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Sylvie Tremblay : ?chec au roi ?

Je me rappelle encore lorsque mon p?re avait accept? l’offre de son beau-fr?re l’invitant ? se joindre aux Chevaliers de Colomb. Comme il se sentait souvent seul et n?glig? par ceux qui avaient « r?ussi dans la vie », il s’imagina tout ? coup privil?gi? de rejoindre ce club s?lect de chevaliers d?vou?s au pape et ? la charit? chr?tienne. Cependant, ce n’est pas la d?couverte d’un signe secret ou le rapprochement vers le Vatican qui l’attir?rent vers ce cercle religieux mais plut?t cette impression mystique de faire partie d’un regroupement distingu? o? le r?seautage est ? la port?e de la main. Si un jour il perdait son job, il n’aurait aucune difficult? ? se replacer, car les nobles de la paroisse seraient solidaires avec son bonheur familial.

Tout comme la vision que peut leur donner la hi?rarchie d’une ?glise, la tr?s grande majorit? des citoyens croient que les partis politiques sont exclusivement associ?s ? leur chef et aux d?put?Es. On pense rarement aux membres qui lui donnent sa cr?dibilit? et sa raison de vivre et encore moins aux associations locales qui assurent le bon d?roulement des campagnes ?lectorales, incluant la traditionnelle pose de pancartes. Et pourtant, dans notre syst?me d?mocratique moderne, une grande part des d?cisions et des positions des politiciens proviennent de ces structures. Un parti politique qui ne se construit pas autour d’instances locales, r?gionales et nationales ne pourrait survivre tr?s longtemps.

Les jeunes partis politiques doivent donc travailler sans rel?che pour construire ces structures afin de solidifier l’organisation, rejoindre directement et efficacement les ?lecteurs tout en ayant acc?s ? des sources de financement fiables et renouvelables. On se rappelera donc que Mario Dumont, suite au succ?s qu’a connu l’ADQ aux ?lections de 2003 et aux partielles qui ont suivi, a compris l’importance de solidifier – voir de d?marrer – les associations locales de son parti un peu partout au Qu?bec. Et c’est ? ce moment que Mme Sylvie Tremblay, inconnue du public qu?b?cois jusqu’? la publication de sa lettre de d?mission la semaine derni?re, a d?cid? de joindre les rangs d’un parti politique qui avait grandement besoin de militants. Lors de son passage ? Tout Le Monde En Parle dimanche dernier, Mme Tremblay mentionnait que, m?me si elle « n’avait jamais voulu s’en aller en politique auparavant », elle a d?cid? de joindre l’?quipe de l’ADQ car elle ?tait attir? par la « transparence de son chef ». Maintenant, elle va jusqu’? le traiter de dictateur, rien de moins, et lui rappelle que « quand on crache en l’air ?a nous retombe (sic) ».

Toute cette histoire autour de l’ex-candidate de l’ADQ dans la circonscription de Verdun me laisse extr?mement perplexe. Les raisons qui l’ont amen?es ? joindre un parti politique ne sont pas claires. A-t-elle subitement d?cid? de joindre Mario Dumont afin de « d?noncer les manques de d?mocratie » ? Quels sont les liens entre son exp?rience du monde des affaires ou de sa passion pour l’?criture de livres sur la croissance personnelle et son soudain d?sir de s’impliquer au sein d’un parti politique ? Une question de Guy A. Lepage lui a permis d’expliquer un volet de sa d?marche : « … j’ai beaucoup de drive, beaucoup de leadership, j’ai beaucoup de personnalit?, j’ai une personnalit? assez forte. Je ne savais pas que le comit? ex?cutif ?tait contr?l?. Moi je suis une ambitieuse aussi, alors les portes ?taient ouvertes pour moi pis je suis rentr?e (sic). »

? mon avis, le court passage de Mme Tremblay parmi l’association de circonscription de Verdun et l’ex?cutif national de l’ADQ d?voile un des probl?mes que peuvent vivre les jeunes formations politiques. Parce que la participation aux diff?rentes instances est faible et que des postes importants sont disponibles, il y a toujours le danger qu’un inconnu s’y pr?sente et d?montre une ambition spectaculaire. Alors que le chef et les piliers de l’organisation investissent temps et ?nergie pour solidifier les comit?s et regroupements qui assureront la p?r?nnit? du parti, il peut appara?tre une nouveaut? qui ne cadre pas tout ? fait avec le plan de match. Il faut alors trouver un compromis entre la d?mocratie participative, qui relie l’ex?cutif national ? ses associations de comt?, et l’ambition essentielle de quelques candidats qui aspirent ? grimper les ?chelons de l’organisation.

La question ? se poser est de conna?tre les vraies raisons qui ont amen? Mme Tremblay ? joindre l’ADQ et s’y faire une place de premier plan. ?tait-ce l’action citoyenne, le combat pour la justice sociale, l’abolition des commissions scolaires ? De son c?t?, mon p?re a trouv? cette r?ponse rapidement : il adorait prendre une bi?re avec les autres chevaliers les vendredis soirs et se sentait utile lorsque son conseil participait ? des collectes de fonds charitables. Il n’a jamais eu r?ellement besoin d’un r?seautage d’affaires et d’un tremplin vers des opportunit?s personnelles. Et vous Mme Tremblay ?

L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses ; c’est ainsi que l’on grimpe dans la m?me posture que l’on rampe. – Jonathan Swift

Les citations en italiques proviennent de l’entrevue donn?e par Mme Sylvie Tremblay ? l’?mission Tout Le Monde En Parle diffus?e le 27 avril dernier.

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3 Commentaire

  1. avatar
    Pierre JC Allard

    Je ne connais Sylvie Tremblay ni d’Ève ni d’Adam. Je n’habite plus au Québec et ne vois toute l’épopée adéquiste qu’avec beaucoup de recul.

    J’ai l’impression d’une occasion ratée. Dumont a eu une chance exceptionnelle de marquer le Québec et, au moment où il fallait agir, il ne l’a pas fait. Il n’a pas tiré quand le canard passait dans sa mire. Maintenant il est trop tard

    Dommage, car on a perdu le « momentum » d’une volonté de chagement au Québec et l’avenir est bouché

    Dumont doit se recycler et je lui souhaite bonne chanc, mais l’ADQ sans Dumont n’est strictement rien. Le parti Libéral et Charest incarnent la continuité dans l’insignifiance, alors que le PQ et Madame Marois offrent la persévérance dans un changement que la population a clairement rejeté.

    Qu’est-ce qu’on fait au Québec ? On compte sur des Sylvie Tremblay ? Il nous faudrait un autre Dumont – ou son contraire, peut-être – mais la pointure au dessus…

    Pierre JC Allard

  2. avatar

    Je ne peux vous dire combien de députéEs Mario Dumont apprécie mais on en compte cinq ou six qui semblent pouvoir et vouloir se débrouiller dans ce rôle. D’après ce qu’on peut comprendre, Mme Tremblay semble s’être faufilé en douce dans un exécutif de circonscription fragile, ouvrant grand les portes à une personne qui semblait démontrer une ambition qu’on associe souvent à une bonne candidate.

    C’est la nature de son ambition qui n’est pas claire. Désir de faire de la politique, on peut en douter. Détermination à élargir un réseau de contacts et d’influences, on peut y songer facilement.

    Combien de députés de l’ADQ ont ce profil ? Qui a su profiter d’une organisation jeune et frêle afin de se faufiler vers un pouvoir qui leur paraissait inaccessible ?

  3. avatar
    Patricia Turcotte

    Y a t-il vraiment un secret quand un homme entre dans ce club réservé aux hommes seulement, les Chevaliers de Colomb ?

    Quel est ce secret ?

    Est-ce vraiment correct si cela marcherait de même, pour une organisation sociale et religieuse ?

    Tant de questions mais jamais de réponses !

    Patricia