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Tiananmen, 1989 : la Chine ?branl

UN OEIL SUR ? LA CHINE

C??tait il y a vingt-quatre ans pr?cis?ment. Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l?Arm?e populaire de Chine ouvre le feu sur les jeunes manifestants qui occupent depuis plusieurs semaines la place Tiananmen. Cet ?v?nement sonne le glas du ??printemps de P?kin??.

D?s 1979, Deng Xiaoping lance des r?formes d?envergure afin de lib?rer l??conomie chinoise de ses carcans. La communaut? internationale ne se prive pas d?applaudir cet?aggiornamento?politique ? tout le moins inattendu. Tr?s vite, les entreprises occidentales, notamment am?ricaines, vont affluer et investir en masse dans l?Empire du Milieu. L?exode rural commence alors ? poindre?: des milliers de paysans quittent chaque jour leur province d?origine pour s?installer l? o? les emplois se cr?ent. Ce ph?nom?ne de migration, inenvisageable sous Mao, qui contr?lait strictement les mouvements de population, conduit de nombreux travailleurs ? rejoindre les usines, qui poussent comme des champignons. Sans crier gare, un essor ?conomique sans pr?c?dent s?amorce.

C?est pourtant dans ce contexte prometteur que le sang va couler ? P?kin. En 1989, un mouvement de contestation prend de vitesse le pouvoir en place et le camp pro-d?mocratie. Tant le PCC que Deng Xiaoping y laisseront des plumes. De cette r?volte populaire, le monde retiendra un symbole?: l?image d?un manifestant esseul? faisant front aux chars de l?arm?e.

Hommage ou mouvement de contestation??

Le 15 avril 1989 est annonc?e officiellement la mort de Hu Yaobang. Depuis son limogeage deux ans plus t?t, la popularit? de cet ancien secr?taire g?n?ral du PCC demeurait ? son z?nith. Un mouvement de sympathie s?empare alors de P?kin, qui lui rend un hommage appuy?, saluant notamment ses aspirations r?formatrices. D?j?, certains profitent de l?occasion pour demander au Parti unique d?acc?l?rer la refonte du paysage socio?conomique national. Alors que les revendications foisonnent, les ?tudiants chinois montent en premi?re ligne et font entendre leur voix. Ils se rendent en nombre devant le monument aux h?ros, place Tiananmen, pour c?l?brer la m?moire de Hu Yaobang.

Quelques jours plus tard, le 20 avril, plusieurs milliers de personnes se pr?sentent devant l?entr?e de Zhongnanhai, la ??nouvelle cit? interdite??, afin de r?clamer une r??valuation de l?action de l?ancien patron du PCC. Et ce n?est pas tout?: figurent parmi les dol?ances des appels ? la libert? d?expression et ? la lutte contre la corruption. Le gouvernement, malavis?, choisit de r?pondre aux revendications par la violence. ? d?faut de communiquer, les autorit?s publiques agitent les matraques. Il n?en faut pas davantage pour pousser le mouvement pro-d?mocratie ? se structurer. C?est ainsi que les ?tudiants se mettent ? cr?er des associations autonomes pour remplacer les unions officielles li?es au Parti.

Les manifestants investissent Tiananmen

Le 13 mai, certains manifestants commencent ? observer une gr?ve de la faim. Les P?kinois investissent peu ? peu la place Tiananmen, rejoignant ainsi des ?tudiants d?j? largement mobilis?s. Les pommes de discorde se font jour?: les Chinois se plaignent tour ? tour du co?t de la vie, d?une justice jug?e d?faillante, d?une libert? consid?rablement entrav?e et de la corruption des cadres du r?gime. Peu apr?s, le 17 mai pr?cis?ment, une r?union tenue chez Deng Xiaoping tourne au pugilat?: le patron du PCC, Zhao Ziyang, et son lieutenant, Bao Tong, sont accus?s de soutenir le mouvement ?tudiant. La tension grimpe parmi les officiels. Le pr?sident ?voque une anarchie naissante et un risque de contagion pouvant mener, ? terme, ? une perte de contr?le totale. Il va m?me jusqu?? sugg?rer l?instauration de la loi martiale. On sent le souffle du Premier ministre, le conservateur Li Peng, dans sa nuque.

Le 18 mai au matin, Zhao Ziyang, secr?taire g?n?ral du PCC, d?cide de jeter l??ponge. Le pr?d?cesseur de Li Peng refuse de marcher dans les pas d?un pouvoir qui s?appr?te ? brutaliser son peuple. D?s le lendemain, il part ? la rencontre des manifestants, accompagn? du futur Premier ministre Wen Jiabao. Sentant la menace de l?affrontement poindre, il demande aux contestataires de regagner leur foyer. Les ?v?nements vont lui donner raison?: la loi martiale est promulgu?e le 20 mai.

L?arm?e entre en jeu

Des murs humains se dressent en vue de freiner l?avanc?e des soldats. Les manifestants s?opposent pacifiquement ? l?arm?e, au risque d?en subir les (lourdes) cons?quences. Du 20 mai au 3 juin, l?APL appara?t comme paralys?e dans une capitale qui entre en ?bullition. Les troupes qui circulent ? P?kin ont l?ordre de ne pas menacer la foule. Jusqu?ici, les chargeurs demeurent vides?

Alors que les ?tudiants se rar?fient, les ch?meurs investissent ? leur tour la rue. On observe, ? cet instant, des signaux contradictoires de r?signation et de radicalisation. Mais l??volution de la contestation laisse penser au pouvoir que la maison br?le. Car la loi martiale, au lieu de calmer les ardeurs populaires, a eu pour seul effet d?irriter un peu plus les foules mobilis?es. Alors que tout porte ? croire que la violence est ?vitable, voire inutile, l?inexp?rience des deux camps va les amener ? prendre les mauvaises d?cisions, mettant progressivement le feu aux poudres. Les manifestants refusent de faire marche arri?re par crainte de pr?senter un visage docile, tandis que le PCC, obs?d? par sa cr?dibilit?, ne bouge pas d?un pouce en vue de parvenir ? un compromis acceptable. On assiste par cons?quent ? un vulgaire jeu de postures. Il va s?av?rer destructeur.

??Nettoyer?? la place

Apr?s des semaines de tergiversations, l?arm?e re?oit, le 3 juin, l?ordre de ??nettoyer?? la place. Mais les consignes officielles exigent que le sang ne coule pas ? Tiananmen. La plupart des sc?nes de violence seront donc ? d?plorer dans les avenues adjacentes et dans les quartiers voisins. P?kin devient le th??tre de lynchages de soldats, de tirs contre des barrages humains et d?ex?cutions sommaires. Une barbarie immod?r?e y s?me la mort et le chaos. Le bilan se r?v?lera extr?mement lourd?: des centaines, voire des milliers, de vies injustement sacrifi?es. Quant aux bless?s, ils se comptent en l?gions. Certains suspecteront m?me les autorit?s chinoises d?avoir calcin? des corps pour effacer toutes traces des ?v?nements. Ce massacre, que le pouvoir cherche aujourd?hui ? passer sous silence, impactera consid?rablement l?Empire du Milieu. Il isolera temporairement le pays et ?cornera durablement l?image du r?formateur Deng Xiaoping.

 

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