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Surveiller bien les ?checs de transactions

YAN BARCELO

Vous venez d?acheter des actions aupr?s de votre courtier. Normalement, vous vous ?attendriez ? ce que vos actions aient ?t? d?pos?es dans votre compte? d?s le moment que vous payez. Pour bien des investisseurs, surtout aux ?tats-Unis, c?est de moins en moins le cas. Le nombre d?actions fictives, semble-t-il, d?passe de beaucoup le nombre d?actions r?elles. Et c?est un probl?me qui pourrait devenir un jour particuli?rement troublant.

Entre le 1er?novembre 2010 et le 30 avril 2011, les actions de Barker Minerals Ltd, de Colombie Britannique, ont connu 4,2 millions d??checs de transaction ou de retards de r?glement. Au 31 ao?t, 1,8 million de transactions n?avaient toujours pas ?t? ferm?es. Certains mois, les ?checs repr?sentaient entre 50% et 70% des actions ?mises. Par exemple, en avril 2011, alors que 4,22 millions de ventes et d?achats d?actions avaient suppos?ment ?t? ferm?es sur le parquet du TSX, seulement 1,36 million avaient effectivement ?t? r?gl?es ? la chambre de compensation CDS, un taux d??chec de 69%.

Aux ?tats-Unis, le pr?sident d?une entreprise loge aupr?s de son courtier une commande d?un million $ pour 50?000 actions de sa propre compagnie. Trois jours plus tard, comme c?est pratique courante, on retire l?argent de son compte pour r?gler la transaction. Mais les actions ne sont pas d?pos?es ? son compte. Deux semaines plus tard, elles ne le sont toujours pas, ce que son courtier lui confirme par ?crit. Plus encore, dans une deuxi?me lettre, celui-ci avoue sans ambages?: ??Apr?s discussion avec mes n?gociateurs, nous sommes incapables de trouver les actions demand?es, que ce soit pour les emprunter ou les acheter??.

?150 milliards $US par jour

De tels ?checs de transaction ne sont pas une exception occasionnelle, selon Fred Sommers, pr?sident de Basis Point Group, ? Toronto, un sp?cialiste des syst?mes de r?glement et de compensation. Celui-ci a collig? un ensemble de chiffres ? partir de divers rapports produits par la R?serve F?d?rale am?ricaine, la Securities Exchange Commission et l?Organisme canadien de r?glementation du commerce des valeurs mobili?res (OCRCVM).

Selon ses compilations, les ?checs de transaction, aux ?tats-Unis surtout, atteignent depuis quelques ann?es des niveaux alarmants, tout particuli?rement dans le secteur des fonds n?goci?s en bourse (FNB), un secteur qui a connu une faveur fi?vreuse au cours des derni?res ann?es. ? la fin d?ao?t 2011, les transactions ?chou?es repr?sentaient 7,5% de la valeur totale des transactions, les FNB concentrant depuis l??t? 2011 75% de tous les ?checs de transactions, tous secteurs confondus. Deux FNB accaparent, ? eux seuls, 20,9% de tous les ?checs. Il s?agit du SPDR S&P 500 ETF (15,3%) et du iShares Russell 2000 Index (5,6%).

Au Canada, nous ne disposons pas du nombre d??checs relatifs aux FNB, mais les chiffres de Fred Sommers indiquent que dans le domaine des actions, ils repr?sentaient, en avril 2010, environ 1,6% de la valeur totale des transactions d?actions.

Un chiffre est particuli?rement troublant. Fred Sommers constate que chez les 21 n?gociants de premier plan (Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Citicorp, etc.), les ?checs de transaction quotidiens s??levaient de juillet 2010 ? juillet 2011 ? environ 150 milliards $US. Or, note M. Sommers, ??c?est plus que la capitalisation totale de ces joueurs qui, elle, s??l?ve ? environ 90 milliards $US??.

?Jeux de marge et de fiction

Pourquoi tant de transactions ?chouent-elles? Personne ne le sait vraiment, mais il est urgent d?y voir. Car ces 21 n?gociants comptent parmi les entreprises les plus sophistiqu?es au monde et disposent des syst?mes informatiques les plus performants, fait-il ressortir. Comment peuvent-ils ?chouer autant chaque jour?? Soit qu?ils disposent des syst?mes op?rationnels les plus amoch?s au monde, juge M. Sommers, bien qu?il n?en croit rien, ou alors ils le font expr?s.

Robert Pouliot, associ? du programme FidRisk et charg? de cours en finance ? l?UQAM, croit que les actifs dont le r?glement ?choue servent aux n?gociateurs ? une foule d?activit?s de pr?t de titres. Les n?gociateurs, dit-il ??gagnent plus d?argent en pr?tant les titres que par l?exercice de courtage et les commissions qu?ils engrangent.?? Voil? un incitatif tr?s fort de ne pas livrer les titres promis.

Fred Sommers, souscrit ? cette id?e, mais il y a plus, selon lui. Aux ?tats-Unis, le paiement qu?effectue un investisseur pour sa commande de titre n?est pas simultan? ? la livraison des titres. Pendant trois ou quatre jours, pendant quelques semaines m?me, le courtier et les n?gociateurs ont le loisir de courir non seulement avec les titres des investisseurs, mais aussi avec leur argent.

Or, si M. Sommers a raison, entre les mains de n?gociateurs avis?s, les 150 milliards $ de valeur de transactions ?chou?es peuvent ?tre vite augment?s par effet de levier de deux ? dix fois cette valeur initiale. Pour faire quoi? Mille et une op?rations de?swaps, de?futures?ou de?hedging, dont on r?colte profits ou pertes.

En fait, il n?est m?me pas n?cessaire qu?une transaction soit avort?e pour que les joueurs du march? puissent profiter de cet argent ??libre??. Au Canada, selon un porte-parole de CDS Clearing and Depository Services, le syst?me de compensation interdit un tel flottement mon?taire. ??Notre syst?me op?re de fa?on telle que l?argent n?est ?mis que contre la livraison des valeurs.??

Mais aux ?tats-Unis, confirme Susanne Trimbath, pr?sidente de STP Advisory Services, le paiement et la livraison de valeurs ne sont pas contemporains. Souvent, l?argent est retir? du compte d?un investisseur d?s le premier jour, assur?ment au troisi?me jour.

Or, Mme Trimbath est une experte en r?glement et compensation, ayant fait carri?re dans les applications d?arri?re-guichet, dont six ans ? l?emploi de Depository Trust Company, l??quivalent am?ricain de CDS. Selon elle, la situation est bien pire que ce que laissent soup?onner les chiffres de Fred Sommers. Si tant de transactions ?chouent, juge-t-elle, c?est tout simplement parce que les valeurs n?existent pas. Elles circulent comme autant de titres fictifs qui servent ? mener des foules d?op?rations sp?culatives, comme par exemple vendre ? d?couvert le titre de Barker Minerals, aupr?s de qui Mme Trimbath agit ? titre de consultante.

??C?est une situation extr?mement difficile, dit-elle, parce que personne dans les m?canismes de compensation de capital ne veut admettre que le syst?me est ? court de quelques billions de dollars (le PIB canadien est d?environ 1,5 billion $). Les investisseurs se font avoir et ils n?en savent rien.?

Or, non seulement les investisseurs se font-ils avoir, mais ce d?ficit d?mesur? pose un risque syst?mique qui cro?t de jour en jour.

Ian Barcelo

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