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18 février 2008 |
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Yves Christian Fournier propose une oeuvre qui, en plus de prouver son extraordinaire talent, démontre une sensibilité hors du commun.
Avec ce premier long métrage, Yves Christian Fournier frappe très fort. C’est en effet avec beaucoup d’aplomb que le jeune réalisateur propose un projet qui, en plus de prouver son extraordinaire talent, démontre une sensibilité hors du commun. Mais attention ; il faut avoir le cœur bien accroché pour sortir indemne de ce cette projection qui propose une lente descente aux enfers. Âmes sensibles s’abstenir.
Josh est un adolescent vivant dans une banlieue industrielle. Comme pour la plupart des ados de cette petite ville isolée, son univers se résume en une valse entre la polyvalente, les soirées entre amis et les virées au skate park. Poussé un jour par un vif pressentiment, Josh se rend chez son ami Thomas. La crainte de Josh se confirme alors : Thomas est là, se balançant au bout d’une corde, sans vie. Bien vite, on comprend que chaque membre du groupe de Josh a posé un geste semblable à celui de Thomas. L’un s’étant jeté du haut d’un pont, l’autre ayant opté pour se loger une balle au fond de la gorge… Des cinq garçons qui composaient le groupe, Josh en est le seul survivant. C’est avec peine qu’il tentera de remettre les morceaux en place afin d’expliquer ce qui a poussé ses camarades à commettre l’irréparable.
Ne se laissant pas impressionné par l’imposant contrat que lui proposait Guillaume Vigneault avec ce premier scénario, Fournier a plongé tête première dans ce projet, le rendant du coup tout aussi fabuleux qu’effrayant. D’une poésie rarement observée chez un aussi jeune réalisateur, Tout est parfait est une ode à la tristesse et au déchirement, mais réalisée de si merveilleuse façon que le spectateur sera davantage interpellé par la lumière qui émane du projet que par sa noirceur. Propulsant l’auditoire en tous sens, Fournier arrive aussi bien à le faire rire qu’à le faire s’émouvoir devant le destin tragique de ses protagonistes. Audacieux, le jeune réalisateur ne se gêne pas pour tenter quelques expérimentations filmiques. Jeux de lumière qui coupent le souffle par leur beauté, composition de plans fulgurants… Fournier pousse même l’expérience jusqu’à intégrer des scènes d’animation à son film.
Le travail sonore exécuté dans Tout est parfait s’illustre par sa richesse et son originalité. S’amusant à fondre et à confondre certains sons, le réalisateur parvient, avec cette manœuvre, à exacerber le déchirement intérieur des protagonistes et à entraîner le spectateur à descendre encore plus profondément dans l’exploration de ces âmes en peine (exemple des coups de pieds donnés dans un ballon de soccer qui se transforment en coup de pied donné dans la porte de Thomas le matin de sa mort). La caméra, quant à elle, se distingue par une forme de retenue qui ne peut faire autrement que d’ajouter au poids dramatique de l’œuvre. Observatrice plus qu’instigatrice, cette dernière épie de loin les tentatives de survivance de Josh, des parents des défunts et de toute la ville endeuillée, sans jamais tenter d’accentuer quoique ce soit. À tous ces coups de génie s’ajoute la trame sonore de Patrick Lavoie. En phase avec l’état d’esprit adolescent, ce dernier est parti de leur énergie afin de monter une trame musicale qui reflète véritablement les jeunes d’aujourd’hui. Au menu : Cat Power, Blonde Redhead, et plusieurs autres magnifiques pièces toutes choisies avec soin afin de dépeindre la fougue et le trouble que vivent les adolescents dans ce film. Tous ces éléments rassemblés contribuent à définir les personnages du film, nous les rendant ainsi tous plus beaux et complexes que ce que proposait à lui seul ce superbe scénario de Vigneault. Magnifique.
Bien sûr, nous ne pouvons parler de ce film sans nous arrêter sur l’excellence de sa distribution. Si quelques gros noms retiennent l’attention au générique tel Normand D’Amour (très touchant), Claude Legault, et Pierre-Luc Brillant, ces derniers n’ont pas des rôles assez importants pour être associés au succès du film. Ceux qui retiennent l’attention sont ces jeunes comédiens qui portent le film à bout de bras. Maxime Dumontier (Smash II, Gaz bar blues, Un homme et son péché) est tout simplement parfait dans ce rôle complexe d’adolescent perdu et endeuillé qui tente de survivre aux évènements. Chloé Bourgeois, qui en est à son premier rôle au grand écran, est d’une solidité et d’un charisme peu commun. Le tandem Dumintier/Bourgeois coupe le souffle par une assurance et une subtilité aussi manifeste pour leur jeune âge. Si le risque de tomber dans le pathos était une menace constante dans ce projet, ces deux jeunes comédiens ont bien su l’éviter grâce à une compréhension totale de leurs personnages et des enjeux du film.
Le seul point négatif de Tout est parfais est sa longueur. Bien que ce film en soit un contemplatif, au rythme lent, le projet de Fournier et de Vigneault aurait grandement bénéficié à se faire amputer une bonne grosse demi-heure. Les visages bouffis, les yeux humides et les cris de rage sont toujours plus évocateurs lorsqu’ils sont utilisés avec parcimonie. Malgré tout, l’expérience que propose ce film en est une si intense qu’on peut bien lui pardonner cette incartade.
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