Accueil / A C T U A L I T É / Traditions imp?riales

Traditions imp?riales

Pierre L?vy

Il faut ??r?pondre aux armes par les armes??. En martelant cette m?le sentence en marge du sommet europ?en, celui qui fut le lointain successeur de Jaur?s ? la t?te du Parti socialiste, et qui pr?side d?sormais la R?publique fran?aise, a peut-?tre accru ses chances de d?crocher le prochain Prix Nobel de la paix. A moins qu’il ne lui faille le partager avec les combattants qui ont jur? la perte du pr?sident syrien, dont l’un des derniers faits d’armes est un attentat dans une mosqu?e de Damas – une cinquantaine morts, des centaines de bless?s.

Fran?ois Hollande plaidait pour que soient lev?es les derni?res restrictions ? la livraison d’armes lourdes ? l’opposition arm?e. Il s’agirait d’un nouveau cran dans l’escalade qui a vu, depuis deux ans, le camp occidental s’engager de plus en plus ouvertement pour le renversement d’un gouvernement certainement pas moins l?gitime que tous ceux des pays de la r?gion. Ce point est capital?: quelques semaines seulement apr?s le d?but des manifestations d’opposants, et donc bien avant les drames actuels, Hillary Clinton, suivie par ses alli?s, exigeait d?j? explicitement le d?part du pr?sident syrien. Ce dernier ?tait ainsi plac? devant l’alternative?: ou bien ob?ir aux injonctions et d?guerpir, ? l’image des marionnettes occidentales Ben Ali ou Moubarak?; ou bien faire face ? ce qui allait s’av?rer de plus en plus clairement comme une v?ritable guerre, port?e par l’Arabie saoudite, le Qatar et leurs mercenaires (on sait en outre aujourd’hui que des formateurs am?ricains, et tr?s probablement fran?ais et anglais, entra?nent les hommes de ladite Arm?e syrienne libre).

Les strat?ges occidentaux comptaient que le pr?sident syrien obtemp?rerait, ou bien que son r?gime s’effondrerait rapidement. Sans doute ces derniers – ? l’image de George Bush d?cidant d’envahir l’Irak il y a tout juste dix ans, avec les cons?quences que l’on sait – se sont-ils pris au pi?ge de leur propre propagande d?crivant Bachar el-Assad comme un chef de clan isol? dans son propre pays. La r?alit? est qu’il continue ? jouir d’un large soutien populaire, ne serait-ce que par crainte du chaos sanglant que ne manquerait pas de provoquer la victoire des proches cousins de ceux que Paris affirme vouloir ?radiquer au Nord-Mali. Le chef de l’Etat fran?ais de m?me que le premier ministre britannique ont pris le parti d’une fuite en avant dans l’escalade. Les deux capitales, dans une sorte de r?miniscence historique, veulent fa?onner le ??gouvernement provisoire?? cens? diriger la future Syrie. Au nom de la paix, bien s?r.

Pour des raisons qui ne tiennent pas au refus de principe de l’ing?rence, mais plut?t ? la crainte (fond?e) d’une situation immaitrisable, une majorit? des Vingt-sept ne souhaite pas, pour l’heure du moins, suivre le duo des boutefeux. Qu’? cela ne tienne?: alors qu’on lui opposait l’embargo europ?en reconduit le 18 f?vrier dernier, Laurent Fabius a eu cette r?action courrouc?e?: ??la France est un pays souverain??. Ainsi, au moment m?me o? s’acc?l?re l’abandon des derni?res pr?rogatives nationales – budg?taires, mais aussi ?conomiques et sociales – le ministre ne se souvient de la souverainet? que dans un seul cas de figure?: pour alimenter une guerre et d?stabiliser un pays ind?pendant.

Les dirigeants europ?ens ont cependant retrouv? une belle unanimit? d?s lors qu’il s’est agi de remettre dans le droit chemin un petit et lointain Etat membre – ? quelques encablures des c?tes syriennes?: le 16 mars ? l’aube, l’eurogroupe d?cidait de piocher dans les comptes des Chypriotes, dans l’espoir d’?viter que la zone euro ne replonge dans le chaos. Et enjoignait aux parlementaires de ce pays de ratifier, d?s le lendemain, le diktat. Lesdits ?lus ne s’?tant pas pli?s ? cette formalit?, le patron de la Banque centrale europ?enne a publi? un ultimatum mena?ant l’?le d’un v?ritable blocus mon?taire.

En 2007, Jos? Manuel Barroso estimait que l’UE constituait ??une sorte d’empire non-imp?rial??. De plus en plus ouvertement, l’adjectif est de trop.

?ditorial paru dans?Bastille-R?publique-Nations?du 26 mars

michelcollon.info

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Les milices au Michigan, une vieille histoire… d’extrême droite (7)

Des bras cassés alcooliques ou drogués, des voleurs à l’étalage, des fracassés de la vie ...