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Syrie : la Machine du Jugement Dernier d’Obama

Robert Parry

En mettant en ?uvre un plan potentiellement catastrophique pour bombarder la Syrie, le pr?sident Obama a cr?? ce qui ?quivaut ? une  » Machine du Jugement Dernier  » qui pourrait exploser si elle n’est pas d?samorc?e par une perc?e dans les n?gociations de paix. Obama fait le pari que l’opposition saoudienne aux n?gociations pourra ?tre neutralis?e avant cela, ?crit Robert Parry.

Alors m?me que le pr?sident Barack Obama fait campagne aupr?s du Congr?s pour une r?solution de guerre limit?e contre la Syrie, certains membres de son ?quipe de s?curit? nationale esp?rent que la crise internationale pourra ?tre utilis?e pour sortir de l’impasse diplomatique qui a bloqu? les pourparlers de paix syriennes, notamment en for?ant la main ? l’Arabie Saoudite.

De leur point de vue, l’Arabie saoudite et en particulier son chef des renseignements, le prince Bandar bin Sultan, sont apparus comme les principaux obstacles ? un cessez-le-feu et ? des pourparlers de paix. Bandar, ancien ambassadeur aux USA o? il a gard? des relations utiles, est consid?r? comme le principal bailleur de fonds des combattants islamistes les plus radicaux qui cherchent ? renverser le gouvernement syrien et refusent de se joindre aux n?gociations. (Rappelons que Bandar a admis avoir rencontr? le leader d’Al Qa?da Oussama ben Laden avant les attentats du 11/9 – et qu’apr?s le 11/9, il a organis? le d?part rapide des membres de la famille ben Laden des USA).

Le prince Bandar bin Sultan, ancien ambassadeur saoudien aux USA et d?sormais ? la t?te du renseignement saoudien

Donc, le d?fi a ?t? de savoir comment faire pression sur Bandar et les Saoudiens, d?tenteurs d’une richesse extravagante, pour qu’ils coop?rent ? une strat?gie consistant ? couper les armes et les fonds ? ces djihadistes extr?mes, ? amener des rebelles ? n?gocier ? Gen?ve, et ? concocter un accord de partage du pouvoir entre les rebelles plus mod?r?s et le gouvernement syrien.

Vous ne l’apprendrez pas en lisant la presse dominante US, mais le pr?sident syrien Bachar al-Assad a accept? ? plusieurs reprises de participer ? des pourparlers de paix propos?s ? Gen?ve et ? envisager une nouvelle structure de gouvernement. C’est l’opposition soutenue par les USA qui a toujours refus? d’y participer, posant une s?rie de conditions pr?alables.

Pourtant, le r?cit pr?f?r? de la presse US a ?t? que l’administration Obama doit accentuer la pression militaire sur Assad pour le forcer ? la table de n?gociation, un sc?nario qui correspond ? l’image, qu’on aime tant par ici, de la partie am?ricaine comme artisans de paix dans tout litige et de l’autre c?t? comme fauteurs de guerre.

Par exemple, le chroniqueur du?New York Times?Nicholas D. Kristof est devenu le dernier ?faucon guerre lib?ral? en date ? inciter Obama ? bombarder des cibles gouvernementales syriennes et inverser ainsi la d?gringolade militaire des rebelles. Dans un article du jeudi 5 septembre intitul?The Right Questions on Syria?(Les bonnes questions sur la Syrie), Kristof ?crit que le r?gime Assad a « r?cemment eu le dessus dans les combats et les frappes a?riennes, ce qui pourrait le rendre plus dispos? ? n?gocier un accord de paix pour mettre fin ? la guerre. »

Cependant, Kristof et d’autres journalistes qui font la promotion de ce mythe trompent le peuple US-am?ricain, tout comme bon nombre de leurs coll?gues l’ont fait il y a une dizaine d’ann?es sur l’invasion de l’Irak. En Syrie, la r?alit? est que les USA ont ?t??incapables d’amener l’opposition ? la table des n?gociations, apr?s que les Russes avaient r?ussi ? persuader Assad d’envoyer des n?gociateurs gouvernementaux.

Les chefs rebelles ont pr?sent? une foule d’excuses pour expliquer pourquoi les pourparlers de paix ne peuvent pas commencer maintenant?: ils veulent que le gouvernement US leur donne d’abord des armes sophistiqu?es, ils veulent que tous les combattants libanais du Hezbollah se retirent, ils veulent ?tre en position gagnante avant que les pourparlers commencent, ils veulent qu’Assad accepte de d?missionner comme condition pr?alable ? des pourparlers.

En d’autres termes, les factions rebelles, dont les combattants les plus performants sont alli?s ? Al Qa?da, ne veulent pas de pourparlers de paix, elles pr?f?rent attendre que les USA et d’autres puissances ext?rieures se laissent entra?ner dans la guerre civile et assurent l’?limination d’Assad.

Toutefois, une telle issue pourrait ?galement faire de la Syrie le nouveau foyer du terrorisme au Moyen-Orient et ouvrir la porte ? un g?nocide contre la minorit? alaouite de Syrie, adeptes d’une branche de l’islam chiite dont fait partie la famille Assad. Certains chr?tiens syriens, alli?s avec Assad, craignent ?galement les repr?sailles violentes si les rebelles ? dominante sunnite l’emportent, une perspective particuli?rement effrayante pour les Arm?niens de souche dont les anc?tres ont fui le g?nocide turc il y a un si?cle.

La possibilit? r?elle que les rebelles commettent des atrocit?s a ?t? soulign?e jeudi par la diffusion d’une?vid?o?montrant des rebelles syriens ex?cutant des soldats syriens qu’ils avaient captur?s, tout en prof?rant des menaces d’ exterminer les Alaouites. Le pr?sident russe Vladimir Poutine a ?galement ?voqu? la vid?o montrant un commandant rebelle en train de manger les organes internes d’un soldat gouvernemental tu?.

G?cher une crise

Bien que beaucoup de conseillers « gros bras » d’Obama semblent toujours d?sireux de lancer des missiles contre des cibles gouvernementales syriennes pour punir Assad pour une attaque pr?sum?e au gaz toxique le 21 ao?t, au moins quelques assistants esp?rent toujours que l’attaque imminente pourra ?tre ?vit?e et que l’urgence internationale sur la crise pourra au lieu de cela servir ? la promotion d’un r?glement pacifique du conflit.

Une telle d?marche repr?senterait une version g?opolitique de l’adage de l’ancien chef de cabinet de la Maison Blanche Rahm Emanuel?:  » Ne g?chez jamais une crise grave. » Je me suis laiss? dire qu’Obama a r?cemment cherch? des conseils au-del? de son premier cercle sur la fa?on dont cette man?uvre pourrait ?tre ex?cut?e, apr?s s’?tre trouv? accul? par sa rh?torique maladroite des ?lignes rouges? et son manque d’attention ? l’aggravation de la crise syrienne au d?but de cette ann?e.

Malgr? les contacts apparemment frileux entre Obama et Poutine lors du sommet du G-20 ? Saint-P?tersbourg, les deux dirigeants sont cens?s agir de mani?re plus concert?e sur la crise que la presse dominante US ne le donne ? entendre. La coop?ration US-am?ricano-russe est consid?r?e comme cruciale pour ?carter les nombreux obstacles ? une issue n?goci?e ? la guerre civile en Syrie.

La plus grande difficult? dans la r?alisation d’une perc?e vers la paix a ?t? de savoir comment ?vacuer les obstructions saoudiennes et isra?liennes ? des n?gociations syriennes. Les Saoudiens et les Isra?liens, qui ont d?velopp? une?alliance de facto?sur un ?ventail de questions r?gionales, de l’?gypte ? l’Iran, voient des avantages ? une poursuite du conflit en Syrie.

Tandis que l’Arabie saoudite peut r?ver d’une victoire pure et simple des rebelles et d’un ?tat syrien sous f?rule sunnite – pour briser l’actuel  » croissant chiite  » de l’Iran aux enclaves du Hezbollah au Liban en passant par l’Irak et la Syrie -, les Isra?liens semblent pr?f?rer voir le sang continuer ? couler en Syrie sans qu’il y ait un vainqueur clair et net.

Comme le New York Times?l’a rapport? vendredi,  » La proposition de frappe limit?e d’Obama a un alli?-cl? ?tranger?: Isra?l « . Du point de vue isra?lien, amener l’arm?e US ? battre les forces d’Assad mettrait ?galement l’Iran sur la d?fensive et pourrait acc?l?rer la possibilit? d’une attaque US contre les installations nucl?aires de l’Iran.

De plus, un affaiblissement de la Syrie signifierait non seulement que l’Iran serait oblig? de consacrer davantage de ressources ? voler au secours d’Assad mais que le Hezbollah libanais pro-Assad serait ?galement plus ?parpill? et le Hamas en Palestine plus isol?. Le Hamas a pris le parti des rebelles sunnites combattant Assad et s’est donc ali?n? ses anciens alli?s?: la Syrie, l’Iran et le Hezbollah.

L’alliance du dr?le de couple Isra?l-Arabie saoudite a ?galement collabor? dans l’appui au coup d’?tat militaire en ?gypte contre le gouvernement ?lu des Fr?res musulmans de Mohamed Morsi. Les Saoudiens ont vers? des milliards de dollars pour maintenir ? flot l’?conomie ?gyptienne pendant que les Isra?liens ont fait pression sur Washington pour ?viter une interruption de l’aide militaire US ? l’?gypte.

Les Fr?res Musulmans sont un mouvement sunnite, mais trop populiste au go?t des monarchistes saoudiens. Les princes saoudiens craignent la propagation de la d?mocratie dans la r?gion et pr?f?rent de loin avoir un r?gime autoritaire en ?gypte. Pendant ce temps, Isra?l tire avantage de ce que l’arm?e ?gyptienne verrouille ? nouveau la fronti?re avec Gaza gouvern? par le Hamas. Ce qui est tout b?n?fice pour Isra?l, qui peut ainsi dicter ses conditions de paix ? un mouvement palestinien affaibli.

Menace de Jugement dernier

Ainsi, les chances d’utiliser la perspective d’une frappe militaire US de d?stabilisation contre la Syrie pour sortir de l’impasse des obstacles g?opolitiques ? la paix peuvent sembler minces pour le pr?sident Obama. Cette strat?gie semble m?me ?tre une position nettement minoritaire au sein de l’administration Obama, m?me si Obama est consid?r? comme son d?fenseur.

Mais pour la mettre en ?uvre, Obama doit trouver un moyen d’obtenir de Bandar et des Saoudiens qu’ils renoncent ? leur soutien financier et militaire aux djihadistes sunnites radicaux en Syrie, tout en convainquant les Isra?liens de mettre une sourdine ? leur emprise politique sur Washington. On a m?me pens? ? mettre dans le coup l’ancien pr?sident George W. Bush, un ami proche de Bandar, pour agir en tant qu’interm?diaire.

Pourtant, tout en exer?ant en coulisse des pressions sur les Saoudiens, Obama doit – pour des raisons de politique int?rieure – continuer ? claironner que le vrai probl?me, c’est le gouvernement Assad. Il continue donc ? bl?mer Assad pour l’apparente attaque au gaz toxique du 21 ao?t, malgr? la persistance des doutes sur les « informations » du renseignement US.

L’incident de la Ghouta dans la banlieue de Damas a eu lieu il y a plus de deux semaines, mais l’administration Obama n’a toujours pas pr?sent? au public US de preuves v?rifiables prouvant que les forces d’Assad sont ? l’origine de cette attaque. Tous les d?tails ont ?t? gard?s secrets, partag?s seulement avec des membres du Congr?s qui sont notoirement inaptes ? l’?valuation de telles all?gations.

Et alors que le gouvernement US s’est empress? de pointer le doigt sur Assad, il n’a pas voulu examiner d’autres preuves qui semblent pointer les rebelles comme responsables de l’usage des armes chimiques le 21 ao?t.

Par exemple, un?reportage de MintPress News?- bas? sur des entretiens avec des personnes ? Damas et La Ghouta – a pr?sent? des preuves que ? les USA et leurs alli?s sont peut-?tre en train de se tromper de coupable…. Apr?s de nombreux entretiens avec des m?decins, des r?sidents ? Gouta, des combattants rebelles et leurs familles, beaucoup croient que certains rebelles ont re?u des armes chimiques par l’interm?diaire du chef du renseignement saoudien, le prince Bandar bin Sultan, et sont responsables de l’attaque au gaz. »

L’article cite ?galement les commentaires de r?sidents de La Ghouta li?s aux rebelles indiquant que l’?mission de gaz toxique peut avoir ?t? le r?sultat d’une frappe accidentelle d’artillerie conventionnelle par les forces gouvernementales sur un site de stockage rebelle d’armes chimiques ou de la manipulation n?gligente par des rebelles de mat?riaux dangereux.

M?me le Livre blanc de l’administration Obama, citant des ?valuations de renseignement US qui imputent l’attaque du 21 ao?t au gouvernement syrien, tourne autour du pot lorsqu’il s’agit de savoir si les rebelles syriens d?tiennent des armes chimiques dans leur arsenal.

« Nous estimons que le sc?nario selon lequel l’opposition aurait ex?cut? l’attaque du 21 Ao?t est hautement improbable », lit-on dans le Livre blanc. ?Nos sources de renseignement dans la r?gion de Damas n’ont d?cel? dans les jours pr?c?dant l’attaque aucune indication que les affili?s de l’opposition avaient l’intention d’utiliser des armes chimiques ?.

Pourtant, pourquoi les agences de renseignement US emploieraient-elles de telles circonvolutions pour exclure la probabilit? d’une attaque de rebelles si elles ?taient en mesure d’affirmer tout bonnement que les forces rebelles n’ont pas d’armes chimiques?? ?tant donn? la forte implication des services secrets saoudiens en Syrie, la perspective que les rebelles poss?dent des armes chimiques n’est nullement tir?e par les cheveux.

Toutefois, cette profonde implication saoudienne rend ?galement la t?che d’arr?ter l’op?ration Bandar d’autant plus difficile. En effet, Obama a peut-?tre peu de leviers ? utiliser contre Bandar, si ce n’est l’argument qu’une intervention militaire US en Syrie pourrait ?chapper ? tout contr?le, conduisant ? des ruptures d’approvisionnement du p?trole et ? une crise financi?re mondiale. ?tant donn? les vastes portefeuilles d’actions de la famille royale saoudienne, celle-ci pourrait subir de lourdes pertes comme cela fut le cas lors de l’ effondrement de Wall Street en 2008.

En ce sens, ce qu’Obama a cr?? avec son calendrier de bombardement de la Syrie est une sorte de « Machine du Jugement Dernier », un dispositif qui peut causer de graves dommages ? la stabilit? g?opolitique et ?conomique du monde s’il n’est pas d?samorc? ? temps. En supposant qu’Obama obtienne l’approbation du Congr?s pour d?clencher le compte ? rebours, le moment « apocalyptique  » pourrait survenir dans les prochaines semaines.

? moins que les Saoudiens et Bandar puissent ?tre persuad?s que leurs int?r?ts g?n?raux vont au-del? de toute envie sectaire d’infliger davantage de souffrances ? l’Iran et ? ses alli?s en Syrie.

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