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Sommes-nous tous complices de la globalisation ?

Milton Friedman soutenait la thèse selon laquelle le commerce libre et sans entrave générerait – sur le long terme – une richesse qui ruissellerait sur l’ensemble des populations. Contrairement aux idées reçues, la libéralisation des échanges (qui va de pair avec la libre circulation des capitaux) n’est pas exclusivement à l’origine de la baisse sensible de la pauvreté dans le monde. En réalité, c’est entre les années 1950 et 1970 – soit avant l’imperium de la globalisation – que la masse des femmes et des hommes vivant avec moins d’un dollar par jour put être considérablement réduite, et que les progrès les plus notoires en matière médicales et scientifiques bénéficiant aux plus pauvres furent accomplis. Pour autant, il serait contre productif de vouer aux gémonies la globalisation car l’essor du commerce mondial ne peut être ramené à un jeu à somme négative.

Néanmoins, la doctrine protectionniste prospère sur le constat selon lequel les citoyens d’un certain pays subissent fatalement les aléas de la globalisation car celle-ci développe un impact négatif sur leur pouvoir d’achat et sur leur emploi. Voilà pourquoi les débats passionnés de ces dernières années – ayant pris une ampleur inégalée ces jours derniers avec les décisions intempestives et unilatérales de Donald Trump – reviennent tous buter sur la question essentielle du niveau de protection qu’une nation se doit de procurer à ses travailleurs.

A cet égard, il va de soi que c’est les plus vulnérables qui se retrouvent systématiquement dans le mauvais camp – celui des anti-globalisation – car c’est évidemment eux qui sont le plus en besoin et le plus en demande de protection, contrairement aux plus nantis qui disposent de réserves largement suffisantes pour continuer à naviguer en dépit des guerres commerciales et des dumping salariaux allant de pair avec l’effondrement total des barrières. Ce sont tout d’abord et quasi exclusivement les bons revenus et les plus fortunés qui profitent le plus de la baisse des prix subséquente à la globalisation, qui a en revanche un impact négatif sur les bas salaires qui, eux, ont un tendance mécanique à être davantage comprimés.

Un ravin social s’est donc creusé entre les connectés, les cosmopolites et les transfrontaliers qui purent et surent exploiter cette nouvelle économie mondialisée, et les autres qui se replièrent sur leurs petites communautés. La globalisation – qui fut dans un premier temps essentiellement économique – eut progressivement des effets asymétriques hautement pervers sur nos nations occidentales car ce fossé devint dès lors social, voire culturel. C’est alors que naquit le populisme économique qui devait plonger ses racines dans les inégalités et dans la concentration des pouvoirs. En outre, c’est l’attitude des économistes et des politiques «mainstream» ayant une fâcheuse et systématique tendance à se cacher derrière la globalisation qui achèvent de conférer sa légitimité à ce populisme économique.

Ces «élites» – qui sont même devenues des fétichistes de la globalisation – ont largement contribué à cliver les sociétés occidentales en ne considérant que les retombées positives de la globalisation et en écartant dédaigneusement d’un revers de main ses aspects nocifs, voire cruels. En effet, tandis que la gauche n’a cessé de plaider pour investir dans les infrastructures et dans l’éducation, seules susceptibles selon elle de nous permettre de lutter dans ce nouvel environnement très compétitif. La droite a, pour sa part, ardemment défendu les réductions d’impôts et une régulation plus souple censées attirer les investisseurs internationaux. Bref, gauche et droite ont ainsi contracté une alliance objective paradoxale car leurs programmes respectifs furent sous tendus par un postulat de base consistant à se doter des meilleures armes pour emporter cette bataille de la globalisation. Attitude fataliste – voire défaitiste – car, ce faisant, la gauche et la droite admirent implicitement qu’il fallait se plier et s’adapter à ses règles !

 

Michel Santi

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