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T?ratogen?ses europ?ennes

Naman-HADI-Le-deracine - CP

 

MICHEL KOUTOUZIS :

Les mesures impos?es ? la Gr?ce par l?Europe ont eu comme?premi?re cons?quence la gen?se d?une force politique n?o-nazie. Il faudrait ?tre aveugle et stupide ? la fois pour ne pas faire le rapprochement entre les mesures d?aust?rit?, l?image d?un monde politique d?valoris? ? force d?accepter l?inacceptable, la d?gradation politique sociale et ?conomique, la destruction du tissu social?d?une part, et la floraison de ce parti d?extr?me droite. Entre le d?but de la ??crise?? et aujourd?hui, ce groupuscule est pass? de moins de deux pour cent ? (selon les sondages) plus de douze.??Aux ?lections de l?ann?e derni?re il a fait ?lire dix-huit d?put?s et il serait devenu, si les??lections avaient eu lieu il y a dix jours, le quatri?me parti de Gr?ce, bien devant le PASOK, qui fait d?sormais figure de groupuscule. Ce dernier, qui joue le r?le de canne au parti d?une droite d?sormais amput?e de la moiti? de ses ?lecteurs traditionnels, n??tait m?me pas certain d??tre repr?sent? au prochain parlement.?En fait, le clivage strat?gique, celui qui partage l?opinion citoyenne se situe entre ceux ? minoritaires?- qui font confiance, ou per?oivent comme une fatalit? les r?formes impos?es par l?Europe et ceux qui les contestent radicalement. L?Aube dor?e, comme la plupart des partis d?extr?me droite contemporains, surfent sur cette vague anti-europ?enne, version ??moderne?? de l?antiparlementarisme de l?entre deux guerres, et qui, tr?s concr?tement, d?place la cible des causes aux?cons?quences,?des riches aux pauvres, de la finance aux ?migr?s, de la mondialisation aux fronti?res. Le vocabulaire de l?Aube dor?e, plus radical ? et perspicace ? qu?ailleurs, avait fini par p?n?trer l?opinion grecque. Pour eux, la Tro?ka c??tait ??les usuriers internationaux??, et les partis au gouvernement ??les laquais de Merkel??. M?me si ces d?nominations paraissent pour aucuns excessives, elles font ?cho ? des r?actions ?mises par des personnalit?s ?minemment respect?es, dont celle du constitutionaliste Mr?Kassimatis qui consid?re que les mesures impos?es ? la Gr?ce sont synonymes d?un coup d?Etat,?n?est pas la moindre. L?Aube dor?e compos?e ? du moins ? sa direction?-, de nostalgiques de colonels grecs et de leur dictature, avait le d?savantage pour le gouvernement grec de fixer au sein de l?arc politique anti-europ?en une population aux opinions archa?ques visc?ralement anticommuniste qui votait, selon des vieux sch?mas d?sormais ?clat?s, ? droite.?Mettre en prison ou inculper les dirigeants de ce parti fait partie, bien entendu, d?un plan destin? ? ramener au bercail ces brebis ?gar?es d?une droite vieille comme la guerre civile et la collaboration. Cependant le calcul ne peut s?av?rer que chim?rique. En effet (et les premiers sondages non farfelus l?indiquent), la ligne de rupture entre ceux qui g?rent la d?ch?ance de la Gr?ce et de son peuple et ceux qui les contestent est tellement profonde, que toute redistribution politique se fait et se fera au sein de la vaste palette de partis?qui refusent l?inf?odalisation et la d?cr?pitude de leur pays. Car si la direction de l?Aube dor?e est franchement nazie, son ?lectorat est constitu? des premi?res victimes des ??plans de redressement?? impos?es?: boutiquiers, ouvriers, employ?s, paysans, ayant perdu leur travail ou l?outil de leur travail. Ces lumpenprol?tariats des temps modernes, certes peuvent ?tre abus?s par une propagande qui n?a rien ? d?sirer de celle des r?gimes fascistes, mais continue ? consid?rer les partis du gouvernement comme ?tant partie du probl?me et en aucun cas de sa solution.

La t?ratog?n?se mise en place d?s les premiers mois de la ??crise de la dette?? par l?Europe et le FMI consiste ? imposer des gouvernements hybrides, mi-l?gaux, c?est-?-dire se situant sur la ligne de d?marcation s?parant un formel ayant l?apparence du l?gal. En fait, cette matrice de monstres impose soit des ??techniciens?? issus de la technostructure financi?re (ayant elle m?me g?n?r? la crise financi?re de 2008), soit des majorit?s ?lectorales contre nature, elles-m?mes toujours socialement minoritaires.?Elle peut se d?finir comme un coup d?Etat permanent visant la d?mocratie r?elle au nom d?une ??solution ? venir??, et qui permettrait ? fermer cette parenth?se anti-d?mocratique. Comme le soulignait un ministre de l??conomie allemand?: les grecs doivent choisir entre emprunts et d?mocratie, ce qui indique clairement que les responsables de cette d?rive sont pleinement conscients des monstres qu?ils font na?tre.

Cependant, la ??solution ? venir?? rassemblant de plus en plus ? Godot, le sentiment d?injustice d?mocratique au nom de solutions qui le sont encore moins est d?sormais h?g?monique partout en Europe. Une large majorit? de citoyens, ?crasante au sein des pays du sud, non seulement ne croit plus que les mesures impos?es sont une chim?re suppl?mentaire, mais elle reste convaincue que les processus mis en place sont une offense criarde ? la d?mocratie.

Au lieu de chercher des phantasmatiques coups d?Etat et ? vilipender des groupuscules n?o-nazis qu?ils ont eux m?mes cr??, les dirigeants europ?ens devraient enfin comprendre?que d?sormais leurs peuples les consid?rent comme des vulgaires dictateurs.

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