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Svetlana Alexievitch – De l’Homo sovieticus à la Russie de Poutine

 

Le Prix Nobel de littérature 2015 qui récompense Svetlana Alexievitch pour son talent, a également une évidente portée politique. L’écrivaine biélorusse est une opposante acharnée de Vladimir Poutine. Née en Ukraine en 1948 d’un père biélorusse professeur d’histoire et d’une mère ukrainienne, l’auteure souvent distinguée pour ses récits polyphoniques sur l’URSS et son après, a obtenu le Prix Médicis étranger en 2013 pour son livre, La fin de l’homme rouge. Alors que La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse (1997), reste toujours interdit en Biélorussie.

Svetlana Alexievitch disait à se sujet.

« Je suis protégée par le fait que je sois connue. Malgré tout, je dis ce que je crois nécessaire de dire. Malgré tout, j’écris ces livres. Que ça plaise au pouvoir ou non. »Wikipédia

Dans un entretien accordé au Nouvel Obs à la sortie du livre La fin de l’homme rouge, Svetlana Alexievitch racontait la fin de l’URSS et la Russie d’aujourd’hui.

Quelques extraits

Sur l’ex URSS

« C’était un monde à part, avec sa propre définition du bien et du mal, un monde où tout était différent de l’Ouest. Faites discuter deux personnes de 60 ans, l’une ex-soviétique, l’autre occidentale. Elles constateront que, depuis le premier jour de leur vie, leurs existences ont eu peu de choses en commun, comme si elles avaient vécu sur deux planètes. Leur nourriture, leurs sujets de conversation, les films et les livres qui les ont bouleversées, leurs vacances, leur habitat, leurs héros, leur vision de la carrière professionnelle et des rapports humains, tout était différent. A l’école, on ne leur a pas enseigné les mêmes choses. En fait, pour le meilleur et pour le pire, les communistes ont réussi à créer un homme particulier, l’Homo sovieticus, avec une culture, une morale et des habitudes, très différentes de celles des Occidentaux. Si on oublie cela, on ne comprend rien à la Russie d’aujourd’hui. »

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 » J’ai appris aussi que nous étions entourés d’ennemis qui menaçaient sans cesse de nous envahir, et que tous les autres peuples nous enviaient. »

 » C’était un monde où, du fait de la propagande et de la menace du goulag, les gens ne savaient pas penser par eux-mêmes ou avaient peur de le faire. A la fin des années 1970, je suis allée, avec un groupe d’écrivains soviétiques, en RDA. A l’arrivée à Berlin-Est, nos hôtes nous ont proposé des glaces pour nous rafraîchir. Tout le groupe s’est alors retourné vers notre accompagnateur, un officier du KGB, pour savoir que répondre. Celui-ci a hoché la tête et tous ont dit « oui »« Quel parfum ? », ont demandé les Allemands. « Banane », a répondu le KGBiste. Alors tous les écrivains ont dit « banane ». »

Sur Poutine

« Pour garder le pouvoir, il a réussi un tour de force : faire vibrer cette corde sensible, nostalgique, dans la partie de la population la plus humiliée par le capitalisme et l’économie de marché, dont lui-même et son clan sont pourtant les plus grands bénéficiaires ! Pendant la campagne électorale de 2012, Poutine a promis de créer un impôt sur la fortune afin que les oligarques participent à la rénovation du pays, il a même assuré qu’il exigerait que certains rendent les biens qu’ils ont volés. Mais évidemment, dès qu’il a été élu, il n’a rien fait. En revanche, il laisse proliférer dans les rues de Moscou des groupes de miliciens habillés en noir et portant la croix, qui affirment vouloir lutter contre les mécréants. Et le peuple ne dit rien. »

« Il pourrait faire avancer le pays, au lieu de quoi, pour garder le pouvoir, il le fait piétiner et même régresser en freinant tous les mouvements de la société civile. »

Mais dans un souci d’équilibre si la parole est donnée à l’attaque, il faut également permettre à la défense de riposter. Le site de Sputnik France fera très bien l’affaire, avec la voix du  critique littéraire russe Vladimir Bondarenko, qui explique le choix du Nobel de littérature 2015 par sa position russophobe.

Petit extrait –

« Svetlana Alexievitch, proche de l’opposition pro-occidentale biélorusse, avait de bonnes chances d’obtenir le prix Nobel 2015 en raison de sa russophobie et de sa haine à l’égard du président russe Vladimir Poutine. »

Voilà qui est dit ; la guerre sans fin des empires peut maintenant continuer, la propagande et l’intoxication aussi d’ailleurs. Choisissez votre camp dans ce match mortifère à plusieurs, mais vous pouvez sans risque de vous tromper miser sur le chaos.

Commentaires

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A propos de gruni 57

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J'ai une fâcheuse tendance à l'ambiguïté. Ce n'est pas ma faute je suis tombé dans le deuxième degré quand j'étais petit. Depuis, pour me soigner, j'ai tenté une cure prolongée sur Agoravox. Le résultat a été désastreux, c'est encore pire qu'avant. Alors ne me prenez surtout pas au sérieux, mon cas déjà désespéré pourrait s'aggraver avec une grosse tête.

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