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Seul moyen de contrer Macron : une Union de la Gauche de Progrès

En politique, il convient de ne jamais sous-estimer les qualités d’un adversaire, et encore moins sa capacité de mobilisation. Le sondage Odoxa publié le dimanche 26 février montre clairement que Macron bénéficie d’une dynamique, contrairement aux affirmations de nombreux intervenants qui, sur ce site comme sur d’autres, ont tendance à prendre leurs désirs pour des réalités, et un candidat qui monte en puissance pour une « baudruche ». Or, ce n’est pas de cette manière que l’on peut combattre efficacement un adversaire politique…

Il y a quelques jours, deux habitués d’AgoraVox, soutiens déterminés du candidat de l’UPR, affirmaient n’avoir « jamais rencontré de personnes soutenant Macron ». Je leur avais répondu qu’« ils n’avaient pas bien cherché » car j’en connaissais personnellement deux dans mon propre voisinage, l’un étant un ex-militant de l’UMP résolument opposé à Fillon, et l’autre un électeur socialiste pro-Valls n’ayant pas digéré la victoire de Hamon lors de la primaire du PS.

Depuis ce jour, ce sont plusieurs autres personnes de ma connaissance – mais pas de mes amis politiques – qui ont annoncé leur ralliement à Macron. Rien d’étonnant à cela : les comités En Marche ! sont en train de se multiplier dans la région, et le nombre de leurs adhérents ne cesse d’augmenter comme en témoigne cet article de Ouest-France (lien) qui fait état du comité de ma propre ville de Dinan (déjà une centaine d’adhérents) et mentionne ceux, tout proches, de Broons et de la vallée de l’Arguenon. Il s’agit là de faits facilement vérifiables, et d’un phénomène qui n’est évidemment pas propre à Dinan et ses environs : d’après les échos qui parviennent à mes oreilles, de tels comités voient le jour un peu partout en Bretagne, et cela vaut sans doute également pour de nombreuses autres régions françaises.

À cela vient s’ajouter la tentation du vote utile pro-Macron auquel appelait d’ailleurs dimanche midi Cohn-Bendit dans l’émission « Questions Politiques » de France-Inter, au motif que Hamon ne sera pas en situation de se qualifier pour le 2e tour de la présidentielle. Or, l’ex-député européen écologiste n’est pas le seul à penser ainsi. Il suffit, pour s’en convaincre, de surfer sur le net et sur les réseaux sociaux où l’on peut lire des commentaires comme celui-ci, glané sur le site CentPapiers : « Si ça continue comme ça, je pense que je finirai par voter à contrecœur Macron au 1er tour, par pure stratégie, la stratégie du moins pire, afin d’éviter Fillon et/ou Le Pen. »

Des citoyens qui pensent ainsi et s’apprêtent d’ores et déjà à un vote utile en faveur de Macron, sans doute y en a-t-il de plus en plus. À cet égard, le sondage Odoxa-Dentsu consulting publié dimanche pour le compte de France 2 (lien) marque peut-être un tournant décisif dans la campagne. Les estimations de vote (à ce jour) marquent en effet une évolution spectaculaire avec une Le Pen à 27 % devant un Macron à 25 % et un Fillon, plus que jamais englué dans son marécage nauséabond, à… 19 %. Nul ne sait si cette tendance sera confirmée dans les prochaines enquêtes, mais la dynamique est incontestablement du côté du candidat de En Marche !

Dans de telles conditions, il est plus que jamais illusoire de penser qu’un candidat de gauche puisse accéder au 2e tour de la présidentielle. Seule une alliance entre l’aile gauche du Parti socialiste, désormais soutenue par EELV, et la France Insoumise peut faire échec à la victoire annoncée d’un candidat de droite. C’est le principe d’une telle alliance, basée sur les très nombreux points de convergence entre les programmes de Hamon et de Mélenchon, que je défendais dans un article publié le mercredi 22 février : Hamon et Mélenchon sont-ils des irresponsables ?

Une telle alliance ne pourrait évidemment être en aucun cas un ralliement de la France Insoumise au Parti Socialiste, mais le résultat d’une négociation paritaire équitable engagée dans le seul but de servir les intérêts des classes populaires en se donnant les moyens d’une victoire à la présidentielle. Avec à la clé un candidat unique et un « programme commun » renaissant qui, hors étiquettes du PS et de la FI, pourrait voir le jour dans le cadre d’une « Union de la Gauche de Progrès »  (UGP).

Dans le sondage Odoxa, le total des intentions de vote de Hamon (13 %), de Mélenchon (12 %) et de l’écologiste Jadot (2 %) culmine à 27 %. En admettant qu’une telle alliance suscite une inévitable déperdition de voix, ce total n’en permettrait pas moins de concurrencer Macron et de donner à la gauche de progrès une chance réelle d’accession au 2e tour. Dès lors, la question qui se pose est simple : faut-il coaliser toutes les énergies pour mettre en œuvre cette UGP et avoir une chance d’éviter aux classes populaires de nouvelles régressions de leurs droits sociaux ? ou a contrario s’enfermer dans un corpus idéologique, certes respectable, mais appelé à rester lettre morte ?

À chacun de juger, en son âme et conscience.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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4 Commentaire

  1. avatar

    Bonjour Fergus,

    L’urgence est là en effet car ce blocus magistral qu’exercent François Fillon et Marine Le Pen (du seul fait des choses graves qui leur sont reprochées, avant toute autre considération) sur le sain déroulement de la campagne électorale sème peu à peu dans les esprits l’idée qu’il faudra procéder au vote stratégique. On voit les dégâts que peuvent causer de telles situations. Il n’est pas légitime que le sort de tous les autres candidats soit scellé de telle manière que la volonté du peuple ne puisse pas s’exprimer librement.

    Ces inqualifiables situations ont déjà la fâcheuse conséquence d’avoir réussi à siphonner temps, argent et énergie aux électeurs sans que pour autant on ait réussi à débattre politique (et non malversations), autant qu’il serait nécessaire de le faire. Il serait temps à mon avis qu’une instance remette l’élection sur les rails et qu’on ne fasse pas ressembler cette élection à celles de pays qui se voient éternellement gratifiés de chefs d’états qu’une poignée de gens seulement souhaite voir au pouvoir. L’on dit d’eux qu’ils ont été élus! Evidemment faudrait-il ajouter pour ironiser jusqu’au bout!

    Merci pour ce texte Fergus et à bientôt:)

  2. avatar

    J’ai omis de préciser que l’instance peut être judiciaire sinon électorale (un comité quelconque) car on ne peut (et pourtant c’est ce qui se passe présentement) tenir une élection sous le principe d’une démocratie lorsque des candidats qui monopolisent un pourcentage conséquent des votes pouvant décider de l’issue de l’élection font l’objet d’enquêtes et de procédures en lien avec les fonctions qu’ils occupent et de plus importantes qu’ils convoitent! Le crescendo de l’immoralité.

    J’ai aussi omis de préciser que faire le choix Macron montrerait à quel point le peuple français est désespéré. Franchement… ce n’est pas sérieux, et pourtant.

    • avatar

      Bonjour, Elyan

      Merci pour ces deux commentaires qui complètent mes propres réflexions.

      En réalité, le pathétique spectacle politique qui nous est offert montre que le système français, basé sur un régime présidentiel (de surcroît hybride car avec deux têtes d’exécutif) est subclaquant. Personnellement, je suis très partisan de la mise en place d’un régime parlementaire primo ministériel. Au moins chacun peut voter pour le camp dont il est le plus proche sans arrière-pensée (ou presque). Je consacrerai un prochain article au « vote utile » qui constitue l’une des tares les plus empoisonnantes de ce régime présidentiel.

      A bientôt !

  3. avatar

    Un tel système est en effet quasi ingérable. C’est d’ailleurs le constat que j’en fais pour François Hollande, lequel à mon avis s’est heurté aux structures en place chaque fois qu’il a tenté d’ouvrir une porte, voire une fenêtre. Son dégoût pour l’appareil judiciaire (assez étonnant lorsqu’exprimé par un chef d’état) n’était pas sans fondements. Il s’est buté plus d’une fois aux valises sous verrou laissées par Sarkozy, entre autres, et ce n’est pas faute d’avoir attendu de la justice qu’elle nettoie le parquet.

    Il y a donc présence d’un important contre-pouvoir, mais pas le contre-pouvoir qui sert de médiateur. C’est plutôt celui qui torpille le pouvoir en place et le grand perdant est le peuple français. Cette république ressemble aux coulisses de la vie de château, là où se jouent intrigues et complots. Quand le goûteur du roi meurt, il est temps d’aller en élection:) Chut! j’exagère mais je m’amuse un peu:)