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Trois fractures dans les postulats de nos classes dominantes

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PAUL LAURENDEAU?? Tout va mal. L??conomie va mal. Rentrez la t?te dans les ?paules. Tout va mal. Soyez certains que quand la bourgeoisie vous serine ce message, via ses appareils id?ologiques m?diatiques et autres, c?est que tout va mal pour elle et qu?elle voudrait bien pouvoir continuer de chevaucher l??ne mort et bien mort du consensus de classes. Ledit consensus de classes, c?est le gobage axiomatique et sans questionnement de ce dogme lancinant de nos strates dominantes quand elles n?en finissent plus de gauler et de p?daler afin que se perp?tue sans critique la synonymie structurellement menteuse, de plus en plus fendill?e et fallacieuse, entre ?conomie et Capitalisme. Or les postulats jadis tranquilles de nos susdites classes dominantes prennent en ce moment de fameux coups de semonce. Et cela ne doit pas faire illusion. N?allons pas confondre, comme d?aucun voudraient tant qu?on le fasse, le d?clin d?un mode de production sp?cifique avec la grande capilotade cosmologique de l?int?gralit? de l?univers social. Sourdement, comme inconsciemment (mais de plus en plus ouvertement), la soci?t? civile r?siste aux postulats ?troits de nos classes dominantes actuelles. Par del? le d?tail fourmillant des conjonctures nationales et des scandales locaux, dans la poussi?re flatulente desquels on cherche constamment ? noyer et ? dissoudre notre attention militante, trois principes tendanciels s?imposent. Depuis la crise financi?re de 2008, trois fractures cruciales dans les postulats de nos classes dominantes se mettent en place, confus?ment, r?formistement, mais l?un dans l?autre: sans ambivalence et finalement, quand on y regarde avec le bon ?il, eh bien, en toute simplicit? de tendance aussi. Observons les grandes lignes de la chose.

1- L?IMPUNIT? DES FORTUNES: POURCHASS?E. Un des grands postulats bourgeois, c?est l?impunit? des fortunes. L?accapareur priv? consid?re que les immenses portions du bien collectif qu?il a d?tourn?, ? son avantage impudent, lui appartiennent. Les confettis qu?il retourne ? la vie sociale sous forme d?imp?ts et de taxes lui apparaissent comme autant de manifestations de je ne sais quelle raideur dictatoriale de ses propres sous-offs. Le grand bourgeois juge, en conscience, qu?il n?a pas ? prendre la moindre responsabilit? sociale. Le monde est son jardin et c?est ? la pl?be de payer pour les hostos, les infrastructures urbaines, le transport public et les ?coles? de la pl?be. Aussi, le bourgeois pr?conise et valorise un espace national peu taxant. Ne le trouvant plus gu?re, il d?m?nage, sans rendre de compte ? quiconque, le si?ge social de son conglom?rat aux Bahamas ou ? Oman et consid?re que ces points de contacts plus conciliants avec cet impond?rable qu?est le monde social lui reviennent de droit. La notion de paradis fiscal est une notion fondamentalement bourgeoise. De fait, la bourgeoisie conceptualise un paradis fiscal comme elle conceptualiserait un paradis tropical: un heureux ph?nom?ne m?t?o duquel trois clics d?ordi vous permettent de b?n?ficier, sans complexe et sans arri?re-pens?e. Or le paradis fiscal subit, aux jours d?aujourd?hui, une attaque sans pr?c?dent dans l?Histoire des grands ?tats. Sa disparition est d?sormais ouvertement envisag?e. La Suisse est sur le point de perdre le secret bancaire. Le caract?re ? la fois opaque et sourdement consensuel de l?impunit? des fortunes est remis en question avec une radicalit? in?gal?e et ce, par del? les clivages politiciens de fa?ade. Oh, cela prend encore la forme obscure et bourgeoise d?une syst?matisation de la fameuse rapacit? du percepteur. Mais il n?y a pas ? se mentir ici. L?offensive sur le secret des immenses fortunes ?priv?es? du monde est frontale et irr?versible. Une tendance au r?-?quilibrage de la r?partition des richesses, timidement, s?y esquisse. La propri?t? priv?e des douloureux r?sultats de la production collective est dans la mire.

2- LE HAUT COPINAGE DE CLASSE: COMPROMIS. La guerre interne du capitalisme, d?j? discut?e, se poursuit, implacable. Elle se creuse tant et autant que la crise du capitalisme m?me se creuse. La plus grande?entreprise de pillage aurif?re au monde (une?entreprise canadienne, pour l?anecdote) vient de sonner une fameuse de fin de r?cr?, historique dans sa tonitruance. Son conseil d?administration entendait donner une prime d?embauche de douze millions de dollars au tr?fle qu?il venait, en toute connivence, de se donner comme P.D.G. Il s?agissait simplement de faire avaliser la man?uvre de copinage pharaonique, toute classique au demeurant, par les actionnaires. Patatras! Ceux-ci ont dit non. Non seulement ils ont refus? cette prime d?entr?e (whatever that is!) ? ce personnage sp?cifique, un upper manager fallacieusement salvateur de plus, mais les susdits actionnaires ont exig? que les membres du conseil d?administration ayant vot? cette prime d?missionnent. Coup de tonnerre dans le monde de la finance. Les moutons actionnaires sont encore partants pour brouter l?herbe prol?tarienne mais ils ne veulent plus se faire tondre par le berger, de plus en plus gourmand, de l?administration entrepreneuriale. Et d?sormais un haut cadre qui vote une prime ? un tit-copain risque non seulement de se faire mettre ouvertement devant son absence de pouvoir effectif mais, qui plus est, il risque sa t?te. Le haut copinage de classe, avatar ouvertement d?cadent et insensiblement cynique s?il en fut, est gripp?, compromis. Oh, certes cela se fait encore au nom d?une meilleure r?partition du foin entre investisseurs et corps administratifs du capitalisme (le gonflement gangr?neux de ce dernier n?est pas un vain sympt?me ? il s?en faut de beaucoup) mais? il y a un peu de l?id?e communarde des cadres r?vocables en tous temps et sans privil?ges particuliers qui dort en germe, l? dedans. Sans compter le discr?dit sans ?quivoque de l?id?e, tr?s mentionn?e par les temps qui courent, de collusion?

3- L?EXTORSION DE LA PLUS-VALUE: ?BRANL?E. Le moyeu central du capitalisme reste l?extorsion de la plus-value dont les traces empiriques les plus ?videntes sont la recherche, assoiff?e et sans vergogne, de masses de travailleurs moins demandants en mati?re de salaires et de charges. Le mirage faussaire du capitalisme ?quitable repr?sente d?j? une mani?re de manifestation, bien timide, bien bourgeoise, d?un net rejet de l?exploitation cynique et r?trograde de travailleurs (hommes, femmes, enfants) dont les ateliers leur tombe dessus au DanLaD?che, les ?crabouillant et ?claboussant de leur sang les entreprises occidentales commises dans ces sweat-shops dantesques. Les susdites entreprises farfouillant la main dans le sac malodorant de ce type profond?ment discr?dit? d?exploitation se cachent, se planquent et, lorsqu?on leur l?ve la cagoule, elles arrosent le probl?me de compensations et ristournes diverses qui montrent bien que l?extorsion de la plus-value n?a plus le pignon sur rue qu?elle a eu. Puis, un petit jour ordinaire, comme ?a, dans un petit pays occidental pas plus gros que ?a (le Canada, pour l?anecdote), quarante-cinq employ?s de banque, en sursis d??tre mis ? pied, sont pri?s de former les quarante-cinq travailleurs temporaires du tiers-monde venus leur succ?der ? plus petit tarif. Gigantesque toll? national. Fracture qualitative. Paille qui casse le dos du chameau. Goutte d?eau, vase, etc? Il ne s?agit pas ici de postes ?redondants? mais bien de quarante-cinq positions toujours actives sur lesquelles on entend simplement abaisser quarante-cinq fois le compteur d?extorsion. Devant la protestation sentie, profonde, g?n?ralis?e (et, notons le au passage: bien plus exempte de cette petite x?nophobie discr?ditante que la bourgeoisie ne l?aurait souhait?), la banque en question, qui risque de voir ses clients se d?biner en bloc, s?empresse de r?trop?daler. M?me le gouvernement du petit pays en question, gouvernement pourtant bien bleu bl?me et r?ac jusqu?au trognon, est oblig? de s?engager ? ce que l?embauche de travailleurs temporaires originaires du tiers-monde ne se fasse pas ? des tarifs plus parcimonieux que les tarifs avec lesquels on compense les exploit?s locaux. Bon, c?est pas encore la lutte des classes ouverte, mais il reste bien que la soci?t? civile qui ahane et aboie ne fait plus automatiquement consensus en faveur de l?exploiteur.

Alors, dites-moi un peu: que fait une grande bourgeoisie, d?j? semi-ruin?e par sa propre incomp?tence productive et financi?re, si un consensus social massif se met, de plus, en plus, comme implicitement, en trois fractures patentes des postulats anciens, ? la priver ? la fois de l??lot fiscal ou planquer son ultime butin, du corps administratif pour alimenter ses indispensables connivences p?cuniaires, et des m?canismes sociaux lui permettant d?extorquer la cruciale plus-value prol?tarienne. Bien, hum? cette classe dominante aux abois, elle s?exclame sur l?agora et sur tous les tons: Tout va mal. L??conomie va mal. Rentrez la t?te dans les ?paules. Tout va mal, en faisant d?amples mouvements de chef d?orchestre, esp?rant ainsi entra?ner, encore un temps, la civilisation qu?elle parasite ouvertement dans le sillage st?rile de son cul-de-sac directif, lui-m?me inexorablement ?trangl? par les tensions de l?Histoire. Les forces contraires ?colossales? s?accumulent pourtant devant cette classe dirigeante, au bord du d?classement. Il ne manque plus ? ces tendances, latentes, d?l?t?res, volatiles, de sentir craquer le spark r?volutionnaire. Les conditions s?approchent. Comme disait Mao: une ?tincelle peut mettre le feu ? toute une plaine.

Et vive le beau mois de Mai?

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    Et chaque texte comme celui-ci, est une poussière de soufre se déposant sur l’allumette avec laquelle la brasier s’enflammeras. Bravo!