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Travailler 4 jours pour travailler mieux

Après la crise sanitaire – et alors même qu’elle sévit encore – la semaine de travail de 4 jours est incontestablement une piste viable pour reconstruire les économies. Pourtant, nos sociétés occidentales n’en ont pas – ou plutôt n’en ont plu – les moyens. Depuis la grande crise financière des années 2007-2008, les salariés et travailleurs travaillent en réalité plus afin de compenser des revenus en berne. Tandis que la poursuite de cette tendance (remise en question par l’appauvrissement de nos nations occidentales) nous aurait conduit, aujourd’hui en 2020, à bénéficier d’une semaine de travail en moins sur l’année en moyenne. C’est en fait le scénario inverse qui déroule ses effets pervers car des décennies de baisses graduelles de temps de travail fourni ont été brutalement interrompues en gros dès 2010.

Les ouvriers du net

De plus, l’automatisation, la digitalisation et l’intelligence artificielle censées soulager l’humain ne profitent qu’à une infime minorité. Elles produisent même parfois les conséquences diamétralement opposées puisque des centaines de milliers de ceux que je j’appellerai les «ouvriers du net» se retrouvent en pleine précarité car certaines plateformes que je ne citerai pas les exploitent à outrance en échange de revenus dérisoires. Les fondamentaux économiques ne favorisent donc aucunement la réduction du temps de travail à salaire égal, et notre monde semble condamné à perpétuer la semaine de 5 jours mise en place par Henry Ford il y a près d’un siècle, en 1926.

Des cas concrets

Nos entreprises gagneraient pourtant en compétitivité si la semaine de travail de 4 jours était instaurée, ainsi que l’ont démontré des expériences concrètes conduites au sein de PME, mais également au sein de la fonction publique, en Grande Bretagne et en Nouvelle Zélande. En effet, la réduction du stress, une meilleure santé, le gain en qualité de vie familiale combinés à la motivation des employés désireux de maintenir cet acquis y améliorent de 20 à 30% le taux de productivité. Comme la semaine de 4 jours est plébiscitée par la génération née entre 1980 et 1995, les entreprises qui décident de l’adopter pourraient même gagner considérablement plus en productivité car elles attireraient dès lors les candidats à la fois les plus talentueux et les plus déterminés à sauvegarder cette précieuse flexibilité. Car cette classe d’âge ne plaide pas pour la réduction du temps de travail pour la seule amélioration de sa vie personnelle, mais également afin de mettre à profit ce temps dans le but de parfaire sa formation et ses compétences. La crise sanitaire a démontré sans équivoque notre grande capacité d’adaptation à ce «télétravail» qui aura permis à nombre de salariés de travailler aux jours de leur choix et même aux heures de leur choix, sans devoir se conformer à une présence traditionnelle au bureau du lundi au vendredi de 9 à 17 heures. Pourquoi celles et ceux qui ont la chance d’avoir un travail de bureau, un ordinateur et une connexion internet ne pourraient-ils pas accomplir leur tâche en petits bouts au cours d’une journée ?

Privilégier la qualité

A la faveur de la crise sanitaire et de la récession qui s’ensuivra, la semaine de 4 jours s’apprête à être propulsée sur le devant de la scène économique. Plus généralement, la flexibilité au travail est sur le point de devenir le thème dominant et le sujet brûlant auprès de toute une génération d’actifs qui est même disposée à échanger un peu de revenu pour plus de qualité dans la vie privée, pour moins de temps perdu dans les transports, pour une meilleure formation, pour une planète un peu moins sale et bien-sûr pour une productivité améliorée dans le cadre des tâches accomplies. Les entreprises – comme les Etats – qui décideront d’ignorer cette tendance lourde le feront à leurs propres risques, car la masse salariale dans son écrasante majorité est prête pour ce nouveau chapitre.

 

Michel Santi

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