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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
2 juin 2009 |
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Photo : Flickr Mike Knell
[J'ai écrit cet article avant Sante : la droite américaine en quête de manipulation. Il le complète avec l'exemple français plus qu'il ne le contredit sur les raisons des droits médiocres du patient et des lenteurs à l'accès aux soins de santé au Québec. Il y a d'autres raisons que le sous-financement public. C'est complexe et j'indique quelques éléments tires de mon expérience vécue, en espérant que ça participera à améliorer les choses dans l'intérêt supérieur de tous les Québécois et sans partisanerie.]
Le système de santé au Canada, et au Québec en particulier, fonctionne mal par rapport à la France. Les médecins sont des fonctionnaires qui ne connaissent pas le chômage, mais plutôt l’épuisement avec la pénurie actuelle. Bon ou mauvais, aimable ou désagréable ils ont des clients. Vous imaginez si toutes les entreprises avaient ces conditions-là. Le rêve pour les commerçants. Plus besoin d’être aimable, fiable, efficace y a toujours la queue pour vos services. C’est ce qui se passe avec les soins de santé « gratuits » que nous payons cher comme contribuable. Les mauvaises habitudes sont tellement acceptées par les clients/patients que je ne sais pas ce qu’il leur faut pour qu’ils réalisent à part de faire un voyage en France.
Non seulement, il faut avoir le nombre de médecins et spécialistes nécessaires pour la population, mais il faut un surplus pour que les médiocres aient peu de clients voir que les plus mauvais doivent changer de métier pour des motifs financiers. Ce n’est pas demain la veille avec le système mis en place. Le privé seul ne suffit pas, il n’y a qu’à voir les montants élevés des dentistes québécois, souvent double de Paris, ou le système privé US. il faut du privé concurrentiel et encadré comme en France. Les gens payent et se font rembourser ensuite environ 75% de la consultation et idem pour les médicaments. Pour les gens démunis, une carte santé spéciale leur permettrait la gratuité des soins comme en France.
Il y a un mois j’avais réussi à avoir un rendez-vous chez un médecin généraliste dans un nouveau centre médical à Montréal (ouvert depuis décembre 2008). Une semaine avant et la veille, une secrétaire m’appelle pour confirmer mon rendez-vous. Je lui demande s’il y aura 1h30 d’attente. Elle me répond que oui souvent et qu’elle n’est pas responsable. Elle alloue 20 min par client, mais le médecin arrive en retard le matin. 30 min avant j’appelle pour savoir s’il y a beaucoup de monde avant moi. Non!? OK merci. Je pars. Après un accueil froid, limite professionnelle, j’attends presque 2 longues heures dans la salle d’attente avec décor oriental et peintures de prophètes musulmans dans les couloirs. Durant cette période d’attente, j’ai le malheur de prendre 2 verres en plastique pour boire de l’eau. Le préposé qui réparait la machine depuis une bonne heure le remarque et me fait une réflexion « vous pouvez pas garder le même verre » « je les paye moi les verres » « vous polluez » … « Bon ça va retourner à votre place ». Il était chanceux que je sois chez le docteur et en assez mauvaise forme. C’était son jour de chance divine, mais il ne le savait même pas.
Après ces petites péripéties et une infirmière qui me répond « parfait » à chaque misère que je souffre j’accède finalement au prophète docteur en chair et en os. Mais il est occupé au téléphone. J’attends encore. Après 120 min d’attente dans une salle d’attente (qui porte bien son nom) avec le bruit de la machine café qu’on répare je suis plus à 5 min prés, non? Finalement, je lui raconte mon histoire raccourcie et je dois le ramener à la réalité à chaque fois qu’il se trompe sur mon état. J’avais apporté mes radios IRM de France, mais au Québec, ils les regardent pas juste le rapport. Ça fait bizarre, mais c’est ainsi. D’ailleurs, les patients n’ont pas les radios ça appartient a l’hôpital ou aux médecins. Très pratique quand on change de médecin ou d’hôpital.:lol. Ce docteur d’origine africaine est plutôt aimable et sympathique. Je suis d’ailleurs resté une heure au lieu des 10 min habituelles. Il a étudié en Belgique, mais n’articule pas bien et j’ai du mal parfois à comprendre les mots français qu’il prononce. Il n’est pas très attentif, reçoit des appels et m’amuse/m’ennuie avec sa philosophie. Je suis meilleur philosophe que ce gars, mais je ne viens pas pour cela. Après m’avoir rapidement ausculté, il me diagnostique que j’ai probablement un ulcère gastrique avec les anti-inflammatoires que j’ai pris, avec les prescriptions des médecins des urgences de l’hôpital Verdun (Montréal) pendant plus d’un mois sans rien pour protéger mon estomac. Je lui demande des prescriptions pour deux spécialistes et il refuse… pas nécessaire pour l’instant. Je lui parle des 3 mois d’attente pour un spécialiste (rhumatologue ou physiatre) pour mon dos et d’avancer en parallèle. Rien y fait, il n’y a pas d’urgence je ne suis pas en fauteuil roulant. Pour les médicaments, j’insiste pour avoir un calmant qu’il finit par ajouter après m’avoir indiqué tous les effets négatifs et demandez trois fois mon âge au cours de notre discussion. J’ai 42 ans. 42 ans. 42.
Ce médecin habite le même quartier que moi à Montréal, mais nous sommes à 40 min de notre résidence en voiture. Aucun médecin de quartier dans un immeuble d’habitation comme en France. Ça ne se fait pas. Ça serait sans doute trop pratique pour les patients. Non il faut qu’ils prennent leur voiture, les transports en commun ou l’ambulance, car les médecins ne se déplacent jamais chez leur patient. Vous êtes un martien ou quoi? Ah français ok. Tout est fait pour vous dégoûter d’aller voir le médecin. L’accueil des hôtesses, des infirmières et des médecins vous indiquent trop souvent qu’ils vous font une faveur de vous prendre, que vous les ennuyez plutôt qu’autre chose.
Et les choses ne vont pas s’arranger. Les départs en retraite des médecins du baby-boom ne sont pas complétement compensés par les nouveaux diplômés. Un beau bordel pour encore 20 ou 30 ans. Ça dure déjà depuis 30 ou 40 ans ces droits limités du patient et un médiocre accès aux soins de santé. Je ne veux pas finir dans un couloir d’hôpital sur un brancard à essayer d’attraper une infirmière qui vous évite.
P.-S. :
On peut toujours trouver pire comme ratio prix/service comme le système privé US mais je m’intéresse davantage au « 1er de la classe ». La situation que j’ai décrite est assez représentative des soins à Montréal, mais ça peut varier en mieux ou pire suivant les endroits. Je me rappelle d’un bon service à St Agathe (QC). Tout dépend du personnel disponible et des infrastructures par rapport au volume de population.
Sur ce document pdf, OECD Health Data 2008 on constate que le coût des soins de santé publique par personne est actuellement très proche de celui de la France pour un service nettement moins bon. Donc le sous-financement public n’explique qu’une partie du problème du système de santé canadien et plus particulierement québécois.
P.-S. 2: J’appelle le laboratoire de radiologie pour l’estomac et la secretaire m’a proposé un rendez vous pour septembre. Environ 4 mois ! :lol:
Bienvenue au Quebec !
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