Accueil / L O C A L I S A T I O N / AFRIQUE / Syrie, l’article clé : le lancement d’un missile géant révélé en octobre 2013

Syrie, l’article clé : le lancement d’un missile géant révélé en octobre 2013

Outré et ulcéré par certains articles encensant Bachar el Assad, jugé seul capable d’empêcher la progression islamiste, alors qu’il a lui-même vidé ses prisons en contenant, et parmi eux, des plus violents, libérés (1) et animés par un esprit de vengeance à la suite des abominables tortures qu’il leur a fait subir) j’ai décidé de mettre en ligne ici des textes qui ont été empêchés de paraître chez Agoravox. Tout à commencé, avec ce premier article d’octobre 2013.  La séquence, sidérante, révélée par l’un des membres du groupe de citoyens BellingCat (ex BrownMoses), ne dure qu’une dizaine de minutes. Et elle est pour le moins frappante. C’est celle des préparatifs et du lancement d’un énorme missile, lancé en banlieue industrielle jouxtant l’aéroport militaire  de Mazzeh, au sud-ouest du centre de Damas (2), un engin aux formes jusqu’ici totalement inconnues, de taille assez monstrueuse. L’engin est peint de bleu moyen et son extrémité (d’un bleu clair sinon grise) contenant sa charge est entièrement contenue dans un cylindre marron qui lui sert de guide de lancement. Il est amené sur son lanceur par un autre camion muni d’une grue de chantier ordinaire rouge, on distingue très bien sur ce dernier sa dérive annulaire. Publiée il y un mois environ (en septembre 2013, donc), elle n’avait pas fait l’objet de beaucoup commentaires, ce qui est assez étonnant, tant cette vidéo est accablante pour le régime : autour du camion s’affairent des militaires, dont certains reconnaissables à  leur béret rouge : ceux de la garde présidentielle d’El Assad (au demeurant son présents aussi des snipers, ici et là). On ne s’intéresse pas à  tous les détails, visiblement, dans ce conflit qui exacerbe tant les divisions ! Car ils révèlent une chose inédite et plutôt passée sous silence à ce jour : le sarin n’est pas la seule méthode employée par Bachar El Assad pour anéantir une opposition : il pratique aussi d’autres méthodes, celles consistant à  utiliser des armes fabriquées sur place, dont certaines ont une bien étrange allure en effet. Une chose est sûre, en tout cas : c’est bien son armée qui les utilise. Revue de détail de l’usage d’armes héritées comme on va le voir de la guerre du Viet-Nam par le tyran de Syrie… Je veux bien que l’on parle de la Syrie et d’Assad, mais je pense qu’il faudrait le faire en connaissance de cause : or ce dernier, via des internautes à sa botte, et des logiciels fureteurs très sophistiqués (le même type que ceux que les français ont vendu à une époque à Kadhafi) scrute tout ce qui paraît sur sa personne (ou se fait aider par certains (3)), et fait la chasse à tout ce qui peut lui nuire en image de marque.

missile-4-a0a804-a2629-c75ff-a5bf8Revenons tout d’abord en arrière, à la fin de la seconde guerre mondiale exactement. La Wehrmacht, pressée de toute part par par les alliés, se tourne vers l’usage d’armes nouvelles. Parmi celles-ci, elle en teste une bien étrange : une bombe méleangant air et carburant, qui utilisait 40% d’oxygène liquide, mélangé avec 60% de poudre de lignite sec. Dans un essai mené près de Doberitz avec une charge de seulement 8 kg, les arbres seront complètement détruits dans un rayon de plusieurs centaines de mètres, avec des effets de choc ressentis aussi loin que 2 km. lancement-1491c7-c8881-49b71-f4b26C’était la première bombe thermobarique conçue ! L’arme n’entrera pas en service, mais le principe ne sera pas oublié. Pendant la guerre du Viet-Nam, les américains la redécouvrent, ou plutôt en redécouvrent les ravages : la bombe « fuel/air » fonctionne en effet de cette manière : avant l’impact elle diffuse un gaz dans une zone, via une première charge explosive, et c’est ce gaz contenant des poussières infllammables qui est enflammé par une seconde charge. Le principe est clairement montré dans cette impressionnante vidéo. missile_empo5559-daa82-b5fb7-8689dC’est idéal pour nettoyer des zones pleines de végétation, par exemple, qui est automatiquement détruite par l’explosion, le gaz diffusé s’insinuant dans tous les interstices des plantes, l’effet de souffle, terrible, faisant le reste. Dans le domaine, la fameuse Daisy Cutter créera des clairières complètes en quelques secondes. Des avions tels que le Skyraider en emporteront des modèles plus petits, chargés au gaz propane. Enfin plus « petits » : le modèle BLU-72/B (ici visible sous l’aile droite de l’avion) pesait 1130Kg et contenait 1020 Kg de propane !

Douglas A-1E, with Pave Pat bombs, at Nakhom Phanom Royal Thai Air Force Base on Sept. 29, 1968. (U.S. Air Force photo)
Douglas A-1E, with Pave Pat bombs, at Nakhom Phanom Royal Thai Air Force Base on Sept. 29, 1968. (U.S. Air Force photo)

Bien entendu, si des êtres humains sont sur le passage, ils ont droit aussi à être littéralement écrasés par l’effet de souffle ou bien de mourrir de lésions internes et des hémorragies provoquées par l’ingestion de gaz inflammable ; ou des produits hautement toxiques répandus par l’explosion primaire. Dans les premiers commentaires sur leur usage au Viet-Nam on avait affirmé par rapide raccourci que ses victimes mourraient par asphyxie.

odab-e7c16jp3bd4-aeb66-1786b-f5dfeLes hommes de l’armée d’Assad ont-il utllisé des armes de ce genre ? oui, et à plusieurs reprises : ainsi à Talbiseh entre Homs et Rasta où l’on a clairement retrouvé des corps de bombe de type ODAB-500, un engin d’origine russe assez peu fiable, puisque un nombre important de ses fusées ne se déclenchent pas. « Pendant la guerre soviétique en Afghanistan les ODAB-500 ont été signalés comme l’une des armes les moins fiables – en raison de l’échec de sa fusée seulement 15 – 50% des bombes larguées explosaient. Ainsi, la méthode classique consistait à combiner à lancer 3 ODAB-500 avec 1 bombe de type HE (high explosives) comme la FAB-FAB-250 ou 500 – juste pour assurer la combustion du mélange air-carburant des ODAB. Parfois, l’avion suivant lançait plusieurs roquettes non guidées S-8 sur la zone d’impact ODABs avec le même but – juste pour sécuriser la combustion « .odab_parachue41f-ff007-f3bb5-be74aChez notre spécialiste The Aviationist, le largage d’une ODAB par un Mig 23 d’Assad avait été clairement repéré dès décembre dernier. La vidéo montrait un détail fort intéressant : à l’arrière de l’ODAB, il y a un petit parachute stabilisateur. Et l’homme à la caméra avait réussi à en saisir son déploiement. On retrouvera les mêmes bombes à deux exemplaires filmées cette fois début août toujours au même endroit, mais vu de l’extérieur de la ville (attention ça va très vite, les deux engins tombent à 10′ du début de la vidéo). Un effet de constraste accentué montre sans aucun doute possible le panache arrière qui accompagne la bombe, c’est bien à nouveau une ODAB 500 thermobarique. On retrouve les morceaux de cet engin dans des maisons dont tous les murs ont été.. complètement.soufflés. Certains, non explosés, laisse passer une forte odeur de benzène… comme ici à Alep, en avril dernier.

missile_sold337b-7748e-5f48c-c1e50La conclusion s’impose déjà : l’armée d’Assad utilise donc depuis longtemps divers modèles d’armes thermobariques, certaines d’origine soviétique ou certaines« fabriquées maison ». L’examen minutieux des ravages commis par ces armes conduit en effet à l’évidence : les symptômes découverts sont bien ceux liés à l’usage de ce type d’armes : une végétation entièrement brûlée lorsque le missile atterrit dans un champ, sans produire de cratère, ou des immeubles effondrés et réduits en charpie par le souffle des explosions. Quand aux êtres vivants, un chien en train de mourir d’hémorragies internes, ou un chat tué par le souffle, filmés par les habitants, conduisent aux mêmes conclusions. Reste les êtres humains, où la aussi, hélas, on conclut par la même chose : « Tous les corps semblent compatibles avec des lésions internes provoquées par une onde de pression. Il y a des corps traumatiques mais rien de cohérent avec des décès dûs à des éclats d’obus. Les gens sont retrouvés morts sur plusieurs niveaux de l’immeuble. Encore une fois, les explosifs d’air et de carburant ou armes thermobariques ne tuent pas en brûlant, mais plutôt par une onde de pression intense qui provoque souvent des blessures internes ».

thermo_weapo3b38-c484c-869a0-3b374Des personnes désireuses de connaître la vérité sur ce qui se passe en Syrie s’efforcent depuis des mois de nous montrer ce massacre systématique et aveugle d’une population, car on ne me fera jamais croire que le missile géant découvert puisse choisir son objectif avec la précision du GPS : il est tout sauf guidé, et tiré à l’aveuglette et répand son souffle sur des quartiers entiers. Les gens qui effectuent ce travail de fond d’information, pour lutter contre les admirateurs de cette sanglante dictature, tel Thierry Meyssan et ses amis, résument parfaitement ici la situation : « en résumé :d’après le travail de Brown Moses et le blog d’Elliot Higgins, nous savons que les forces pro-régime dans Qusair ont utilisé des roquettes de taille similaire, qui ont la même conception de queue très inhabituelle et la partie supérieure inhabituelle de la fusée. Cela souligne fortement l’usage par le régime des roquettes le 21 août dernier. Nous savons que les forces du FSA décrivent ces roquettes similaires à celles de Qusair comme des « vacuum bombs « , qui ont causé d’importants dommages aux bâtiments par rapport à la plupart des roquettes de la même taille. Nous savons que les « bombes à vide » (vacuum bombs ou fuel/air) sont un autre nom pour les explosifs à air ou à carburant, dits thermobariques. Il existe des preuves solides que l’une des roquettes tirée le 21 août a causé des dégâts et a aplati et détruit la végétation environnante, détruisant des murs en béton de trois étages de haut, tout en ne laissant aussi aucun cratère de l’explosion, ce qui indique que l’explosion s’est produite dans l’air, au lieu de l’endroit de l’impact. Or on sait aussi que ces contenus d’explosifs thermobariques ou « fuel air explosives » utilisent couramment des produits chimiques hautement toxiques et mortels pour provoquer l’explosion, et l’inhalation de ces produits chimiques peut être mortelle et provoquer les mêmes effets que d’autres armes chimiques. Ces armes dites « Fuel air », quand elles n’explosent pas ou seulement partiellement peuvent créer de très grands nuages ​​de produits chimiques mortels. Les vidéos des sites de crashs de ces roquettes semblent montrer des signes de puissantes explosions et des explosions de chaleur également élevées. Des éclaboussures d’un agent chimique lors de l’impact de la roquette sont également cohérentes, sinon plus cohérentes encore, avec une arme de ce type, davantage que d’une fusée destinée à la guerre chimique. Dans toutes les attaques chimiques , les experts ont été intrigués par ces attaques, qui étaient moins mortelles que prévues pour une attaque typique d’arme chimique. L’oxyde d’éthylène est certes mortel, mais moins mortel que ne l’est le sarin » . 

soldats-727afbe2-59848-12d82-5c50fCela, les « bérets « rouges » d’Assad dépêchés en masse pour assister au départ du missile thermobarique géant (ils sont bien visibles ici à gauche) devaient le savoir, avant même le lancement . « Les explosifs fuel/air peuvent avoir des effets similaires aux attaques chimiques. La Defense Agency anglaise du renseignement a produit une étude de 1993 sur les armes à fuel/air. L’étude indique, « le mécanisme de mise à mort contre des cibles vivantes est unique et atroce …. Ce qui tue c’est l’onde de pression, et plus important encore, la raréfaction subséquente [vide], qui rompt les poumons …. Si le carburant déflagre mais ne détone, les victimes seront sévèrement brûlées et vont probablement également inhaler le combustible brûlant. De plus, les plus communs combustibles contenus, l’oxyde d’éthylène et d’oxyde de propylène, sont hautement toxiques, des bombes non explosées devrait être tout aussi meurtrières aux personnels pris dans le nuage toxique, comme la plupart des agents chimiques. Ce point ne peut pas ne pas être souligné. Si les roquettes identifiées par le blog Moses Brown sont explosées ou partiellement éclatées sont des fuel/air, leurs produits chimiques pourrait créer un nuage aussi dangereux que la plupart des armes chimiques ». La encore, cela coïncide aussi avec les dommages au personnes constatés en Syrie.

queue-5-5d5feb97-f52f8-358dd-f9663measurement-0f6f-51ab3-ac37c-1e220Explosées ou pas, ces armes sont en effet dangereuses car également toxiques :« l’oxyde d’éthylène, couramment utilisé dans les explosifs dits de fuel air, peut être mortel en cas d’inhalation dans des concentrations suffisamment élevées et en cas d’inhalation peut provoquer des contractions musculaires, des bouffées de chaleur, des maux de tête perte d’audition, une acidose, des vomissements, des étourdissements et une perte de conscience transitoire. Il peut irriter la peau, mais n’est pas mortel au tocher. Il est moins mortel que le sarin ou d’autres armes chimiques communes. Tous les corps semblent compatibles avec des lésions internes provoquées par une onde de pression. On a un peu trop focalisé sur l’usage du sarin, ces dernières semaines, en oubliant les effets néfastes de l’oxyde d’éthylène de ces bombes fuel/air (à noter qu’en France, paradoxalement, on a stérilisé des tétines de biberons pendant des années avec ce gaz avéré cancérigène !) !

falaq2-0ebadf6f1-cc326-d25d1-88d9eReste la vidéo montrée au début de ce texte, qui montre cet étrange camion lanceur. Pour certains, il n’a pas fallu longtemps pour en retrouver la trace… en Iran. Les « queues » d’engin retrouvées à Daraya, Khaladiya, Yabroud, Adra, Ghouta-Est, et Zamalka se ressemblent en effet toutes, et leurfalaq_bis-aa3e69-785f6-07430-f0ff5 lanceur ressemble comme deux gouttes d’eau à un modèle iranien, le Falaq-2, qui tire des roquettes de 333 mm : c’est ce qu’a trouvé en effet ce spécialiste des armes (qui a posté depuis un deuxième lot d’images sur la taille en particulier de l’engin, dont le diamètre tourne autour des 30 cm (333 mm donc). Un Falaq-2 de ce genre sera aperçu et filmé ici à droite en plein préparatifs à Aleppo en décembre dernier. L’immense missile bleu vu dans la vidéo au tout début de ce texte, qui serait donc un cousin « fait maison » de grande taille du Falaq-2, ne peut être attribué qu’aux seules troupes d’Assad, par la présence de militaires en unifores, de milices chargées de faire la police (ils sont en noir et armés de Kalachnikovs), mais aussi de techniciens en t-shirt, qui obéissent tous visiblement à un supérieur habillé d’une chemise blanche. Les deux camions surpris, le transporteur doté d’une grue et la plateforme plate de lancement, ainsi que le nombre important de personnes présentes au lancement, font de ce dernier, indubitablement une œuvre organisée par un régime, et ne peut être le fruit d’un seul groupuscule d’opposants. Un régime qui a pour soutien primordial l’Iran… qui lui a fourni les Falaq-2 !!!

soldats-727afbe2-59848-12d82-5c50fCe déploiement exige une infrastructure qui dépasse en effet les capacités des rebelles. Les engins tombés, tous du même type, porte des numéros qui en font une production industrialisée et non artisanale : cela a été sciemment pensé et fabriqué à grande échelle. Et cela va jusqu’au fournisseur des camions d’assistance : tous des Mercedes, comme l’a fait justement remarquer le blog Onyx. Ici ne vidéo, le déploiement d’un de ses engins (on s’aperçoit que c’est le piston hydraulique du lève-benne de camion qui permet d’orienter sous le bon angle de tir le missile).truck_bache-dec2-2d4d8-91d4e-e9224

Une plateforme qui sert décidément à tout, en Syrie comme le montrent les photos de la page d’Onyx, y compris comme supports de canons Howitzer (le M46 de 130 mm) ou de lance roquettes façon orgue de Staline. Le blog montrant en même temps notre fameux lanceur équipé de sa bâche le rendant indétectable à l’extérieur !!! Mercedes, pilier du régime ? Chez les Assad, c’est le cousin Hafez Makhlouf qui a essayé de récupérer la oncession Mercedes (il pèsait 6 milliards de dollars en 2008 ) à la famille Sanqar, qui a fini par la garder après que Mercedes ait menacé de ne plus livrer le pays… Le « look » des missiles est lui toujours le même : cylindre air/fuel, long corps de faible diamètre avec tuyère incorporée et ailerons stabilisateur entourés d’un cercle ; c’est bien un produit manufacturé et numéroté. Le missile décrit au début de cet article étant de taille supérieure : il doit faire environ entre 4 bons mètres minimum de long, comparé à la taille du plateau du transporteur (un Mercedes !), et son lancement, supervisé par les bérets rouges d’Assad, a eu lieu dans une zone ou l’armée régulière a son fief bien établi. Une telle installation ne peut se faire à couvert, et d’ailleurs les images montrent bien que c’est un secteur contrôlé d’où il part, entouré par une pléiade de représentants du pouvoir encore en place. A elle seule, cette vidéo condamne le régime du dictateur (**) !

tir volcano

doubleCela le condamne d’autant plus que certains ont poursuivi les conclusions du rapport des inspecteurs de l’ONU, (voir ici) pour conclure que les fameux Falaq-2 avaient une lourde responsabilité… dans la dispersion de gaz sarin, au moins sur un site précis, en plus d’être des lanceurs d’armes thermobariques… « De manière réaliste, nous pouvons supposer que l’attaque contre Ein Tarma (Damas) le 21 Août a été lancé à l’aide de Falaq 2 » indiquent-ils sans hésiter. « Par conséquent, nous vous proposons les deux mêmes questions logiques : 1. Qui contrôle la zone où les roquettes ont été lancées (Qudsayya, Al-Arin, et d’autres endroits environnants) ? 2. double4Les rebelles étaient-ils armés de munitions de 330 mm avec leurs lanceurs ? En effectuant une recherche en ligne, nous constatons que ces munitions sont avancées et sophistiquées, et qu’il n’y a pas de vidéo ou de photo qui prouve que les rebelles armés en Syrie en sont propriétaires ou possèdent quelque chose de semblable ». C’est certes sur le blog de l’opposition, mais ça a au moins le mérite d’être clair : les lanceurs thermobariques peuvent aussi devenir diffuseurs de gaz sarin, en ce cas. Propagande ? Certes pas : le blog de Brown Moses (alias Eliott Higgins) était arrivé aux mêmes conclusions en faisant les diagrammes des morceaux d’engins recueillis à Damas. En réalité, les enquêtes menées entre 2013 et 2014 avaient cerné 3 types d’armes du même principe : des obus de 107 automoteurs munis d’une grosse charge à leur sommet, des roquettes de 122 tirées sur des chasses doubles, le plus souvent, est le plus gros calibre de 220 ou 240 mm de diamètre, lancé à partir d’un tube-guide :

 

Volcano rockets

Depuis d’autres images sont apparus de l’usage de « Daoud 1 et 2 », les armes inventées et produites par le Hezbollah ou fabriquées en Iran. Parfois appelées aussi « Burkan », elles se révèlent d’une imprécision caractérisée, ce qui ajoute aux dégâts collatéraux en pleine ville. Imaginez la chute d’un engin pareil sur un quartier : on ne me fera jamais croire que ça peut être ciblé  : c’est un engin de terreur, voilà tout. Une arme abonnée aux dégâts collatéraux ! Sur cette vidéo, on peut distinguer facilement leur manque de portée et leur envol fort peu maîtrisé. double2On constate qu’ici, les affûts ont été dressé dans un cimetière musulman, lieu sacré, ce qui n’a pas l’air de choquer les soldats du Hezbollah, présentés pourtant comme très pieux (ici un tir de Burkan sur .. une mosquée).   double3roquette doubleDepuis

juillet  2013, le Hezbollah, et sa branche armée, vue ici sur les vidéos, a été taxé d’organisation terroriste par l’Union Européenne.    D’autres modèles encore d’engins meurtriers sont apparus en Syrie depuis la rédaction de ce texte.  On les avait aussi aperçu à Yabroud, appelé ici « Volcano« , le nom générique de l’arme. D’autres vues montrent toujours les mêmes engins à Yabroud. A Yabroud, on a décidément pas lésiné sur l’emploi des « Burkan », en effet : sur cette énième vidéo, on distingue aux première secondes l’affût double sur un camion léger à plateau.

roquettesLes variantes sont désormais nombreuses, et surtout les clichés reçus depuis montrent qu’il s’agît bien d’une production purement industrielle et non artisanale. Une première photo prise à Qalamoun montre par exemple un lot de plus d’une douzaines de roquettes de ce type, prêtes à être envoyées. roquettes 2Une autre un dépôt différent auprès de camions militaires, des engins siglés et numérotés ( « 383 » et « F3K-C », peint de deux couleurs (est-ce pour en distinguer la charge ?). Leur queue ne porte plus d’anneau autour des ailettes, un détail noté par Eliot Higgins de Belling Cats. Encore une fois c’est l’armée d’Assad qui se vante de ses nouvelles acquisitons, le commentaire du cliché étant ainsi rédigé :  « une vue de la préparation de l’armée arabe syrienne à Idlib pour faire face aux terroristes. »

Mais à Labweh, au nord de Baalbek,  c’est un autre engin du même type qui a été divulgué : lui aussi sur un petit camion porteur (d’origine japonaise) et avec une rampe-glissière de lancement plus classique à la place du tube habituel. Il semble tout aussi volumineux que le plus gros modèle de Volcano aperçu jusqu’ici à Idlib :

nouveau

nouveau2L’engin nouveau est vite déterminé : c’est un modèle « Al Qahera », celui du mouvement Asaïb Ahl al-Haq, (« la ligue des vertueux ») des chiites irakiens, contrôlés eux aussi par l’Iran, dirigés par le général Qassem Suleimani des Quds Forces iraniennes. L’engin a été l’objet d’une présentation officielle, visible ici sur cette incroyable vidéo de propagande avec comme invité d »honneur l’ineffable Kaïs  Khazali, le leader de l’Asaib Ahl al-Haq. L’engin est ici montré sous le vocable « Qaher », lors d’un tir effectué en Irak…. contre Daech, Al-Haq, chiite, étant en effet contre les sunnites de Daech !!! On n’est loin déjà du combat nationaliste annoncé : ce sont deux sectes dissidentes, dirons les plus virulents, qui se font la guerre !!! Kaïs  Khazali est, il faut le noter, député irakien… il est lui-même issu d’une sécession d’avec Moqtada al-Sadr, fils d’un dirigeant religieux exécuté sous Saddam Hussein, et son groupe de l’Armée du Mahdi, qui avait donné tant de fil à retordre aux américains en Irak. Aujourd’hui, Moqtada a disparu du paysage, et le jeune Khazali a aussitôt pris sa place auprès des chiites du pays. Dans de nombreux sites, on fait le lien entre ce type d’armes et les premiers essais égyptiens de missiles sous Nasser, des tentatives bien aidées par des transfuges nazis, réfugiés incognito en Egypte, comme on le sait. Logique : dans le cœur de certains, Hassan Nasrallah a remplacé l’ancien Raïs. En 2011, excusez du peu, il était la « quatrième personnalité préférée des Arabes en 2010, selon un sondage du Brookings Institute – il a été premier jusqu’en 2008 –, il est devancé par Erdogan, Chávez et Ahmadinejad ».

canonNota : en face, les rebelles en sont à utliser des bouteilles de gaz comme obus de mortier. Bien entendu présentés comme attaque… au gaz sarin par les partisans d’Assad ! On notera que d’un côté comme de l’autre aucun masque à gaz n’est employé, ce qui est tout simplement inimaginable en cas de lancement de bombes au sarin. A moins que le mélange ait êté effectué bien avant le lancement, ce qui paraît fort improbable chez les rebelles. L’engin des rebelles a été largement décrit déjà ailleurs (comme propagande bien entendu  !) comme le « canon de l’enfer » chargé d’envoyer comme un mortier.. des bouteilles de gaz munies d’ailettes remplies en fait de nitrate d’ammonium et due fuel, un grand classique des  mélanges explosifs (parlee-en à des Corses !). Ici un autre tir de ce genre d’engin et là un modèle reposant sur... une pelleteuse. La guerre en Syrie est celle des armes bricolées... des deux côtés.

 Ces engins ont une histoire, en prime, et elle est fort surprenante. Je l’avais expliquée ici, mais des fichiers ont disparu comme par magie, principalement l’épisode-clé expliquant leur origine… américaine. Désireux de montrer à nouveau ce qui se passe réellement en Syrie, je vous propose de les découvrir à nouveau dans les épisodes suivants.
(1) Extrait de Courrier International du 3 septembre 2013 : « pas plus tard que la semaine dernière, les renseignements des Forces de sécurité intérieure ont ainsi découvert que le double attentat à la voiture piégée qui a ensanglanté le 23 août la capitale du nord du Liban [Tripoli], faisant 45 tués et plusieurs centaines de blessés, est l’œuvre des services de renseignements syriens qui ont eu recours pour planifier et exécuter leur acte dément à un groupuscule fondamentaliste sunnite libanais, la brigade Al-Tawhid. Son chef, Hachem Minkara, est actuellement aux arrêts pour entrave à la justice (il aurait été au courant des préparatifs du double attentat), et son adjoint, cheikh Ahmad El-Gharib (également en état d’arrestation) est accusé d’avoir fait partie de la cellule terroriste qui a acheminé les deux voitures piégées. La justice libanaise a émis dans le cadre de cette affaire des mandats d’arrêt à l’encontre du capitaine syrien Mohammad Ali – responsable des services syriens – et d’un autre ressortissant syrien, Khodr Al-Aryane, accusés également d’avoir placé les deux voitures piégées avec l’aide des fondamentalistes sunnites.Une (très) grosse ficelle . Cette manipulation par le régime Assad d’un groupuscule djihadiste n’est pas lapremière du genre. » En 2007, une autre organisation fondamentaliste sunnite proche du pouvoir baasiste, Fatah Al-Islam, avait lancé dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr El-Bared [près de Tripoli] une véritable guerre contre l’armée libanaise, qui avait duré plusieurs mois. Le chef de cette organisation, Chaker Absi, avait été mystérieusement libéré des prisons syriennes peu de temps avant le déclenchement de l’offensive contre les forces régulières libanaises et il avait par la suite dirigé les combats dans le camp en question.Force est de relever dans ce cadre que l’on a assisté à un scénario quelque peu similaire après le déclenchement du soulèvement populaire syrien lorsque le pouvoir en place à Damas a libéré en juin 2011, quelques semaines après le début des troubles, des centaines d’opposants dont certains formeront par la suite, au début de 2012, le… Front Al-Nosra [mouvement armé islamiste en Syrie]…
(2) on y a observé aussi le 6 septembre 2014 des missiles 9K37 Buk russes s’y mettre en place.
(3) dont un certain Dieudonné ou un certain Frédéric Châtillon, le beau-frère de Marine le Pen (ici les trois au baptême de Plume, une des filles de Dieudonné), mis en examen en France pour avoir un peu trop profité des subsides du tyran syrien avec sa boîte Riwal. Et oui, pour ceux qui l’ignoraient encore, le FN a été mis en examen pour soupçons de financement illégal, dont de l’argent provenant des coffres d’Assad….
(4) même si à ce jour, comme on a pu le dire au Sénat en France en 2007 « Les armes thermobariques ne sont interdites par aucun instrument juridiquement contraignant. « 
document à consulter
http://84.96.22.11/observabilis/FMPro?-db=archives&-layout=base&-op=eq&IDX=HzDm732381MaRv65764GnNn60361ClQi&-format=request1result.html&-find
http://www.rfi.fr/moyen-orient/20150313-liban-syrie-hezbollah-assad-sunnite-chiite-damas-qouneitra-nasrallah-conflit-syrien
http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/en-syrie-hezbollah-se-bat-d-abord-preserver-propres-interets-10603
sur la mosaïque d’opposants à Assad
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/09/17/syrie-la-mosaique-rebelle-des-groupes-aux-interets-parfois-opposes_3479061_3218.html

http://historicoblog3.blogspot.fr/2014/08/un-groupe-plus-que-special-asaib-ahl-al.html

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.


 

« AAH est intervenue de plusieurs façons différentes aux côtés du régime syrien. Elle alimente en combattants la plus ancienne milice étrangère pro-régimen, Liwa Abou Fadl al-Abbas (LAFA), apparue dès l’automne 20127. Elle en fournit aussi à Liwa Zulfiqar, une nouvelle milice pro-régime créée à partir de LAFA en juin 2013, au moment où le soutien étranger de l’Iran et du Hezbollah auprès du régime syrien est de plus en plus manifeste et massif8. Elle est probablement aussi partie prenante dans une autre milice pro-régime, Liwa Ammar Ibn Yassir, qui est l’une des premières à ne pas intervenir dans la région de Damas, en particulier pour protéger le sanctuaire chiite de Zaynab, au sud de la capitale, mais à Alep9. Enfin, en juillet 2013, AAH dévoile la structure qui accueille ses combattants en Syrie, une sorte de corps expéditionnaire en quelque sorte : Asa’ib Ahl al-Haq-Liwa’a Kafeel Zaynab. Ce corps expéditionnaire collabore étroitement avec le Hezbollah libanais en Syrie, ce qui n’est pas étonnant puisque le Hezbollah a participé à la formation initiale et continue d’AAH. Muhammad al-Tabatabai, un ancien chef sadriste et fondateur d’AAH, a même visité les miliciens engagés en Syrie à l’été 201310. AAH continue aussi d’alimenter de nouvelles milices « paravents » en Syrie, comme Liwa’a al-Hamad11 ou Faylak Wa’ad al-Sadiq12. Au final, AAH est sans doute le « groupe spécial » iranien en Irak qui contribue le plus, en nombre de combattants, au soutien du régime syrien13. » A noter leurs voitures, souvent prises comme étant celles de Daech…

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

La liberté de la presse de plus en plus menacée dans le monde

La liberté de la presse recule partout, y compris dans les pays jusque-là relativement démocratiques, ...