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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
4 décembre 2008 |
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vu 1 270 fois La situation politique à Ottawa se mêle aux élections provinciales. Moi qui m’était promis de ne pas parler de politique fédérale jusqu’au 8 décembre, je peux donc me permettre d’en souffler un mot.
Tout d’abord, quiconque a jeté un oeil aux débats récents à la Chambre des Communes peut aisément saisir le genre de dérapages susceptibles se produire au sein d’un parlement minoritaire. Jean Charest et Pauline Marois sont également d’accord: il faut, à Québec, un gouvernement majoritaire, d’autant plus que les prochains mois risquent d’être mouvementés sur la scène fédérale. Le Parti libéral du Québec est le seul pouvant prétendre obtenir un tel mandat.
Dans le même ordre d’idées, il est crucial que le Saguenay-Lac-St-Jean obtienne des députés libéraux le 8 décembre. Deux ou trois sont un bon objectif. En effet, nous risquons de nous retrouver privés de nos deux ministres fédéraux, notre représentation au sein d’un éventuel gouvernement de coalition fédéral tombant près de zéro. Notre seule lueur d’espoir à Ottawa est Marc Pettersen qui, fort de ses appuis au sein du PLC, sera peut-être en mesure de faire entendre les besoins de la région auprès des députés sans être un élu (il m’a déjà confié le faire depuis un moment). Néanmoins, si nous nous retrouvions isolés à la fois sur les plans provincial et fédéral simultanément, à l’aube d’une crise économique, nous serions bien mal dotés. À défaut de pouvoir compter durablement sur notre députation fédérale, il est impératif de nous donner quelques représentants du gouvernement à l’Assemblée Nationale.
Voilà pour l’influence directe sur les élections provinciales: votez avec votre tête!
Dans une autre perspective, Pauline Marois s’est empressée de clamer que la coalition, ouvertement appuyée par le Bloc Québécois, donne du crédit à l’option souverainiste. Elle en prend à témoin la réaction fortement négative des gens de l’Ouest canadien et de l’Ontario rurale, qui selon elle méprisent et haïssent le Québec. Le raisonnement est un peu court: bien des Québécois ayant voté conservateur, y compris dans la région du Saguenay-Lac-St-Jean, sont en colère contre la situation et s’estimeraient floués si Harper était renversé. On ne peut néanmoins les taxer d’haïr le Québec (c’est plutôt le contraire, ils pensaient qu’il nous fallait des représentants au sein du gouvernement).
De même, Stephen Harper a immédiatement sauté sur le thème clef lorsqu’un gouvernement désire maintenir sa crédibilité en temps de crise, c’est-à-dire l’unité nationale. Il n’a plus qu’une idée en tête: la coalition est un pacte avec le diable séparatiste.
Tout ce beau monde, donc, pense (avec une appréciation variable, bien sûr) que la situation est à l’avantage d’un éclatement du pays. Pourtant, à d’autres points de vue, le Canada pourrait ressortir plus fort du passage par le gouvernement de coalition PLC-NPD soutenue par le BQ.
D’abord, les protagonistes coalitionnistes gouvernementaux, tant néo-démocrates que libéraux, ont généralement une vision centralisatrice du Canada. Forcés de coopérer avec un parti de séparatistes, ils auront à mettre de l’eau dans leur vin face aux revendications du Québec. Pour maintenir leur crédibilité, ils devront aussi prêter l’oreille aux revendications des gens de l’Ouest et de l’Ontario rurale. Ce gouvernement coalisé a donc spécialement avantage à avoir une vision d’ensemble pour le pays et à contenter le plus de gens possible, afin d’éviter une défaite électorale magistrale à la fin de sa vie utile (relativement courte, faut-il le rappeler). Si d’ailleurs les libéraux et les néo-démocrates font leur démarche avec un minimum de bonne foi, il n’est pas exclu qu’ils en ressortent avec une plus grande compréhension du point de vue québécois et une doctrine moins centralisatrice (c’est particulièrement vrai dans le cas du NPD, qui n’a pas dans son histoire pu compter sur des députés Québécois francophones pour créer le pont entre les deux cultures fondatrices du Canada).
Dans le camp souverainiste, on a accepté de soutenir un gouvernement fédéral pendant une certaine période de temps. Le Bloc Québécois souligne donc pour une rare fois la convergence des fameux intérêts du Québec avec ceux du Canada. Vu l’ampleur de la situation, le parti de Gilles Duceppe vient donner un crédit sans précédent à la thèse voulant que les parties francophones et anglophones de notre fédération puissent, malgré les divergences culturelles, s’entendre sur de grands objectifs économiques et sociaux pour le bénéfice de tous. Il est même possible qu’un mouvement souverainiste donne sa caution à un gouvernement fédéral qui est ouvert à ses suggestions, comme cela transparaît dans le plan que présentera la coalition si elle accède au pouvoir. Ne s’agit-il pas d’une preuve que ce pays peut fonctionner, pour peu que les députés du Québec y participent? À partir de ce constat, ou bien le Bloc Québécois devra devenir un parti fédéraliste décentralisateur, ou bien les Québécois auront à augmenter leur députation des partis nationaux (tant le PC que le PLC et le NPD) aux prochaines élections fédérales.
Dans toutes ces situations, une chose demeure claire: il est extrêmement dangereux, pour toute sous-région avec un minimum de convergence dans ses objectifs, de confier l’essentiel de sa représentation politique à une seule et même formation. On le voit en Alberta, où les gens sont furieux de se voir potentiellement écartés du pouvoir à Ottawa. À noter que cette province est presque intégralement conservatrice (27 comtés sur 28). C’est la même chose au Saguenay-Lac-St-Jean: un quintette de cinq péquistes peut toujours faire l’affaire pendant un moment, mais des situations particulières comme ce qui se passe actuellement au gouvernement fédéral nous commandent de varier notre députation provinciale pour faire face à toutes les éventualités.
Je vois donc pour ma part d’un oeil favorable la formation d’un gouvernement de coalition à Ottawa, à deux conditions. Il faut d’abord que l’exercice soit fait de bonne foi, c’est-à-dire en gardant en tête les intérêts de l’ensemble des régions du pays, même celles n’étant pas représentées dans le nouveau gouvernement, ce qui ne fera que consolider notre fédération tout en donnant un nouveau souffle à une vision plus décentralisée du Canada. La seconde est que nous évitions néanmoins de nous placer également en situation d’instabilité au Québec et dans ma région, en nous donnant un gouvernement libéral majoritaire comptant des députés au Saguenay-Lac-St-Jean.
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