Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / Trump et les tripatouilleurs de votes (3)

Trump et les tripatouilleurs de votes (3)

En mai dernier, Trump a pris une décision qu’il avait longtemps mûrie durant sa campagne électorale pendant laquelle le thème était souvent revenu dans ses discours. Par l’Executive Order 13799 du 11 mai 2017, il instituait en effet « l’Election Integrity Commission », d’emblée surnommée la « Voter Fraud Commission« , une commission chargée de vérifier en une année environ les inscriptions des électeurs censés être interdits de vote.  Une commission bi-parti mais présidée par Mike Spence, le second personnage de l’Etat et un dénommé Kris Kobach, bombardé vice-président et en fait le véritable initiateur du projet.  Dès le 28 juin, ce dernier demandait à tous les Etats des informations sur leurs listings d’électeurs.  Visiblement, Kobach était pressé. Trump avait passé son temps à clamer pendant sa campagne que 3 à 5 millions d’électeurs US étaient « illégaux » :  décidément, le fait qu’Hillary ait rassemblé davantage de votants que lui lui était resté en travers.  Le problème étant que l’homme choisi, ainsi que trois de ses collègues (dont l’ineffable Kenneth Blackwell !) est tout sauf un homme intègre. Depuis longtemps, il prône en effet de purger des listes électorales des votants bien particuliers…. dans un but bien précis.

Trump l’a dit et répété : aux Etats-Unis, il y a des fraudes lors des élections (cf ce tweet ici à gauche).  D’où l’idée d’aller au plus vite vérifier tout ça… via une annonce médiatique qui a aussi pour but d’éviter de parler de l’ingérence russe dans les élections.  Pourquoi pas, après tout.  Mais un petit montage pratique vu sur Twitter résume assez bien les choix de Donald Trump pour un avenir électoral serein pour le pays.  Présenté par une association d’avocats, elle présente (ici à droite) « l’horreur » des quatre cavaliers de la future apocalypse électorale à venir (le magazine « Salon » n’est pas en reste ici) :  ils s’appellent Kenneth Blackwell, dont le cas pendable a été l’objet de l’épisode précédent, accompagné de trois autres individus… pire encore, peut-être bien, tous nommés à la récente commission Trump pour remanier le vote aux USA, dont les dernières années ont montré, il est vrai les approximations :  J. Christian Adams, Kris Kobach et enfin Hans von Spakovsky.  Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ces trois-là valent aussi le détour.  Trump n’aurait pas pu faire pire en s’entourant de ces individus, tous fâchés depuis longtemps avec la démocratie électorale, à vrai dire.  Et tous partisans d’un grand coup de balai… visant essentiellement les communautés noires ou  hispaniques, fidèles, on le sait, aux démocrates, en grande majorité !

Un raciste notoire

Le premier de la liste (ici à gauche) montre d’emblée une orientation politique fortement marquée à droite :  il sévit en effet sur  Pajamas Media, un magazine de droite extrême à l’obsession du métissage et du multicultiralisme ou sur Fox News, fan de Glen Beck, notamment, et de pasteur Hagee (1), « l’excité du Christ », ou sur le DailyRushbo.com de l’extrémiste Rush Limbaugh, l’Heritage Foundation autre repère de droitiers durs ou encore sur  Newsmax TV.  Mais ce ne sont pas ces invectives journalières qui l’ont rendu célèbre, mais bien son racisme à fleur de peau évident.  En 2005, il avait en effet rejoint le United States Department of Justice Civil Rights Division sous George W. Bush, pour aussitôt se lancer dans une croisade anti-noirs à Lake Park, en Floride, où selon lui, « des noirs », justement, auraient « bénéficié d’aides pour parvenir plus facilement à être élus membres de la commission de la ville« … ville dans laquelle étaient présents  surtout des Haïtiens et des Jamaïcains, davantage que dans d’autres villes US, mais cela notre homme l’avait oublié bien entendu  !  Or rien n’avait été étayé dans cette affirmation gratuite, sortie de ses fantasmes…  En 2009, il remet ça, sur le même thème à partir d’un événement provocateur  : « en décembre 2009, le superviseur de la division des droits civiques d’Adams, Christopher Coates, démissionne en tant que chef de la division électorale, au milieu d’une controverse sur ses objections à l’abandon de l’affaire d’intimidation des électeurs par le New Black Panther Party.  Le témoignage de Coates devant la Commission des droits civils des États-Unis qui avait soutenu les allégations d’Adams, faisant état d’une dissimulation d’un éventuel double standard racial dans l’application de la loi dans la Division des droits civils du ministère de la Justice des États-Unis, en précisant « qu’une année d’intransigeance du DOJ et son refus sans fondement de se conformer à nos citations « , et ajoutant  » que le ministère de la Justice est incontestablement hostile à toute enquête sérieuse sur ces allégations « .

Monter en épingle un événement, la grande spécialité d’Adams

En mai 2010, Adams démissionnait lui aussi du Département de la Justice… après le double flop de ses allégations qui avaient fini par éjecter son propre supérieur qui avait cru à ses sornettes.  Tout en continuant à accuser l’administration d’Obama « de favoriser les noirs… » sans toujours réussir à le prouver :  c’est bien un racisme évident qui représente sa pensée profonde… car à l’origine de son action, il y avait un incident, largement entretenu et attisé par l’extrême droite US proche des néo-nazis et du KKK, concernant deux hommes aperçus en 2008 debout à l’extérieur d’un bureau de vote à Philadelphie (en fait Samir Shabazz et Jerry Jackson, tous deux du New Black Panther Party de son nom complet « New Black Panther Party for Self-Defense (NBPP) », dont l’un portait un bâton de type « Billy club ».  En fait deux autres extrémistes, mais noirs.  Ils avaient aussi été filmés par Stephen Robert Morse.  L’avocat Bartle Bull, présent comme assesseur, avait soutenu la plainte déposée plus tard contre eux par Christian Adams pour « intimidation ».  Au final pourtant, aucune plainte n’a été déposée ce jour-là par les électeurs présents dans le bureau de vote au sujet de l’incident, « bien que les observateurs du sondage aient vu certains électeurs aborder les sondages et se détourner, apparemment en réponse aux membres du New Black Panther Party  » :  bref, on était resté dans le flou avec ces excités extrémistes noirs désireux avant tout de se montrer aux médias, que la police avait en fait éconduit sans heurts de devant le lieu de vote, ce jour-là :  mais « l’enquête sur le ministère de la justice sur la question de savoir si cela constituait une intimidation électorale est devenue une cause célèbre à droite, largement promue par Adams ».  Un Adams qui ira jusqu’à écrire un livre sur le sujet, intitulé « Injustice : Exposing the Racial Agenda of the Obama Justice Department », ayant comme sous titre « comment le ministère de la Justice a pris en compte et écouté à plusieurs reprises les chefs politiques qui refusent des communautés entières d’électeurs blancs « . » !!! Adams, le chevalier d’un racisme anti-blanc administratif… resté plutôt cas inconnu, présenté par lui comme une norme nationale !!!

Adams,  ses curieux amis et son obsession

Adams, pour qui ce sont les autres qui sont racistes, et non pas lui !  Le NBPP qui n’a rien à voir avec le précédent mouvement des Black Panthers est un mouvement en fait et bel et bien virulent et haineux, qui affiche en effet et effectivement un racisme anti-blancs, et qui est opposé à Israël (ils sont en fait antisémites, un de ses leaders attaquant les journalistes en les traitant de « juifs »), un micro-parti dont le représentant français n’est autre que le négationniste Kémi Séba, l’ami de Dieudonné !!!   Lui aussi toujours en mal de coups médiatiques !!!  Econduit deux fois dans ces démarches à base de racisme, Adams s’est trouvé depuis un nouveau dada semblable aux préoccupations de Donald Trump, son nouvel employeur : sur les plateaux télés il ne parle plus que des « fraudsters« , ces faux inscrits ou ces « illégaux » votants, ces « non-citizens » comme il les appelle.  En exagérant tous les jours un peu plus leur nombre.  Histoire d’habituer la populace à un grand nettoyage de listes électorales où son racisme va pouvoir facilement s’exprimer… voilà qui promet !!!  Sa nouvelle croisade, déjà commencée, bien entendu, dans l’outrage !!!  Les fakes news sur les élections abondent déjà, alimentées par Adams et ses amis.  Un extrémiste qui n’hésite pas non plus à poser en compagnie de l’ineffable Pamela Geller, l’islamophobe bien connue.  Trump est véritablement et avant tout un diviseur, et non un rassembleur !

Kobach… le copain de Ted Nugent !

Le deuxième sélectionné n’est guère mieux :  Kris Kobach, le secrétaire de l’Etat du Kansas, est véritablement lui obsédé par la fraude électorale, comme l’a décrit ici le New-York Times.  Inventeur en 2011 au Kansas du Secure and Fair Elections Act, qui demande aux électeurs de produire à la fois un certificat de naissance, un passeport et les papiers de naturalisation pour pouvoir voter.  Selon le New-York Times, la clause défavorise certains :  « L’American Civil Liberties Union (A.C.L.U). a contesté que le but réel de la loi n’est pas de prévenir les fraudes mais d’empêcher l’électorat actuel de se développer et de se déplacer démographiquement.  Le même principe a informé les “grandfather clauses” (clauses du grand-père) de l’ère Jim Crow, qui exemptait la plupart des électeurs blancs des tests d’alphabétisation et des taxes de scrutin conçues pour empêcher les électeurs noirs.  Même un obstacle apparemment faible à l’inscription, comme une nouvelle exigence d’identité, favorise le statu quo, et au Kansas, et même au niveau national, le statu quo favorise le Parti républicain ».  Le fait en effet de demander davantage de garanties rebute en priorité les minorités, les plus jeunes électeurs (qui y voient une contrainte) ou les gens à faible revenus (les papiers demandés étant payants).  Plus les gens nés ailleurs qu’au Kansas, en ce qui concerne le fameux Birth Link de Kobach.   Un Kobach pas loin des extrémistes français qui prônent la menace du « grand remplacement » : « des années avant que Donald Trump ne commence à parler de la construction d’un mur, le sort de la majorité blanche de l’Amérique était très intéressant pour Kobach, qui avait fini par dire sur son émission de radio qu’une augmentation de l’immigration latine pourrait conduire au «nettoyage ethnique» de blancs et qui a fait promulguer des dizaines de lois dans tout le pays pour réprimer l’immigration des sans papiers «  rappelle fort à propos le NYT.  Kobach, anti-émigré, et grand fan de l’ineffable Ted Nugent, chasseur invétéré et guitariste d’extrême droite (antisémite  homophobe et raciste), ancien de la NRA et responsable du GOA (Gun Owners of America).  Une sorte de Jean-Claude Vandamme du hard-rock, qui a ses fans en politique.  Et ses détracteurs…  Lui-même fan de Sarah Palin, à ses heures (ici dans le bureau ovale avec à droite Kid Rock).  Celui qui a ainsi résumé sa propre « pensée » : « pour vous montrer comme je suis radical, je veux que les voleurs de voitures meurent, je veux que les violeurs meurent, je veux que les cambrioleurs meurent, je veux que ceux qui abusent d’enfants meurent, je veux que les méchants meurent.  Pas de procès.  Pas de liberté conditionnelle.  Pas de libération pour bonne conduite.  Je les veux morts.  Procurez-vous une arme et quand ils vous attaquent, tirez-leur dessus. »  Chez Ted Nugent, la phrase sur les « abuseurs d’enfants » sonne un peu étrange… avec une maîtresse âgée de…17 ans (elle est née en 1961), dont il avait dû devenir le tuteur (en l’adoptant !) pour éviter les poursuites judiciaires à l’époque, en 1978, il était toujours marié, père de 5 enfants)…  D’aucuns évoquent une rencontre bien avant 17 ans… depuis, il a trouvé Shemane Deziel… ancienne radio traffic reporter rencontrée en 1988, devenue Zumba fitness instructor, remplaçante de Sandra Jezowski sa première épouse, morte dans un accident d’auto en 1982.  Nugent, qui résume ainsi avec le tact qu’on lui connait sa pensée politique sur les émigrés :  « si vous ne parvenez pas à faire voter des gens pour Romney, l’année prochaine, on sera une banlieue de l’Indonésie. »

Kobach, piégé dès la première rencontre avec Trump !

Un Kobach ami de Nugent, donc, qui souhaitait aller vite en besogne et qui s’est fait en fait attraper la main dans le sac ou plutôt le dossier compromettant sous le bras lors d’une de ses premières réunions sur la réforme électorale envisagée par Donald Trump :  « le secrétaire d’État du Kansas Kris Kobach, vice-président de la commission Trump, a été condamné à une amende (cf de 1000 dollars) plus tôt cette année pour avoir fait des «représentations manifestement trompeuses» devant un tribunal fédéral sur un classeur qui avait été photographié lors d’une réunion avec Trump à la fin de l’année dernière.  En tant que défendant dans un procès sur les exigences strictes de citoyenneté du Kansas pour les nouveaux inscrits électoraux, Kobach avait initialement refusé de produire ce document devant les tribunaux, arguant qu’il ne contenait pas « d’informations pertinentes » sur l’affaire.  Le document photographié comprenait le texte «Projet d’amendements au vote national».  Le reste du texte était obscurci par le bras de Kobach.  Les experts en élections ont largement noté que cela faisait  directement écho à la Loi nationale sur l’enregistrement des électeurs, la loi fédérale au centre du procès de l’American Civil Liberties Union.  Un email envoyé par la suite de Kobach à l’équipe de transition de Trump semblait soutenir cette hypothèse. »  Piégé dès sa première réunion en haut lieu, pensez-donc, quel imbécile !!!  L’équipe de Trump n’avait aucun agenda à son arrivée à la Maison Blanche, mais on s’est vite efforcé de lui en fournir un tout prêt, ciselé depuis des années par une belle bande de racistes, ravis de l’opportunité et désireux de profiter au maximum de l’imbécilité notoire de son nouvel occupant  (ci-dessous l’agrandissement du document porté par Kobach) !!!

Le véritable obsédé de la fraude électorale

Le troisième larron de l’affaire, Hans von Spakovsky, est lui aussi un véritable obsédé de la réforme électorale, qu’il envisage plutôt depuis longtemps comme un véritable nettoyage ethnique des listes d’électeurs  !!!  Un véritable mythe, chez lui, comme l’a très bien écrit The New Yorker en novembre 2012. « Von Spakovsky a fait plus que quiconque pour avoir des craintes infondées à propos de la fraude électorale dans le discours républicain dominant.  Ancien membre de la Commission électorale fédérale, Von Spakovsky a servi sous la présidence de Bush et le procureur général John Ashcroft en tant que chef de facto de la section électorale dans la division des droits civils du ministère de la Justice.  À ce titre, il s’est distingué en tant qu’homme exceptionnellement persuadé par l’idée que la fraude électorale répandue existe et doit être traitée de manière urgente par une purge agressive des listes d’électeurs et des lois strictes sur l’identification de ses mêmes électeurs » explique The Slatest.  En fait, von Spakovsky rumine depuis longtemps une vieille vengeance :  nommé en décembre 2005 à la tête de la Federal Election Commission par G.W.Bush, il avait été contraint d’en démissionner en mai 2008, les sénateurs (à majorité démocrate alors) le jugeant bien trop partisan à ce poste.  Il avait aussitôt rejoint le Think Tank ultra conservateur de l’Heritage Foundation pour y répandre ses vues, toujours les mêmes.  C’est obsessionnel en effet chez lui… L’un des sénateurs qui avaient alerté sur ses pratiques partiales et demandé qu’il ne soit pas retenu était un certain … Barack Obama.  Un Obama qui sera élu en 2008 grâce à une mobilisation sans précédent de l’électorat noir, qui pour la première fois votera autant que celui des blancs (65% contre 66%, du jamais vu !).  Un événement vécu comme un véritable traumatisme pour les Républicains !!!  Des républicains qui ne veulent donc plus que ça se reproduise, tant ils ont été choqués !!!

Lanceur de fakes

Obsédé par la fraude électorale supposée, celui qui a parfois de petits airs d’Heinrich Himmler (sa mère est allemande originaire de Bavière !) a une propension à inonder le net de fausses informations.  Il lui est souvent arrivé d’en arriver à mentir pour développer sa thèse (et venir sans vergogne parler de Fake News comme ici à gauche, chez… Fox News, avec Kobach !). Ainsi  a-t-il longtemps raconté qu’en 2008, dans l’élection pour le Sénat gagnée par Al Franken, au moins 1400 bulletins, soit 4 fois plus d’électeurs que la marge avec laquelle Franken s’était imposé, provenaient de « prisonniers », en fait qui ne pouvaient pas normalement voter.  C’était et c’est toujours une fake news :  un juge d’Hennepin County qui avait fait une enquête serrée sur le sujet affirmé que l’assertion de von Spakovsky  était bien « frauduleuse« .  Ce n’a pas été sa seule invention : « Von Spakovsky a soutenu les allégations concernant l’ampleur de la fraude électorale en citant une enquête menée en 2000 par l’Atlanta Journal-Constitution, (fusion en 2001 de l’Atlanta Journal et de l’Atlanta Constitution) qui avait pour objet de trouver 5400 cas de personnes décédées en Géorgie au cours des deux dernières décennies.  Le Journal-Constitution a ensuite révisé ses constatations, notant qu’il n’avait aucune preuve qu’une seule personne décédée ait pu voter et que la grande majorité des cas étaient dus à des erreurs de bureau de vote ».  Von Spakovsky a ainsi été à plusieurs reprises un précurseur des fake-news !  De fausses nouvelles balancées à l’encan, dont le but est simple et clair : « au fil des années, von Spakovsky a été accusé de mener des efforts répétés pour supprimer le vote des populations marginalisées, en particulier des Afro-Américains et des immigrants, qui ont tendance à voter pour les démocrates », expliquent Gregory S. Schneider and Alex Horton du Washington Post.  La prétendue fraude étant un prétexte pour nettoyer les listes électorales au Karcher et favoriser le vote blanc… républicain !!!  Comme ses trois autres collègues, en définitive !!!  Comme le dit « Salon », Kobach et sa clique nous ramènent  en fait aux tripatouillages du sinistre… Karl Rove (haï par Trump, pourtant) ! Seuls les moyens diffèrent, mais le but est bien le même : celui de ravir à nouveau les prochaines élections !!!

Dans l’ombre des manipulations électorales

Hans von Spakovsky a en fait toujours agi de manière insidieuse (comme Rove !), explique Le New-Yorker dans son excellent article :  les habitants de l’Ohio qui avaient reçu non sans surprise un texte leur demandant de faire vérifier leur inscription électorale avaient été contactés par une organisation appelée « True the Vote », activant ainsi son Ohio Voter Integrity Project (déclaré « non partisan » !!), via un logiciel… ayant puisé ses contacts dans les registres officiels de l’Etat (ceux détenus par un certain Kenneth Blackwell).  Tous n’avaient pas été contactés : le plus souvent seulement les adresses où plus de 6 personnes étaient enregistrées : le logiciel avait clairement sélectionné les familles nombreuses ou à faible retenus, voire les étudiants à plusieurs en colocation.

Or « True the Vote » avait été fondé en 2009 à Houston par une certaine Catherine Engelbrecht (ici à droite), en réalité une activiste forcenée du Tea Party, qui s’était mise en tête elle aussi d’éradiquer des listes électorales les électeurs orientés plutôt démocrates.  Un journaliste ira jusqu’à appeler son mouvement le “voter fraud brain trust”.

Or ce mouvement avait un conseiller de l’ombre, resté fort discret : c’était justement Hans von Spakovsky !  A l’origine, c’est dès 1999, que ce dernier avait commencé sa campagne au sein du Fulton County Republican Party, pour activer le Voting Integrity Project, (V.I.P), basé à Arlington, en Virginie, qui prônait déjà les mêmes méthodes ; chez lui, c’est bien une vieille obsession.  Il avait exercé son influence en Floride, en s’associant avec la firme Database Technologies, qui avait commencé à purger les bases électorales de l’Etat juste avant l’élection de G.W.Bush, dans lequel l’Etat avait joué un rôle crucial.  Beaucoup d’électeurs noirs enregistrés avaient vu leur nom rayé des listes, sous différents prétextes, tel un déménagement du bureau de vote !!!  Pour sa défense, il ne trouvera rien d’autre à dire que « j’étais à Atlanta, et je n’avais rien à voir avec la compagnie que la Floride a embauchée pour nettoyer ses élections.  »  Non seulement il fantasme, mais en prime il n’assume même pas !  Comme son nouveau mentor, Von Spakovsky a tendance à aussi raconter n’importe quoi pour étayer sa thèse branlante, comme on l’a vu.  Il a ainsi affirmé qu’une élection de 2010 dans le Missouri qui se serait terminée par un seul vote d’écart (?) avait « inclut 50 votes exprimés illégalement par des citoyens venus de Somalie ».  Selon lui, il faudrait donc aussi « exiger des électeurs de savoir parler américain » :  on voit bien que notre quatrième larron rejoint ici ses collègues précédents, dont le racisme latent ne fait aucun doute.  Là encore un juge qui avait examiné l’affaire en détail n’avait décelé aucune fraude, pourtant !!!  C’est bien un fieffé menteur, lui aussi !!!  A l’image de celui qui vient de le nommer (à gauche le gag actuel du site True The Vote :  quand on clique sur « Voting Systems », on tombe sur cette page… « not found », celle de Jon Husted, élu en 2010 (à la place de Jennifer Brunner (2)) et réélu en 2014.  Le digne successeur de Blackwell, question empêchements de votes, notamment par des horaires fabriquant des queues dans les centres urbains, favorables aux démocrates !!! L’homme est lié à la firme NCR, celle des caisses enregistreuses, grand rival de Diebold, dont il utilise parfois les jets privés (Gulfstream G550 – ici à droite – ou Bombardier Challenger 300, voir ici leur atelier de maintenance de Cobb County International, en Georgie) pour aller voir un match de football.

Un mythe entretenu qui évite de parler des machines à voter hackables

Selon le magazine, le mythe des votes frauduleux entretenu par von Spakovsky s’est répandu durablement chez les Républicains (aidé notamment par l’ineffable Gregg Phillips (3), qui a fortement influencé Donald Trump), qui sont désormais persuadés que les résultats d’Hillary Clinton, en nombre bruts, l’ont été grâce à cela.  Trump en est, on le sait, personnellement persuadé, comme l’indiquent ses Tweets !  Localement, cela a donné par exemple le fait de présenter une pièce d’identité pour voter, telle qu’un permis de conduire, admis dans les lieux de vote (selon le National Voter Registration Act signé pourtant par… Bill Clinton en 1993).  Mais comme le précise l’article, un bon nombre d’étudiants n’en disposent pas toujours.  Il y a bien un but précis derrière ces intimidations électorales :  en Pennsylvanie, le leader du groupe républicain, Mike Turzai, selon le New-Yorker, a été pris en flagrant délit sur une radio d’affirmer que la nouvelle loi sur l’identité nécessaire  “allait conduire le gouverneur Romney à gagner l’Etat de Pennsylvanie.”  Or les chiffres sont là :  si ici et là il y a pu y avoir des erreurs d’inscription, des noms utilisés par d’autres, les cas ont été rares en définitive :  comme l’a précisé un rapport paru dans le Times en 2007 .  L’équipe de von Spakovsky  elle aussi a exagéré notoirement ces exemples pour faire croire à une pratique répandue, ce qui s’avère faux.  Sous l’administration de G.W.Bush, le Justice Department avait initié une longue enquête étalée sur 5 ans pour parvenir aux mêmes résultats:  86 exemples seulement avaient été relevés d’usurpation d’identité faite à dessein.  « Les lois sur l’identification des électeurs sont la forme la plus efficace de la loi sur l’élimination des électeurs. Beaucoup d’États qui adoptent des lois sur l’identification des électeurs ont peu ou pas de preuve d’une fraude personelle en matière d’emprunt d’identité, ce qui constitue le seul type de fraude que les lois dont les électeurs pourraient se défendre » conclut amèrement Jason Kander.  Trump, le diviseur, tient à diviser davantage encore, c’est une évidence (chez lui, pas de problème, puisqu’il surveille lui-même le vote de sa propre femme; ce mufle) !

L’arbre qui cache la forêt

On notera surtout que tout le bruit de fond généré par les manœuvres de von Spakovsky cachent la forêt de machines à voter dépassées dans lesquelles on entre comme dans un moulin et dont les registres sont élaborés à partir de listings contrôlés par des sociétés privées !!!  Mais Trump, qui a tweeté aussi à ce propos (exemple ici à droite), a depuis laissé tombé la question pour ne plus dénoncer que les « illégaux ». (on a dû lui rappeler ce que Connell avait fait pour son parti… et un internaute vigilant avait dû lui expliquer, cet illettré, et en direct, le rôle d’un « r » dans la langue américaine… ). Et  non des machines hackables à distance.  Y compris de Russie, pour les serveurs qui collectent les données de ces machines, comme Connell l’avait fait en Ohio !!!  Mais cela n’est pas au programme des vérifications de Kobach, visiblement :  « Matthew Dunlap et Bill Gardner, les deux secrétaires d’État démocrates à la commission, ont déclaré qu’ils espéraient que la commission examinerait l’ingérence russe lors des élections de 2016, mais Kobach a déclaré qu’il ne pense pas que l’enquête de la commission ira dans cette direction ».

Pas moins de 44 Etats ont déjà répondu qu’ils ne pourraient pas répondre à l’injonction de Kobach.  Ça parait plutôt mal parti.  Pour l’instant, on ignore également ce qu’en pense Ted Nugent… il doit être en train de fourbir son nouveau pistolet CQB Elite customisé à son nom.

 

 

Nota : les membres de la commission :

  • Président : Mike Pence, Republican, Vice President of the United States
  • Vice-Président : Kris Kobach, Republican, Kansas Secretary of State

Membres :

  • J. Christian Adams, Republican, former Department of Justice Civil Rights Division attorney
  • Ken Blackwell, Republican, former Ohio Secretary of State
  • Matthew Dunlap, Democrat, Maine Secretary of State
  • David K. Dunn, Democrat, former Arkansas state representative
  • Bill Gardner, Democrat, New Hampshire Secretary of State
  • Alan Lamar King, judge of probate Jefferson County, Alabama
  • Connie Lawson, Republican, Indiana Secretary of State
  • Christy McCormick, Commissioner of the Election Assistance Commission
  • Mark Rhodes, Democrat, Wood County, West Virginia county clerk
  • Hans von Spakovsky, Republican, former member Federal Election Commission

(1) il a affirmé un jour, avait rappelé Stephen Colbert, que Dieu avait envoyé Hitler comme « message » aux juifs, et que c’était un « signe » comme quoi ils devaient tous « partir en Israël » !

(2) remplaçant démocrate de Blackwell, elle avait été effarée par ce qu’elle avait trouvé sur place; dont cinq modèles différents de machines à voter installés dans l’Etat. « Dans les bureaux de vote, les équipes travaillant sur l’étude ont pu faire sauter des verrous pour accéder aux cartes mémoire et utiliser des appareils portatifs pour brancher les comptes de faux vote dans les machines. Lors des conseils d’élection, ils ont pu introduire un logiciel malin dans les serveurs ». « Deux fonctionnaires électoraux de Cuyahoga ont été reconnus coupables de falsifier un dépouillement en mai 2004 et ont littéralement admis avoir fait des pré-dépôts de vote et affiché les preuves lors de leur enregistrement sur une bande vidéo.  En 2008, cela avait recommencé : « apparemment, le nom d’un candidat a été marqué comme retiré sur un certain nombre de machines à voter et la capacité de vérification interne sur les machines avait été désactivée manuellement par les programmeurs de l’élection, ce qui est assez suspicieux. Et l’Ohio n’a pas vraiment une excellente réputation lorsqu’il s’agit de voter » notait encore Adam Frucci dans Gizmodo le 18 mars 2008 (en photo un vote à Colombus en Ohio).  En 2012, en Pennsylvanie, des machines changeaient automatiquement le vote pour Obama en celui de Romney.  On se serait cru chez les Simpsons (ici à gauche) !  Ou ici !  Au milieu de l’article Nunez séquence extraordinaire filmée sur place de ce « vote flipping » en Virginie !!!  En août 2016, Politico démontrait grâce à Andrew Appel du Princeton Group qu’en moins de 7 minutes on pouvait facilement hacker une élection sur une vieille machine de type Sequoia AVC Advantage (ici à droite), une des plus anciennes.  Avec un tournevis et un changement de Rom de la machine (celle-ci n’étant même pas soudée !!!).  Ici une démonstration de hacking extérieur avec un émetteur de télécommande de porte de garage… Chaque état posant ses propres règles, sans aucun contrainte fédérale, tout est quasiment permis dans le genre !!!  Ici la même chose avec une Diebold.

(3) Le tweet de Phillips ancien responsable du Department of Human Services Mississippi, avait surtout été envoyé partout par Alex Jones de son site conspirationniste InfoWars.  Il est descendu en flammes ici par David Packman, Phillips, qui donne des leçons d’intégrité, est enregistré (cela a été vérifié) dans trois états différents pour voter en son nom propre !!! … C’est aussi un homme peu recommandable : arrivé en 2003 au Texas Health and Human Services Commission en 2004, il aurait perçu des pots de vins en favorisant sa propre entreprise lors de contrats juteux.  Phillips est aussi entré en 2013 chez… True the Vote !  Il n’a à ce jour jamais prouvé ses dires et a même osé clamer sans sourciller que dans certains états la fraude remontait à… une date précédent la mise en place des données sur les votes ! Toute l’information de Trump sur la « fraude » repose sur ses chiffres faux ou inventés !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

L’assassinat de Kennedy : Oswald, ou le parfait pigeon (22)

Aurait-on pu éviter Dallas ?  On ne refait pas l’histoire, mais il n’empêche, on sait ...

One comment

  1. avatar

    une autre solution pour entrer dans le moulin électoral :

    http://www.lci.fr/international/cybersecurite-le-renseignement-americain-pointe-du-doigt-la-societe-russe-kaspersky-2051800.html

    les anti-virus ont toujours représenté un problème..

    un grand « spécialiste « aura été John Mc Afee…

    http://www.francetvinfo.fr/monde/antivirus-drogue-et-paranoia-le-mystere-john-mcafee_182189.html

    il a fini dans la coke !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *