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Sur ? l?imp?rialisme urbain ?

Par?Patrick Mignard

Apr?s avoir ?t? pendant des si?cles une exception dans les soci?t?s, la ville a fini par ??dominer le monde??. Aujourd?hui, plus de la moiti? de la population mondiale est urbaine et le ph?nom?ne s?amplifie. Cette situation ne va pas sans cr?er des situations conflictuelles entre, sinon ??deux mondes??, du moins deux milieux qui demeurent tr?s diff?rents.

Pour paraphraser d?une certaine mani?re Alphonse Allais, le drame des campagnes c?est que l?on y a construit des villes, et que ces nouvelles venues ont pris une importance qui a d?pass? le milieu qui les recevait. Tant que les villes sont demeur?es, disons, d?une dimension raisonnable, c?est-?-dire tant que le foncier de la ville, notamment, a pu se d?velopper ? partir d?elle, qu?il n?a pas atteint des niveaux de prix insupportables et que les conditions de travail et de transport le permettaient, les conflits ont ?t? limit?s. Aujourd?hui, le d?veloppement des transports, le prix du m?tre carr? citadin, mais aussi le besoin de ??r?f?rents naturels?? dans le mode de vie, a pouss? une partie de la population ? ???migrer?? vers la campagne, non pas seulement avec une r?sidence secondaire, mais pour y implanter la r?sidence principale. Cette transplantation a eu de curieux effets qui sont ? l?origine de conflits entre les paysans et les nouveaux arrivants.

On aurait pu imaginer que ce retour ? la campagne se serait fait justement pour les qualit?s et les sp?cificit?s que celle-ci rec?le. Or, pas du tout, les transplant?s entendent imposer leur mani?re de vivre et refusent ce qui fait que la campagne ??est la campagne??. Ainsi, le chant du coq, les odeurs de volailles, de vaches, la proximit? et le passage d?animaux, les odeurs de foin, de purin, le son des cloches ? vaches, les heures sonn?es au clocher, bref, tout ce qui constitue la campagne est insupportable aux nouveaux venus. Le comportement de ces nouveaux colons est tout ? fait ? l?image de ce qu??taient les envahisseurs de la grande ?poque coloniale?: ils n?acceptent l?autre, qu?? leur image?. Eux, bien ?videmment d?tenant la v?rit?, comme d?autres apportaient la civilisation et le ??vrai Dieu??. Ceints d?une mauvaise foi qui n?a d??gal que le m?pris souverain qu?ils portent aux ??gens de la terre??, ils exigent, tranchent, temp?tent et, ultime man?uvre, engagent de longues et ruineuses proc?dures contre celles et ceux qu?ils emp?chent de vivre. La loi, ?ternelle protectrice des pauvres et des humbles, servie par des magistrats parfaitement compr?hensifs des choses de la campagne? fait que les paysans sont tracass?s pendant des mois et quasi syst?matiquement condamn?s ? arr?ter leur exploitation pour laisser la place ? leurs envahisseurs.

Cet imp?rialisme urbain est parfaitement en phase avec l?industrialisation de l?agriculture. Les normes industrielles exigent des ?tablissements ??propres??, du moins en apparence, ??non polluants??? du moins en apparence. La pollution n?est pas visible, elle agit au niveau des nappes phr?atiques, des cours d?eau, de la prolif?ration des algues vertes? Mais elle laisse intact le paysage de m?me que les yeux, les oreilles et les narines des citadins qui s?exilent ? la campagne. On ne laisse pas tra?ner la poussi?re, on la glisse sous le tapis. Cette pollution industrielle est prise tr?s au s?rieux par les autorit?s qui nous expliquent doctement que ??c?est la ran?on du progr?s??, c?est ??Bruxelles qui le d?cide ainsi?? et que ce sont les conditions de production qui ??nous sont impos?es par la mondialisation??. Ben voyons?!… Mais attention?!… Qu?un petit paysan, dans son installation individuelle, dans sa salle de traite ou sa fromagerie ait un robinet d?eau mal plac?, ou une table mal dispos?e par rapport ? l?ensemble de son installation,? c?est l?administration qui lui tombe dessus ? grand renfort de textes officiels.

On assiste aujourd?hui ? un v?ritable harc?lement du monde paysan au nom d?une soi-disant modernit? incarn?e par l?industrialisation de l?agriculture et les exigences exorbitantes et stupides des ??nouveaux habitants de la campagne?? qui n?ont rien ? voir avec le travail de la terre. Bref, le paysan devient ? la campagne un g?neur qui emp?che les gens de la ville de pouvoir vivre normalement, autrement dit ??comme ? la ville?? (??). Cette situation, souvent tourn?e en d?rision comme de simples ??conflits de voisinage?? r?v?le cependant une chose beaucoup plus grave?: l?intol?rance des urbains ? l??gard des ruraux. Pour les urbains, les ruraux sont sales et bruyants, comme les ??sauvages?? ?taient ind?cents pour les colons. Imaginons un instant les m?mes exigences de la part d?un paysan venant r?sider en ville?: suppression des voitures, de la pollution, des bruits de la rue, de l?impossibilit? de se garer o? on le souhaite?

D?fendre la vie ? la campagne, ce n?est pas se couper du progr?s, mais reconna?tre une certaine authenticit? et une qualit? de vie. On va en effet, g?n?ralement, se ??ressourcer?? ? la campagne, on se ressource rarement ? la ville. Celles et ceux qui ont fait le choix de vivre et travailler ? la campagne ont autant le droit d??tre respect?s que celles et ceux qui ont fait un autre choix.

Patrick MIGNARD
Mars 2013

 

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