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Travailler ? Moi jamais !

A un moment o? le travail se fait de plus en plus rare, un auteur m?riterait d??tre relu.

Il s?appelle Bob Black, et son livre vient d??tre r??dit?.

Bob Black est dipl?m? en droit et en sciences sociales.

Il ? lui seul constitu? la derni?re internationale.

Cet ??anarchiste-situationniste-absurdiste?? est aussi l?auteur d?un petit livre de 56 pages paru en1985 (?ditions l?esprit frappeur) et qui vient d??tre tout juste r??dit?,

Son titre nous ?claire sur la pens?e de l?auteur?:

??Travailler?? Moi jamais ? avec comme sous titre ??l?abolition du travail ? (?diteur l?insomniaque-2010).

Son livre pr?sente l?originalit? de commencer et de finir par la m?me phrase?: ??Nul ne devrait jamais travailler ? qu?il compl?te par ??prol?taires du monde entier, reposez vous?! ?

Il nous encourage ? garder un esprit ludique et se demande ce qui arriverait si notre puissance cr?atrice, jusqu?? pr?sent brid?e par le travail, se mettait ? d?ferler sur notre plan?te.

Il nous propose donc de jouer, et de ne pas limiter cette activit? aux enfants.

Pour lui, ?tre ludique n?est pas synonyme de frivolit?, et jouer n?est pas ridicule.

Il pr?cise que, ne pas travailler, ne signifie pas ??ne rien faire??, et que l?alternative au travail n?est pas seulement l?oisivet?.

Nombre d?activit?s humaines ne sont pas compt?es comme travail?: faire la cuisine, aller ramasser des champignons, ?crire, jouer, faire du sport, de la musique?et il distingue ce genre d?activit? avec celle que nous nous imposons pour ??gagner notre vie ?.

Sa d?finition du travail est ??labeur forc? ?, et donc ??production obligatoire ? et travailler est produire sous la contrainte de moyens ?conomiques ou politiques, sur un air bien connu?: ??la carotte ou le b?ton ?.

Le travail, au contraire d?une id?e re?ue, n?est pas, pour lui, fondateur de dignit?, il est au contraire synonyme d?asservissement et d?humiliation.

Black ajoute?: ??toute cr?ation n?est pas travail. Le travail n?est jamais accompli pour lui-m?me, il l?est par rapport ? quelque produit ou profit qu?en tire le travailleur, ou plus souvent une autre personne ?.

Pour Black, le travail c?est l?horreur puisqu?il provoque la d?ch?ance de l??tre humain, lequel connait les humiliations provoqu?es par la discipline qu?impose le travail.

??la discipline est constitu?e de la totalit? des contr?les coercitifs qui s?exercent sur les lieux de travail?: surveillance, ex?cution machinale des t?ches, rythmes de travail impos?s, quotas de production, pointeuses, etc. la discipline est ce que le magasin, l?usine et le bureau ont en commun avec la prison, l??cole, et l?h?pital psychiatrique ?.

Discipline renforc?e par les ??mises au placard??, la comp?tition forcen?e vers laquelle est pouss? le travailleur.

D?ailleurs ?tymologiquement le mot travail vient du mot torture. (lien)

Tout est dit?: voyez-vous souvent sourire un travailleur???le vendredi apr?s midi, peut-?tre, lorsque le week-end arrive.

La vague de suicides qui frappe encore aujourd?hui l?entreprise ??France t?l?com ? est?l?une des cons?quences de cette discipline.

En 2010, ils sont 23 ? s??tre donn? la mort dans cette entreprise. (17 suicides en 2008 et 18 en 2009), sans ?voquer les suicides rat?s… lien

Christian Larose, membre du conseil ?conomique, d?veloppe les raisons de ces suicides dans le monde du travail sur ce lien.

Mais sans aller jusqu?au suicide, il reste le stress.

L?INRS (institut national de recherche et de s?curit?) a men? une enqu?te qui a apport? la preuve que le stress au travail co?tait pr?s de 2 milliards par an ? la s?curit? sociale. lien

Bien sur le lecteur pourrait me r?torquer, avec humour, que le lit, lieu privil?gi? de la paresse, reste l?endroit o? l?on meurt le plus souvent.

Plus s?rieusement, en dehors du stress et du suicide, il n?en reste pas moins qu?il y a plus d?accidents du travail que d?accidents du repos.

En 2006, on en a d?nombr? plus de 700?000, ayant occasionn?s 537 d?c?s, auxquels il faut ajouter plus de 42?000 maladies li?es au travail, entrainant 467 d?c?s, et 83?000 accidents de trajet (384 d?c?s) lien.

Pour revenir au stress, l?entreprise Nokia, en Finlande, a d?cid? d?avoir parmi ses dirigeants, un ??manager du bien-?tre ?, dont le r?le est de lutter contre le stress par toute une s?rie d?innovations. Mais n?est-ce pas un empl?tre sur une jambe de bois?? lien

Pour Black, il faut substituer la valeur du jeu, ? celle du travail

Comme il l??crit?: ??ce qui pourrait ?tre un jeu devient un travail s?il est effectu? sous la contrainte ?.

Il en appelle donc ? une r?volution ludique, et dans le monde qu?il imagine, il n?y aurait plus de m?tiers, seulement des choses ? faire et des gens pour les faire.

Le texte complet de son essai est sur ce lien.

Il affirme donc, ? l?instar de Paul Lafargue, qu?il faut en finir avec le travail, et donner sa chance ? la paresse et au jeu.

Ce dernier, depuis sa prison de sainte P?lagieen 1983, citait Lessing, en introduction de son livre?: ??paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant ?.

Pour Lafargue, dans son livre ??le droit ? la paresse ? (?ditions mille et une nuits) le travail utile, destin? ? l??change, salari? ou non, peut descendre ? 2 heures par jour.

Voila donc une excellente nouvelle qui permettrait de r?sorber d?un coup de baguette magique les 2?676 800 ch?meurs qui souffrent en France. lien

Lafargue conclut son livre par un envoi lyrique?:

??Nos machines au souffle de feu, aux membres d?acier, infatigables, ? la f?condit? merveilleuse, in?puisable, accomplissent docilement d?elles-m?mes leur travail sacr?, et cependant le g?nie des grands philosophes du capitalisme reste domin? par le pr?jug? du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le r?dempteur de l?humanit?, le Dieu qui rach?tera l?homme des ??sordidoe artes?? et du travail salari?, le Dieu qui lui donnera des loisirs e libert?s??. lien

Comment ne pas ?tre surpris par l?esprit visionnaire qui habitait Lafargue.

En effet, aujourd?hui, la m?canisation fait des merveilles, et m?me s?il faut encore un ou deux travailleurs pour surveiller la machine, les robots grignotent chaque jour un peu plus nos domaines de comp?tence.

Lors du ??salon du Net?? ? Lille en 2007, une entreprise pr?sentait une imprimante qui fabriquant des objets en trois dimensions. vid?o

Probable que Lafargue, tout visionnaire qu?il soit ne s?attendait pas ? de tels d?veloppements.

Grace ? la m?canisation, il faut aujourd?hui seulement 2000 travailleurs pour produire 150?000 v?hicules par an, avec ? peine 250 robots. lien

Demain il n?en faudra peut-?tre qu?une dizaine.

Sur un vieil article, un commentateur ?crivait?:

??Pour n?avoir jamais travaill?, ou tr?s peu, selon mon choix et dans le seul souci d?apprendre quelque chose que je ne sais pas faire, je peux vous assurer qu?on trouve toujours ? faire dans une journ?e, et que cela peut contribuer amplement ? l??panouissement de l?individu.

Lire, ?crire, cr?er, r?fl?chir, penser, cuisiner, composer, se balader, marcher, rencontrer des gens, discuter avec eux, ?changer, voir du pays… ce qui n?emp?che pas de couper du bois, de faire ? l?occasion un peu de ma?onnerie, de fabriquer des ordinateurs et de r?parer ceux des voisins… Je connais par contre beaucoup de travailleurs qui dorment mal, qui ont le dos cass?, un ulc?re ? l?estomac, qui sont des d?pressifs chroniques, d?irr?ductibles aigris accabl?s de dettes (cr?dits ? la conso obligent), et qui parvenus ? l??ge de la retraite devront se r?soudre ? vivoter entre deux boulots au black. Franchement, quarante ans de trime pour une retraite oscillant entre mille et deux mille euros pour un employ? lambda, est-ce que ?a vaut le coup?? ?

Au fond, si le travail reste aujourd?hui une valeur mal partag?e, ce serait plut?t les b?n?fices qui le seraient.

Car, quel que soit le patron, le but de l?entreprise au-del? de r?aliser le plus gros b?n?fice possible, avec n?importe quel moyen, n?est-il pas surtout de vendre sa production??

C?est ?tonnant, pour des entrepreneurs, de n?avoir toujours pas compris qu?en r?duisant l??cart des salaires, ils permettraient aux salari?s de pouvoir acheter leur production.

D?autant que la concurrence est rude et que les salaires turcs ou chinois permettent aux patrons de l?-bas, de vendre encore moins cher.

Et que notre conducator, au lieu de tenter de vendre l?invendable, socialement parlant (nucl?aire, et armes diverses) en est ? vendre la technologie.

Un sens du commerce discutable, et pour tout dire suicidaire.

En proposant de c?der l?invention, plut?t que de vendre la production, (On appelle ?? poliment, un transfert de technologie) sachant que la main d??uvre y est moins pay?e, il se tire, une fois de plus, une balle dans le pied.

Ce qui n?est pas faire preuve d?une grande intelligence.

Car comme dit mon vieil ami africain?:

??Moustique n?aime pas amusement o? on applaudit??

L?image illustrant l?article vient de ??zoupic.com??

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