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Socrate, un inconnu exceptionnel.

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J’ai découvert Socrate, comme la plupart des autres, en lisant tous les dialogues de Platon. Je dois avouer que cette lecture m’a marqué énormément, non pas à cause de Platon, mais bien à cause de Socrate. De sorte que, pour moi, Socrate est le détenteur d’une connaissance qu’il n’a jamais divulgué mais qu’il s’est employé à faire découvrir à ceux qui l’entouraient. Peut-être ne possédait-il pas le savoir complet de cette connaissance; ce qui expliquerait que sa réussite fut quelque peu mitigée et interprétée de différentes façons. Il est clair que ces différentes interprétations ont entraîné les philosophes qui ont suivis sur d’innombrables voies plus ou moins convaincantes et très peu concordantes.

Cet homme de l’antiquité, aujourd’hui, assez peu connu du grand public, fut une figure maîtresse de la civilisation grecque. À tel point que son influence s’est étendue jusqu’à notre XXe siècle (il a perdu des plumes depuis). Il naquit en 469 av J.C. et décéda, par le poison, en -399. Sa naissance, près d’Athènes, correspond à la fin des guerres médiques. Socrate est le fils de Sophronisque, un « maître maçon » d’Athènes, et de Phainarète, une sage-femme. Il a un demi-frère du nom de Patroclès, fils de Chémédème, premier époux de sa mère. Il fut le plus grand des philosophes jusqu’à ce jour; malgré qu’il fut discrédité par plusieurs autres philosophes depuis 2 600 ans. Platon se sert de ses paroles pour étoffer sa propre philosophie. Pour appuyer cette opinion que Platon se servait des données de Socrate en les interprétants à sa façon, il faut considérer le cas d’Anthisthène, l’un des plus fidèles disciples de Socrate, qui contestait complètement le système des idées de Platon. C’est assez connu, quel que soit l’homme en cause, il tire toujours la « couverte » sur lui pour se faire un nom. D’autant plus que Platon, lors de la mort de Socrate était absent, s’étant dit malade; tous ses autres amis étaient présents. Socrate vécut durant l’âge d’or d’Athènes appelé le siècle de Périclès. Mais qu’avait-il de tellement spécial, cet homme pour que sa renommée se rendre jusqu’à nous? Commençons par revoir les périodes connues de sa vie.

On sait qu’il est un guerrier hoplite et participe à la guerre du Péloponnèse qui se déroule entre -431 jusqu’à la défaite d’Athènes en -404. C’est, plus ou moins, une guerre entre la démocratie athénienne contre l’oligarchie spartiate. Il prend part aux campagnes militaires de Potidée en -431 âgé de 38 ans, puis celle de Délion en -424 et finalement d’Amphipolis en -422. Il est alors âgé de 47 ans et a certainement participé à d’autres batailles, mais aucun auteurs ne le mentionne.

En -420, son ami de longue date, Chaerephon, se rend à Delphes pour demander à la Pythie qui était l’homme le plus sage de son époque. Celle-ci lui répondit : « Il n’y a pas d’homme plus sage que Socrate ». Disons tout de suite que si en -420 Socrate, âgé de 49 ans, est reconnu comme l’homme le plus sage, c’est qu’il avait fait ses preuves auparavant. Ce qui justifie le questionnement fait à la Pythie de Delphe. Platon fait remarquer que de grands hommes d’une génération antérieure étaient les responsables des paroles philosophiques de Socrate. Dans sa jeunesse, avec Chaerephon, Socrate fait partie d’un groupe, incluant Timée et Critias  plus âgés que lui, qui a pour habitude de « dérouler » c’est-à-dire : discuter les données d’une sagesse laissée dans des livres que les anciens avaient écrits. Curieusement, les dialogues le Timée et le Critias de Platon, traitent de l’existence de l’Atlantide. Ce qui donne un indice sur l’ancienneté des écrits « déroulés » par le groupe.

En -406, alors qu’il est prytane, c’est-à-dire chef d’Assemblée, il refuse de se plier au consensus de l’assemblée voulant que des généraux fautifs soient jugés tous ensemble. En fait, la loi grecque exige que ces généraux soient jugés au cas par cas; mais l’assemblée décide autrement.

En -404, sous le régime oligarchique des Trente tyrans, dont fait partie son ami Critias, il refuse, au péril de sa vie, d’obéir à leur ordre qui lui demande d’arrêter un proscrit, Léon de Salamine, un général qui avait échappé à l’exécution de 406.

Au printemps de -399, on lui intente un procès en l’accusant de « 1) ne pas reconnaître les mêmes dieux que l’Etat, 2) introduire des divinités nouvelles et 3) de corrompre la jeunesse ». Durant ce même procès, on l’accuse d’être un Athée ; ce qui contredit le deuxième chef d’accusation d’introduire de nouvelles divinités. Quant au chef d’accusation no 1, on avait passé une loi quelques années auparavant, laissant le libre choix religieux. Le troisième chef d’accusation nous  indique que le procès était bien « politique ». Mais faisant fi de la logique, la majorité des juges sont contre Socrate ; un trop grand nombre d’entre eux avaient perdu la face devant son questionnement, en se promenant dans les rues de la cité. Lorsqu’ils lui demandent son opinion sur ce que devrait être sa condamnation, il répond qu’on devrait lui fournir un logement et subvenir à ses besoins comme étant un homme ayant rendu de grands services à la citée. Du coup, 80 juges additionnels appuient sa condamnation à mort. Il devra boire la ciguë trois jours plus tard, devant un groupe de ses amis.

Voilà ce que l’on sait historiquement sur ce personnage. Mais plusieurs chercheurs, à l’époque où on le trouvait encore important, se sont penchés sur sa vie et ont pu découvrir des informations intéressantes. Je me suis basé, entre autres, sur certaines informations tirées d’une biographie de Socrate écrite par E. Taylor présentée devant des Académiciens le 28 mars 1917 pour établir ma propre opinion.

Taylor fait remarquer que les personnages importants de l’histoire de la Grèce, pour la durée de -450 à -400, sont en très grande majorité, impliqués dans la vie de Socrate. Ceci confirme que le grand philosophe était bien une sommité reconnue dans cette société grecque. Il était reconnu non pas seulement comme un philosophe, mais aussi reconnu comme un héros de la guerre du Péloponnèse où il avait sauvé la vie d’Alcibiade, fils adoptif de Périclès, à la bataille de Potidée et comme un excellent stratège militaire, entre autre par les généraux Athéniens, Nicias et Lachès. Selon le dialogue Le Banquet, Alcibiade, neveu de Périclès, était un ami de Socrate depuis la plus tendre enfance.

Socrate fréquentait les têtes dirigeantes des Grecs, incluant Aspasie, l’épouse de Périclès. Lorsqu’on étudie les noms des personnages qui apparaissent dans la vie de Socrate, on découvre à quel point il côtoyait pratiquement tous les grands hommes de son époque. Platon indique seulement que durant sa jeunesse, Socrate s’abandonna à sa passion des sciences anciennes, sans rien ajouter de plus.

Il eut deux épouses; la première, Myrto, petite fille de l’archonte éponyme Aristide dont il eut deux fils. Ce mariage eut lieu probablement avant les déboires financiers de sa famille. Par la suite, en seconde noce, il épouse la jeune Xanthippe dont il eut un dernier fils, encore bambin à sa condamnation à mort. Selon Taylor, il est évident que Platon connu Socrate après que celui-ci dépasse la quarantaine. C’est pourquoi Platon ne parle pas vraiment de la jeunesse de son mentor.

Durant cette jeunesse, Socrate fréquenta Anaxagore arrivé à Athènes en -478, lequel avait voyagé en Égypte, qui lui enseigna que l’esprit est la source de l’ordre universel; d’où Socrate tirera sa notion d’âme (l’être réel) mal comprise par Platon qui la décrit comme « animus » en latin. Il disait également que la sensation (c’est-à-dire la perception) est produite par son contraire. C’est là la base du principe Yin/Yang à n’en pas douter. Anaxagore fut condamné à mort suite à une accusation d’impiété vers -431 mais il s’échappe à Lampsaque, en Asie mineure, où il y décède en -427. Il enseignait que la lune (formée de terre) reflétait la lumière du soleil, qui lui, est une pierre chaude produisant cette lumière. Platon nous affirme que la théorie d’Anaxagore était beaucoup plus ancienne et qu’elle n’était pas de lui. D’où Platon eu-t-il cette information, sinon de Socrate ou de ses amis de jeunesse? Mais la question encore plus importante est : où Anaxagore avait-il dégoté toutes ces informations si ce n’est dans les « anciens écrits » déroulés avec ses jeunes disciples dont Socrate, Timée et Critias ?

La pensée de Socrate présentera un mélange de l’école milésienne et, surtout, d’Héraclite d’Éphèse issu d’une famille sacerdotale, qui devait être enseigné par Anaxagore, puisqu’il venait de la même région d’Ionie. Par exemple, le « Connais-toi toi-même » attribué à Socrate était déjà enseigné par Héraclite plusieurs décennies auparavant. Les écrits d’Héraclite, mort en -480, ne furent pas appréciés à leur juste valeur simplement parce que leur « présentation » était difficile à comprendre. Il écrit, par exemple : « le logos, ce qui est, toujours, les hommes sont incapables de le comprendre ». Ce qui, aux yeux d’Aristote n’avait aucun sens vraiment intelligible à cause de la « tournure » de la phrase; mais qui démontre une profondeur de connaissance lorsqu’on l’analyse succinctement. Pour Héraclite, « l’être est éternellement en devenir ». Il décrit clairement les opposés complémentaires, incluant le « samsara » Indou, peut-être sans le savoir : « Ce qui vit meurt, ce qui est mort devient vivant : le courant de la génération et de la mort ne s’arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible ; le jour et la nuit sont une seule et même chose ; il n’y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est nuisible ; le haut ne diffère pas du bas, le commencement ne diffère pas de la fin ». On croirait voir tourner le Taï Chi. On retrouve dans cette pensée, le principe universel des anciens sumériens tout autant que celui de la déesse égyptienne Maât, responsable de l’ordre et de l’équilibre du monde, dont j’ai parlé dans mes livres « Les hommes d’avant le déluge ». Il est à noter qu’Héraclite était un autodidacte. De là à voir le statu « sacerdotal » de sa famille comme origine de ses connaissances étonnamment anciennes, on ne peut y échapper, lorsqu’on sait que les prêtres possédaient des « secrets » appelés  « mystères » dont la plupart étaient originaires des Sumériens. Tout comme la « religion » grecque qui avait la même origine.

Par l’enseignement d’Anaxagore venant d’Ionie, Socrate s’ouvre sur la connaissance des « anciens sages », dont il parle souvent dans les écrits de Platon. Il faut comprendre que l’Ionie se trouvait en Turquie d’aujourd’hui; ce qui rapproche la sagesse de Socrate de l’ancienne région de Sumer. Selon Héraclite, le logos renvoie à la fois à sa propre doctrine ainsi qu’à (et ceci en est le sens principal) la loi fondamentale, le principe de toutes choses qu’il s’agit de connaître. On peut déduire sans faire erreur qu’Héraclite connaissait ce principe. Pour lui, il s’agit d’obtenir un réveil pour apercevoir ce Logos qui échappe à tout homme, car, dit-il, il est masqué par notre stupidité. C’est exactement ce qu’entreprendra de faire Socrate lorsqu’il déambulera dans Athènes en posant des questions à ceux qui croient « savoir ». Comme lui-même dit n’avoir aucun « savoir », cela le justifie de poser ses questions à ceux qui « savent ». À la fin du questionnement de Socrate, les possédants d’un supposé « savoir » doivent admettre qu’ils ne savent rien, ou du moins, rien de vrai.

Pour pouvoir fréquenter les grands hommes dans sa jeunesse et pour pouvoir se payer l’équipement nécessaire à un soldat hoplite, il fallait que la famille de Socrate soit assez riche, au moins jusqu’en -420. Par contre, Platon nous le présente comme un pauvre presqu’itinérant dans la ville d’Athènes. Taylor en déduit que la famille de Socrate fut frappée par la crise économique conséquente à la guerre du Péloponnèse, où plusieurs familles riches athéniennes tombèrent dans la pauvreté. Ce qui expliquerait que le second mariage de Socrate se fasse avec une jeune « mégère » qu’il ne parvint jamais à apprivoiser. Xanthippe, la femme de Socrate, devait être d’une lignée aristocratique qui avait subi les mêmes déboires que la famille de Socrate. Elle avait des raisons valables pour être « bourrue », on le comprend facilement. Cela explique tout autant pourquoi Socrate préférait déambuler dans les rues en questionnant les passants plutôt que de rester avec sa très jeune épouse, âgée d’au moins 30 ans de moins que lui-même. Taylor en déduit que Platon n’a connu Socrate que lorsqu’il était d’âge mûr; de plus ses conclusions l’amène à reculer l’influence de Socrate sur les jeunes Athéniens vers -440; à l’époque où Socrate était âgé de 29 ans. Il fait alors déjà partie d’un groupe où se trouvent ses amis Critias et Timée.

Platon est parvenu à biaiser les données de Socrate. Par contre, il est celui qui a le plus contribué à nous le faire connaître. Comme le dirait Héraclite, le positif est égal au négatif et l’équilibre perdure. C’est à nous de « dérouler » les données disponibles.

Relire les dialogues avec, en esprit, la possibilité que la sagesse de Socrate lui vient des « anciens sages » comme il l’affirme lui-même, nous amène à considérer le « savoir » sumérien comme origine de cette sagesse « cachées » et « mystérieuse » au même titre que l’évidence de l’origine du panthéon grec est celui du panthéon sumérien.

Socrate reste encore à découvrir.

Amicalement

André Lefebvre

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

 

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3 Commentaire

  1. avatar

    Eh Le tome 3 des Hommes avant le déluge est disponible « gratuitement » au même lien que les autres tomes

  2. avatar

    Félicitations et merci pour l’information.