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Si l’on rejouait la présidentielle de 2017…

Tel est l’exercice auquel s’est livré l’IFOP pour le compte du JDD (Journal du Dimanche) sur le modèle de ce qui avait déjà été réalisé par cet institut lors des deux précédents mandats, en 2007 et en 2012. Et le moins que l’on puisse dire est que les résultats de cette enquête sont surprenants…

Alors qu’Emmanuel Macron enregistre ce week-end une nouvelle baisse de popularité qui le maintient sous la barre des 50 % (42 % pour l’institut IFOP), l’enquête conduite pour le JDD par ce même IFOP (lien) sur les bases de l’offre électorale du 1er tour de la présidentielle nous indique clairement que l’actuel chef de l’État serait paradoxalement mieux élu aujourd’hui qu’il ne l’a été au printemps 2017.

Avec un score de 28 %, Emmanuel Macron, en hausse de 4 points, creuserait en effet nettement l’écart avec Marine Le Pen, stable à 21,5 % contre 21,3 %. Et cela au détriment d’un François Fillon qui, avec 15 % (en forte chute de 5 points) serait dépassé par Jean-Luc Mélenchon, malgré un tassement du leader de la France Insoumise, crédité de 18 % contre 19,6 en avril 2017.

Ces données – qui gagneraient toutefois à être confirmées par d’autres enquêtes du même type – n’en sont pas moins significatives de l’état de l’opinion 6 mois après le scrutin présidentiel. Manifestement, la politique conduite par Emmanuel Macron n’est rejetée que de manière marginale par les Français, à l’évidence anesthésiés par le discours de type « TINA » (There Is No Alternative) tenus par nos gouvernants et leurs communicants. En réalité, le chef de l’État perd dans l’électorat de gauche ce qu’il gagne dans les rangs de la droite, orpheline d’un leadership que Fillon ne serait pas à même d’assumer en ce mois d’octobre, et de plus en plus séduite par le positionnement résolument libéral du président.

Rien de très surprenant dans le constat que nous soumet l’IFOP : il est manifeste que la contestation sociale face aux mesures législatives pilotées par l’exécutif n’a jusque-là pas pris, en grande partie parce que les mesures envisagées figuraient de facto dans le programme du candidat En Marche ! En cause également le fait que l’opposition, éclatée entre la FI, un FN quasiment inaudible, un parti LR très divisé et des socialistes inexistants, ne semble pas en mesure de contrer la volonté de contre-réformes de l’exécutif. Et cela d’autant moins que les revendications sont divergentes. Seule, la France Insoumise fait preuve de combativité, mais apparemment sans parvenir à convaincre au-delà des rangs de ses électeurs fidèles.

Pour mémoire, rappelons que cet exercice de l’IFOP avait, en 2012, été favorable à Nicolas Sarkozy qui, 6 mois après sa défaite, était donné 1,5 points devant François Hollande alors qu’il avait été devancé du même écart au mois d’avril.

Emmanuel Macron doit-il se réjouir de ce sondage et en tirer la conclusion que sa politique est approuvée ? Certainement pas, et les enquêtes de popularité montrent qu’il existe une vraie défiance à l’égard de ses choix socioéconomiques. Mais il est incontestable qu’en l’absence d’une opposition véritablement structurée et élargie au-delà des seuls Insoumis, le chef de l’État bénéficie, sans doute encore pour quelques mois, d’une « fenêtre de tir » pour conduire les contre-réformes qu’il a été mandaté pour mener à bien par les puissances de l’industrie et de la finance, avec le concours des médias mainstream.

Ce sondage est-il à considérer comme une pierre apportée en soutien de cet édifice ? C’est possible, mais sans doute à la marge car les manifestations étiques contre les textes macroniens sont là pour le montrer : les classes populaires et moyennes ne sont pas au rendez-vous de la lutte. Or, demain il sera trop tard !!!

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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4 Commentaire

  1. avatar

    Bonjour Fergus,

    Le 4 septembre dernier, la popularité d’Emmanuel Macron était au plus bas, ayant atteint 30% dans les sondages. Les sondages précédents montraient que sa popularité ne faisait que chuter depuis son élection. Ici 2 sites qui ont publié ce sondage YouGov, sondage auquel se sont référés plusieurs autres médias:

    http://www.europe1.fr/politique/un-sondage-confirme-la-baisse-de-popularite-de-macron-et-philippe-3426359

    http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/03/exclusif-la-popularite-de-macron-degringole-encore-en-septembre_a_23194143/

    20 jours plus tard, Europe1 a fait état d’une remontée de 5 points de la popularité d’Emmanuel Macron, précisant que cette dernière se situait à 45%. Pourquoi passer de 30 à 40%? A partir de ce moment, les médias ont tous repris la même nouvelle: 5 points de plus… pour un total de 45%! (mais cette fois, on se basait sur le sondage Ifof-JDD)

    http://www.europe1.fr/politique/cote-de-popularite-emmanuel-macron-retrouve-des-couleurs-3444053

    Comment un même média peut-il passer de 30 à 40%? Pour bien mêler le tout, il y avait bien eu un sondage à 40%, provenant de ifof-JDD (annoncé le 27 août) soit une semaine avant l’annonce du sondage de YouGov donnant cette popularité à 30%:

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/sondage-nouvelle-baisse-de-la-popularite-d-emmanuel-macron-qui-chute-a-40_1938043.html

    On a donc comparé des pommes avec des oranges, en jouant à saute-moutons avec deux sondages, faits à deux dates différentes et aucun média n’a cru bon expliquer pourquoi de 30% de popularité annoncée le 4 septembre, on était passé à 45%, tout en précisant qu’il s’agissait d’une hausse de 5. Le 30% avait été occulté. Il faut dire que ce 30% était désastreux, car il arrivait après l’entrevue consacrée au journal Le Point… En juillet, donc plusieurs jours avant la dégringolade à 30%, France 2 annonçait 36%:

    https://www.youtube.com/watch?v=zFVMW8w5QPk

    YouGov:

    https://d25d2506sfb94s.cloudfront.net/cumulus_uploads/document/9wiili3cx9/R%C3%A9sultats%20YouGov%20pour%20LeHuffPost%20(Barom%C3%A8tre)%20121%20010917_As_Sent.pdf

    Selon le sondage d’Ifof dont il est question dans votre article, E. Macron remporterait le premier tour. A noter que l’on n’a pas cru bon poser la question risquée: l’auriez-vous élu à nouveau.

    La com de ce gouvernement est hallucinante. On se dit que si ses politiques étaient plus justes, il n’aurait pas besoin d’en faire autant pour tenter de convaincre qu’elles le sont. Cependant, plus le temps passe, moins il pourra compter sur l’ignorance de la population face aux conséquences des réformes.

    Mais, tel que vous le mentionnez, il sera alors trop tard pour que cela change quoi que ce soit.

    Et ça ne fait que commencer… ouf

    Bonne soirée:)

  2. avatar

    Bonjour, Elyan

    Les sondages Yougov sont à prendre avec des pincettes dans la mesure où ils n’ont pas démontré durant la présidentielle leur fiabilité en réalisant des enquêtes d’intention de vote, ce qui aurait permis une comparaison avec les instituts traditionnels.

    Tel n’a pas été le cas de l’IFOP qui a réalisé plusieurs vagues d’enquête dont la dernière, effectuée 2 jours avant le 1er tour a donné les scores des principaux protagonistes avec une erreur variant seulement entre 0,3 % et 1,30 % selon les candidats.

    Or, c’est sur le même panel et avec la même méthode qu’a été réalisée l’enquête dont je parle dans cet article. On peut donc considérer ces résultats comme très fiables. Avec une petite nuance toutefois concernant Fillon dont il est logique de constater une baisse significative qui profite évidemment à Macron.

    Et c’est là que ce sondage est intéressant car ces électeurs LR détournés de Fillon auraient pu aller renforcer l’abstention, ce qu’ils ne font pas. Ce qui démontre que Macron, avec sa politique libérale décomplexée, est en train de phagocyter peu à peu l’électorat de droite républicaine sans trop perdre sur sa gauche socialiste.

    Un dernier mot : ce sondage n’a rien à voir avec la communication gouvernementale, l’IFOP ayant réalisé le même exercice dans les mêmes conditions et au même moment lors des mandats de Sarkozy en 2007 puis de Hollande en 2012.

    Cordialement.

    • avatar

      J’ai posté une comparaison avec les données de Libération, avant d’avoir pu lire votre message.

      La situation politique étant difficile depuis des semaines, une certaine rigueur dans les annonces de sondage ne ferait pas tort. Dans le cas que je citais, un même média est parti des résultats d’une firme de sondage pour aboutir à ceux d’une autre. C’est un exercice quelque peu trompe-l’oeil.

      Ifop est bien le même qui avait autour de 10 points d’écart avec YouGov (fin août, début septembre). Il faudrait donc se fier plus à Ifop. J’en prends note:) En fait Ifop n’a rien à voir avec les contorsions qui ont été faites dans les médias pour amener la popularité d’E. Macron de 30 à 40%.

      Je ne suis pas étonnée que la droite se rallie. Les politiques lui sont favorables et l’opposition n’a aucune chance de lui faire obstacle, sans l’appui massif de manifestants.

      L’entêtement de Fillon aura été dévastatrice. Par contre, il est tout à fait possible que cette droite se divise avec le temps, plus les nouvelles élections approcheront, puisque le pouvoir demeure l’enjeu de la plupart des partis politiques.

      C’est assez étonnant qu’en ce moment les députés que le parti LR souhaite expulser, s’amusent à ridiculiser LR tout en ne quittant pas d’eux-mêmes. Peut-être faut-il voir là la nécessité pour EM de tirer avantage de l’appui des électeurs LR le plus longtemps possible. Si on retirait LR et Modem du paysage EM… la zone aurait peut être l’air sinistrée… Je serais d’avis qu’EM n’a pas réussi à date à s’attirer un électorat bien à lui.

      Malgré une majorité, malgré des moyens financiers importants maintenant, malgré le pouvoir, il a possiblement besoin de la présence de ces autres partis dans son entourage pour éviter le pire dans les sondages, voire même pour endiguer la montée de vives protestations.

      Tant que des députés LR se poseront ouvertement à cheval entre LR et EM, cela peut empêcher qu’une division s’opère dans l’esprit des électeurs de droite. Autant souhaiter que cette division se fasse le plus vite possible, surtout que cela pose un problème d’éthique, puisque les français contribuent au financement des partis politiques dans le but de garantir le choix. Il faut que ces choix existent réellement.