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Sortie de crise : les esprits sont pr?ts pour le grand saut

LE YETI

En publiant mon dernier billet (??Sortie de crise?: le sang comme probable prix ? payer??), je pensais d?clencher l?habituel toll??: ouais, encore ses pr?dictions de fin du monde, sa d?lectation catastrophiste?! En fait non, pas vraiment, plut?t une certaine reconnaissance du fait accompli. Les esprits sont pr?ts pour le grand saut.

M?me les n?gationnistes les plus acharn?s s?abandonnaient ? une certaine r?signation?:

??Il y a longtemps qu?on le sait que ?a risque de finir en eau de boudin? Et apr?s???? (Youri Gagarine)

L??tat d?acceptation

De l? ? dire que ?l?opinion publique?, cette scie ch?re aux sondeurs, est fin pr?te pour de nouvelles aventures et sauter de son propre chef, il y a un pas que je ne franchirai pas. Bourdieu d?montra dans un formidable texte combien cette id?e d??opinion publique? n??tait qu?un ?artefact? utilis? par les ?lites dirigeantes pour se donner l?impression qu?elles pouvaient la contr?ler ? leur guise.

Chose sans doute vraie, mais jusqu?? un certain point que les crises aigu?s font vite voler en ?clats. Plut?t que d?une v?ritable volont? de changement, les esprits commencent d?abord par se mettre en ?tat de reconnaissance, d?acceptation d?une situation donn?e.

Partant, pour peu que la situation en question se r?v?le par trop insupportable, ils sont plus facilement ouverts (? d?faut d??tre pr?ts) ? balancer vers d??ventuelles portes de sortie. Ce qui est, je pense, acquis aujourd?hui pour ? peu pr?s chaque citoyen, c?est que la situation actuelle va ??finir en eau de boudin??.

Quand les coeurs (affol?s) balancent

??Et apr?s???? Le surnomm? Gagarine a raison de se poser la question. Entre la multiplicit? des portes de sortie, les coeurs balancent. Un brin ballott?s par d?irritants et souvent contradictoires ?v?nements, tant il est vrai que pour beaucoup d?individus, l?important est plus de fuir une calamit? que le point d?arriv?e en perspective.

Pr?ts ? la guerre, pr?ts ? la r?volution, pr?ts ? se passer les nerfs sur les souffre-douleurs du moment, pr?ts ? sauter dans le vide d?un dixi?me ?tage pour ?chapper ? l?incendie, ou ? attendre sagement (?) l??chelle des pompiers? Chacun sait bien que les mouvements de foules peuvent ?tre rationnellement incontr?lables sous la pression insupportable d?un chaos grandissant.

Vouloir pr?voir ? l?avance de quel c?t? penchera le vent, fantasmer les volont?s cach?es de quelques hypoth?tiques acteurs, rel?vent tout autant du pari hasardeux, de l?aveu d?impuissance et de l?expression d?une peur plut?t panique.

??Tous ces r?volutionnaires bucoliques, qui appellent ? l?insurrection ou pr?disent le versement du sang purificateur avec d?lectation?? (Rose.Arno)

La politisation de la panique

Le fait est que c?est souvent la panique ou la col?re qui finissent par faire bouger les choses. Et la politique peut alors reprendre ses pleins-droits, comme on le voit dans certains pays avec la nationalisation de banques sinistr?es ou les projets de m?me type pour des industries en d?sh?rence.

Le probl?me vient du fait que les politiques aux commandes sont souvent emport?s dans le tsunami du syst?me dont ils sont les garants. On le voit bien aujourd?hui avec le grave et g?n?ral discr?dit des personnels et organisations en place?: d?Obama ? l?UMP en passant par de malheureux socio-d?mocrates ? la Hollande.

Jean-Luc M?lenchon a tout ? fait raison de dire que, sous la pression de la crise, tout se jouera entre Marine Le Pen et lui. Ceux qui, dans les partis institutionnels d?pass?s, s?avisent de la n?cessit? d?une radicalisation de leurs positions ne font manifestement pas le poids.

Les incertitudes du chemin

Cop? est aux Le Pen ce que Montebourg est ? M?lenchon?: d?assez rigolotes et ridicules et p?les copies. Sans parler des improbables vieilles resuc?es us?es comme l?UDI (Union des d?mocrates et ind?pendants) de Borloo. On ne va pas ?teindre des incendies en escarpins ? la papy et en gilet de flanelle.

Marine Le Pen comme Jean-Luc M?lenchon (non, non, je ne confonds pas du tout les deux) auraient cependant tort de s?improviser en nouveaux guides du peuple meurtri. Dans la tourmente, ce sont rarement les politiques qui choisissent les chemins. Ils se contentent de d?gager et exploiter, pour le meilleur comme pour le pire, ceux dans lesquels les foules en panique s?engouffrent.

Le choix du (ou des) futurs chemins, les conditions et motivations (pulsions, raison?) qui nous conduiront ? emprunter celui-l? plut?t que cet autre, voil? toute l?incertitude de notre tr?s proche avenir.

Le Yeti

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