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Six st?r?otypes sexistes tomb?s en d?su?tude

femme conduisant une voiture

PAUL LAURENDEAU?? Il faut prudemment apprendre ? se m?fier du pessimisme militant. Le pessimisme militant fouette ou croit fouetter les troupes en s?appuyant, explicitement ou implicitement, sur ce bon vieil aphorisme que l?on impute ? Napol?on Bonaparte: Il n?y a rien de fait tant qu?il reste des choses ? faire. Cet ?nonc? de principe est plus rh?torique que programmatique, on observera (mis au pied du mur de sa logique interne, l?empereur devrait pourtant admettre qu?il est en train de nous dire que le boulot n?est jamais fait, qu?il ne se passe rien, en somme!). Et pourtant, sur la foi d?un tel axiome, nos militant(e)s pessimistes nous servent le d?veloppement suivant, dont il ne faut d?ailleurs pas minimiser le m?rite (mais simplement bien circonscrire la port?e): Notre cause ne doit pas s?asseoir sur ses lauriers. Il est illusoire de s?imaginer que tout est acquis. Concentrer une attention excessive aux r?ussites minimise le progr?s qu?il reste ? accomplir. Ce n?est qu?un d?but, continuons le combat. Pour un (comme disaient les vieux, s?il en reste encore), je suis le premier ? endosser pleinement, avec Che Guevara, l?id?e force voulant que la r?volution est comme une bicyclette: si elle n?avance pas, elle tombe. Mais je tiens aussi au principe selon lequel si cette all?gorie guevariste est si belle et si juste, c?est justement parce que la bicyclette roule vers l?avant, et ? bon rythme encore.

Un certain nombre de simili-militantes ?f?ministes?, servantes objectives de l?ordre ?tabli, cultivent?ouvertement l’affectation oiseuse (fondant leur positionnement de vraies-bourgeoises-fausses-martyres) qu’est ce pessimisme militant. Il s?agit alors de promouvoir rien de moins qu?une sorte de mysticisme occulte de la perp?tuation, pesante, onctueuse et inexorable, de l?ordre m?le par d?autres moyens. Franchement, cela confine ouvertement et sciemment au fatalisme le plus d?mobilisateur imaginable. Les quatre ou cinq s?urs a?n?es de ma maman (qui, n?e en 1924, ?tait la benjamine d?une famille de quatorze enfants) ont v?cu quelques ann?es de leurs vies adultes sans avoir le droit de vote ? leurs ?lections favorites: les ?lections qu?b?coise (le droit de vote des femmes au Qu?bec date de 1940). Ma douce m?re est devenue infirmi?re circa 1944. Elle et ses coll?gues ont du mettre en place leur expertise et leur professionnalisme ? une ?poque o? les nurses ?taient consid?r?es comme des putains et des filles ? soldats. Elles ont ?t? confront?es ? des bigots de la calotte et ? des r?fractaires de tous crins qui refusaient de se faire soigner par les dames en blanc portant la coiffe, simplement parce qu?elles se maquillaient, ?coutaient les nouvelles ? la radio et fumaient, pendant leurs pauses caf?. N?allez pas dire ? ma vieille m?re que les choses n?ont pas progress? pour les femmes, de son vivant! Elle vous raconterait des histoires inimaginables, inconcevables, mais pourtant vraies. Je pense ? elle et ? son bel h?ritage progressiste et ce, tous les jours, huit mars inclusivement.

Alors je vais m?installer plus pr?s de nous encore et vous dire deux mots de six (6) st?r?otypes sexistes immenses, qui berc?rent mon enfance et ma jeunesse (je suis n? en 1958) et qui sont compl?tement tomb?s en d?su?tude aujourd?hui. Ce que je vous raconte l?, je l?ai vu de mes petits yeux vu et entendu de mes petites oreilles entendu. Que voulez-vous, on revient toujours de bien loin sans vraiment trop le savoir. Enfin? les hommes et les femmes de ma g?n?ration confirmeront si n?cessaire… Voici:

1) Il y a des t?ches ?biologiquement? typiquement f?minines. Un de mes profs de fac circa 1977 cultivait la certitude tranquille que les femmes ?taient psycho-prax?iquement fondamentalement plus aptes ? plier le linge que les hommes. Ce magister ? l?ancienne, d?j? un peu retardataire en son temps, que mes cons?urs f?ministes du temps qualifiaient de phallocrate militant, se basait pesamment sur tout un fatras social-darwiniste pour l?gitimer cette rh?torique de la sp?cialisation du doigt? f?minin dans les ci-devant t?ches de manipulation fine. Si l??poque contemporaine ne se g?ne plus pour parler haut et fort de ce que les femmes pr?f?rent faire (surtout en mati?re de loisirs et de plaisirs), plus personne de s?rieux ne juge que des t?ches, professionnelles ou domestiques, puissent ?tre intrins?quement ou ?biologiquement? d?volues ? un sexe plut?t qu?? l?autre.

2) Les femmes vont voter en bloc pour un candidat ?bel homme?. Il faut avoir entendu les gros couillus d?autrefois qui n?aimaient pas Jean Lesage ou Pierre Trudeau bramer et d?plorer que leur ?pouse allait annuler leur vote, juste ? cause de l?allure photovisuelle ou t?l?visuelle du personnage. La question de savoir si l?apparence physique des candidats masculins a d?j? effectivement ?t? un vecteur ?lectoral, aupr?s de l??lectorat f?minin d?une ?poque, reste ouverte, conc?dons-le. Mais une certitude est bien install?e au jour d?aujourd?hui. Cela ne se fait pas ou plus. La question de savoir si les femmes vont voter pour une candidate par mim?tisme f?minin est, elle aussi, de plus en plus questionnable. Les femmes votent au programme, point, et la d?magogie ?lectorale en est de plus en plus consciente. Il suffit de lire les plates-formes des partis de toutes ob?diences pour nettement s?en aviser. Indubitablement, Justin Trudeau n’est pas sorti de l’auberge…

3) La femme ne sait pas conduire une voiture. Bon, admettons-le, ma maman (n?e en 1924) pesait sur le gaz d?un pied et sur le frein de l?autre et quand elle avait le malheur de faire ces actions simultan?ment, la petite voiture d?appoint [sic] se retrouvait au garage. Mais, d?j? ? l??poque, la personne qui riait le plus d?elle pour ?a, c??tait ma s?ur (n?e en 1957), conductrice ?m?rite depuis 1975 environ. Les farces plates r?actionnaires (au sujet) de femmes-ne-sachant-pas-conduire formaient pourtant, malgr? ma s?ur au volant (contre ma m?re), un v?ritable paradigme humoristique ? l??poque (un peu comme nos plaisanteries de belges ou de blondes). Toute une g?n?ration de femmes a bien subit la pression du bullying masculin au volant. C?est fini. La femme au volant est un acquis tranquille et les contrari?t?s phallo-routi?res d’autrefois sont inimaginables, m?me pour les femmes de ma g?n?ration. Elles doivent fouiller dans leur m?moire pour revoir ces horreurs.

4) La jupe est un v?tement plus f?minin que le pantalon. J?entends encore un de mes copains de coll?ge claironner ?a ? la cantonade, l?ann?e de l??lection du premier Parti Qu?b?cois (1976). Le commentaire masculin sur la tenue vestimentaire des femmes, ? cette ?poque, n??tait pas un acte intime mais bel et bien un gestus social. Les comportements ont subit une mutation profonde sur la question vestimentaire depuis. Les femmes se sont appropri?es toutes les tenues, prouvant qu?aucune n??tait ?plus? ou ?moins? f?minine. And today? ben bien des hommes se languissent en cachette, r?vant d?enfiler des jupes et de monter dans des talons aiguilles. La fameuse r?volution de l?unisexe, lanc?e tapageusement circa 1970-1973, n?a plus rien de r?volutionnaire. Elle est de fait une banalit? factuelle des plus prosa?ques? pour les femmes ? tout le moins.

5) ?Pour gagner le c?ur d?un homme, il faut commencer par son estomac?. Cet aphorisme, qui sonne aujourd’hui comme une absurdit? hirsute, fut longtemps la ritournelle de la s?duction bon teint, vue dans l?angle f?minin. Il fallait se prouver ? marier pour plaire et, en cela, les aptitudes de servante accomplie occupaient une position centrale. Je vous ?pargne les d?veloppements concernant la transposition sexuelle de cet aphorisme. La parade de s?duction a connu une r?volution aussi profonde, radicale, originale et novatrice que la division sexuelle du travail. Il faudra un jour blablabla-bloguer la question suivante: que faire pour gagner le c?ur d?un homme? Les filles r?pondront en explicitant toutes leurs astuces d??ch?philes pour capter, saisir et d?coder la culture intime de la b?te curieuse masculine (ni sup?rieure ni inf?rieure mais, quand m?me, bien bizarre). La cuisine utilitaire et la tenue de maison ne feront certainement pas partie, alors, de l??quation s?duction?

6) L?intuition f?minine. Il faudra un jour ?crire une histoire ethnographique de la mythologisation autour de ce concept vide. Il fut une temps, mesdames, o? l?outillage perfectionn? de la rationalit? ordinaire ?tait un apanage exclusivement masculin. Le cogito f?minin ne disposait que d?un seul gadget pour se faire valoir alors, l?intuition. Comme il fallait, de surcro?t, bien m?nager l?ego m?le, une combine intelligente de fille ne devait susciter (de sa part ou de la part de quiconque) qu?une exclamation unique, monocorde, monadique: Ah, l?intuition f?minine! On l?as-tu entendue celle-l?, dans le temps! Comme l?intuition est une irr?cup?rable foutaise gnos?ologique (ceci n?est pas un d?ni de son ?ventuelle existence mais bien un constat de sa nullit? intellectuelle tendancielle), l?intelligence des femmes ne s?insulte plus elle-m?me en se planquant derri?re ce camouflage aussi surfait que parfaitement asexu?.

Voil?… Alors, ne le nions pas: comme la bicyclette de Guevara, les choses avancent. M?me malgr? nous et ? l?encontre de nos r?sistances, pas toujours spectaculairement mais implacablement, elles progressent. Le monde change. Et ce qui s?inscrit le plus solidement dans l?irr?m?diable le fait souvent avec la plus ?th?r?e des dispersions sociologiques, sans trompettes. Il y a bien de l?imperceptible, et de l?impond?rable, et de l?impalpable dans ce qui proc?de du mouvement historique par grandes phases.

Bon huit mars ? toutes et ? tous. Continuons le combat et? gardons un ?il ac?r? sur tous nos pessimismes.

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