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Syrie : Interview exclusive de Walid Muallem, ministre des Affaires ?trang?res par Robert Fisk

Nos voisins anglais ont de la chance. Les officiels syriens sont m?fiants de voir leur parole d?form?e par nos m?dias pour servir la cause de notre diplomatie belliqueuse (souvenons-nous du d?sormais?c?l?bre pr?c?dent iranien). Et nos journalistes se plaignent de ne pouvoir aller en Syrie. Pourtant Robert Fisk parvient lui, ? interviewer ? Damas, le chef de la diplomatie syrienne qui ne s’?tait pas exprim? depuis le d?but de la crise. Et il le fait sans concessions ? la langue de bois syrienne. Chapeau bas M. Fisk.

En France, nous n’avons pas cette chance. Le parti-pris est m?me grossier. Ainsi l’homologue de M. Walid Muallem traite le Pr?sident l?gitime de la Syrie d’ « humain qui?ne m?rite pas?de figurer sur cette terre« , rejoignant en cela le niveau du?c?l?bre pr?c?dent iranien?d?j? cit?…?Et cette fois?a contrario, aucune exploitation indign?e de cette « petite phrase » dans notre presse.?Peu de r?actions non plus ? la?conf?rence?de rentr?e de nos ambassadeurs, qui semble surtout vou?e ? une impasse diplomatique?: en reconnaissant que la n?buleuse ASL-CNS (al-Qa?da??) doit?constituer?un gouvernement provisoire, notre Pr?sident n’insiste-t-il pas ainsi sur l’incapacit? depuis 17 mois au sein de cette opposition dont les « t?tes fr?quentables? » sont souvent en exil dor?, de s’entendre sur les termes d’une alternative cr?dible?? Et ceci au m?pris de toutes les formes de transition d?mocratique?d?j? propos?es?par les pays qui soutiennent Damas au moins dans son exigence de stabilit? pour r?former. Cette semaine, ils seront 110 pays non-align?s r?unis ??T?h?ran?en pr?sence de plus de 30 chefs d’Etat, pour r?it?rer leur soutien ? ce type de transition.?« La France doit prendre davantage en compte l’?mergence d’un monde?multipolaire?qu’elle a d’ailleurs tellement de fois r?clam? ».?M. Hollande l’a d?sormais sous ses yeux. A nous de reconnaitre les premiers les 110 visages de son existence au travers de positions enfin courageuses sur l’affaire syrienne. Il y a une place ? prendre?!

Nous avons quand m?me trouv? en France un autre point de vue qui prolonge celui de?M. Chouet, et qui nous semble lui aussi ?clair? et non partisan?: celui de M. Bassam Tahhan, professeur franco-syrien entrevu sur?BFMTV?et?FRANCE INFO. Nous vous proposons ? la suite, sa derni?re interview, gr?ce aux militants duCercle des Volontaires. Nos lecteurs et sympathisants peuvent se faire leur opinion en leur ?me et conscience.

Walid Muallem, ministre des Affaires ?trang?res du gouvernement syrien. photo Getty Images


Exclusif?: ??Nous pensons que les USA sont l’acteur majeur contre la Syrie, et que les autres sont leurs instruments?? (1)

Le ministre des Affaires ?trang?res donne sa premi?re interview ? un journaliste occidental depuis le d?but du conflit.

paru dans?The Independent, mardi 28 ao?t 2012, par Robert Fisk

Traduction?Corto?pour?ReOpenNews

Nous pouvions entendre la bataille pour Damas depuis le bureau du ministre des Affaires ?trang?res hier (NdT – lundi dernier 27 ao?t 2012), un mart?lement de mortiers et de tirs de chars depuis les faubourgs de la capitale qui p?n?traient jusqu’au sanctuaire int?rieur de Walid Muallem, battement cardiaque inqui?tant qui venait rythmer les paroles de cet homme.

« L’Am?rique est derri?re la violence en Syrie« , a-t-il dit, « et cela ne s’arr?tera pas m?me lorsque la bataille d’Alep sera termin?e« . ??Je dis aux Europ?ens?: Je ne comprends pas votre leitmotiv sur le bien-?tre des Syriens alors que vous soutenez 17 r?solutions contre le bien-?tre du peuple syrien. Et je dis aux Am?ricains?: vous devez bien relire ce que vous avez fait en Afghanistan et en Somalie. Je ne comprends pas votre leitmotiv de combattre le terrorisme international alors que vous soutenez ce terrorisme-l? en Syrie.??

Walid Muallem s’exprimait en anglais, et tr?s lentement, soit ? cause des roulements ext?rieurs qui le d?concentraient, soit parce qu’il s’agissait de sa premi?re interview avec un journaliste occidental depuis le d?but de la crise syrienne. A un certain moment, le conflit entre rebelles et troupes gouvernementales dans les faubourgs de Douma, Jobar, Arbeen et Qaloum -o? un h?licopt?re a ?t? abattu – devint si bruyant que m?me le plus flegmatique de tous les ministres des Affaires ?trang?res dans une r?gion connue pour sa langue de bois jeta un oeil dehors. Comment se sentait-il alors qu’il entendait cela, lui demandais-je??

??Je suis d’abord ministre, je suis un citoyen syrien, et je ressens de la tristesse de voir ce qui se passe en Syrie, compar? ? il y a 2 ans.?? dit-il. ??Il y a beaucoup de Syriens comme moi – impatients de voir la Syrie revenir aux jours anciens o? nous ?tions fiers de notre s?curit?.??

J’ai beaucoup de doutes sur le nombre de Syriens qui veulent un retour aux ??jours anciens??, mais Muallem affirme que peut-?tre 60 de la violence dans le pays provient de l’?tranger, de Turquie, du Qatar, et d’Arabie Saoudite, avec les USA qui exercent leur influence sur tous les autres.

??Lorsque les Am?ricains disent « Nous fournissons ? l’opposition du mat?riel sophistiqu? de t?l?communications », n’est-ce pas l? une partie d’un effort de guerre?? Ou lorsqu’ils transf?rent ? l’opposition 25 millions de dollars – et bien plus du Golfe et d’Arabie Saoudite????

J’ai dit ? Muallem que j’avais d?jeun? il y a un an avec l’Emir du Qatar, et qu’il enrageait contre ce qu’il appelait les « mensonges de Bachar El Assad« , affirmant qu’il ?tait revenu sur un accord permettant aux Fr?res musulmans de retourner chez eux.

Muallem opina. ??Si vous aviez rencontr? le m?me Emir il y a deux ans, il encensait Assad et le consid?rait comme un ami cher. Ils avaient des relations familiales, passant leurs vacances ensemble ? Damas et parfois ? Doha. Il y a une question importante?: que s’est-il pass??? J’ai rencontr? l’Emir ? Doha, en novembre 2011 je crois, lorsque la Ligue arabe d?butait son initiative [qui a abouti ? l’envoi d’observateurs de la Ligue en Syrie] et nous avions conclu un accord… l’Emir m’a dit?: « Si vous ?tes d’accord avec cette initiative, je vais changer l’attitude d’Al Jazeera et je dirai ? [Cheikh] Qaradawi [un pr?lat populaire qui dispose d’une fen?tre r?guli?re sur cette chaine] de soutenir la Syrie et la r?conciliation, et je mets sur la table quelques milliards de dollars pour reconstruire la Syrie… »??

??Au m?me moment, alors que j’attendais pour assister ? une r?union, il y avait le chef du parti tunisien Ennahda, et l’Emir fit un ch?que de 150?000 dollars pour aider le parti aux ?lections. De toute fa?on, c’?taient leurs affaires. Mais j’ai demand? ? l’Emir?: « Vous aviez d’?troites relations avec Mouammar Kadhafi et vous ?tiez le seul chef d’Etat dans son palais lorsque Kadhafi vous a accueilli pendant le sommet – alors pourquoi envoyez-vous vos avions attaquer la Libye et s’int?grer ? l’OTAN?? » L’Emir r?pondit simplement?: « Parce que nous ne voulons pas perdre notre influence ? Tunis et en Egypte – et Kadhafi ?tait responsable de la division du Soudan. »??

Sur la puissance des USA, Walid Muallem n’a aucun doute. Les Am?ricains, dit-il, ont r?ussi ? faire peur aux pays du Golfe sur les capacit?s nucl?aires de l’Iran, les persuadant d’acheter des armes et r?alisant ainsi le r?ve de Franklin Roosevelt qui d?s 1936, voulait y entretenir des bases pour le transport du p?trole.

??Nous pensons que les USA sont l’acteur majeur contre la Syrie, et que les autres sont leurs instruments.?? Mais tout cela ne concerne-t-il pas en r?alit? l’Iran?? demandais-je. Une question risqu?e, car elle sugg?rait un r?le secondaire pour la Syrie dans sa propre trag?die. Et lorsque Muallem se r?f?ra ? la ??Brookings Institution??, je grognai.

???a vous fait rire, mais parfois, quand vous ?tes ministre des Affaires ?trang?res, vous ?tes oblig? de lire ces choses – et il y avait l? une ?tude du Brookings Institute [sic] intitul?e ??La route vers T?h?ran??, et le r?sultat de cette ?tude ?tait que si vous voulez endiguer l’Iran, vous devez commencer par Damas…?

??Des ?missaires occidentaux nous ont confi? au d?but de la crise que les relations entre la Syrie et l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, la Syrie et le Hamas sont les ?l?ments majeurs derri?re cette crise. Si nous r?solvons ce probl?me, ils [les Am?ricains] aideront ? en finir avec la crise. Mais personne ne nous a dit pourquoi il ?tait interdit ? la Syrie d’avoir des relations avec l’Iran, alors que la plupart, sinon tous les pays du Golfe, ont d’importantes relations avec l’Iran.??

Pour le ministre des Affaires ?trang?res syrien, la crise a commenc? avec des ??demandes l?gitimes?? auxquelles en cons?quence il a ?t? r?pondu par ??la l?gislation et des r?formes et m?me une nouvelle constitution??. Puis des ???l?ments ?trangers?? se sont pr?sent?s, qui ont utilis? ces revendications l?gitimes ??pour escamoter l’agenda pacifique du peuple.??

C’est l? que suit une fable connue. ??Je n’accepte pas comme citoyen de retourner des si?cles en arri?re vers un r?gime qui pourrait faire r?gresser la Syrie. En principe… aucun gouvernement dans le monde ne peut accepter qu’un groupe terroriste arm?, certains venant de l’?tranger, contr?le des rues et des villages au nom du ??Djihad??.

??Il ?tait du devoir du gouvernement syrien de ??prot?ger?? ses citoyens. Assad repr?sente l’unit? de la Syrie et tous les Syriens doivent participer ? la cr?ation d’un nouvel avenir pour la Syrie. Si la Syrie ?choue, ses voisins tomberont avec elle.? Muallem s’envole pour le sommet des non-align?s en Iran demain [mardi 28 ao?t] pour donner tout leur ?clat ? ce qu’il appelle ??des efforts constructifs?? pour aider la Syrie.

Je lui ai bien s?r parl? des armes chimiques. ??Si la Syrie avait de telles armes, elles ne seraient jamais utilis?es contre son propre peuple », a-t-il dit. ??Nous combattons des groupes arm?s dans Alep, dans les faubourgs de Damas, avant cela ? Homs et Idlib, et cela veut dire se battre dans des villes syriennes – et notre responsabilit? est de prot?ger notre peuple.??

Et les inf?mes milices Shabiyas accus?es d’atrocit?s dans les campagnes?? Walid Muallem n’y croit pas. ??Il se peut qu’il y ait des gens non arm?s qui d?fendent leurs biens contre des groupes arm?s?? dit-il. Mais des milices pro-r?gime, pay?es?? Jamais. Donc pas d’accusations de crimes de guerre contre le ministre syrien des Affaires ?trang?res. Mais les armes continuent de cr?piter au loin derri?re ses fen?tres.

Traduction?Corto?pour?ReOpenNews

(1) Ndlr?: une int?ressante r?action par?Alain Gresh?sur son blog du DIPLO suite ? cette affirmation. M?me Alain Gresh a du mal avec le sens de cette phrase, et commence par la disqualifier pour se couvrir. Belle illustration de l’esprit ambiant… qu’il d?nonce plus loin….


Interview en lien avec cet article?:

Interview de?Bassam Tahhan, franco-syrien, professeur de lettres arabes ? Henri IV,
enseignant en pr?pa HEC et Math Sup ? Sainte-Genevi?ve, enseignant au s?minaire
de l’ENSTA depuis 30 ans par l’?quipe du « Cercle des Volontaires ».

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