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Suppression de l’observatoire de la pauvreté : une décision cynique !

Alors que 14,7 % des Français, c’est-à-dire 9,3 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (*) en France et que des milliers de chômeurs vont venir en gonfler les rangs avec la réforme inique de l’Assurance chômage, le gouvernement d’Emmanuel Macron supprime l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale.
Pas d’observatoire, pas de chiffres, pas de pauvres, le président des riches ose tout et revient sur un des acquis majeur de la loi de 1998…

Depuis vingt ans, l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes) diffuse en toute indépendance des études pour mieux lutter contre l’exclusion, qui frappe une personne sur dix en France.

 

Les pouvoirs publics cherchent à « casser le thermomètre » pour ne plus voir le malade

 

Quelques jours à peine après la « journée mondiale de lutte contre la pauvreté » célébrée chaque année le 17 octobre, le gouvernement envisage de supprimer l’Onpes. Un tel symbole ne pouvait passer inaperçu.
Créé par la loi d’orientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions, loi fondatrice des politiques publiques en matière de lutte contre la pauvreté, l’Onpes est composé à parité de représentants des grandes administrations publiques comme l’Insee, le ministère de l’Economie, les directions statistiques des ministères du Travail et des Affaires sociales, mais également de chercheurs et d’universitaires spécialistes du domaine en France et en Europe, ainsi que de personnalités qualifiées issues du monde associatif. Il a permis durant vingt ans, par la publication de plus de 10 rapports, de très nombreuses études et recherches, et par la diffusion d’un tableau de bord annuel sur la pauvreté (notamment celle des enfants), d’éclairer le débat public sur la réalité de ce phénomène en France et en Europe.
On peut dès lors s’interroger sur les raisons qui ont poussé les pouvoirs publics à vouloir supprimer un outil utile à la connaissance d’un problème aussi essentiel pour la cohésion nationale qu’est l’exclusion de plus d’une personne sur dix en France.
Il suffit de se reporter aux derniers rapports publiés par l’Onpes pour constater que la nature des travaux engagés justifie pleinement qu’un tel organisme, unique en Europe, puisse poursuivre son travail d’analyse et de compréhension des mécanismes économique et sociologique qui sont à l’origine du développement de la pauvreté. D’autant plus qu’elle continue de toucher en France aux alentours de 9 millions de personnes et que les politiques publiques mises en œuvre depuis de nombreuses années peinent à réduire le nombre d’exclus. L’Onpes a ainsi engagé dernièrement des travaux aussi importants que ceux qui ont traité de l’invisibilité de certaines populations qui, bien que pauvres, n’apparaissent pas dans les statistiques publiques et ne font donc pas l’objet de politiques spécifiques. Il a également lancé la publication des « budgets de référence » qui, grâce à la participation de personnes représentatives de différentes configurations familiales, ont permis d’évaluer les besoins des ménages pour participer pleinement à la vie sociale. Il a ainsi montré qu’il n’était pas possible de vivre décemment en dessous d’un seuil de revenu fixé par les personnes elles-mêmes (avec l’aide d’experts) à 1 500 euros pour une personne seule, pour ne prendre que ce cas.
L’objectif recherché est-il de « casser le thermomètre » pour ne plus voir le malade ? Dans ce cas, il ne serait pas nouveau. Le gouvernement d’Edouard Balladur avait en effet supprimé en 1993 le Centre d’études des revenus et des coûts dont les rapports avaient mis en évidence la montée de l’inégalité et de la pauvreté. L’organisme qui lui avait succédé – le Conseil de l’emploi, des revenus et des coûts – a ensuite vu son action s’éteindre à petit feu (supprimer cette instance aurait sans doute été trop voyant) pour disparaître définitivement en 2009 après le départ de son président, Jacques Delors. A cette époque, il s’agissait de jeter un voile pudique sur la montée des inégalités de revenus. Aujourd’hui, il s’agit de détourner le regard de la persistance de la pauvreté. Mais dans ces deux cas, la conséquence est la même : se priver des moyens de mieux connaître, et donc de mieux combattre, ce qui constitue un véritable fléau social et mine le fondement de notre société.
L’originalité de l’Onpes est de faire dialoguer deux formes de connaissance de l’exclusion : l’une expérientielle et l’autre scientifique. La mise en œuvre dès 2014 de méthodologies qui s’appuient sur la participation des personnes concernées par la pauvreté, comme cela a été le cas dans le cadre de la construction des budgets de référence ou des groupes de discussion sur l’invisibilité sociale, en est un exemple. Sa particularité est également, depuis sa création, d’élaborer en toute indépendance ses thématiques d’étude.
C’est donc bien la nature des travaux de l’Onpes qui est problématique pour le gouvernement. La décision de sa suppression renvoie dès lors à la volonté de brider une expression indépendante sur des sujets aussi sensibles que celui des inégalités économiques, sociales, territoriales, éducatives, de santé, de logement… que les mouvements sociaux de ces derniers mois ont pourtant remis avec force sur le devant de la scène publique. Avec la disparition de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, c’est un acquis majeur de la loi de 1998 de lutte contre les exclusions qui est aujourd’hui remis en cause…
Pierre Concialdi économiste ; Manuel Domergue directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre ; Jean Gadrey professeur honoraire d’économie, université de Lille ; Didier Gelot ancien secrétaire général de l’Onpes ; Florent Gueguen directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Maryse Marpsat ancienne chercheuse à l’Ined, responsable du programme sur les personnes sans domicile ; Antoine Math chercheur à l’Ires ; Serge Paugam sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EHESS ; Philippe Warin CNRS, cofondateur de l’Observatoire des non-recours aux droits et ­services.


(*) Ces ménages vivent avec des revenus inférieurs à 60 % du niveau de vie médian, c’est-à-dire avec moins de 1 050 € par mois et par unité de consommation. Ce niveau de vie est calculé sur l’ensemble des revenus de la famille après impôts et prestations sociales et divisé par le nombre d’unités de consommation du foyer – une unité pour le premier adulte, 0,5 pour le deuxième adulte ou enfant de plus de 14 ans et 0,3 par enfant de moins de 14 ans. Ainsi, un couple avec deux enfants en bas âge est considéré comme pauvre si ses ressources sont inférieures à 1 050 euros multipliés par 2,1, soit 2 205 euros par mois.

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A propos de Albert Ricchi

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Journaliste citoyen, mon blog est consacré à la politique, la démocratie, l'économie, l'environnement ainsi qu'à plusieurs réformes essentielles à entreprendre aujourd'hui afin de réconcilier les citoyens avec la République et la justice sociale.

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