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Souvenirs

Et puis un jour tu est devenu vieux…

A la croisée des chemins, tu as cherché en vain la jeunesse que tu avais abandonnée là un jour, sans même un au revoir.  Elle s’était alors éloignée avec pour tout bagage le baluchon de vos rêves.

Elle avait fui l’impossible qui allait te poursuivre, alors que sans bonté pour toi-même tu avais choisi d’ignorer tout ce que son innocence t’avait offert et t’aurait appris, lui trouvant peu de qualités pour demeurer ton amie.

Marchons encore ensemble! avait-elle dit avant que tu la quittes
Arrêtons-nous le temps de vivre
Souviens-toi disait-elle, comme nous étions amis
Souviens-toi de tous nos rires
Et de ce que nous nous étions promis:  Nous allions toujours croire que tout est possible

Et elle murmure aujourd’hui sans que tu puisses la voir:

Peu à peu tu as rempli l’espace de nous deux
Et c’est toi qui pleure maintenant en vain
Qui essaie de toucher encore ce que tu ne sens plus
Qui tente de me convaincre de t’accompagner maintenant
Alors que ton monde m’est étranger
Souviens toi de moi
Souviens-toi de nous
Et quand ton coeur ne saura plus différencier la vieillesse et l’enfance
Que tu auras envie de leur tirer à tous deux ta révérence
Ferme les yeux et je serai là, enfin libérée de ton orgueil
Prête à revivre sans tous les jouets dont tu t’es entouré
Qui n’ont servi qu’à t’amuser loin de toi-même
Toujours plus près du pays des regrets

Ce soir je chante pour toi
La chanson des jours heureux
Si tu peux la chanter avec moi
Je saurai que nous sommes à nouveau tous les deux

Mais oseras-tu leur dire à tous que tu as cessé de m’ignorer?
Oseras-tu te rendre humble pour remplir encore ton esprit de grandeurs?
Toi qui avait si peur de demeurer jeune… aurais-tu si peur de le redevenir?
Ecouteras-tu jusqu’à ton dernier souffle les mots de ceux qui te conduisent loin de toi-même?
Ne te souviens-tu pas que l’esprit est liberté
Et que l’on peut la perdre à force de l’ignorer?
Ne sais-tu pas que si tu n’as jamais pu être toi-même
C’est qu’en te faisant esclave tu t’es emmuré?

Il t’en aura fallu des milles et des milles à user tes semelles pour revenir au bercail
A tenter d’enlever ton habit de vie façonné chez les arnaqueurs de rêves
A chercher à atteindre tous les enfers que l’on t’a offert
Dans l’espoir de frapper enfin à la porte d’un paradis

Tu t’es mis la vie sur le dos tel un fardeau
Chacune de tes prétentions pèse de plus en plus lourd
Et t’empêchent de respirer la vie
Et tu ne sais plus pourquoi tu peines à avancer

Ces lieux étranges où tu cherchais un ailleurs meilleur avaient tous marqué ton corps
Et gavé ton âme jusqu’à l’étouffer et t’empêcher de t’y sentir chez toi
Ils construisaient sur toi le mausolée
Pendant que tu tentais de leur échapper sans savoir où aller

Pourquoi ne m’avoir jamais appelée?
D’où tu ne voyais plus la route, nous nous serions enfuis
En fermant les yeux comme autrefois
Car nous inventions tous les pays en un battement de cils
Et le temps qui aujourd’hui te pèse
N’a cependant pas d’emprise sur ce que tu possèdes qui ne peut être vendu ou échangé
Tu l’auras appris en tentant de monnayer ton éternité

Mais voilà… sais-tu encore fermer les yeux et réinventer sans cesse la vie?
Ou n’as-tu appris de ce monde qu’à les garder ouverts sans jamais voir?
Comment n’as-tu pu compter les milliards de flocons étoilés
Qui recouvraient la terre fatiguée après un long été?
Comment n’as-tu pu voir le vol de tous ces oiseaux qui chantaient pour toi?
Comment n’as-tu pu éclater de joie quand le soleil faisait briller les champs?
Comment as-tu pu tous les ignorer et rêver de vivre loin d’eux
Dans tes lieux faits de fenêtres opaques et de murs blindés
Où tu n’entends que toi-même et ne voit que des éclairs de vie?

Tu t’es fait des rêves sans joie
On t’en a fait miroiter plusieurs que tu t’es efforcé d’atteindre
Croyais-tu que la somme des rêves créerait le bonheur?
Croyais-tu qu’il te suffirait de les accumuler pour te construire une vie?
N’as-tu jamais pensé le temps qu’il faudrait à ta vie pour la construire
Alors que tu changeais sans cesse d’idée?

Ce temps dont tu dis manquer maintenant
Ce temps qui te rattrape alors que tu n’as pas fini de construire
Et qui t’apprend tout ce qu’il t’a volé…
Ce temps te parle de nous

Te souviens-tu lorsque nous étions petits?
Nous avancions plus vite que nous-mêmes vers l’éternité
Nous étions architectes, ingénieurs
Pourquoi as-tu pensé qu’en visant toujours plus haut,
Comme si tu montais sur des échasses, tu verrais plus loin?
Alors qu’en avançant moins vite
Tu as plutôt construit l’impossible défi d’être heureux
Et tu peines aujourd’hui à retomber sur tes pieds
Maintenant inadaptés à la seule route qui était magique:
Celle où l’on peut être plus que soi en étant soi-même

Si tu reviens chez moi
Apporte des bonbons et des sourires
Je n’ai jamais accepté autre chose

Elyan

 

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