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Seconde Guerre mondiale : le début de l’enfer sur Terre

« Ce n’est qu’à l’aube du XXe de l’ère chrétienne (…) que la guerre a pris l’allure d’un phénomène capable de détruire éventuellement l’espèce humaine. » (Churchill, Mémoires, 1948).

Il y a quatre-vingts ans, le 1er septembre 1939, les blindés allemands ont envahi la Pologne. Fort du très récent Pacte germano-soviétique (23 août 1939) ayant partagé, par anticipation, la Pologne, et de la passivité des démocraties occidentales (Accords de Munich) lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie (21 octobre 1938) et de l’annexion de l’Autriche (11 mars 1938), les nazis imaginaient qu’ils pourraient continuer à construire leur Grande Allemagne (Lebensraum) sans riposte. Acculées, les démocraties occidentales n’ont pourtant pas pu faire autrement : le Royaume-Uni et la France ont déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Ce fut le début de la terrible Seconde Guerre mondiale qui dura (exactement) six ans, après la capitulation sans condition de l’Allemagne le 8 mai 1945 et du Japon le 2 septembre 1945.

Quatre-vingts ans, c’est beaucoup. Les derniers combattants survivants sont quasi-centenaires et sont tous près de mourir dans peu de temps. Les témoins sont encore nombreux, ceux qui étaient enfants à cette époque. On est en train de passer du témoignage au livre d’histoire. Comme ce fut le cas de la Première Guerre mondiale.

Le 11 novembre 1918, tout le monde disait : plus jamais cela. Que c’était la der des ders. Elle a été si atroce qu’elle ne pouvait recommencer, qu’il fallait tout éviter pour qu’elle ne recommençât. Le progrès de la technologie a bouleversé la donne. Les armes « classiques » devaient laisser place aux blindés, aux sous-marins, aux avions… et au nucléaire.

La Seconde Guerre mondiale a été une guerre exceptionnelle à beaucoup de titres. Comme la Première Guerre mondiale, elle fut mondiale et technologique. Mais elle fut bien plus encore. Elle fut idéologique. Cette guerre ne mettait pas en jeu des pays seulement pour la défense de leurs territoires mais aussi pour la défense de leur mode de vie. Cela ne vous fait pas penser à quelque chose ? Par exemple, après les attentats du 13 novembre 2015 qui ont massacré des personnes simplement parce qu’elles se prélassaient sur une terrasse de restaurant ou assistaient à un concert de musique moderne un vendredi soir.

Les causes de la Seconde Guerre mondiale ont été longuement étudiées et analysées. Le Traité de Versailles, par son arrogance (très française), portait en lui tous les germes de la guerre suivante. Ce n’était pas un traité de paix mais un traité de guerre, qui maintenait les Allemands dans une humiliation que les crises économiques des années 1920 puis des années 1930 ont rendue insupportable aux yeux de ceux qui étaient les premiers touchés. Quand on n’a plus rien à défendre, le champ du possible s’élargit dangereusement. La montée des extrémismes a participé à cette trajectoire implacable qui a plongé le monde dans une guerre totale et nouvelle.

Hannah Arendt a été l’une des premières philosophes à mettre dans le même camp (du reste, comme ce fut officiellement le cas avec la signature du Pacte germano-soviétique) les deux dictatures européennes qui ont ensanglanté la planète au cours du XXe siècle, à savoir l’Allemagne nazie et la Russie communiste. En 1939, la situation était donc bien dans la bataille de la démocratie contre le totalitarisme.

À partir de 1941, l’URSS s’est retournée. Pendant deux ans, pour de sombres raisons cyniques, les Soviétiques considéraient que le front ouest ne concernait que des belligérants « bourgeois » (quel mot débile déjà au XXe siècle !) et qu’il fallait les laisser s’auto-massacrer. L’intégration de l’URSS dans les forces alliées a rendu plus confuse la lutte idéologique. Il s’agissait de lutter contre le nazisme mais sans doute pas contre l’antisémitisme (Staline avait organisé lui aussi des répressions), encore moins contre le totalitarisme. De cette confusion est née d’ailleurs la guerre froide entre démocraties occidentales, désormais dominées par les États-Unis, et le communisme international, représenté initialement par l’Union Soviétique et suivie de peu par la Chine populaire.

L’aspect idéologique a été probablement l’une des innovations historiques de cette guerre avec l’extermination industrielle de plusieurs catégories de populations et cette volonté de le faire au niveau mondial : Juifs, Tziganes, personnes atteintes de déficiences mentales, homosexuels, etc. Une telle horreur a jeté les bases du concept de crime contre l’humanité, imprescriptible, et du concept de génocide, hélas pas seulement réservé aux nazis (génocide arménien peu avant la Première Guerre mondiale, génocide cambodgiengénocide rwandais quarante ans après la Seconde Guerre mondiale, etc.).

Cela a poussé à deux types de comportement complètement inédits dans une guerre : certains nationaux dont le pays fut envahi se félicitaient de la défaite de leur pays (les nationalistes collaborateurs en France sous l’Occupation nazi, exemple typique : Charles Maurras), et (heureusement sur le plan philosophique), au contraire, certains nationaux dont le pays était victorieux ont résisté à l’intérieur de leur pays pour s’opposer à l’idéologie dominante (exemple, les résistants allemands). Ces deux types de comportement, a priori antipatriotiques, étaient ainsi dictés par le soutien ou la condamnation de l’idéologie nazie.

Après l’entrée en guerre de l’URSS le 22 juin 1941 et des États-Unis le 7 décembre 1941 (après l’attaque de Pearl Harbor), la guerre divisait deux camps : celui de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon…), et celui des Alliés (Royaume-Uni, États-Unis, URSS, Chine…). À cela, il faut ajouter quelques pays neutres (Espagne par exemple), et quelques pays difficiles à « classer » dont la France, gouvernée par Pétain et Pierre Laval dans une politique de collaboration avec les nazis mais qui comptait aussi la France libre, ceux qui ont fait que le 25 août 1944, la France se retrouvait dans le camp …des vainqueurs (grâce à la grande clairvoyance de De Gaulle).

Le bilan humain de la guerre fut désastreux : plus de 60 millions de personnes ont perdu la vie en six ans. Dont environ 10% dans des camps d’extermination. Il faut comparer ce nombre avec le nombre actuel d’habitants de la France, 67 millions d’habitants. Les estimations varient cependant beaucoup, allant de 60 à 85 millions de personnes, correspondant environ à 3% de la population mondiale, dont entre la moitié et les deux tiers de civils. Ces statistiques ne prennent pas en compte les victimes de la guerre après la fin de la guerre (beaucoup de blessés sont morts quelques mois ou quelques années plus tard, en raison d’une absence de services hospitaliers reconstruits, la situation agricole de certains pays a engendré aussi des famines, etc.).

Parmi les pays qui ont perdu le plus de vies humaines, il y a eu l’Allemagne (environ 12% de la population), la Chine, l’Inde (les Indes britanniques), l’Indonésie (les Indes orientales néerlandaises), l’Indochine française, le Japon, la Pologne (plus de 16% de la population), et l’Union Soviétique (environ 13% de la population).

Précisons que pour l’URSS, si l’Armée rouge a effectivement payé un lourd tribut humain pour se défendre face à l’offensive nazie puis pour atteindre Berlin avec le souhait de dominer la moitié de l’Europe, les pertes immenses en vies humaines (entre 23 et 27 millions de personnes) furent aussi le fait de Staline : massacres commis pendant la guerre par Staline, et stratégie militaire qui faisait peu de cas de la protection des vies humaines (sans compter que juste avant la guerre, Staline avait « purgé », c’est-à-dire massacré, la plupart des officiers de l’Armée rouge).

Le principal fait inédit dans l’histoire de l’humanité, ce fut l’extermination industrielle, mûrement réfléchie, mûrement organisée par les nazis, de certaines catégories de la population mondiale, et en particulier des Juifs. 6 millions de Juifs furent ainsi assassinés en Europe. Le taux d’extermination, une expression statistique horrible mais pourtant basée sur les faits historiques, dans certains pays était monstrueusement élevé : 89% aux Pays-Bas, 84% en Lituanie, 84% en République tchèque, 83% en Pologne, 82% en Yougoslavie, 81% en Grèce, 74% en Lettonie, 69% en Hongrie, 67% en Slovaquie, 47% en Norvège, 42% en Belgique, 33% en Estonie, 29% en France, 27% en Roumanie, 26% en Autriche, 25% en URSS, 24% en Allemagne, etc. (selon Donald. L. Niewyk).

L’historien britannique Martin John Gilbert a évalué le taux d’extermination à 78% des Juifs vivant dans l’ensemble des territoires occupés par les nazis. Si l’on tient compte de l’ensemble des massacres commis par les nazis sur des populations civiles, au-delà de la population juive, cela pourrait monter jusqu’à entre 11 et 17 millions de victimes (en particulier à cause des massacres ethniques en Biélorussie, Ukraine et Russie commis par les nazis).

Il sera toujours difficile de connaître le nombre exact de victimes de la Shoah car les nazis ont tout fait pour masquer leurs assassinats industriels, ce qui exprimait à l’évidence la honte de les avoir commis. D’un point de vue historique, l’exactitude des statistiques est évidemment un élément important du savoir scientifique, mais la controverse sur le nombre n’a pas beaucoup d’intérêt politique ou philosophique.

L’idée que des millions de personnes ont pu être arrêtées, déportées et massacrées dans une structure organisée, et cela en pleine guerre, dont l’effort devait être pourtant concentré sur les fronts, est suffisante en elle-même pour appréhender la folie idéologique. Au-delà de l’acte de massacrer, il y a eu toute une organisation administrative, logistique, financière, technique… Déportée à Auschwitz à l’âge de 15 ans, Simone Veil a raconté ainsi : « Je n’oublierai jamais l’intense émotion qui m’a étreinte lorsqu’un employé m’a montré un petit carnet semblable à ceux qu’utilisaient jadis les commerçants, avec souches et reçus, et sur lequel était consignée la somme de sept cents francs prise à ma mère lors de notre arrivée à Drancy. Papier dérisoire, preuve accablante, s’il en était encore besoin, du mélange de rigueur paperassière et d’aveuglement moral de l’administration. » (« Une Vie », éd. Stock, 2007).

Cette extermination de masse est donc loin d’être un simple « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. C’est même l’élément majeur qui la fait distinguer de toutes les guerres précédentes, certaines pourtant très cruelles. Simone Veil l’a rappelé : « La Shoah est omniprésente. Rien ne s’efface ; les convois, le travail, l’enfermement, les baraques, la maladie, le froid, le manque de sommeil, la faim, les humiliations, l’avilissement, les coups, les cris… non, rien ne peut ni ne doit être oublié. Mais au-delà de ces horreurs, seuls importent les morts. La chambre à gaz pour les enfants, les femmes, les vieillards, pour ceux qui attrapent la gale, qui clopinent, qui ont mauvaise mine ; et pour les autres la mort lente. Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille Juifs français déportés. Il n’y a que la Shoah. » (« Une Vie », éd. Stock, 2007).

L’autre fait inédit dans l’histoire des guerres, ce fut l’utilisation de la bombe nucléaire (que j’appelle ainsi car elle utilise l’énergie nucléaire, et qu’on appelle aussi « bombe atomique », mais quel matériau ne serait-il pas « atomique » ?). Le 6 août 1945, les Américains ont largué la première bombe nucléaire sur la ville japonaise d’Hiroshima (340 000 habitants). Trois jours plus tard, une seconde bombe fut larguée sur Nagasaki (200 000 habitants). Cette dernière était-elle indispensable pour aboutir à la capitulation japonaise ? La controverse reste toujours d’actualité.

Entre 150 000 et 250 000 personnes (principalement civiles) ont péri dans ces bombardements, considérés pour certains comme de véritables crimes de guerre. Au-delà de la capitulation du Japon, l’un des objectifs des États-Unis était de montrer aux Soviétiques que la bombe nucléaire n’était pas qu’un simple mythe et qu’elle pouvait réellement commettre des désastres.

Il y a eu une course de vitesse entre l’Allemagne nazie et les États-Unis pour fabriquer la bombe nucléaire. En faisant de l’uchronie, peut-on imaginer ce qu’il se serait passé si les nazis avaient su fabriquer des bombes nucléaires ? Ce cauchemar reste pourtant bien ancré quelque part au fond de la conscience mondiale puisqu’il a régenté une quarantaine d’années de la vie internationale dans ce qu’on a appelé l’équilibre de la terreur par la dissuasion nucléaire en pleine guerre froide.

Pour éviter la dissémination de l’arme nucléaire, des traités de non prolifération ont été signés, et le risque nucléaire reste encore aujourd’hui l’un des sujets de préoccupation essentiels dans les relations de l’Iran et de la Corée du Nord avec le reste du monde.

La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et les attentats du 11 septembre 2001 ont considérablement bouleversé la géopolitique mondiale. Le premier événement a sans doute fait achever le XXe siècle si sanglant tandis que le second événement a fait démarrer le XXIe siècle avec des enjeux nouveaux qui pourraient finalement se résumer à deux mots chargés (parfois de manière injustifiée) de peurs et de catastrophes : islam et climat. De là à parler de Troisième Guerre mondiale…

Sylvain Rakotoarison (29 août 2019)
http://www.rakotoarison.eu

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