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Signes de d?bandade n?olib?rale ? – El Correo

n?olib?ralisme

Alberto Rabilotta *

2013 commence avec davantage de signes que l’?poque des ??march?s autor?gul?s??, le n?olib?ralisme, prend l’eau, avec la conscience que les politiques adopt?es depuis la crise de 2008 peuvent avoir des cons?quences politiques mena?antes pour le syst?me, ce qui explique plusieurs opinions et analyses qui anticipent ou proposent des changements, pour que rien ne change et que le capitalisme perdure dans les pays du capitalisme avanc?.

La possibilit? ou l’impossibilit? de ces propositions est un sujet que nous aborderons dans un deuxi?me article (1). Dans le pr?sent article, nous verrons quelques ??signaux?? qui semblent indiquer la fin de l’?poque n?olib?rale mais, d’abord une br?ve promenade ? travers la r?alit? des principales ?conomies du capitalisme avanc?.

La r?alit?

Pour la quatri?me ann?e cons?cutive la crise ?conomique dans l’Union Europ?enne (UE), les ?tats-Unis (EU) et d’autres pays du ??capitalisme avanc??? suit son cours. Le Japon, o? d’abord se sont manifest?es les principales causes de la crise structurelle comme ??l’?tat permanent de d?croissance ou de stagnation ?conomique??, vit la crise depuis deux d?cennies et vient de choisir un gouvernement qui promet des ??changements??.

Dans une analyse r?cente, l’?conomiste Nouriel Roubini (2) synth?tise assez bien le probl?me de l’euro-zone (ZE), soulignant que les politiques de la banque Centrale Europ?enne (BCE) ont significativement diminu?, mais n’ont pas ?limin?, les risques de sortie de la Gr?ce de la ZE, et ont r?duit le co?t du refinancement de la dette publique de l’Espagne et de l’Italie et par cons?quent on a ?vit? que les deux pays se soumettent, comme la Gr?ce, le Portugal et l’Irlande, au dictat de la?Troika?(trio compos? par la Commission Europ?enne, la BCE et le FMI).

Mais Roubini remarque que la r?cession ?conomique profonde dans la p?riph?rie de la ZE s’?tend maintenant aux parties centrales?: la France souffrira d’une r?cession en 2013, et m?me en Allemagne, il y a une forte d?c?l?ration ? cause de la contraction de la demande dans la p?riph?rie de la ZE et d’une moindre croissance ?conomique en Chine. Cet ?conomiste d?finit la situation entre les pays forts de la ZE et la p?riph?rie comme un processus de ??balkanisation?? persistante de l’activit? ?conomique et bancaire – dans ce cas par la fuite des capitaux de la p?riph?rie vers les pays centraux – ? cause duquel la r?cession dans la p?riph?rie de la ZE continuera en 2013.

En ce qui concerne le ch?mage, selon les statistiques officielles dans les 27 pays de l’UE, on compte d?j? 26 millions de licenci?s enregistr?s, mais on ne parle pas des ch?meurs chroniques et du sous-emploi. ? la fin d?cembre, dans les 17 pays de la ZE, le ch?mage est arriv? ? 11.8 % et on anticipe qu’il augmentera au cours de 2013.

Le ch?mage des jeunes a atteint des niveaux jamais vus dans l’?re moderne?: 23.7% dans l’UE et 24.4 % dans la ZE. Le taux de ch?mage parmi les jeunes atteint 57.6% en Gr?ce, 56.5 % en Espagne et 37.1 % en Italie, pays qui a perdu un quart de sa production industrielle entre avril 2008 et octobre 2012.

En Grande-Bretagne, qui ne fait pas de partie de la ZE, ? cause des mesures d’aust?rit? qui touchent directement l’emploi et le niveau de vie des travailleurs, l’?conomie subit une troisi?me chute cons?cutive dans la r?cession?: apr?s une contraction au troisi?me trimestre, le PIB a chut? de 0.3 % au quatri?me trimestre 2012, selon l’Institut National pour la Recherche Economique et Sociale.

La correction des prix du secteur immobilier qui touche les pays p?riph?riques atteint maintenant les pays centraux, y compris la France, et ? l’exception de l’Allemagne, ce qui signifie l’augmentation de la dette des particuliers qui ont acquis des logements et une baisse dans le secteur de la construction, source importante d’emplois.

Bien que l’on enregistre une certaine croissance du PIB, la situation n’est pas diff?rente aux Etats-Unis, o? le Pr?sident Barack Obama r??lu a c?d? au chantage de l’opposition R?publicaine et devra bient?t administrer une dose d’aust?rit? ? travers des coupes budg?taires. Le ch?mage ??officiel?? aux Etats-Unis s’est situ? en d?cembre en dessous de 8.0 %, mais a ?t? sup?rieur ? 14 % dans les statistiques du ch?mage ?tendu (U6) du Bureau de Statistiques du Travail.

La taux de ch?mage parmi les jeunes ?tasuniens – de 18 ? 29 ans – attach?s ? vie ? la dette d’un milliard de dollars pour les pr?ts bancaires demand? pour leurs ?tudes, est de 11.5 %, bien qu’en r?alit? il soit de 16.3 % si l’on compte les 1,7 million de jeunes exclus des statistiques officielles.

Dans aucun des pays du capitalisme avanc? ?merge la possibilit? de cr?er les dizaines de millions d’emplois qui ont disparu ces derni?res ann?es pour donner du travail aux ch?meurs, et encore moins de cr?er des postes de travail pour les millions de jeunes qui dans cette p?riode devraient ?tre entr?s sur le march? du travail.

N?anmoins, rien de tout cela n’inqui?te le monde financier. Les principaux indices boursiers ont clos 2012 et commenc? 2013 par des hausses (25 % en Allemagne, 8 % ? Londres et plus de 15 % pour l’indice 500 S&P aux Etats-Unis), confirmant ainsi que dans le syst?me actuel les bourses montent quand l’aust?rit? s’applique, le ch?mage et la pauvret? augmentent, quand la consommation et l’?conomie baissent ou stagnent, ce qui confirme la d?connexion totale entre l’?conomie r?elle et le monde financier.

Les limites du n?olib?ralisme dans l’UE.

Apr?s avoir quitt? de sa fonction de pr?sident du Conseil des ministres de l’?conomie et des Finances de l’euro-zone (Eurogroupe) du Parlement Europ?en, le Premier ministre, en charge de l’?conomie du Luxembourg, Jean-Claude Junker, a dit ce qu’il pensait r?ellement, il a critiqu? sa propre complaisance face aux politiques d’ajustement structurel et a lanc? ??une attaque furibonde contre la gestion de la crise de l’euro impos?e par Berlin??, comme le soulignent le correspondant du journal espagnol Cinco D?as ? Bruxelles (3) et le portail Eurointelligence.com.

Une attaque en r?gle qui, comme il fallait s’y attendre, fut ? peine mentionn?e dans la grande presse europ?enne et internationale, plus int?ress?e par l’affirmation du Pr?sident de la Commission Europ?enne, Manuel Barroso, selon laquelle, la crise existentielle de l’euro ?tait une chose du pass?, ce qui contraste avec la r?ponse de Junker, qui a dit qu’il ne partageait pas ??cette analyse brumeuse des probl?mes qu’ affronte ? l’euro (parce) qu’il continue d’y avoir des probl?mes s?rieux dont la solution requerra une grande dose de courage politique. Nous ne devons pas donner au public ou aux parlements nationaux l’impression que le pire est pass?, comme le sugg?rent certains hommes politiques. La monnaie unique continue d’exister et l’eurozone est dans une meilleure position qu’il y a douze mois??, mais on n’est pas sorti de la crise, a signal? Junker.

L’important des d?clarations de Junker est que, grosso modo, c’est une critique aux politiques n?olib?rales appliqu?es dans l’UE, comme quand il a dit qu’il ?tait en d?saccord complet avec le rythme des ajustements d’aust?rit? ??impos?s ? certains pays?? et a d?nonc? que l’Eurogroupe n’avait pas ?valu? les cons?quences politiques de ces ajustements structurels, se limitant ? estampiller les recommandations pr?sent?es par les institutions qui forment la Troika, ??dont la l?gitimit? d?mocratique n’est pas tout ? fait claire??.

Il a aussi critiqu? la politique qui consiste ? faire retomber le poids de l’ajustement ??sur les plus faibles, simplement parce qu’ils sont plus nombreux??, lui qui a sous-estim? ??le drame du ch?mage?? et que dans la lutte entre la politique et les finances ??le bras mon?taire de Frankfurt (o? sont les si?ges de la BCE et de la banque Centrale Allemande) est fort, et le bras de la politique ?conomique (les parlements nationaux) est faible??.

Dans cette critique et autocritique Junker a fix?, comme tache ? son successeur, la n?cessit? que ??tous les ?tats membres se mettent d’accord sur un ‘salaire social minimal’ (et asseyent) la base des droits sociaux minimaux pour les travailleurs??, avertissant que dans le cas contraire ??nous perdrons l’appui des classes laborieuses??.

Il n’est pas faux de penser que cette critique est le signe du fait que quelques hommes politiques europ?ens, et m?me peut-?tre quelques technocrates qui dirigent les institutions qui forment le syst?me rigide n?olib?ral de l’UE, commencent ? avoir des r?serves sur les politiques n?olib?rales, qui, en d?finitive, font courir des graves risques ?conomiques, sociaux et politiques ? l’ensemble du syst?me capitaliste de l’UE.

Sur ces risques implicites dans la situation prolong?e de r?cession, de faible croissance ?conomique et de ch?mage massif, et ??l’extr?misme politique que cela peut g?n?rer?? – comme celui qui a suivi ? la crise mon?taire et ?conomique des ann?es 20 en Europe – Stephen Fidler a ?crit dans le Wall Street Journal (4).

Fidler cite Patricia Clavin et David Vines, professeurs de l’universit? d’Oxford, qui dans une conf?rence ? la fin 2012 se sont r?f?r?s aux parall?les existants entre la situation dans les ann?es 1920 et la situation actuelle, comme par exemple le r?le que la Soci?t? des Nations a jou? comme d?fenseur des cr?anciers de la dette publique, au point d’envoyer un fonctionnaire pour administrer le respect de l’aust?rit? impos?e ? l’Autriche, quelque chose de similaire au r?le jou? actuellement par la Troika (CE, BCE et FMI).

Ils soulignent aussi le parall?le avec ceux qui furent d?sign?s pour peser par le poids l’ajustement dans les politiques actuelles d’aust?rit? budg?taire?: dans les deux cas, selon les professeurs cit?s, on a fait porter la responsabilit? sur les pays d?biteurs et d?ficitaires, qui ont d? supporter l’ajustement au lieu des pays cr?anciers, qui disposaient d’ exc?dents (5).

En d?crivant les conf?rences de Clavin et de Vines le journaliste du quotidien?Wall StreetJournal souligne qu’il n’est pas surprennent que des dirigeants politiques ??s’inqui?tent de tout ce que cela implique pour la politique en Europe continentale, et si cela ne pourrait pas g?n?rer un extr?misme politique comme celui qui a suivi la dure r?alit? ?conomique en Europe dans les ann?es 1920??

Apr?s avoir analys? les ??d?sordres mondiaux ? moyen terme??, le sociologue Immanuel Wallerstein (La Jornada, 13 janvier 2013) pr?voit que gr?ce ? la crise structurelle du capitalisme il y aura, vers la fin de la d?cennie, quelques r?alignements importants qui ??n’auront de r?sultats heureux pour presque personne??, et que ??ceux qui ont une richesse et des privil?ges aujourd’hui, ne s’assi?ront pas sans rien faire. Il sera de plus en plus clair pour eux, qu’ils ne peuvent pas assurer leur avenir ? travers le syst?me capitaliste existant. Ils chercheront ? mettre en application un syst?me qui n’est pas bas? sur un r?le central du march?, mais sur une combinaison de force brute et de tromperie. L’objectif clef est d’assurer que le nouveau syst?me garantit la poursuite de trois axes clefs pour le syst?me actuel?: hi?rarchie, exploitation et polarisation??.

Cette combinaison de ??force brute et de tromperie?? que Wallerstein anticipe est plus que probable, avec une emphase plus grande sur la ??force brute?? si on ne met pas rapidement un terme ? l’application des programmes d’aust?rit? qui ont un impact si grave sur la vie des peuples de la p?riph?rie de l’UE, et si ne sont pas adopt?es des politiques pour g?n?rer des emplois, bien que ce soit une tromperie temporelle.

Le syst?me actuel, et il est probable que c’est ce qui a motiv? la sinc?rit? de Jean-Claude Junker, peut ?tre maintenu seulement ? travers des niveaux de r?gulation sociale et de r?pression polici?re-militaire, c’est-?-dire, la force brute, comme celles appliqu?es par les dictatures militaires et quelques gouvernements civils d’Am?rique Latine ? l’?poque o? les pays ?taient le terrain d’essai des politiques du FMI et du Consensus de Washington.

Depuis le 19e si?cle, d’abord avec l’empire britannique et ensuite au 20e si?cle avec l’imp?rialisme ?tasunien, nombre de pays latinoam?ricains ont servi de cobayes pour les politiques imp?riales qui se sont appliqu?es par la suite dans le monde entier, comme le dit l’historien ?tasunien Greg Grandin.

Il n’est pas ?tonnant que quelques hommes politiques et intellectuels de diverses tendances commencent ? s’interroger, en Europe et aux ?tats-Unis, sur le fait que pour maintenir le n?olib?ralisme ou pour sauver le capitalisme, la classe dominante ne pense pas d?j? remplacer le ??pouvoir illusoire des votes?? par le ??pouvoir concret des bottes??.

Alberto Rabilotta. La V?rdiere, France

Traduit de l’espagnol por?El Correo?par?: Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 17 janvier 2013.

Cette cr?ation par?elcorreo?est mise ? disposition selon les termes de la?licence Creative Commons Paternit? – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Notes

(1) Dans la deuxi?me partie ??Le capitalisme (n?olib?ral) est mort. ?Vive une forme de capitalisme corporativiste?!??, nous analyserons les propositions et anticipations de plusieurs ?conomistes pour retourner ? un syst?me de r?gulation du march?.

(2) Nouriel Roubini,?economonitor.com)

(3) Voir?cincodias.com?et ??Finally telling the truth – Junker’s shocking farewell statement to the European Parliament??, Eurointelligence,com

(4) Voir ??Parallels With 1920s Raise Worries over Extremism??, Stephen Fidler, Wall Street Journal?online.wsj.com?; Sur le sujet, la source la meilleure et la plus compl?te demeure le livre de Karl Polanyi, La Grande Transformation, et en particulier les derniers chapitres c (19 al 21)dans l’?dition en fran?ais, de Gallimard, 1983.

(5) Voir?cincodias.com?et ??Finally telling the truth – Junker’s shocking farewell statement to the European Parliament??, Eurointelligence,com

 

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