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Totalitarisme invers


Fran?ois Marginean

Chris Hedges, journaliste laur?at du prix Pulitzer pour le New York Times et auteur de plusieurs livres, a ?crit un article percutant publi? en anglais le 8 f?vrier 2010. Ce billet en est largement inspir? et en quelque sorte un compte rendu en fran?ais. L?article original de 12 pages est disponible sous le titre ??Chris Hedges: Zero Point of Systemic Collapse ?.

Cet article est d?une importance capitale pour temps ? venir. Il r?sume bien aussi mon analyse personnelle du d?roulement des ?v?nements pass?s, pr?sents et surtout, futurs. Il m?rite toute notre attention et puisqu?il est si bien ?crit, ceci constituera principalement une traduction libre de l?auteur qui doit recevoir tous les m?rites.

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Nous sommes ? la veille d?un des moments les plus dangereux pour l?humanit?.

Aleksandr Herzen parlait, il y a un si?cle de cela, ? un groupe d’anarchistes sur la fa?on de renverser le tsar et rappelait ? ses auditeurs que leur travail n’?tait pas de sauver un syst?me ? l’agonie, mais plut?t de le remplacer: ? Nous pensons que nous sommes les m?decins. Nous sommes la maladie ?. Toute r?sistance doit reconna?tre que le corps politique mondial et le capitalisme global sont morts. Nous devons cesser de gaspiller notre ?nergie ? essayer de le r?former ou de s’adresser ? lui. Cela ne signifie pas la fin de la r?sistance, mais cela veut dire des formes tr?s diff?rentes de r?sistance. Cela signifie tourner nos ?nergies vers la construction de collectivit?s durables pour affronter la crise ? venir, puisque nous serons incapables de survivre et de r?sister sans un effort de coop?ration.

Ces communaut?s, si elles se retirent dans un mode de survie pure, sans se lier aux cercles concentriques de l’ensemble de la communaut?, l’?tat et de la plan?te, deviendront tout aussi moralement et spirituellement en ruine que les forces corporatives d?ploy?es contre nous. Toutes les infrastructures que nous construisons, comme les monast?res du Moyen-?ge, devraient chercher ? maintenir vivante la tradition intellectuelle et artistique qui rendent une soci?t? civile, l’humanisme et le bien commun possible. L’acc?s ? des parcelles de terres agricoles sera primordial. Nous aurons ? saisir, comme les moines m?di?vaux l?ont fait, que nous ne pouvons pas modifier la culture plus large autour de nous, au moins dans le court terme, mais nous pouvons ?tre en mesure de conserver les codes moraux et la culture pour les g?n?rations au-del? de la n?tre. La r?sistance sera r?duite ? de petits, mais souvent imperceptibles, actes de d?fiance.

Nous nous tenons ? la fronti?re d?une des plus sombres p?riodes de l’histoire de l’humanit? o? les lumi?res de la civilisation vacillent, chanc?lent et nous risquons de descendre pendant des d?cennies, sinon des si?cles, dans la barbarie. Les ?lites ont r?ussi ? nous convaincre que nous n’avons plus la capacit? de comprendre les v?rit?s r?v?l?es qui nous sont pr?sent?es, ou de se battre contre le chaos caus? par les catastrophes ?conomiques et environnementales. Tant que la masse des populations d?sorient?e et effray?e, nourris d?images qui leur permettent d?halluciner perp?tuellement, existe dans cet ?tat de barbarie, il lui sera possible de frapper p?riodiquement avec une fureur aveugle contre la r?pression accrue de l’?tat, la pauvret? g?n?ralis?e et les p?nuries alimentaires, mais elle n’aura pas la capacit? et la confiance en soi face au d?fi pour confronter de proche ou de loin les structures de contr?le. Le fantasme de larges r?voltes populaires et des mouvements de masse brisant l’h?g?monie de l’?tat corporatif n?est que cela – un fantasme.

Chris Hedges ?crit que son analyse se rapproche de l’analyse de nombreux anarchistes. Mais il note une diff?rence cruciale: les anarchistes ne comprennent pas la nature de la violence. Ils saisissent l’?tendue de la pourriture qui r?gne dans nos institutions culturelles et politiques, ils savent qu’ils doivent couper les tentacules de la consommation, mais ils croient na?vement que cela peut ?tre combattu avec des formes de r?sistance physique et des actes de violence. Il y a des d?bats au sein du mouvement anarchiste – tels que ceux sur la destruction des biens – mais une fois que vous commencez ? utiliser des explosifs plastiques, des innocents sont tu?s. Et quand la violence anarchique commence ? perturber les m?canismes de la gouvernance, l’?lite au pouvoir va se servir de ces actes, m?me mineurs, comme une excuse pour employer une force disproportionn?e et impitoyable contre les agitateurs r?els ou pr?sum?s, ce qui ne fera qu’alimenter la col?re des d?sh?rit?s.

Hedges ne se d?fini pas comme ?tant pacifiste. ??Je sais qu’il y a des moments, et conc?de m?me que celui-ci pourrait ?ventuellement ?tre l’un d’eux, o? les ?tres humains sont contraints de r?pondre ? la r?pression montante avec la violence. J’?tais ? Sarajevo pendant la guerre en Bosnie. Nous savions pr?cis?ment ce que les forces serbes feraient de nous s?ils arrivaient ? percer les d?fenses et le syst?me de tranch?es autour de la ville assi?g?e. Nous avons eu des exemples de la vall?e de la Drina ou la ville de Vukovar, o? environ un tiers des habitants musulmans avaient ?t? tu?s et le reste stationn?s dans des camps de r?fugi?s ou de relocalisation. Il y a des moments o? le seul choix possible est de prendre une arme pour d?fendre sa famille, le quartier et la ville. Mais ceux qui se sont r?v?l?s ?tre les plus aptes ? d?fendre Sarajevo provenaient invariablement de la classe criminelle. Lorsqu?ils n’?taient pas occup?s ? tirer sur les soldats serbes, ils pillaient les appartements des Serbes ? Sarajevo et, souvent, les ex?cutaient, en plus de terroriser leurs concitoyens musulmans. Lorsque vous ing?rez le poison de la violence, m?me pour une juste cause, elle vous corrompt, d?forme et pervertit. La violence est une drogue, elle est m?me le plus puissant narcotique connue de l’humanit?. Les plus accros ? la violence sont ceux qui ont acc?s aux armes et qui poss?dent un penchant pour la force. Et ces tueurs remontent ? la surface de n?importe quel mouvement arm? en les contaminant avec l’enivrant et intoxiquant pouvoir qui vient avec la capacit? de d?truire. J’ai vu cela guerre apr?s guerre. Quand vous vous engagez dans cette voie, vous finissez par opposer vos monstres contre leurs monstres. Et ceux qui sont sensibles, humains et doux, ceux qui ont une propension ? nourrir et prot?ger la vie, sont marginalis?s et souvent tu?s. La vision romantique de la guerre et la violence est plus fr?quente chez les anarchistes et la gauche radicale que dans la culture dominante. Ceux qui s’opposeront avec l?aide de la force ? l’?tat corporatif ne le vaincront pas, pas plus qu?ils arriveront ? maintenir les valeurs culturelles qui doivent ?tre soutenues si nous voulons avoir un avenir valant la peine d??tre v?cu. De mes nombreuses ann?es en tant que correspondant de guerre au El Salvador, Guatemala, ? Gaza et en Bosnie, j’ai vu que les mouvements de r?sistance arm?e sont toujours des mutations de la violence qui les a engendr?. Je ne suis pas assez na?f pour penser que j’aurais pu ?viter ces mouvements arm?s si j’avais ?t? un paysan sans terre au Salvador ou au Guatemala, un Palestinien ? Gaza, ou un musulman ? Sarajevo, mais cette r?action violente ? la r?pression est et sera toujours tragique. Il doit ?tre ?vit?e, mais pas au d?triment de notre propre survie??.

La d?mocratie, un syst?me id?alement con?u pour d?fier le statu quo, a ?t? endommag? et dompt? pour servir servilement le statu quo. Nous avons subi, comme John Ralston Saul l?a ?crit, un coup d’?tat au ralenti. Et le coup est termin?. Ils ont gagn?. Nous avons perdu. La pitoyable incapacit? des militants ? pousser les ?tats corporatifs industrialis?s vers une r?forme environnementale s?rieuse, ? contrecarrer l’aventurisme imp?rial, ou de construire une politique plus humaine envers les masses du monde, d?coule d?une pauvre capacit? ? reconna?tre les nouvelles r?alit?s du pouvoir. Le paradigme du pouvoir a chang? de fa?on irr?vocable et cons?quemment, le paradigme de la r?sistance doit imp?rativement se modifier lui aussi.

Il y avait beaucoup de choses dites l’ann?e derni?re ? propos de la mani?re dont Barack Obama serait un pr?sident ??transformationnel?? – mais la v?ritable transformation, s’av?re-t-il, exige beaucoup plus que d??lire un leader t?l?g?nique. Pour renverser la vapeur dans ce pays, cela va prendre des ann?es de guerre de si?ge contre les int?r?ts profond?ment ?tablis, d?fendant un syst?me politique profond?ment disfonctionnel. – Paul Krugman, ?Richard Nixon port?s disparus », le New York Times, 30 ao?t 2009

Trop de mouvements de r?sistance continuent ? croire en la fa?ade de la politique ?lectorale, les parlements, les constitutions, les chartes des droits, le lobbying et l’apparition d’une ?conomie rationnelle. Les leviers du pouvoir sont devenus tellement contamin?s que les besoins et la voix des citoyens sont devenus hors propos. L’?lection de Barack Obama ?tait un autre triomphe de la propagande sur la substance, une manipulation habile et une trahison du public par les m?dias de masse. Nous avons confondu le style et l’ethnicit? – une tactique de publicit? lanc?e par United Colors of Benetton et Calvin Klein – pour une politique progressiste et un v?ritable changement. L’objectif, comme avec toutes les marques de commerce, a ?t? de confondre les consommateurs passifs et faire passer une marque de commerce pour une exp?rience. Obama, d?sormais une c?l?brit? mondiale, est une marque de commerce. Il n?avait presque pas d’exp?rience, mis ? part deux ans au S?nat, n’avait aucune base morale et a ?t? vendu comme toutes choses aux populations. La campagne d’Obama a ?t? nomm?e ??marketer ? de l’ann?e du Advertising Age pour 2008 et l’a emport? sur les finalistes Apple et Zappos.com. Faites confiances aux professionnels. La marque de commerce ??Obama?? est le r?ve d’un agent de marketing. Le pr?sident Obama fait une chose et la marque Obama vous porte ? croire une autre. C’est l’essence m?me de la publicit? fructueuse. Vous achetez ou faites ce que les annonceurs veulent pour ce qu?ils peuvent vous faire ressentir.

Nous vivons dans une culture caract?ris?e par ce que Benjamin DeMott appelle la ??junk politics ?. Nommons-la ??politique d?chet??. Elle n’exige pas la justice ou la r?paration des droits. Elle incarne toujours des causes plut?t que de les clarifier. Elle ?vite les v?ritables d?bats pour des scandales fabriqu?s, des potins et des spectacles. Elle trompette l??ternel optimisme, louange sans cesse notre force morale et le caract?re, et communique dans un langage ??on-ressent-votre-douleur??. Le r?sultat de la politique d?chet est que rien ne change, ??ce qui signifie aucune interruption des processus et pratiques qui renforcent les syst?mes interconnect?s existant favorisant les avantages socio-?conomiques pour un groupe particulier ?.

La croyance culturelle selon laquelle nous pouvons faire se produire des choses que par la pens?e, en visualisant, en les souhaitant, en puisant dans notre force int?rieure ou par la compr?hension que nous sommes vraiment exceptionnels, est de la pens?e magique. Nous pouvons toujours faire plus d’argent, atteindre de nouveaux quotas, consommer plus de produits et faire progresser notre carri?re si nous avons assez de foi. Cette pens?e magique qu?on nous pr?che ? travers tout le spectre politique, par Oprah, des c?l?brit?s du sport, Hollywood, les gourous de l’auto-assistance et les Chr?tiens d?magogues, est largement responsable de l?effondrement de l’?conomie et l’environnement, car toute Cassandra qui a vu venir les choses a ?t? rejet?e comme ?tant du ??n?gatif??. Cette croyance qui permet aux hommes et aux femmes de se comporter et agir comme des petits enfants, jette le discr?dit sur des pr?occupations l?gitimes et inqui?tantes. Elle exacerbe le d?sespoir et la passivit?. Elle favorise un ?tat d’auto-illusion. Le but, la structure et les objectifs de l’?tat corporatif ne sont jamais s?rieusement remis en question. Questionner et s?engager dans un exercice de critique du collectif corporatif, revient ? se faire taxer de vouloir faire obstruction et d??tre n?gatif. Cela a perverti la fa?on dont nous percevons notre nation, le monde naturel et soi-m?me. Le nouveau paradigme de la puissance, coupl? ? son id?ologie bizarre de progr?s ind?fini et le bonheur impossible, a transform? des nations enti?res, y compris les ?tats-Unis, en monstres.

Nous pouvons marcher ? Copenhague. Nous pouvons rejoindre la journ?e mondiale de manifestations climatiques. Nous pouvons composter et accrocher la lessive ? s?cher. Nous pouvons ?crire des lettres ? nos ?lus et voter pour Barack Obama, mais l’?lite au pouvoir est imperm?able ? la charade de la participation d?mocratique. Le pouvoir est entre les mains des trolls moraux et intellectuels qui participent impitoyablement ? la cr?ation d’un syst?me n?o-f?odal et le meurtre de l’?cosyst?me qui soutient l’esp?ce humaine. Et faire appel ? leur bonne nature ou chercher ? influencer les leviers internes de pouvoir ne fonctionnera plus.

Nous ne pourrons pas, en particulier aux ?tats-Unis, ?viter notre ??G?tterd?mmerung??. Obama, tout comme le premier ministre du Canada, Stephen Harper ainsi que les autres chefs des pays industrialis?s, se sont r?v?l?s ?tre de tout aussi bons outils de l??tat corporatif que l?a ?t? George W. Bush. Notre syst?me d?mocratique a ?t? transform? en ce que le philosophe politique Sheldon Wolin avait nomm? ??le totalitarisme?invers??. Le totalitarisme invers?, ? la diff?rence de totalitarisme classique, ne tourne pas autour d’un d?magogue ou d?un chef charismatique. Il trouve son expression dans l’anonymat de l’?tat corporatif. Il pr?tend ch?rir la d?mocratie, le patriotisme, une presse libre, les syst?mes parlementaires et les constitutions, alors qu?il manipule et corrompt les leviers internes pour renverser et contrecarrer les institutions d?mocratiques. Les candidats politiques sont ?lus au vote populaire par les citoyens, mais sont r?gis par des arm?es de lobbyistes ? Washington, Ottawa ou dans les autres capitales du monde. Les m?dias corporatifs contr?lent ? pr?s tout ce que nous lisons, regardons ou ?coutons et ils imposent une uniformit? insipide de l’opinion. La culture de masse, d?tenue et diffus?e par les soci?t?s priv?es, nous divertit avec des questionnaires, des spectacles et des potins sur les c?l?brit?s. Dans les r?gimes totalitaires classiques, tels que le nazisme ou le communisme sovi?tique, l’?conomie ?tait subordonn?e ? la politique. ??Sous le totalitarisme invers?, l’inverse est vrai??, ?crit Wolin. ??L’?conomie domine la vie politique – et avec la domination vient les diff?rentes formes de cruaut?.

Le totalitarisme invers? exerce un pouvoir total sans recourir ? la plus grossi?re des formes de contr?le tels que les goulags, les camps de concentration ou la terrorisation des masses. Il exploite la science et la technologie pour atteindre ses sombres buts. Il impose l’uniformit? id?ologique en utilisant des syst?mes de communication de masse pour inculquer la consommation d?bauch?e comme une pulsion int?rieure et il nous fait prendre nos illusions sur nous-m?mes pour la r?alit?. Il ne r?prime pas les dissidents avec force, tant que ces dissidents restent inefficaces. Et en m?me temps qu?il d?tourne notre attention, il d?mant?le la base manufacturi?re, d?vaste les communaut?s, d?clenche des vagues de mis?re humaine et envoie les emplois vers des pays o? les tyrans savent garder les travailleurs en ligne. Il fait tout cela tout en brandissant le drapeau et chantant des slogans patriotiques. ??Les ?tats-Unis sont devenus la vitrine de la mani?re dont la d?mocratie peut ?tre g?r?e sans avoir l’air d’?tre opprim?e ?, ?crit Wolin.

George Orwell a soulign? que le totalitarisme n’est pas tant l’?ge de la foi qu?un ?ge de la schizophr?nie: ? une soci?t? devient totalitaire lorsque sa structure artificielle devient flagrante ?. ??Cela survient lorsque la classe dirigeante a perdu sa fonction, mais r?ussit ? s’accrocher au pouvoir par la force ou par la fraude??. Nos ?lites ont utilis? la fraude. La force est tout ce qu?il leur reste.

Notre ?lite m?diocre et finie tente d?sesp?r?ment de sauver un syst?me qui ne peut ?tre sauv?. Plus important encore, ils essaient de se sauver eux-m?mes. Toutes les tentatives de travailler ? l?int?rieur de ce syst?me pourri et cette classe de d?tenteurs du pouvoir se r?v?leront inutiles. La r?sistance doit r?pondre ? la nouvelle et dure r?alit? d’un ordre capitaliste global qui s’accroche au pouvoir par des formes de r?pression brutale et flagrante toujours grandissantes. Une fois le cr?dit s?che pour le citoyen moyen, une fois que le ch?mage massif aura cr?e une classe marginale permanente et furieuse, que les produits fabriqu?s bon march?s qui sont devenus les opiac?s de base de notre culture dispara?tront, nous allons probablement ?voluer vers un syst?me qui ressemble davantage au totalitarisme classique. Des formes plus violentes et grossi?res de r?pression devront ?tre employ?es au fur et ? mesure que les m?canismes de contr?le plus souples favoris?s par le totalitarisme invers? cesseront de fonctionner.

Si nous construisons des structures auto-suffisantes, celles qui occasionneront le moins de mal possible ? l’environnement, nous pourrons surmonter l’effondrement qui s?en vient. Cette t?che sera accomplie gr?ce ? l’existence de petites enclaves physiques qui ont acc?s ? une agriculture durable et qui seront donc capables de se dissocier autant que possible de la culture commerciale. Ces communaut?s devront construire des murs contre la propagande et la peur ?lectroniques qui seront pomp?es sur les ondes. Le Canada sera probablement un lieu plus accueillant pour ce faire que les ?tats-Unis, compte tenu du fort courant de la violence qui y r?gne. Mais dans tous les pays, ceux qui survivront auront besoin de terres dans des zones isol?es ? bonne distance des zones urbaines qui seront le th??tre de d?serts alimentaires dans leurs centres-villes, ainsi que de la violence sauvage qu?entra?nent des biens devenant tout d’un coup un co?t prohibitif et la r?pression ?tatique qui devient plus en plus dure.

Le recours de plus en plus manifeste ? la force par les ?lites pour maintenir le contr?le ne doit pas mettre fin aux actes de r?sistance. Les actes de r?sistance sont des actes moraux. Ils prennent vie parce que les gens de conscience comprennent l?imp?ratif moral de remettre en question les syst?mes d’abus et le despotisme. Ils devraient ?tre men?s non pas parce qu’ils sont efficaces, mais parce qu’elles sont justes. Ceux qui commencent ces actes sont toujours peu nombreux et rejet?s par ceux qui cachent leur l?chet? derri?re leur cynisme. Mais la r?sistance, bien que marginale, continue ? affirmer la vie dans un monde inond? par la mort. C’est l’acte supr?me de la foi, la plus haute forme de spiritualit? et qui lui seul rend l’espoir possible. Ceux qui ont commis des actes de r?sistance ont tr?s souvent sacrifi?s leur s?curit? et leur confort, ont souvent pass? du temps en prison et dans certains cas, ont ?t? tu?s. Ils ont compris que pour vivre dans le plein sens du mot, exister en tant qu??tres humains libres et ind?pendants, m?me dans la nuit la plus sombre de la r?pression d’?tat, cela signifie d?fier l’injustice.

Nous devons continuer ? r?sister, mais il faut maintenant le faire avec la r?alisation inconfortable que des changements significatifs ne vont probablement pas se produire de notre vivant. Cela rend la r?sistance plus difficile. Cela d?place la r?sistance du domaine du tangible et de l’imm?diat vers l?abstrait et l’ind?termin?. Mais renoncer ? ces actes de r?sistance constitue la mort spirituelle et intellectuelle. Cela revient ? se rendre ? l’id?ologie d?shumanisante du capitalisme totalitaire. Les actes de r?sistance maintiennent en vie un autre r?cit, maintiennent notre int?grit? et donne de la volont? aux autres, eux que nous ne pourrons jamais rencontrer, de se lever et porter la flamme que nous leur passons. Aucun acte de r?sistance est futile, que ce soit de refuser de payer des imp?ts, de lutter pour une taxe Tobin, travailler ? changer le paradigme ?conomique n?oclassique, r?voquer une charte d’entreprise, tenir des votes globaux sur Internet ou utiliser Twitter pour catalyser une r?action en cha?ne de refus contre l?ordre n?olib?ral. Mais nous devons r?sister et trouver la foi que la r?sistance en vaut la chandelle, car nous ne pourrons pas imm?diatement modifier la configuration du terrible pouvoir en place. Et dans cette longue, longue guerre, une communaut? qui nous soutient ?motionnellement et mat?riellement sera la cl? d’une vie de d?fiance.

Le philosophe Th?odore Adorno a ?crit que la pr?occupation exclusive avec les ?gocentrismes personnels et l’indiff?rence ? la souffrance des autres au-del? du groupe auquel on s?identifie est ce qui a finalement rendu le totalitarisme et les g?nocides possibles. L’incapacit? de s?identifier aux autres est sans conteste la plus importante composante psychologique qui fait que des atrocit?s peuvent se produire autour de gens plus ou moins civilis?s et innocents.  »

L’indiff?rence au sort d’autrui et l’?l?vation supr?me de soi est ce que l’?tat-entreprise cherche ? nous inculquer. Il utilise la peur, ainsi que l’h?donisme, pour contrecarrer la compassion humaine. Nous devons continuer ? combattre les m?canismes de la culture dominante, m?me si ce n?est que dans le but de pr?server notre humanit? commune ? travers de petits, voire de minuscules actes. Nous devons r?sister ? la tentation de se replier sur soi-m?me et d’ignorer la cruaut? se trouvant de l?autre c?t? de notre porte. L’espoir demeure dans ces actes de d?fiance souvent imperceptibles. Cette d?fiance, cette capacit? de dire non, c’est exactement ce que les psychopathes contr?leurs de nos syst?mes de pouvoir cherchent ? ?radiquer. Tant que nous serons pr?ts ? d?fier ces forces, nous aurons une chance; si ce n’est pas pour nous-m?mes, du moins, ce sera pour ceux qui suivent. Tant que nous d?fierons ces forces nous demeurerons en vie.

Et pour l’instant, c’est la seule victoire possible.

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4 Commentaire

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    De la part de « LARTISTE » : ( @ Lartiste : le système m’a erronément attribué ce commentaire. Pourriez vous le copicoller et le re-poster pour qu’il apparaise sous votre nom. Mes excuses. PJCA)

    Malheureusement, il est extrêmement difficile de combattre ce « totalitarisme inversé » lorsque la puissance du « Marketing » contrôle la perception de chacun.

    Pour le faire, il est presque nécessaire de posséder une « réaction psychologique automatique » qui pousse l’individu à « percevoir » le contraire de ce qui lui est « suggéré ». Ce qui n’est évidemment pas le cas, sinon le « Marketing » n’aurait la puisance et l’efficacité qu’il possède.

    La solution à la situation problématique, décrite dans cet article, n’est pas facile à trouver et je ne la perçois pas. Par contre, je suis entièrement d’accord avec la description que l’auteur fait de la situation actuelle.

    Bravo pour cet article.

    Amicalement

    André Lefebvre

  2. avatar

    De la part de « SYLVAINGUILLEMETTE » : ( @ SG : le système m’a erronément attribué ce commentaire Pourriez vous le copicoller et le re-poster pour qu’il apparaise sous votre nom. Mes excuses.PJCA)

    «Cela signifie tourner nos énergies vers la construction de collectivités durables pour affronter la crise à venir, puisque nous serons incapables de survivre et de résister sans un effort de coopération.»

    Il faut faire attention à ne pas non plus, répéter les erreurs d’autrefois. La conciliation de classes n’est qu’un leurre pour perpétrer la continuité du capitalisme, plus sauvage, sous un autre visage. Celui du renouveau. Mais il n’y a rien de neuf à faire persister l’exploitation de l’être humain par d’autres êtres humains. Tout au contraire. Ce ne serait que la triste répétition des évènements, au grand profit de cette vermine qui vit du labeur d’autrui.

    «Le fantasme de larges révoltes populaires et des mouvements de masse brisant l’hégémonie de l’État corporatif n’est que cela – un fantasme.»

    Effectivement, je le vois ainsi. Le communisme en application, n’est peut-être pas une chose certaine, mais c’est du moins un but convenable, en regard aux capacités d’un système capitaliste de venir à bout des inégalités sociales, qui lui, ne reconnait que les conditions actuelles économiques, sans se soucier des conditionnements les ayant créées. Le socialisme en cela, devient actualité. Il est toujours pertinent. Il a en soi cette possibilité de s’adapter, comme le préconise le marxisme, ou l’oblige devrais-je dire, aux faits actuels, alors connus.

    Le socialisme est donc effectivement une forme de dogme en soi, qui a pour but final un «communisme»-verra t-on plus tard, si celui-ci ne porte pas un autre nom…-. Mais la seule façon de vraiment préciser si ce n’est que dogme, c’est de tenter d’aller le plus loin où ce sera physiquement possible pour l’humanité. Autrement, d’en prédire à l’avance l’impossibilité, nous résume encore une fois au totalitarisme. Et je doute que l’auteur veuille y patauger, ce n’est bien pour personne ici à vrai dire.

    Chose certaine, le capitalisme pur et dur ne permettra pas plus le partage équitable des richesses et permettra toujours l’exploitation des uns, majoritaires, par les autres, minoritaires. Et les corporations seront réelles, au pire, secrètes. Quant au socialisme, il règle d’emblée cette question en ne permettant plus la propriété privée –sur le long terme- des moyens de production, qui contribuent, eux, à multiplier les capitaux en la –ou les- personne qui possède ce –ou ces- moyen de production. Nationalisant ceux-ci, les travailleurs en deviennent propriétaires et jouent maintenant un rôle «décisif» au sein de ces moyens de production. Gérées en coopératives, la propriété n’est pas celle de l’État, mais du conseil ouvrier élu pour ce. Etc.., et rapidement, les contradictions s’effacent –certes pour laisser place à d’autres, on pourrait débattre sur ce seul sujet longuement…-. Celles en tout cas, qui permettent les inégalités sociales. Celles qui importent le plus aux peuples de la Terre, j’en suis certain.

    Ce fantasme, d’après moi en tout cas, en vaut la peine. Beaucoup plus que de re-permettre à nouveau, le mauvais partage des richesses, sachant que ces dernières donnent des pouvoirs inappropriés pour quelconque groupe de personne qui ne représente pas l’humanité –et encore…-.

    «Mais il note une différence cruciale: les anarchistes ne comprennent pas la nature de la violence.»

    Effectivement, je suis d’accord avec ces propos. Et c’est ce vieux débat sur les conditionnements que je prendrai à titre argumentaire. Il y a forcément des processus qui en expliquent d’autres –…qui en expliqueront d’autres également, cela, sans fin…-. Et comme un processus en explique un autre, un autre explique ceux qui nous sont alors imposés, aucun doute ne peut interférer ici. Et ce n’est pas pour rien qu’il y a; des cours d’histoire, des arbres généalogiques, des encyclopédies, des livres d’histoire, etc.., je crois.

    «Et ces tueurs remontent à la surface de n’importe quel mouvement armé en les contaminant avec l’enivrant et intoxiquant pouvoir qui vient avec la capacité de détruire. J’ai vu cela guerre après guerre.»

    Fidel Castro était avocat…, puis député.

    «De mes nombreuses années en tant que correspondant de guerre au El Salvador, Guatemala, à Gaza et en Bosnie, j’ai vu que les mouvements de résistance armée sont toujours des mutations de la violence qui les a engendré.»

    Et Cuba serait encore sous emprise états-unienne, et Batista –y compris le terroriste Luis Posada Carriles, qui terrorisait les Cubains bien avant ses multiples attentats terroristes.- et ses criminels auraient pris leur retraite en paix.

    Au contraire, il faut résister aux armes, par les armes. Un processus en explique un autre, je vous le rappelle. Et à Cuba, aujourd’hui, on ne se tue pas comme en Colombie ou au Venezuela, où les torts du capitalisme laissé à lui-même, ont fait autant de tort que les guerres armées elles-mêmes.

    Et les afghans devraient se laisser faire, eux aussi? Les Tibétains également donc, devraient se la couler douce sous la dictature capitaliste chinoise si je comprends bien? Y en a des millions d’autres, comme ça, qui auraient du laisser l’Empire venir les écraser dans le fond, si l’on suit à la lettre ce genre de logique.

    Moi, je crois que l’histoire, elle, se rappelle des faits. Que les faits finissent par sortir. Désormais, on sait par exemple que le grand démocrate John Fritzgerald Kennedy était aussi le grand tueur de masse du Vietnam, et qu’il avait ordonné l’Épandage de l’Agent Orange –que Monsanto a pu fabriquer sans se faire accuser de quoique ce soit…-. Les faits refont surface, même si on les enterre. Comme l’ordre de Staline d’exécuter les officiers polonais, ou tout opposant –Trotsky et cie…- à sa dictature SUR le prolétariat.

    Au contraire. S’ils prennent les armes, il faut les prendre. S’ils veulent dialoguer, dialoguons. Mais ils n’ont jamais dialogué, eux. Au contraire, et les massacres dans l’histoire de l’humanité a souvent eu lien avec eux.

    La mort est tragique, je ne le nie pas. Mais tout le monde meure. On ne peut que choisir comment l’on vit. La mort en soi, n’a pas d’importance, sauf sur les processus qu’elle aura apportés de son précédent état, la vie. Le reste, c’est bon pour les charognards.

    Cela dit, je suis d’avis qu’il faut qu’ils nous frappent, avant. Mais encore… Comment peut-on déterminer que nous y sommes?

    Quant au totalitarisme inversé, je n’y crois pas. Le capitalisme en soi est un totalitarisme, puisqu’il ne tient pas compte des processus définissant les conditions de chacune et chacun. On vient de dire la même chose, en affirmant ici que le capitalisme était totalitaire. Pas sorcier… Et je n’ai pas de diplôme secondaire, juste une équivalence…

    «Le totalitarisme inversé exerce un pouvoir total sans recourir à la plus grossière des formes de contrôle tels que les goulags, les camps de concentration ou la terrorisation des masses.»

    C’est faux! Le totalitarisme du capitalisme –qui permet le corporatisme selon Marx- a usé de toutes ces tactiques! Des prisons secrètes sont érigées depuis plus d’un siècle par la bourgeoisie via ses États-sbires! On en a fait autant avec les écoles de torture états-uniennes en Asie, comme en Amérique latine et en Afrique! Abu Graïb? Ça ne vous dit rien? Et Guantanamo, où les droits n’existent pas et où on accuse des enfants-soldat de lancer des grenades, comme pourtant, en lancent les soldats de Washington, ça ne vous dit rien? Les goulags furent les processus inscrits dans un historique stalinien, non socialiste. Pareil pour les régimes comme celui de Pol-Pot, où la dictature des prolétaires n’a jamais existé –de toute façon, c’était un chum de Washington ce débile là.-.

    Et les guerres? En Irak, depuis 2003, on parle du million de morts chez les civils seulement. Vietnam, plus de 4 millions… Etc.. Washington a renversé plus de 45 États dans le monde et en a perturbé tout autant en sabotage, assassinats, etc.. La France a fait chier tout un tas de monde aussi. La Grande-Bretagne également. Et mon cher Canada fut le caniche de ces putes à bourgeois –et je parle des dirigeants, non pas des français!-.

    Je n’y crois pas une seule seconde à cet argumentaire, qui n’explique au fond, que le refus des capitalistes de reconnaître le totalitarisme en soi, du capitalisme.

    « une société devient totalitaire lorsque sa structure artificielle devient flagrante » « Cela survient lorsque la classe dirigeante a perdu sa fonction, mais réussit à s’accrocher au pouvoir par la force ou par la fraude »
    Aux yeux de qui? D’un conditionné à ne pas se réveiller?

    Et je ne suis point d’accord. Le totalitarisme, même si on tente de l’ignorer, ou qu’on ne l’ignore pas par choix, est toujours une réalité, s’il en est une. Le totalitarisme, pourrait-on l’expliquer ainsi, serait comme si l’on débattait du sexe des anges, sans débattre de l’existence de ceux-ci. Le totalitarisme est donc, inévitablement parmi nous, probablement quotidiennement, dans bien des situations qui nous seraient impossible d’énumérer ici. Il n’a rien à voir avec l’«emprise du pouvoir bornée» qui se manifeste à travers les multiples partis politiques, qui au fond, sont tous capitalistes d’emblée. Ils nous amènent donc tous au même but final, mais de façons différentes, sans donc s’attarder à savoir si le capitalisme est un modèle viable; si on veut partager les richesses, si on veut faire attention à nos ressources naturelles, si on ne veut pas créer de corporations, etc..

    «Si nous construisons des structures autosuffisantes, celles qui occasionneront le moins de mal possible à l’environnement, nous pourrons surmonter l’effondrement qui s’en vient. Cette tâche sera accomplie grâce à l’existence de petites enclaves physiques qui ont accès à une agriculture durable et qui sont donc sont capables de se dissocier autant que possible de la culture commerciale. Ces communautés devront construire des murs contre la propagande et la peur électroniques qui seront pompées sur les ondes. Le Canada sera probablement un lieu plus accueillant pour ce faire que les États-Unis, compte tenu du fort courant de la violence qui y règne.»

    D’abord, je suis d’accord avec ces propos, nous devons fabriquer nos propres moyens de production et les gérer. Les coopératives en ce sens, passant certes par le système actuel, deviennent une belle alternative.

    Quant à la violence, laissez-moi croire qu’il risque d’y avoir des débordements au-delà des limites sur papier des États-Unis d’Amérique. C’est qu’ils sont quand même 300 000 000…

    Sinon, je suis en majorité d’accord avec tout ce texte. Et c’est dommage que je ne sois pas seul, fou à lier, à penser cela de notre avenir.

  3. avatar

    @Pierre Allard,
    Merci pour cet article qui en fait de compte reste une revue de Presse objective se contentant de rapporter avec le « maximum » de justesse possible les positions des hommes, femmes, politiques de tous bords et des syndicats.
    Pierre, je te demande expressement et je t’en remercie de me donner ton semntiment, et accord, sur l’article commun que nous prévu tous deux, afin de faciliter les contacts.
    Je serais absent pour des problèmes graves familiaux concernant mon épouse, dont tu pourras continuer à venir comme convenu.
    Je m’excuse auprés de tous les intervenants de CentPapiers ainsi que Les Voix du Panda, mais ma famille reste mon bien le plus précieux.
    Comme tu l’indiques les Voix du Panda sont en même temps un lieu avec une grande famille.
    Je vous remercie de la pudeur dont vous pourrez faire preuve dans cette épreuve encore très douloureuse qui nous frappe.
    Mais la vie continue, alors sûrement que je ferai un « billet » comme seul Les Voix du Panda savent faire, c’est notre marque de fabrique.
    Pierre, merci de me répondre en privé ou ici, je passe vers 13h GMT France.
    Soyez tous prudents sur les routes et rien n’est plus important que l’amour que l’on porte avec tendresse aux siens.
    Merci de vottre compréhension à tous, je pense que je pourrais revenir dans les meilleurs délais, mais pas avant plus d’un mois.
    J’ose croire Pierre que tu auras la gentillesse de me répondre dans les meilleurs délais, voila je n’ai rien d’autre à vous dire, sinon que merci.
    Merci encore à tous.
    Avec mes sincères amitiés
    Patrick Juan
    Le Panda
    http://www.panda-france.net

    3:28, le Samedi 17 juillet 2010

  4. avatar

    A Panda:

    Il est fastidieux pour le lecteur de lire le même commentaire sur plusieurs fils. J’ai répondu a celui-ci sur ton article « Ce qu’ils en disent ». J’en accuse réception ici aussi courtoisie, mais il ne faut pas que chaque article se transforme en babillard.

    PJCA