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Sarkozy et la VO non sous-titr

Le profond mouvement social engendr? en France par le projet de r?forme des retraites voulu par Nicolas Sarkozy et, tapis dans l?ombre, ses amis les patrons du MEDEF, a mis en lumi?re le r?le et l?importance de syndicats que l?on disait pourtant subclaquants. Le peuple fran?ais aurait-il ?t? roul? dans la farine d?une propagande manipulatrice??

Sur la foi d?un clich? largement induit par une insidieuse communication orchestr?e par les ?ditorialistes de droite, on pr?tendait, il y a encore quelques mois, que les syndicats ?taient devenus quasiment inaudibles, quand on ne mettait pas carr?ment en doute leur l?gitimit? pour cause de manque d?adh?rents. Les ?v?nements que nous vivons depuis le printemps 2010 nous montrent que la r?alit? est tr?s diff?rente de cette vision cr?pusculaire.

Certes, avant de conna?tre un regain d?int?r?t depuis quelques semaines, le syndicalisme fran?ais a connu une spectaculaire ?rosion du nombre de ses adh?rents dans les ann?es 80 et 90 avant de se stabiliser durant la derni?re d?cennie. Une ?rosion li?e ? une perte de confiance des salari?s dans l?action des syndicats, affirment leurs adversaires ou les relais m?diatiques de ces derniers. Une ?rosion plus probablement li?e aux profondes mutations de la soci?t?. Et notamment ? deux facteurs importants?: 1? une pr?carisation grandissante du travail et une paup?risation des classes populaires qui induisent des r?flexes de peur chez les salari?s?; 2? un individualisme sans cesse croissant au d?triment des valeurs de solidarit? h?rit?es des g?n?rations pass?es et progressivement mises ? mal par un mod?le lib?ral omnipr?sent, du discours politique dominant jusqu?aux programmes de t?l?vision des grandes cha?nes glorifiant la r?ussite individuelle et stigmatisant les ??loosers ?.

Car n?en d?plaise aux adversaires du syndicalisme, si perte de confiance il y avait, elle se traduirait par une d?saffection de la participation des salari?s aux ?lections professionnelles. Or il n?en est rien, et avec un taux de participation de 63,8?% en 2009 dans les entreprises de plus de 50 salari?s, les ?lections professionnelles font mieux que les L?gislatives de 2007 (60,44 % au 1er tour et 59,99?% au 2e tour) et nettement mieux que les R?gionales de 2010 (46,33?% au 1er tour et 51,21?% au 2e tour).

La France lanterne rouge

Des comparaisons sans valeur, objectent les tenants de l?affaiblissement syndical, non sans ajouter avec un sourire narquois?: ??cela revient ? comparer des choux et des navets??. Probl?me?: ce sont les m?mes personnes qui, d?un ton docte et quelque peu condescendant, mettent en avant les faibles taux de syndicalisation pour remettre en cause la l?gitimit? des syndicats en s?appuyant pr?cis?ment sur l?indigence de ces taux et sur elle seule. Fort bien?! Mais alors que penser de ces partis politiques dont nul ne remet en cause la l?gitimit? alors qu?ils n?attirent pas plus d??lecteurs aux urnes, et m?me souvent moins, que les syndicats?? Alors surtout que les taux d?adh?rents de ces partis, rapport?s ? l?ensemble de la population en ?ge de voter, sont nettement plus faibles que ceux des syndicats rapport?s ? la population en ?ge de travailler.

L?UMP avec ses 253?641 adh?rents ??officiels?? au 31 d?cembre 2009 ou le PS avec les 200?319 adh?rents d?clar?s par le Bureau national en septembre 2009 seraient-ils ill?gitimes?? Non, bien s?r, car ce qui compte, ce sont ?videmment les suffrages qui se portent sur ces partis lors des scrutins ?lectoraux. Et, qu?on le veuille ou non, il en va de m?me pour les syndicats, et notamment pour les deux plus importants d?entre eux en terme de r?sultats ?lectifs?: la CGT et la CFDT, respectivement 700?000 et 833?108 adh?rents revendiqu?s sur leur site.

Cette mise au point faite, il faut pourtant bien convenir que le taux de syndicalisation, traditionnellement faible en France ??il n??tait que de 16?% dans les ann?es 70??, souffre de la comparaison avec les autres pays d?Europe. Avec 8?% de salari?s syndiqu?s contre une moyenne de 24?% au sein de l?Union europ?enne, la France est bel et bien lanterne rouge, tr?s loin derri?re les champions nordiques?: Finlande et Su?de 71?%, Danemark 68?%. Des taux record pour ces nations qui ne s?expliquent pas uniquement par le l?gendaire sens civique et citoyen des Scandinaves?: dans ces pays, la plupart des prestations sociales, y compris les indemnit?s de ch?mage, sont vers?es par les syndicats?!

Des syndicats scandinaves plut?t peu revendicatifs, compar?s ? leurs homologues fran?ais, et g?n?ralement consid?r?s comme co-gestionnaires avec l??tat, voire comme des rouages administratifs de celui-ci. Une situation qui explique tr?s largement l?engagement des travailleurs, au del? du fait que l?adh?sion ? un syndicat est en grande partie consid?r?e dans les pays du Nord de l?Europe comme une composante naturelle du salariat par la majorit? des nouveaux venus sur le march? du travail. Un ?tat d?esprit confirm? par la Norv?ge, o? les prestations ne transitent pas par les syndicats, mais o? le taux de syndicalisation atteint pourtant 55?%. Ailleurs en Europe, les taux descendent tr?s rapidement pour culminer ? 33?% en Italie, 27?% en Grande-Bretagne, 20?% en Allemagne ou 16?% en Espagne.

Un front commun syndical historique

L??rosion du taux de syndicalisation n?est d?ailleurs pas un ph?nom?ne propre ? la France?: ? des tr?s rares exceptions, tous les pays d?Europe ont peu ou prou subi cette ?rosion, probablement pour les m?mes raisons qu?en France. Mais comme dans notre pays, les taux de syndicalisation semblent s??tre stabilis?s depuis plusieurs ann?es, les situations de crise et le recul des droits sociaux, toujours plus agress?s par les offensives lib?rales, expliquant sans aucun doute cette stabilisation, voire ce regain de confiance envers des syndicats qui, de plus en plus, deviennent de facto des contre-pouvoirs.

Retour en France. Mal ficel?e, mal financ?e, mal conduite et surtout tr?s injuste, la r?forme des retraites voulue par Sarkozy a r?ussi, pour la premi?re fois sous la Ve R?publique?: 1? ? sceller de mani?re durable l?union de toutes les conf?d?rations (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FSU, UNSA) r?unies en Intersyndicale?; 2? ? ranger derri?re les banni?res une foule compacte venue de tous les horizons?: public, priv?, salari?s, retrait?s, jeunes?; 3? ? engendrer un rejet massif de la population, largement soulign? par des enqu?tes d?opinion de plus en plus favorables au mouvement social.

Cela n?a pas emp?ch? la loi d??tre vot?e par des assembl?es godillot aux ordres d?un pouvoir autiste, et sans doute sera-t-elle promulgu?e vers la mi-novembre apr?s l?avis du Conseil constitutionnel saisi par le PS. Mais il en restera une terrible frustration dans l?opinion et la volont? de faire payer t?t ou tard ? Sarkozy et ? l?UMP, d?une part leur passage en force sur un dossier pour lequel ils n??taient pas mandat?s, d?autre part le refus d?engager la moindre n?gociation durant les diff?rentes phases d?un processus transform? en path?tique pantalonnade. Certes, les pouvoirs publics et les syndicats ont particip? ? une cinquantaine de r?unions, mais des r?unions ? vis?e propagandiste au seul profit du gouvernement car vides de toute avanc?e, les syndicats exprimant des attentes alors que les conseillers ?lys?ens s?en tenaient strictement au projet ficel? d?s le printemps par Raymond Soubie.

Quant ? Sarkozy, souvenons-nous qu?il a lui-m?me pr?sid? le 18 f?vrier un sommet social???anti-crise?? avant de recevoir, le 9 mai, les secr?taires g?n?raux des 5 grandes conf?d?rations repr?sentatives au niveau national. Mais dans les deux cas, la r?forme des retraites a purement et simplement ?t? ?lud?e par la volont? ?lys?enne, au m?pris des enjeux pour le peuple fran?ais. Cela n?a ?videmment pas emp?ch? le Pr?sident de prendre connaissance des revendications exprim?es sur les diff?rentes cha?nes de t?l?vision par les responsables syndicaux en relais de la volont? populaire. Ou du moins de tenter d?en prendre connaissance. Car, et c?est l? que le b?t a manifestement bless?, la langue fran?aise pratiqu?e par les repr?sentants syndicaux est par trop diff?rente de celle qui est en usage dans le triangle Neuilly-Passy-Villa Montmorency*. Et par malheur pour notre pays, Sarkozy ne disposait que de VO non sous-titr?e?!

*?Quartiers (tr?s) chics de l?Ouest parisien, la palme revenant ? la Villa Montmorency o?, dans une ??gated community ? hyper s?curis?e, vivent des artistes de renom, des patrons du CAC?40, quelques grandes fortunes et le couple Bruni-Sarkozy lorsqu?il n?est pas ? l??lys?e.

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2 Commentaire

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    En exclusivité, voici la VO de 2012 :

    (A chanter sur l’air de « La jument de Michao » de Tri Yann.)

    « Et dans dix ans, il s’en ira.
    On entendra plus les ringards chanter.
    Et dans dix ans, il s’en ira.
    J’entends le peuple qui se met à chanter !

    J’entends le peuple
    Qui descend pour les retraites.
    J’entends le peuple qui se met à chanter ! (bis)

    Et dans dix ans, il s’en ira.
    J’attends le jour où sa retraite sonnera.
    Et dans dix ans, il s’en ira.
    Le peuple crie « ça ira, ça ira ! »

    J’entends le peuple
    Qui descend pour les retraites.
    J’entends le peuple qui se met à chanter ! (bis)

    Et dans dix ans, il s’en ira.
    Et dans dix ans, il s’en ira.

    Mais le clan du Fouquet’s et son petit poulain
    Ont passé dans le pré et mangé tout le foin.
    Mais le clan du Fouquet’s et son petit poulain
    Ont passé dans le pré et mangé tout le foin.

    Quand 2012 viendra, quand 2012 viendra
    C’est la bande à Sarko qui s’en repentira.
    Quand 2012 viendra, quand 2012 viendra
    C’est la bande à Sarko qui s’en repentira.

    Le clan des voyous va battre en retraite
    J’entends déjà Sarkozy déchanter.
    Le clan des voyous va battre en retraite
    J’entends le peuple qui se met à chanter !

    J’entends le peuple
    Qui descend pour les retraites.
    J’entends le peuple qui se met à chanter ! (bis)