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Socio-historicit? du JOUAL (1960-1975)

souvenir-dun-joual - CP

R?sum?: L?id?e de ??fran?ais non conventionnel?? n??chappe pas ? la relativit? socio-historique. Une classe sociale inscrite dans une ?tape donn?e de changement historique dote (pour un ensemble pr?cis de raisons) d?une dimension symbolique temporaire l?idiome parl? par une autre classe sociale inscrite dans les m?mes changements. S?instaure alors un conflit entre deux normes objectives pour lesquelles la norme de l?autre sera lue comme une non conventionnalit?. Lutte in?gale, o? les classes dominantes ou positionn?es d?tiennent les armes de propagande et o? les classes domin?es ou en accession poss?dent la masses des locuteurs. Entre 1960 et 1975, la rapide mutation de la soci?t? qu?b?coise a amen? la minorit? ?litaire en restructuration ? jeter un regard soudain r?probatif sur le vernaculaire parl? par les masses. Le concept ?pilinguistique p?joratif de JOUAL a alors ?t? pris en charge pour cristalliser l?activit? d?marcative des adversaires, puis des alli?s de la valorisation du vernaculaire. Nous tentons de ramener cette crise sp?cifique d?un ??fran?ais non conventionnel?? au Qu?bec ? ses fondements socio-historiques: le passage brutal d?une ?conomie bas?e sur le secteur primaire ? une ?conomie de services et les chocs sociolinguistiques aff?rents ? cette situation.

Abstract: The idea of a ??non conventional French?? does not escape socio-historical relativity. Within a specific process of historical transformation, one social class may confer a temporary symbolic dimension upon the idiom spoken by another social class. This can lead to a conflict between two objective norms inasmuch as one class will label the opposite norm as ??non conventional??. The resultant struggle is uneven since the dominant will control the propanganda machine while the dominated or developping class will hold the vast majority of speakers. From 1960 to 1975, the social shifting of Qu?bec society brought the ?lite minority-in-transition to abruptly discredit the vernacular spoken by the majority. A pejorative epilinguistic concept known as JOUAL became the focal point which allowed the elite to expose the activities of the opponent class as well as the activities of those who defended or supported the vernacular spoken by the majority. This paper deals with the underlying socio-historical factors which generated this ??non conventionnal French?? crisis within Qu?bec, specifically the abrupt transition from a ressource-based to a service-based economy including the relevant sociolinguistic clashes.

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PAUL LAURENDEAU?? C?est sous l??tiquette JOUAL que l?ensemble des particularit?s du parler vernaculaire fran?ais de la majorit? de la population du Qu?bec est entr? dans la conscience des minorit?s ?litaires de la p?riode 1960-1975. A travers le d?bat entre puristes et ??joualisants??, une transposition intellectuelle (in?vitablement d?formante) des luttes de classes de l??poque se constitue. De vari?t? ignor?e, inexistante pour la conscience ?litaire, la langue qu?b?coise devient, au sens fort du terme, un fran?ais non conventionnel qui s?investit temporairement, bien malgr? ceux qui le parlent, d?une dimension cruciale de symbole. Le Grand Dictionnaire Encyclop?dique Larousse (1984) r?sume tr?s bien la version ?litaire ? propos du joual:

??JOUAL n, m. (prononciation pop. de cheval au Qu?bec). Parler populaire ? base de fran?ais fortement contamin? par l`anglais, utilis? au Qu?bec.

ENCYCL ? Invent? par Andr? Laurendeau, utilis? pour la premi?re fois en 1959 dans un article du Devoir et mis ? la mode l`ann?e suivante par le fr?re J. P. Desbiens dans Les insolences du fr?re Untel, ce terme a ?t? employ? d`abord dans un sens p?joratif pour d?signer le fran?ais populaire de Montr?al, puis brandi comme un ?tendard par l`?cole de Parti pris en vue d`assumer la condition d`un prol?tariat colonis?. Combattu vivement par ailleurs et d?nonc? comme une d?gradation du langage dont ne pouvait que b?n?ficier l?anglais (Jean-Marcel Paquette, Le joual de Troie, 1973), le joual a ?t? illustr? au th??tre et dans le roman par Michel Tremblay et Victor-L?vy Beaulieu. Il a tent? momentan?ment Jacques Godbout et Marie-Claire Blais, mais, par la suite, sa faveur a d?clin?.??

Le propos du pr?sent expos? est de d?montrer que loin de se ramener ? des d?bats d??coles litt?raires comme semble le laisser entendre cette version des choses, la question du joual s?inscrit dans une mouvance id?ologique aussi rapide que complexe dont le d?terminisme fondamental a ?t? la tertiarisation brutale de l??conomie du Qu?bec, ?conomie dont la composante dominante avait longtemps ?t? le secteur primaire. L?une des nombreuses cons?quences de ce ph?nom?ne socio-?conomique aura ?t? un bouleversement des repr?sentations ?pilinguistiques. Sur deux d?cennies, la question de la langue de communication de la majorit? de la population du Qu?bec a soudain acc?d? ? une dimension d?enjeu national. La langue du locuteur dont le p?re avait ?t? b?cheron et dont le fils allait devenir travailleur social est devenue au cours des ann?es soixante l?objet d?une attention soutenue jusqu?? la panique de la part des minorit?s ?litaires qu?b?coises. Celles-ci d?couvraient avec stup?faction que leurs concitoyens s?exprimaient dans un fran?ais qu?elles sentaient totalement non conventionnel en vertu des crit?res qui ?taient traditionnellement les siens. Elles s?empress?rent de d?signer le sociolecte majoritaire ? l?aide d?un m?taterme d?j? ancien: JOUAL.

Initialement le terme n??tait pas employ? substantivement mais comme adjectif dans l?expression parler joual qui signifiait, avant 1960, quelque chose comme ??jargonner??. Le ton de l?article d?Andr? Laurendeau, nationaliste r?formiste ?crivant pour la classe intellectuelle dans le journal Le Devoir ? la fin des ann?es cinquante, et pr?tendu ??inventeur?? du m?taterme (contre cette croyance, cf Laurendeau 1987b) donne une excellente id?e du malaise des minorit?s ?litaire face aux boulversements sociolinguistiques enclench?s par la conjoncture de l??poque.

??J?ai quatre enfants aux ?coles, des neveux et ni?ces, leurs amis: ? eus [sic] tous ils fr?quentent bien une vingtaine d??coles.

Autant d?exceptions, j?imagine. Car entre nous, ? peu pr?s tous ils parlent JOUAL.

Faut-il expliquer ce que c?est que parler JOUAL? Les parents comprennent. Ne scandalisons pas les autres.

?a les prends d?s qu?ils entrent ? l??cole. Ou bien ?a les p?n?tre peu ? peu, par osmose, quand les a?n?s rapportent gaillardement la bonne nouvelle ? la maison. Les gar?ons vont plus loin; linguistiquement ils arborent leur veste de cuir. Tout y passe: les syllabes mang?es, le vocabulaire tronqu? ou ?largi toujours dans le m?me sens, les phrases qui boitent, la vulgarit? virile, la voix qui fait de son mieux pour ?tre canaille? Mais les filles embo?tent le pas et se h?tent. Une conversation de jeunes adolescents ressemble ? des jappements gutturaux. (A. Laurendeau, ??La langue que nous parlons??, Le Devoir, 21 octobre 1959, reproduit dans Desbiens 1960: 152-153.)

Port? par des changements historique profonds dont il ne prend pas conscience, Candide (c??tait le pseudonyme de Laurendeau dans cette chronique) aura un peu plus bas ce mot: ??Est-ce une illusion? Il nous semble que nous parlions moins mal. Moins mou. Moins gros. Moins glapissant. Moins JOUAL??. Il y avait bien l? illusion ou, plus pr?cis?ment, conscience invers?e des proportions r?elles. Mais l?illusion ne portait pas sur l?idiome du journaliste, certainement plus ?pur? que celui de ses enfants, mais sur le ??nous?? de sa classe sociale qu?il croyait celui de sa ??nation?? enti?re.

On observera que les remarques de Laurendeau d?passaient le cadre d?une ??sociolinguistique?? m?me sauvage. C?est un ensemble de comportements -parmis lesquels l?activit? linguistique- qui suscitent l?inqui?tude des bien-pensants. On rejoint l? une conjoncture sociale de port?e continentale mais qui prendra au Qu?bec la dimension d?une crise de soci?t?. Desbiens:

??On parle joual; on vit joual; on pense joual. Les rus?s trouveront ? cela mille explications; les d?licats diront qu?il ne faut pas en parler; les petites ?mes femelles diront qu?il ne faut pas faire de peine aux momans. Il est pourtant impossible d?expliquer autrement un ?chec aussi lamentable: le syst?me a rat?. (Desbiens 1960: 37)

Nous dirions aoujourd?hui ??le syst?me est en mutation??.

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1.0. Socio-historicit? de l?enjeu ?pilinguistique au Qu?bec: 1960-1975

La compr?hension de la socio-historicit? du caract?re non-conventionnel d?une vari?t? de fran?ais comme le vernaculaire qu?b?cois va n?cessiter un cadrage historique synth?tique de la situation socio-?conomique et sociolinguistique du Qu?bec de la p?riode 1960-1975.

1.1. Organisation de la production. Depuis les derni?res d?cennies du 19i?me si?cle, le Canada et le Qu?bec sont une sous-r?gion du vaste syst?me du colonialisme ?conomique US. De 1945 ? 1960 la situation de prosp?rit? ?conomique et la guerre froide n?cessitent des produits miniers et de l??nergie et les d?cideurs am?ricains vont drainer ces produits de fa?on massive depuis la colonie canadienne o? ils abondent.

De 1945 ? 1960 au Qu?bec, comparativement aux autres soci?t?s industrielles, le secteur primaire est important et le secteur secondaire (industries vieillissantes du ??secteur mou?? exploitant une main d?oeuvre sous-qualifi?e et sous-pay?e: textile, chaussure) est an?mique. Produits forestiers (extirp?s selon le mode d?exploitation dit agro-forestier qui consistait ? stimuler l?instalation de fermes non viables ? proximit? de la for?t et ? les maintenir non viables de fa?on ? ce que les cultivateurs doivent vendre leur force de travail dans les chantiers de coupe de bois six mois par ann?e), produits miniers et plus r?cemment ?nergie hydro-?lectrique sont drain?s vers ??nos voisins du sud??. Pour ce qui est du secteur tertiaire il a d?j? une importance significative. ? partir de 1950 on observe une tertiarisation graduelle de la production (Linteau et Alii 1986: 217). Tout est en place pour un passage brutal et sans transition d?une ?conomie domin?e par les activit?s d?extraction (? l?int?rieur de laquelle l?activit? agricole ne doit pas ?tre surestim?e: son importance est beaucoup plus mythique que socio-?conomique) ? une ?conomie de services.

Au cours de cette m?me p?riode, l??mergence du secteur minier et le d?clin du bois n?cessitent des travaux importants de voirie et l?importance grandissante du secteur hydro-?lectrique va n?cessiter une expertise technique. Ces changements dans le gestion de la colonie ?conomique canadienne vont ?tre porteurs de mutations sociologiques profondes. On peut les r?sumer en disant que la continentalisation de l??conomie va impliquer sa modernisation et aussi sa qu?b?cisation. Pour rencontrer les nouvelle exigences d?un march? du travail en plein bouleversement, le fils du b?cheron, du cultivateur ou du tanneur devra rester plus longtemps sur les bancs d??cole?

En 1960 l??mergence d?une nouvelle ?lite financi?re qu?b?coise (Linteau et Alii 1986: 231, 283) n?emp?che pas le maintient de l?in?galit? de la r?partition des richesses (Linteau et Alii 1986: 295): un quart de la population du Qu?bec vit sous le seuil de la pauvret? (Linteau et Alii 1986: 303). Et la grande bourgeoisie qu?b?coise est toujours anglo-saxonne.

1.2. R?partition d?mographique. L?information cruciale en mati?re de d?mographie qu?b?coise est que le population francophone de la province est pass?e en seulement 200 ans (1760-1960) de 60,000 ? 6 millions de personnes pratiquement sans immigration. Au d?but de la p?riode ?tudi?e, la soci?t? qu?b?coise reste ethnologiquement d?termin?e par cette particularit? d?mographique. Si l?endogamie end?mique du temps de l?isolement des paroisses est ? peu pr?s r?sorb?e, le sentiment d?appartenance aux ??grandes familles?? demeure vivace et d?termine bon nombre de repr?sentations.

L?autre fait saillant de la p?riode pour ce qui concerne la d?mographie est son urbanisation galopante. Entre 1951 et 1961 la population agricole passe de 20% ? 11% de la population totale (Linteau et Alii 1986:188) et Montr?al, de 1941 ? 1961, gagne 1 million d?habitants (Linteau et Alii 1986: 259). En 1941 elle repr?sentait 34% de la population du Qu?bec, en 1961, elle en repr?sente 40% Ainsi si la p?riode 1900-1930 s??tait caract?ris?e par un ?loignement de la population ? cause de la ??colonisation?? (nom donn? au syst?me d?exploitation agro-forestier) et de la constitution des villes mini?res, 1945-1960 marque l??poque de l?urbanisation de la population qu?b?coise.

1.3. Lutte des id?ologies dominantes. La p?riode 1945-1960 (Linteau et Alii 1986: 248, 325) est caract?ris?e par la lutte entre les bourgeoisies canadienne et qu?b?coise. Un f?d?ralisme keynesien pronant une gestion globale de l??conomie s?oppose au nationalisme qu?b?cois traditionnel agripp? au mythe de la soci?t? canadienne fran?aise rurale et catholique ou encore au nationalisme r?form? des nouvelles ?lites en mont?e. Langue fran?aise et religion catholique sont des leitmotiv auxquels s?attachent encore toutes les loyaut?s.

1.4. ?ducation. Cons?quemment aux mutations d?j? signal?es, l??ducation va conna?tre un boom inou? qui va litt?ralement pulv?riser l?ancien syst?me scolaire cl?rical et rural qui aura pr?valu jusqu?en 1960. En moins de quinze ans, le nombre des intervenants impliqu?s dans le syst?me d??ducation va tout simplement doubler. En 1945, l?appareil scolaire qu?b?cois compte un peu moins de 730,000 ?l?ves, en 1960 ils sont 1,300,000 (Linteau et Alii 1986: 316). En 1950, le m?me syst?me emploie 27,000 enseignants, dix ans plus tard, en 1960, ils sont pass?s ? 45,000 (Linteau et Alii 1986: 318).

Le changement n?est pas que quantitatif, il est qualitatif. T?moin le nombre de pr?tres, fr?res et soeurs impliqu?s dans l?enseignement: en 1945, ils sont majoritaires (Linteau et Alii 1986: 319), en 1960, ils ne forment plus que 31% des effectifs. L?un d?entre eux, qui prendra le nom de plume de fr?re Untel, poussera, au nom de l?ancienne organisation scolaire, un cri d?alarme qui sera aussi le champs du cygne de tout un syst?me social.

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2.0. JOUAL: gen?se d?un concept

Nous ne parlerons pas ici de la langue qu?b?coise comme tel, mais de son reflet d?formant dans la conscience de la classe qui fa?onna le concept de JOUAL. Il s?agit de fournir la description de l??mergence du vernaculaire qu?b?cois comme parl? non conventionnel dans la conscience des minorit?s ?litaires ? partir de la stabilisation du concept ?pilinguistique de JOUAL. Un mot d?abord sur le profil sociolinguistique du vernaculaire qu?b?cois.

2.1. Cons?quences sociolinguistiques du mouvement historique 1945-1960. Au d?but de la p?riode ?tudi?e, les locuteurs qu?b?cois parlent un vernaculaire du fran?ais ayant toutes les caract?ristiques d?un isolat si on le compare aux autres idiomes du monde francophone. Il s?agit d?un parler commun fragment? en r?giolectes mais fondamentalement homog?ne. On ne rel?ve pas de patois ni de vari?t?s avanc?es du type cr?ole etc. Le clivage ville/campagnes est minime mais s?accentuera au cours de la p?riode.

Le vernaculaire est refoul? mais connu des minorit?s ?litaires qui, d?autre part, parlent le fran?ais du Qu?bec (cf la d?finition de ce terme dans Laurendeau 1985a). La rapidit? de la mobilit? sociale et l?ethnologie de la famille ?largie fait que m?me les locuteurs ayant int?gr? les formes de prestige en acc?dant socialement maintiennent un enracinement ethno-familial avec les locuteurs du vernaculaire. L?instituteur Desbiens, dans son cynisme, a bien d?crit le ph?nom?ne:

??Je me flatte de parler un fran?ais correct; je ne dis pas ?l?gant, je dis correct. Mes ?l?ves n?en parlent pas moins joual: je ne les impressionne pas. J?ai plut?t l?impression que je leur ?chappe par moments. Pour me faire comprendre d?eux, je dois souvent recourir ? l?une ou l?autre de leurs expressions jouales. Nous parlons litt?ralement deux langues, eux et moi. Et je suis le seul ? parler les deux.?? (Desbiens 1960: 27)

Malgr? tout, la culpabilit? linguistique est minime avant que n??clate la crise du joual comme fran?ais non conventionnel.

L?anglicisation -strictement lexicale- du vernaculaire qu?b?cois est relativement r?duite, sauf pour ce qui concerne les terminologies reli?es ? l?activit? de production. En effet, l?anglicisation du vernaculaire qu?b?cois n?est pas associ?e ? une situation de bilinguisme ou de diglossie. Elle suit l?activit? de production et les al?as du commerce. Le mode de production agricole traditionnel avait en grande partie ?chapp? ? l?anglicisation lexicale, ce qui ne fut pas le cas pour le syst?me de production agro-forestier, contr?l? par des anglo-saxons. C?est malgr? tout le vernaculaire urbain qui est per?u comme le plus anglicis? et cela tient aussi ? la prol?tarisation des francophones dans des industries ou des commerces contr?l?s par des anglophones. Cette anglicisation lexicale de surface va donner une prise facile aux campagnes de ??francisation?? de l??re de l??conomie de services. Elle en deviendra plus ais?ment un enjeu de d?bat que l?on se donnera avec elle un ??ennemi?? plus facile ? abattre qu?on ne le croit g?n?ralement? une sorte de tigre de papier.

2.2. La d?finition ?pilinguistique en crise permanente. Avant 1960, le vernaculaire qu?b?cois n?a pas de nom pr?cis. L?absence d?un m?taterme explicite pour le d?signer ne doit surtout pas faire croire ? son ?ventuelle inexistence. Il existe bel et bien, mais ne fait pas suffisamment enjeu pour qu?une appellation soit cr??e pour l?ostraciser comme non conventionnel. Nous citerons un exemple datant de 1953 o? la question de la mim?sis des registres sociolinguistiques est abord?e dans une critique de th??tre sans que le concept de JOUAL n?op?re.

??L?auteur d?crit un milieu tr?s actuel, plein de charme et de triste po?sie avec un premier souci de r?alisme, en ce sens que sa cr?ation est issue d?une r?alit? intense qui l?a ?mu avec toutes ses ressources: faiblesses humaines, caract?res r?gionaux, langage d?voy? tr?s peu fran?ais-du-dictionnaire. Or le th??tre en s?emparant du sujet exhausse les caract?res, amplifie les ?motions, transforme la langue? Je crois que Zone p?che justement un peu par cette ind?cision, particuli?rement pour la langue. Les acteurs passent de l?accent du m?tier au langage parfois savoureux et autrement plus direct qu?on appelle canayen. Quelqu?un dira: ??Est-ce que c?est lui??? Et l?autre r?pondra: ??J?sais pas??. (Michel Brault, 1 mars 1953 cit? dans Dub? 1969: 181-182)

Les param?tres sociolinguistiques sont tous en place. Le fran?ais ??conventionnel?? est un idiome minoritaire, ici un argot du m?tier d?acteur, alors que les formes ??tr?s peu fran?ais-du-dictionnaire?? viennent directement du milieu social urbain ?voqu?. Mais pourtant, on ne retrouve pas ce climat de passion panique qui caract?risera onze ans plus tard des d?bats analogues autour des Belles-soeurs de Tremblay. Et surtout, le mot JOUAL n?existe pas encore.

2.3 M?taphore fil?e, ?clatement all?gorique. Apr?s l?article de Laurendeau, d?j? cit?, et dont la r?flexion, on le notera. s?enracine dans le monde scolaire et non dans le monde litt?raire, J.P. Desbiens produira en 1960 Les insolences du Fr?re Untel (comme on dirait: ??Les insolences de l?Instite Tartempion??): 28 ?ditions, 130,000 exemplaires vendus dont 17,000 dans les premiers dix jours de vente (Linteau et Alii: 591). Toute une classe se sent comme Untel. Celui-ci proc?de ? un violent r?quisitoire contre la faillite et la d?su?tude du vieux syst?me d?instruction publique. On y lit l?affirmation d?une impression de d?clin masquant le ph?nom?ne r?el inverse, celui de l?acc?s ? l?instruction des nouvelles masses urbanis?es. Le flot des futurs cadres de la soci?t? des services ? venir, s?engouffrant dans la petite ?cole de rang du fr?re Untel, encore d?su?te pour quelques ann?es, lui donn?rent sur le terrain une fausse impression de d?cadence. On notera que dans l?essai de Desbiens, la question de la langue est un d?tail, une facette parmis d?autres de la question plus globale de l??ducation. Ce ne sera plus un d?tail pour ses lecteurs, qui seront nombreux ? croire que Desbiens est l?inventeur du nom JOUAL, alors qu?il ne fut que le premier ? filer les premi?res m?taphore d?une rh?torique qui va s?enfler d?mesur?ment pendant toute la p?riode:

???le nom est d?ailleurs fort bien choisi. Il y a proportion entre la chose et le nom qui la d?signe. Le mot est odieux et la chose est odieuse. Le mot joual est une esp?ce de description ramass?e de ce que c?est que le parler joual: parler joual, c?est pr?cis?ment dire joual au lieu de cheval. C?est parler comme on peut supposer que les chevaux parleraient s?ils n?avaient pas d?j? opt? pour le silence et le sourire de Fernandel.?? (Desbiens 1960: 23-24)

Desbiens d?fend des valeurs sociales d?pass?es, ses id?es sur l??ducation, la morale etc ne seront pas retenues. Mais d?autre part, ? partir de Desbiens, une toute nouvelle strat?gie d?ostracisation du fran?ais vernaculaire va se mettre en place au Qu?bec. Et elle, par contre, sera reprise, car elle correspond ? une facette cruciale de la nouvelle gestion des comportements que la tertiarisation de l??conomie qu?b?coise va n?cessiter. En effet, qui dit service, dit ??langue de communication???

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3.0. Les strat?gies ?litaires sous-jacentes au concept de JOUAL

Bien avant son utilisation dans la litt?rature, le vernaculaire sera combattu en tant que ce qu?il est r?ellement: la langue des masses. De machine ? susciter des vocation cl?ricales au sein d?une minorit?e ?lue, l??cole va devenir, pendant la p?riode, un v?ritable appareil id?ologique d??tat au sens plein du terme. Comme tel, elle assumera sa fonction d?alignement de la culture ??populaire?? sur une culture de masse soumise ? la houlette des classes dominantes francophones que la tertiarisation est en train de positionner. Les autres appareils id?ologiques d??tat (notemment les m?dias) vont embo?ter le pas. Le concept de JOUAL devient vite une pi?ce ma?tresse sur cet ?chiquier id?ologique, comme le r?v?lent l?extension et la diversit? de ce concept, ainsi que l?ambigu?t? qui sera plus tard maintenue entre ses dimensions de langue litt?raire et de langue vernaculaire.

3.1. Purisme et r?action. Le purisme va devenir un comportement dominant chez les classes ?litaires. On n?h?sitera pas ? s?en r?clamer au nom d?une forme de progressisme. Dans le passage suivant, Desbiens nous sert sans le savoir l?hypoth?se de Sapir-Whorf et le JOUAL est sens? symboliser le pass?isme populaire:

??Cette absence de langue qu?est le joual est un cas de notre inexistence, ? nous les Canadiens fran?ais. On n??tudiera jamais assez le langage. Le langage est le lieu de toutes les significations. Notre inaptitude ? nous affirmer, notre refus de l?avenir, notre obsession du pass?, tout cela se refl?te dans le joual, qui est vraiment notre langue.?? (Desbiens 1960: 24-25)

Mais vite le purisme ? la qu?b?coise montre son vrai visage, qui est celui de la r?action? et le JOUAL symbolise alors -deux pages plus loin dans le m?me essai!- l?am?ricanisation des moeurs associ?e ? la continentalisation des rapports socio-?conomiques:

??Aussi longtemps qu?il ne s?agit que d??changer des remarques sur la temp?rature ou le sport; aussi longtemps qu?il ne s?agit de parler que du cul, le joual suffit amplement. Pour ?changer entre primitifs, une langue de primitif suffit; les animaux se contentent de quelques cris. Mais si l?on veut acc?der au dialogue humain, le joual ne suffit plus. Pour peinturer une grange, on peut se contenter, ? la rigueur, d?un bout de planche tremp? dans de la chaux; mais pour peindre la Joconde, il faut des instruments plus fins.

On est amen? ainsi au coeur du probl?me, qui est un probl?me de civilisation. Nos ?l?ves parlent joual parce qu?ils pensent joual, et ils pensent joual parce qu?ils vivent joual, comme tout le monde par ici. Vivre joual c?est Rock?n Roll et hot-dog party et ballade en auto etc? C?est toute notre civilisation qui est jouale. On ne r?glera rien en agissant au niveau du langage lui m?me (concours, campagnes de bon parler fran?ais, congr?s etc..). C?est au niveau de la civilisation qu?il faut agir.?? (Desbiens 1960: 25-26)

L?id?ologie nationaliste des ?lites qu?b?coises en butte au keyn?sianisme planificateur du f?d?ralisme canadien va aussi s?engouffrer dans le d?bat du JOUAL. Car le vernaculaire est ??infest? par l?anglais?? ne l?oublions pas. L?axe des luttes nationales va -comme souvent- occulter l?axe plus fondamental des luttes sociales, tandis qu?on va confondre luttes des langues et luttes de ceux qui les parlent. Ici aussi tout est d?j? chez Desbiens:

??Quoi faire? C?est toute la soci?t? canadienne-fran?aise qui abandonne. C?est nos commer?ants qui affichent des raisons sociales anglaises. Et voyez les panneaux-r?clame tout le long de nos routes. Nous sommes une race servile. Nous avons eu les reins cass?s, il y a deus si?cles et ?a para?t.?? (Desbiens 1960: 270)

Pas ? pas, le discours sur le joual va devenir une sorte d?hyst?rie intellectuelle o? les nouvelles ?lites vont proc?der au lent exorcisme corrolaire ? leur ascension. On pourrait d?velopper longuement sur la question du JOUAL-SYMBOLE. D?autres objets culturels ?rig?s ainsi en symboles firent l?objet du m?mes type d?acting out pendant la p?riode: pratiques religieuses, musique folklorique, cuisine traditionnelle etc. ? travers l??cheveau touffu de ces diverses transpositions o? tous les aspects de l???identit? qu?b?coise?? s?enchev?trent, une ligne se maintien sur la question du joual: purisme et r?action. Le vernaculaire est combattu par les instances associ?es aux nouveaux param?tres de pouvoir en ?mergence.

3.2. R?ductionnisme topique, stratique, chronologique. La strat?gie de lutte contre le vernaculaire sera une proc?dure de propagande de la plus pure eau. Le fait d?enfermer le vernaculaire sous l??tiquette d?un m?taterme avait d?j? en soi un formidable potentiel r?ducteur. Le r?ductionnisme prendra son allure de croisi?re lorsque le discours ?litaire fournira pour lui-m?me et pour les masses la D?FINITION du terme. On cherchera ? circonscrire le JOUAL ? un espace (r?ductionisme topique), ? une classe que l?on minorisera dans le m?me souffle (r?ductionisme stratique), ? la vogue d?un temps (r?ductionisme chronologique). Ces proc?dures t?tonneront jusque vers la fin de la p?riode o? elle se stabiliseront dans une version des choses relativement unifi?e (que m?me des dictionnaires encyclop?diques reprennent!). S?guin 1973 fournit le cas exemplaire:

R?ductionnisme topique: ??Montr?al??

??Le joual, qu?est-ce que c?est? Les opinions varient. On ne peut pas appeler ??joual?? la mani?re de parler des qu?b?cois des r?gions rurales. Il faut, je crois, limiter sa signification au langage anglicis? et martyris? d?un milieu urbain pauvre, d?une certaine classe d?poss?d?e des grandes villes comme Montr?al? [sic]?? (S?guin 1973: 11)

R?ductionnisme stratique: ??une minorit?

??Je travaille avec des gens de chez-nous qui s?expriment convenablement, ? leur mani?re, c?est-?-dire avec des expressions de chez-nous, ce qui est tout ? fait normal. Ce n?est pas du joual. Alors o? se trouve le joual? Il nous est surtout impos?, semble-t-il, par les m?dias d?information qui ne l?utilisent pas mais qui en parlent. Par les partisans de ce parler hybride qui l?expliquent en employant (forc?ment) le meilleur fran?ais.?? (S?guin 1973: 11)

On comparera ces affirmations avec la description beaucoup moins triomphaliste de la pression de la culture vernaculaire sur la langue ampoul?e que Turenne 1962 d?plore en pr?face de son Petit dictionnaire du ??joual?? au fran?ais:

??Le Canadien fran?ais est son propre ennemi sur le plan linguistique. M?me s?il conna?t convenablement le fran?ais, il a peur de la parler et surtout honte de le bien parler. Il craint de se rendre ridicule aupr?s de ses propres compatriotes. […]

Je termine en formulant un voeux: apr?s avoir longtemps ridiculis? ceux qui parlaient bien, pourquoi ne ririons-nous pas ? l?avenir de ceux qui parlent ??joual??.?? (Turenne 1962: 10)

R?ductionnisme chronologique: ??une langue litt?raire, une mode??

Si l?appropriation litt?raire du vernaculaire r?v?le le primat du souci de l??vocation d?une r?alit? sociale sur la convention litt?raire, elle se verra graduellement r?duite ? une nouvelle convention litt?raire frondeuse, une convention du ??non conventionnel?? (cf Laurendeau 1988a). Le discours ?litaire aura alors le beau jeu d?isoler cette poign?e d?auteurs et de dire qu?ils sont les seuls ? s?exprimer en vernaculaire. La propagande fournira alors une simple inversion des rapports r?els: le joual ayant produit une ?cole litt?raire, on pr?tendra que c?est une ?cole litt?raire qui produit le joual. S?guin (on notera les ??bas-fonds des milieux pauvres?? que d?autres n?auront plus tard m?me pas le scrupule de mentionner):

??Mais de joual toujours aucune trace. Ah! si pourtant. Tir? des bas-fonds de milieux pauvres, on le trouve dans la langue d?un certain th??tre qui vous le fait conna?tre en osant l??crire. Dans les pi?ces de certains auteurs bien cot?s du moment, que de bons acteurs acceptent de jouer, attir?s par le c?t? tragique de ces drames.?? (S?guin 1973: 11)

Tant et si bien que lorsque ces auteurs se mettrons, quelques ann?es plus tard, ? ?crire en fran?ais livresque, on donnera la perte de vogue de la mim?sis ?crite du vernaculaire comme un sympt?me de sa pr?tendue disparition sociolinguistique.

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4.0. Socio-historicit? du ??non-conventionnel??: le passage ? l?apr?s-joual

Vers 1975, on commencera ? ?viter l?usage du m?taterme JOUAL au profit d?appellations moins virulentes comme ??fran?ais qu?b?cois??, ??langue qu?b?coise?? etc. Le caract?re ??non conventionnel?? du vernaculaire qu?b?cois se r?sorbera dans le m?me temps. Cette stabilisation id?ologique se fonde sur une stabilisation socio-?conomique qui est celle de la nouvelle donne des ann?es 1975-1985. On atteint une sorte de pallier.

4.1. Organisation de la production. La p?riode 1960-1980 voit le boom du secteur tertiaire qu?b?cois: transports, communications et autres services publics, commerce, finance, assurance, affaires immobili?res, services socio-culturels, administration publique (Linteau et Alii 1986: 466). Tant et si bien qu?en 1981, 5.6% des emplois sont du secteur primaire, 24.6% des emplois sont du secteur secondaire et 70% des emplois sont du secteur tertiaire. (Linteau et Alii 1986: 165, 522). Au sein du tertiaire, le secteur des services accapare 14% du produit int?rieur brut en 1961, 21% en 1971, 24% en 1981. Il occupe 20% (en 1961) puis 28% (en 1981) de la main d?oeuvre (Linteau et Alii 1986: 480). La nouvelle classe du secteur des services s?exprime dans le ??langue de communication internationale?? du Qu?bec: le fran?ais?

4.2. R?partition d?mographique. Entre 1960 et 1970 pr?s de 1,200,000 qu?b?cois(e)s atteignent l??ge de 14 ans. Le JOUAL fut aussi la langue de la g?n?ration des ??baby-boomers??. On observe un plafonnement de l?urbanisation en 1970. Il y a stabilisation du mouvement d?mographiques chez les francophones. De 1961 ? 1971, Montr?al passe de 40% ? 45% de la population globale en passant de 2,1 ? 2,8 million d?habitants (Linteau et Alii 1986: 495).

4.3. Lutte des id?ologies dominantes. C?est le nouveau nationalisme conqu?rant voulant englober toute la vie de la soci?t? qui l?a emport?. Une appareil d??tat complexe et tentaculaire dicte le ton id?ologique. Sur la question de la langue une priorit?: la volont? de ??franciser?? (Linteau et Alii 1986: 512).

4.4. ?ducation. Avec la r?forme scolaire d?envergure instaur?e ? partir de 1960 (Linteau et Alii 1986: 598) on assiste ? un assouplissement et ? une am?ricanisation de la p?dagogie (Linteau et Alii 1986: 602). Le vernaculaire trouve timidement sa place dans la salle de classe, au nom de l?expressivit? de l??l?ve. En 1961, la fr?quentation scolaire devient obligatoire jusqu?? l??ge de 15 ans. Il y aura eu pr?s de 480,000 ?tudiants de plus dans le r?seau scolaire en 1970 qu?en 1960 (Linteau et Alii 1986: 601). Mais le d?clin rapide de la natalit? associ? au nouveau contexte social fera ensuite baisser le nombre d??tudiants qui reviendra au niveau de 1960 vers 1980.

4.5. Cons?quences sociolinguistiques du mouvement historique 1960-1945. Les cons?quences sociolinguistiques actuelles de cette ?tape historique sont d?crites ainsi par J.-D. Gendron, depuis son point de vue de classe:

??C?est devenu ainsi au Qu?bec: lorsqu?on parle en public, on doit prononcer plut?t ? l?europ?enne, sauf que ce mod?le ne s?appliquait pas autrefois de fa?on aussi courante qu?on le fait maintenant, parce que maintenant, il y a une classe de gens, professeurs, fonctionnaires -ils sont 60 000- qui sont, et ils le savent, les repr?sentants de l??tat. Il y a peut-?tre un demi-million de gens qui sont conscients qu?ils sont des citadins et qu?ils font partie d?une nouvelle classe, qui voyagent beaucoup, qui ont des contacts avec l?ext?rieur: c?est tout ?a qui a jou? un r?le??. (Gendron 1985: 98)

En collant ? cette analyse, cela nous donne encore 5 millions et demi de parlant vernaculaire maintenant une variation linguistique ? peu pr?s semblable ? celle de la p?riode pr?c?dente, avec toutes les pressions sociolinguistiques que cela implique sur les minorit?s ?litaires. Mis, par F. J. Hausmann, devant la r?alit? de cette masse de locuteurs du vernaculaire toujours pr?sente, Gendron, moins assur?, s?exclame:

??? mais il y a d??normes variations, c?est tr?s ?vident, d??normes variations m?me, par exemple, entre les professeurs qui sont des repr?sentants de ce mod?le lorsqu?ils parlent publiquement. (Gendron 1985: 97)

En termes prosa?ques: pas de changement sociolinguistique majeur chez les francophones. La crise du JOUAL fut une crise des consciences bien plus qu?une crise des idiomes effectifs. Or au plan id?ologique, qu?observe-t-on: la marginalisation r?elle du concept de JOUAL tant chez les pro- que chez les anti- et le d?clin du courant litt?raire ??joualisant?? ont entrain? une marginalisation mythique du parler vernaculaire lui-m?me dans la conscience et dans l?attention de la minorit? ?litaire. On a donc:

mythe: d?clin du vernaculaire.

r?alit?: d?clin du caract?re non conventionnel du vernaculaire.

L??tape de d?signation du fran?ais non conventionnel (JOUAL comme appellation ET ostracisme) est suivie de son r?tr?cissement dans l?id?e qu?on s?en fait: ?cole litt?raire ou sociolecte marginal. En fait, le vernaculaire ne d?cline pas, c?est son caract?re non conventionnel qui d?cline. Sans trop oser le dire, on s?y est fait dans les salons? Le vernaculaire effectif dont nous n?avons gu?re parl? ici, poursuit, pendant ce temps, la trajectoire de son ?volution sociolinguistique qui est celle des grandes phases.

De fa?on toute temporaire, la bourgeoisie qu?b?coise issue de l??mergence de la soci?t? des service a gagn? son pari. Jusqu?? la fin des ann?es 1980 environ, elle a pu ?tablir son contr?le et son h?g?monie id?ologique sur cette petite soci?t? occidentale nord-am?ricaine. Entre autres batailles, elle a aussi (temporairement toujours) remport? la bataille de la ??langue de communication??. ? la panique d?un Desbiens succ?de la tranquille suffisance d?un Gendron. Le syst?me qu?il repr?sente lui, n?a (toujours) pas flanch?. Le vernaculaire a perdu son ampleur de symbole puisque le vrai enjeu, qui ?tait de le freiner comme idiome des classes ?litaires dans la mouvance des changements structuraux des ann?es soixante, est pour le moment une affaire ??class?e??. Le concept de JOUAL d?p?rit donc de lui-m?me (pas compl?tement d?ailleurs, cf Laurendeau 1990h). Une phase socio-historique de ??non conventionnalit? se cl?t pour un idiome fran?ais.

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Histoire d?un joual

C?est l?histoire d?un petit joual.
C?est l?histoire d?un joual.
Il couraille dans de la vieille bouette.
C?est l?histoire d?un joual.

Il galope devant la buvette.
L?histoire d?un petit joual.
Le chercheur d?or mordille son or.
C?est l?histoire d?un joual.

Le joual a peur de finir mort.
L?histoire d?un petit joual.
Saign? par des bouchers retors.
C?est l?histoire d?un joual.

Il s?esquive donc dans le lointain.
L?histoire d?un petit joual.
Il cuve son virulent purin.
C?est l?histoire d?un joual.

Une fort jolie dame prend son bain.
L?histoire d?un petit joual.
Un grand personnage joue aux cartes.
C?est l?histoire d?un joual.

Un jour, il faudra bien qu?ils partent.
L?histoire d?un petit joual.
Quand le village s?urbanisera.
C?est l?histoire d?un joual.

Quand le village s??tiolera.
L?histoire d?un petit joual.
Le joual aussi dispara?tra.
La roue de l?histoire c?est ?a.

C??tait l?histoire d?un petit joual.
C??tait l?histoire d?un joual.

(Tir? du recueil L?H?lico?dal invers? (po?sie concr?te), 2013)

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LAURENDEAU, P. (1992), ??Socio-historicit? des ?fran?ais non conventionnels?: le cas du Joual (Qu?bec 1960-1975)??, Grammaire des fautes et fran?ais non conventionnels, Presses de l??cole Normale Sup?rieure, Paris, pp 279-296.

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