Inscrivez-vous pour participer au site : commentez, rédigez et communiquez !
http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie

25 avril 2009 |
0 commentaire(s) |
217 views affichage(s)
Photo : Flickr nosha
Yan Barcelo, 24 avril 2009
Que ce soit au plan culturel, économique, social, scientifique ou politique, nous souffrons d’un syndrome immuno-déficient acquis (SIDA). Notre civilisation a perdu son système immunitaire, de sorte que nous risquons d’être terrassés par le moindre rhume moral ou culturel qui passe. La crise financière en sert une illustration frappante : si nous avions seulement eu une crise immobilière classique, sans la superstructure des produits financiers dérivés, l’économie n’aurait jamais sombré comme elle le fait.
Il ne faut pas confondre civilisation et peuple. Les peuples perdurent alors que leur civilisation périt. Le peuple grec survit là où la civilisation grecque a périclité. Il en est de même pour la Rome antique, l’Inde mughale, l’Égypte ancienne et tant d’autres.
Notre civilisation, comme entité spirituelle et intellectuelle incluant tous les aspects économique, politique, artistique et autres, est en déroute. Pour s’en convaincre, il suffit encore une fois de contempler le spectacle somptueux de la crise financière. Nous venons de laisser, avec quelques gloussements d’indignation bien sûr, les politiciens de la planète faire le plus grand transfert de biens de tous les temps. Au moins 4 billions $, sans doute plus, ont été arrachés des goussets publics pour être remis à une oligarchie financière de banques, de fonds d’investissement et de trusts. Comme le dit Barry Titholz dans son livre Bailout Nation, un tel montant représente plus que les sommes combinées du Plan Marshall, de la course à la lune, de la faillite des Savings & Loan, de la guerre de Corée, du New Deal, de l’invasion de l’Iraq, de la guerre du Vietnam. Imaginez si on avait consacré ces sommes à un projet constructif, par exemple un « Projet Apollo de l’énergie »!
C’est la grande fable de notre temps. La fable des baby-boomers qui, au lendemain du flower power et de Mai 68, n’ont plus voulu aucun frein à la réalisation immédiate de leurs désirs. Tout le système était pervers et vicié, jugeaient-ils selon l’idéologie de l’époque. Mais ne pouvant échapper à ce système, les plus matérialistes de ces enfants de la génération lyrique se sont précipités dans le monde de la finance, comme ils s’étaient auparavant précipités dans les paradis artificiels de la drogue. Avec leur goût acquis de l’artificialité et des sensations fortes empruntées, ils ont fait en sorte de rendre le système plus pervers et vicieux encore.
Mais notre condition sidatique ne se résume pas à cette colossale farce financière, qui n’en est que le symptôme le plus visible. Il est culturel : nous laissons nos jeunes jouer à des jeux qui exaltent la laideur, la violence et l’appartenance au crime organisé – et nous appelons ça du divertissement. Il est artistique : nos médias donnent de la visibilité à des vedettes de la pornographie tandis que les chanteuses populaires intègrent de plus en plus des numéros de poteaux typiques des bars de danseuses – et nous appelons ça de l’art. Il est éducatif : nos écoles sont des lieux vagues, stériles et anesthésiés qui produisent systématiquement des décrocheurs – et nous appelons ça de la pédagogie.
Ces symptômes indiquent un profond déficit intellectuel, culturel et spirituel. Mais ils couvrent un trouble fondamental qui résume les déficits précédents : un trouble moral. Nous n’avons plus qu’un vague sens de la moralité et de l’immoralité. Pourtant, piger dans la richesse publique comme on l’a fait pour sauver la peau d’une clique de prestidigitateurs financiers, c’est immoral. Entraîner virtuellement des jeunes au crime, à la laideur, à la violence, c’est immoral. Et affubler la pornographie d’une élégante étiquette « artistique » ne la rend pas moins immorale.
Pourtant, comme nous avons un problème avec le mot « moralité »! Une faction intellectuelle a presque réussi à le ranger au rayon des mots obscènes. Comme les mots « Dieu », « âme », « religion », il a été assigné au domaine exclusif des terroristes, des fascistes et des poseurs de bombes. Au mieux, il appartient au domaine des curés et autres croque-mitaines.
La « philosophie » de notre temps veut que le jugement moral soit acquis, appris, conditionné. Si c’est le cas, s’il n’est pas ancré dans ce qu’on appelait la loi naturelle logée au cœur de l’humain et qui inspire la conscience morale, alors il n’y a pas lieu de s’indigner de quoi que ce soit, ni du vol financier en cours, ni de la vidéo criminalisante, ni de la porno « artistique ». Nous sommes seulement entre humains où domine la loi évolutionniste du mieux adapté – habituellement le plus fort. Si vous n’aimez pas qu’on dévalise votre compte en banque, c’est bien malheureux, mais c’est tant pis. Si Vincent Lacroix après avoir volé 128 M$ de ses clients n’a pas de remords, il a to-ta-le-ment raison. Après tout, qu’est-ce que du remords? N’est-ce pas le résultat artificiel et inconvenant de règles de pacotille apprises par cœur? Junior a appris de maman-papa que ce n’est pas bien de voler les gens – et maintenant il a du remords! Quel con!
Évidemment, je ne suis pas de cette école-là. La loi naturelle existe et elle inspire la conscience et le jugement moral. Certes, elle ne parle pas d’une voix tonitruante et il faut s’entraîner non seulement à l’entendre, mais à l’écouter et à lui obéir. Si un entraînement et un conditionnement existent, c’est ce côté-là : dans l’apprentissage de l’écoute et de l’entente du murmure de la conscience. Mais ce que dit le murmure lui-même n’est pas appris ou conditionné. Toutefois, l’idéologie sidatique de notre temps, elle, parle d’une voix assourdissante et son discours tend à noyer la voix de la conscience. Résultat : la moralité fout le camp. Et bien d’autres choses avec elle.
C’est un thème que je compte explorer dans la prochaine ou dans quelques prochaines chroniques.
Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
0
173 viewsTous droits réservés, Cent Papiers 2006-2010 | Roule sous Wordpress