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Yan Barcelo ?La d?nonciation que j?ai fait de la musique contemporaine dans une chronique pr?c?dente vaut pour les autres arts, chacun ayant ses conditions particuli?res. La peinture, par exemple, est d?finitivement un art d??lite financi?re et les produits d?un Pollock ou d?un Riopelle n?auraient sans doute pas atteint ? quelque notori?t? que ce soit si les [...]

SIDA de civilisation ? les arts (2 de 4)

Photo : Flickr craiglea123
Photo : Flickr craiglea123

Yan Barcelo

La d?nonciation que j?ai faite de la musique contemporaine dans une chronique pr?c?dente vaut pour les autres arts, chacun ayant ses conditions particuli?res. La peinture, par exemple, est d?finitivement un art d??lite financi?re et les produits d?un Pollock ou d?un Riopelle n?auraient sans doute pas atteint ? quelque notori?t? que ce soit si les prix qui s?y rattachent n??taient gonfl?s par tout un syst?me de surench?re financi?re.

Il faut longtemps chercher une quelconque rationalit? artistique pour expliquer qu?un barbouillage automatiste de Jackson Pollock (celui qui ??peignait?? en d?versant sur une toile des gallons de peinture) s?est vendu il y a environ deux ans pour la modique somme de 147 millions $US, le plus haut prix jamais pay? jusque-l? pour une peinture.

Au d?but du XXe si?cle a pr?valu un ?trange ph?nom?ne?: les artistes ont quitt? le domaine de l?exp?rience commune pour se r?fugier soit dans la provocation de tout ce qui est petit-bourgeois, soit dans un formalisme excessif, souvent dans les deux. Chacun s?est tout ? coup senti oblig? d?inventer son idiome exclusif en r?inventant ? son go?t le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe de son langage artistique particulier. En fait, si vous me permettez un jeu de mots, il devenait plus juste de parler d?sormais d??coles autistiques que d??coles artistiques.

En danse, les chor?graphes et leurs musiciens se sont occup?s de choses qui ont l?air de moins en moins d?une danse, de plus en plus d?une s?rie de convulsions plus ou moins organis?es. Je me rappelle le manifeste d?un certain Jean-Pierre Perreault, que certains critiques saluaient comme un g?nie de la danse, o? celui-ci disait qu?il ne se vouait plus qu?au geste de la marionnette, au mouvement cass?, bris?, d?chu. Exactement le contraire de l?impulsion la plus ?l?mentaire de la danse, qui proc?de de la joie, de l?exultation, de la tentative d?exprimer l?esprit lib?r? de la chair.

En litt?rature, on a eu droit aux ?lucubrations surr?alistes, aux divagations automatistes et aux vagues ? l??me du nouveau roman. Toutefois, il faut bien souligner que la litt?rature est le seul art qui ait ?chapp? dans une grande mesure aux constructions c?r?brales, al?atoires, ?gocentriques et d?sincarn?es de la modernit?. On conna?t de grands auteurs du XXe si?cle dont la renomm?e et la stature se comparent avantageusement aux plus grands de la tradition classique. Dans le monde francophone, par exemple, on peut penser ? Jean d?Ormesson et Maurice Druon, plus r?cemment ? ?ric-Emmanuel Schmitt; dans le monde anglophone, ? John Fowles et Rohinton Mistry.

Il y a une raison fondamentale pour laquelle la litt?rature s?en tire ainsi?: les auteurs, s?ils esp?rent se faire comprendre du public, n?ont pas le choix d?avoir recours au langage commun. Dans tous les autres arts, on a cru pouvoir r?duire la mati?re artistique ? sa plus simple expression. Dans la musique on n?a plus fait de la musique, mais du son. En peinture, on n?a plus fait des objets ou des sujets de la nature, mais des formes et des couleurs; aujourd?hui, on en est rendu ? faire des ??installations??. En danse, on ne met plus en sc?ne des humains et leur expression ?motionnelle, mais des corps et leurs convulsions.

Ce qu?ont tent? de faire tous les autres arts est la m?me chose que ce que les auteurs les plus autistiques ont fait en litt?rature?: on a pris les supports de chaque art ? mot, son, couleur, forme ?? et on en a fait l?unique objet de consid?ration. C?est ainsi qu?en litt?rature, on a vu certains marginaux ass?ner leurs lecteurs et auditeurs d?interminables onomatop?es ?visc?r?es de tout sens, et appeler ?a de la po?sie, du th??tre ou du roman. ?videmment, la supercherie ne peut pas fonctionner longtemps. ?a peut ?tre amusant et m?me divertissant un soir ? mais pas deux. La litt?rature, pour continuer de vivre, n?a pas eu le choix que de s?en tenir au langage commun et son discours du sens. Mais dans les autres arts, voici cent ans que la supercherie perdure.

Il est incroyable qu?en temps qu?auditeur et payeur de taxes on se soit laiss? endormir et hypnotiser si longtemps par les d?lires subjectifs d?une bande d?adolescents turbulents, capricieux et intempestifs.

(Note aux lecteurs?de cette chronique?: je serai absent pour la prochaine semaine et ne pourrai r?pondre avant le 4 juillet aux commentaires de ceux qui voudront bien en faire. Je vous remercie de votre int?r?t. ? Yan Barcelo)

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