!!

 

(1) c’est la définition que donne Roland Barthes du catcheur. Lire à ce propos son texte intégral ici. Ça lui va comme un gant en effet, à Trump : « C’est un homme imprévisible. donc asocial. ll se réfugie derrière la Loi quand il juge qu’elle lui est propice et la trahit quand cela lui est utile; tantôt il nie la limite formelle du Ring et continue de frapper un adversaire protégé légalement par les cordes, tantôt il rétablit cette limite et réclame la protection de ce qu’un instant avant il ne respectait pas. Cette inconséquence. bien plus que la trahison ou la cruauté. met le public hors de lui: froissé non dans sa morale mais dans sa logique. Il considère la contradiction des arguments comme la plus ignoble des fautes. Le coup interdit ne devient irrégulier que lorsqu’il détruit un équilibre quantitatif et trouble le compte rigoureux des compensations; ce qui est condamné par le public. Ce n’est nullement la transgression de pâles règles officielles. C’est le défaut de vengeance. c’est le défaut de pénalité. Aussi, rien de plus excitant pour la foule que le coup de pied emphatique donné à un salaud vaincu; la joie de punir est à son comble lorsqu’elle s’appuie sur une justification mathématique. Le mépris est alors sans frein: il ne s’agit plus d’un « salaud» mais d’« une salope». geste oral de l’ultime dégradation ».

(2) Oui je sais ,vous pensez à Levallois-Perret et moi aussi…

Bruce Toussaint (BFM TV), l’interview de trop

(3) il est mort pauvre : c’est John Fogerty et Rooster Blues Records qui ont payé sa tombe.

(4) et une autre plus récente de 2017.  Question digues à construire, on peut écouter sans hésiter le formidable Build A Levee de Nathalie Merchant… dans un tout autre domaine il est vrai, mais l’image est très belle : c’est du MeToo avant l’heure.

(5) « En 2018, le ménage moyen du Mississippi gagnait 44 717 dollars, ce qui était légèrement plus élevé que la Virginie-Occidentale mais bien en deçà de la médiane nationale de 61 937 dollars. Le taux de chômage du Mississippi était de 5,7% en 2019 – près de 2% de plus que la moyenne nationale. Le Mississippi avait le deuxième taux de pauvreté le plus élevé du pays en 2018 à 19% en utilisant la moyenne sur deux ans de 2017 et 2018. Le taux de pauvreté de l’État était de près de six points de pourcentage supérieur à la moyenne nationale de 11,8%. Près d’un ménage sur cinq – avec quatre membres de la famille – gagnait moins de 25 465 dollars par an. Le Mississippi a un faible niveau de scolarité: environ 20% des résidents de l’État détiennent un baccalauréat, contre plus de 30% à l’échelle nationale ».

(6) celle du Clarion Ledger, journal resté longtemps le plus raciste des publications des environs durant une bonne parie de sa carrière jusque 2002 où Ronnie Agnew est devenu son premier responsable noir. Il est aujourd’hui intégré à USA Today)

(7) lire ici le détail de l’enquête tortueuse et celle de son arme baladée de zone de stockage en musée. On peut rappeler aussi les « 9 de Little Rock », ces étudiants noirs accompagnés à l’école par l’armée, sur décision d’Eisenhower.

MH370 (18) : Century Arms, plusieurs rendez-vous avec l’histoire, ici le premier

 

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

L’autre conséquence majeure du coronavirus !

Le Covid-19 a précipité une ruée vers le cash, à tout le moins dès que ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.