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S?gol?ne … royalement

« ?a, je m’en fiche… royalement ! »… C’est la r?ponse que Hassan II du Maroc avait donn?e en direct, ? l’interviewer de TF1 qui lui demandait des commentaires, sur les critiques que faisaient ses adversaires de la fa?on un peu cavali?re qu’avait Hassan d’emprisonner ses opposants et de perdre la clef. La petite h?sitation qui soulignait qu’il ?tait le roi et qu’?tre roi doit vouloir dire quelque chose, prouvait que Hassan II, qu’il ait ?t? ou non un homme de coeur, ?tait un homme d’esprit. On peut aimer ou ne pas aimer ce que Hassan II a fait du Maroc, mais il a maintenu une politique de fermet? et d’intelligence. Une politique de roi.

Je ne serais pas surpris qu’un jour S?gol?ne nous dise aussi qu’elle s’en fout royalement. S?gol?ne, qu’elle soit ou non une femme de coeur, est aussi une femme d’esprit. Elle a peut-?tre laiss? son coeur ? gauche, on verra bien, mais sa t?te s’est d?plac?e au centre. L? o? l’on peut ?tre ?lu. Ce faisant, elle fait faire un pas de g?ant ? la politique fran?aise, qui se transforme pour devenir un jeu de soci?t? ? l’am?ricaine. La politique en France va cesser d’opposer deux visions de la soci?t? entre lesquelles on choisit, pour accepter qu’il n’y a plus qu’une politique, dont on pr?sume qu’elle fait consensus et dont on se borne ? d?cider qui la r?alisera.

La voie de l’avenir… Pourquoi la voie de l’avenir ? Parce que la soci?t? et la technologie qui la sous-tend sont devenues tellement complexes, que l’interd?pendance entre les acteurs rend un nombre croissant de gens indispensables. Des gens indispensables doivent ?tre gard?s heureux. Il ne faut pas les contredire. Ce qu’on voulait obtenir depuis des lustres au nom des grands principes de la fraternit? humaine nous est donc finalement donn? sans discussions ? un niveau beaucoup plus pragmatique. Tout le monde est n?cessaire, on ne peut donc gouverner que par consensus. En plein centre. Au m?tacentre du navire, l? o? s’?quilibrent les poids politiques et les pouvoirs.

Ce qui ne signifie pas que l’on doive consulter ceux qui ne sont indispensables, surtout ceux dont la bonne volont? n’est pas n?cessaire ? l’accomplissement efficace de leurs t?ches. Ce qui ne signifie pas, non plus, que l’on ne puisse pas pour obtenir son accord, manipuler sans vergogne par la promesse, la menace, le pur mensonge le groupe en expansion des indispensables, mais, au bout du compte, il faut un consensus. Tout ce qui est important doit faire consensus, car il suffit de bien peu de m?contents pour que la machine arr?te. Sans crier gare, sans qu’on sache m?me qui l’a arr?t?e.

Et ce qui ne fait pas consensus ? Ce qui ne fait pas consensus, par d?finition, est de moindre importance. La soci?t? ne s’en occupe donc pas. Elle privatise. Chacun fait ? sa t?te. La soci?t? arbitre entre les int?r?ts priv?s, dans la mesure o? cet arbitrage est n?cessaire, c’est-?-dire quand la force relative des parties n’est pas si disproportionn?e que ces conflits se r?glent par simple intimidation, sans que la soci?t? ait m?me ? s’en m?ler. Le gouvernement qui agit de cette fa?on n’a pas ? se rendre impopulaire. S’il manipule bien, il peut m?me devenir extr?mement populaire.

Mais s’il ne plaisait plus ? Tout passe, tout lasse, bien s?r, mais dans une politique de consensus, pas de probl?me. Le gouvernement qui ne plait plus passe la main ? un gouvernement copain qui a encore une virginit? et qui appliquera la m?me politique. La m?me politique, de ne rien changer que lorsque la technologie l’exige et de ne faire quoi que ce soit que si une vaste majorit? de la population est d’accord. Il faut obtenir un consensus. Si le peuple dit non – ou pire, oui et non – il faut le lui demander autrement. Jusqu’? ce qu’il ait dit oui. Jusqu’? ce que l’on ait un consensus. La voie de l’avenir.

Bon ou mauvais ? Progressiste ou r?trograde ? Tout d?pend de la fa?on dont le dossier est trait?. Tout ce qui exige un consensus est, par nature, plus conforme ? la d?mocratie et sans doute plus respectueux des libert?s humaines. Une plus grande interd?pendance ne peut mener qu’? une plus large solidarit?. On revient au socialisme id?aliste. ?a, c’est le c?t? jardin
Mais il y a le c?t? ferm?. La vue sur le mur en b?ton. Car, ?videmment, le club n’est ouvert qu’? ceux qui sont « utiles », les eupatrides de la soci?t?-qui-tourne-comme-une-montre. Les autres sont simplement exclus.

80 % de l’humanit? est exclue. Le quart des travailleurs des pays d?velopp?s est aussi exclu. ?videmment, avec le temps, avec la complexit? croissante, le nombre augmentera de ceux qui sont indispensables. Le soleil brille ? l’horizon. On revient au communisme id?aliste. Encore quelques g?n?rations et ?a y est ! Entendez-vous demain chanter ? En attendant, gouverner par consensus, n’a que la valeur de ce sur quoi on fait consensus.

S?gol?ne fait consensus. Elle ne dit que les choses qui plaisent. Ses r?ponses sont toujours satisfaisantes. Ce sont les questions, parfois, qui ne sont pas satisfaites, mais, si l’on y regarde bien, ce sont des questions qui ne sont pas au centre du d?bat. Des questions qui ne sont pas sur le cheminement critique qui va d’o? l’on est vers l? o? nous voulons tous aller. C’est la question qui avait tort. S?gol?ne ne se laisse pas distraire. Les autres retrouveront le chemin.

Si ce n’?tait des gens qui n’?coutent pas et qui votent toujours simplement pour qui ils ont toujours vot?, distraitement, sans lire les textes en petits caract?res, TOUT LE MONDE voterait pour S?gol?ne Royal. Elle vient de la gauche, parce qu’il faut bien ?tre n? quelque part, mais elle est bien partout. Elle est avec tout le monde. Elle incarne le consensus. Il ne reste plus qu’? s’en apercevoir.

Et apr?s ? Apr?s, elle sera ?lue et zigzaguera avec dext?rit? entre tous les points o? subsistent des contentieux. Mieux, elle ?l?vera le d?bat au-dessus des divergences. Au niveau o? tout le monde est d’accord. Il y a trois g?n?rations, d?j?, aux USA, que tout le monde est d’accord. Peut-on penser qu’en Angleterre, ? la « gauche » droitiste de Blair, succ?dera autre chose qu’une « droite » gauchiste qui en sera indiscernable ?

? vouloir jouer avec des id?es, en France, on a pris bien du retard. Si on n’y prend garde, on se retrouvera en queue de peloton, avec la Italiens, qui trouvent encore sportif d’opposer deux visions du monde dans une seule soci?t?, alors que ce n’est plus possible. Il faut satisfaire tout le monde. S?gol?ne va nous faire un gouvernement dont tout le monde sera satisfait. Ceux qui ne seront pas d’accord auront le droit d’?tre dissidents et de faire eux-m?mes leurs frais tout ce qu’ils veulent, dans la mesure o? ils ne troublent pas la paix publique, n’emp?chent pas les roues de tourner et ne disent rien de grossier.

Au besoin, mettant ? profit l’abondance croissante de notre soci?t?, on pourra donner une aide modeste, mais bien ostentatoire ? ceux qui n?cessitent un petit coup de pouce pour satisfaire leurs caprices. Les Europ?ens devront se donner mille milliards d’euros ? courte ?ch?ance, pour r??quilibrer la parit? du dollar ; il faudra le faire avec astuce. Qui mieux que S?gol?ne ? Qu’est-ce qu’on peut reprocher ? une soci?t? qui donne un peu ? tout le monde et qui ne demande rien ? personne ?

Les conflits sociaux et politiques qui ne peuvent pas ?tre r?solus dans les faits le seront au niveau du vocabulaire. La s?mantique est le lieu b?ni de toutes les r?conciliations. C’est ainsi qu’on aura une France socialiste, identifi?e sans ?quivoque ? gauche, mais avec une politique tout ? fait de droite, propre ? satisfaire, tout en les fustigeant, tous ceux qui veulent bien mettre un sou dans le tronc des pauvres, mais pas deux.

S?gol?ne sera ?lue, elle sera r??lue, elle repr?sentera la France avec courage et dignit? pour la gauche, fermet? et ?l?gance pour la droite. Elle va ouvrir un nouveau chapitre de l’Histoire de France. Un chapitre o? il ne se passe pas grand-chose, mais o? tout le monde est heureux. Les grands principes qui font pleurer, ou pour lesquels on veut mourir, pr?voyez que S?gol?ne s’en fichera. Royalement.

N’est-ce pas exactement ce que la France veut ? De toute fa?on, on est sur cette Terre pour si peu de temps, qu’on peut se demander si ?a vaut la peine de d?faire ses valises. Je pense qu’il faut aimer S?gol?ne, elle est le pr?sent et l’avenir pr?visible. Mais il faut l’aimer les yeux grand ouverts.

Pierre JC Allard

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