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SANT?, JUSQU?O? IRONS-NOUS?

Sant? jusqu'ou irons nous

 

 

Entrevue virtuelle avec Oscar Grosjean

Sujet?

Sant?, jusqu?o? irons-nous??Fabriquer des patients pour tuer la S?cu. Charleroi BE; Couleur livres?: 2005, 117 pages, ISBN 978-2-87003-533-7 ? <www.couleurlivres.be>

Un ouvrage d?capant qui d?crit les choses telles qu?elles sont devenues en mati?re de sant? et de m?decine. Un ouvrage sur la m?decine d?aujourd?hui, d?bordant de constatations surprenantes et de questions impertinentes comme de savoir si les examens et soins propos?s aujourd?hui, de plus en plus nombreux et co?teux, sont utiles ? notre sant?. Son regard critique nous rappelle celui des am?ricains Nortin Hadler (Malades d?inqui?tude??) et Gilbert Welch (Dois-je me faire tester pour le cancer??), tous deux traduits par Fernand Turcotte, aux Presses de l?Universit? Laval.

Auteur

Oscar Grosjean est criminologue et m?decin de formation, chirurgien de profession, belge de nationalit?, enseignant; chercheur. Il a effectu? plusieurs missions chirurgicales au tiers monde. Son signe particulier est qu?il n?a pas la langue dans sa poche. Il a aussi publi??:?Victimisation et soins de sant??:Comprendre, pr?venir et r?parer. Bruxelles?: Mardaga; 2002 et?La sant? ? quel prix ??Charleroi BE?:Couleur livres; 2005

Interview virtuelle

Q ? Contre quoi fustigez-vous ?

R ? Les d?pistages, la m?dicalisation, la m?dicamentation, la m?decine reproductive, l?acharnement sur les pr?matur?s, l?acharnement en fin de vie, la privatisation des soins, la disparition du secret m?dical, la c?sarienne de convenance, les programmes d?accompagnement pour fid?liser les patients, l?eau embouteill?e, et bien d?autres d?rapages de la conception de la sant? et de la pratique m?dicale modernes

Q ? Pourquoi l?histoire de la m?decine est si peu enseign?e?

R ? Elle est ?troitement li?e aux religions qui lui ont fix? ses limites, ses r?gles et sa place dans nos soci?t?s. Mais il est temps de d?mystifier la m?decine, ses apparats et son appareil, comme l?ont ?t? les religions, leur c?r?monial et leur clerg?.

Q ? Comment hi?rarchisez-vous les d?terminants de la sant??

R ? Les facteurs m?dicaux n?y contribuent que 11%, loin derri?re le style de vie (43%), la qualit? de l?environnement (19%), le g?nome et le comportement individuel (27%). La sant? est in?galement r?partie au d?part par le g?nome et elle s?use plus ou moins vite au fil du temps selon l?environnement de vie et de travail.[1]

Q ? Les budgets gouvernementaux reli?s ? la sant? sont-ils mal r?partis?

R ? On multiplie les campagnes de d?pistages de toutes sortes, les vaccinations discutables[2]?et les procr?ations m?dicalement assist?es[3]?plut?t que de financer la recherche fondamentale, l?enseignement et l??ducation. On investit dans les promesses commerciales d?innovations diagnostiques et th?rapeutiques.

Q ? Comment se promeuvent les nouveaux produits et les nouvelles indications?

R ? Par des campagnes de d?pistages et de journ?es d?di?es aux maladies; par le d?marchage aupr?s des Agences du m?dicament pour autoriser des m?dicaments inutiles ou nocifs, par le d?nigrement des produits g?n?riques. La menace rampante de rendre obligatoires les d?pistages, r?guli?rement prof?r?e par des politiciens sous influence de l?industrie, est contraire aux droits humains et ? ceux des patient qui doivent pouvoir choisir librement en ces mati?res.

Q ? Quelles sont les cons?quences des budgets allou?s ? la m?dicalisation et la m?dicamentation?

R ? Leur inutilit? et leur inefficience rendent inaccessibles au plus grand nombre les soins de sant? indispensables, utiles et n?cessaires. Ils d?truiront le caract?re de service public de la sant?[4]?comme font de tous les services publics les puissances financi?res qui veulent les soumettre aux r?gles inhumaines et anti-d?mocratiques de l?Organisation mondiale du commerce.

Q ? La relation patient-m?decin en est-elle affect?e ?

R ? La relation soignant-soign? et la notion m?me de maladie ont pris un caract?re commercial qui fait du patient un client.

Q ? D?o? viennent surtout les pressions ? la privatisation?

R ? De l?Organisation mondiale du commerce (OMC). De la Coalition des industries de service am?ricaines (United States Coalition of Service Industries). On milite pour enfoncer toutes les barri?res ? la lib?ralisation et donner ainsi l?occasion aux entreprises am?ricaines de s??tendre vers les march?s de soins de sant? ? l??tranger.[5]?On milite pour faire sauter les r?glementations jug?es excessives en ce qui concerne le secret m?dical; ainsi ? l?OMC on souhaite reclassifier du domaine de la sant? vers le traitement informatique les bases de donn?es concernant les patients.

Q ? Que pensez-vous de la m?decine reproductive?

R ? L?infertilit? n?est pas un si grand malheur et les pouvoirs publics ne devraient pas financer le d?sir de se reproduire ? tout prix. La procr?ation m?dicalement assist?e est un v?ritable chemin de croix. Une litanie de manipulations attend la future m?re. Ins?minations artificielles, pr?l?vement d?ovules, f?condations in vitro, r?implantation? en fait une hyper-m?dicalisation douloureuse pour la personne, le couple, l?enfant. Avec le risque de grossesses multiples, de pr?maturit?, de b?b?s fragiles.

Q ? Et de la pr?maturit??

R ? Certains progr?s sont des r?gressions?: en 1960, un pr?matur? de moins d?un kilo avait 95% de chances de mourir; en 2009, il a 95% de malchances de survivre. Assurer la sant? des jeunes m?res et de leurs nouveau-n?s est infiniment moins on?reux que les acrobaties de la procr?ation m?dicalement assist?e et des soins intensifs aux pr?matur?s.

Q ? Et des fins de vie?

R ? Aux sant?s d?faillantes des riches vieillissants r?pond une m?decine ? la fois d?fensive et vorace qui se nourrit de d?pistages, de bilans de sant? et de traitements anti-?ge. Il est devenu interdit de vieillir. Tant pis pour ceux qui n?entrent pas dans le format, ils n?avaient qu?? se faire d?pister pour ?chapper aux cancers, au diab?te, aux maladies cardiovasculaires, aux al?as de la m?nopause et de l?andropause, ? l?ost?oporose, aux d?mences.

Nos vieux courent ? toutes les consultations, se soumettent ? des interventions et avalent des m?dicaments comme les croyants invoquaient les saints et recouraient aux eaux miraculeuses[6]. La long?vit? dans nos pays fait que l?esprit s??teint de plus en plus t?t que le corps dont la m?decine prolonge la survie.

Q ? La chirurgie est-elle parfois inutile?

R ? Dans certaines r?gions, sans aucune raison, on pratique beaucoup plus de thyro?dectomies totales, de chirurgies de l?ob?sit?, d?hyst?rectomies, de prostatectomies totales.

Q ? Quel r?le peuvent jouer les omnipraticiens pour prot?ger leurs patients?

R ? Un m?decin de famille bien form?, mieux honor? et dot? de pouvoirs d?cisionnels pourrait temp?rer cette fr?n?sie d?actes inappropri?s ou injustifi?s[7]. Ce professionnel int?gre est pour l?instant encore r?duit ? clamer dans le d?sert.

Q ? Que pensez-vous de l?aide ? l?observance par des programmes industriels d?accompagnement ?

R ? G?n?ralis?e et l?galis?e, cette aide constituerait une atteinte ? la vie priv?e et aux droits des patients; elle court-circuiterait m?decins et pharmaciens. On pr?voit des relance t?l?phoniques, des num?ros de t?l?phone sans frais; une ??ducation personnalis?e?; des visites infirmi?res ? domicile. Pour fid?liser la client?le ? la marque et contraindre les patients ? suivre les ordonnances.

La l?gislation serait aussi dangereuse pour la sant? et les finances publiques que l?est d?j? la publicit? directe pour les m?dicaments de prescription qui pollue la relation m?decin-patient. Demander aux entreprises de s?occuper d?observance, c?est demander aux loups de garder les moutons. L?industrie concentre ses efforts sur les m?dicaments on?reux et innovants. Les projets d?riv?s vont des d?pistages ? la t?l?vigilance.[8]

Q ? Le gouvernement du Qu?bec vient d?appuyer en 2011 l?exportation d?amiante aux Indes malgr? les protestations de centaines de m?decins, toxicologues, ?pid?miologistes et environnementalistes du Qu?bec et du monde entier?

R ? Les industries chimiques toxiques, explosives, polluantes sont refoul?es vers les pays pauvres o? les lois et r?glements sur la protection des hommes et de l?environnement sont rudimentaires ou monnayables.

Q ? Et le tabagisme?

R ? Les cigarettiers peuvent acheter ? n?importe quel prix les d?cideurs politiques?: directement dans les dictatures, en finan?ant les campagnes ?lectorales dans les d?mocraties.

Q ? Et les frites?

R ? En 1960, un cornet de frites commercial faisait 200 calories? pour arriver ? 610 calories en 2003 et ce n?est pas fini. Le saupoudrage de sel a aussi tripl??

Q ? Pourquoi le fructose est-il ?le mauvais sucre??

R ? Le sirop de fructose (extrait du ma?s) a un pouvoir sucrant bien sup?rieur ? celui du glucose de la canne ? sucre? on le trouve dans toutes les boissons gazeuses. Mais le m?tabolisme du fructose diff?re de celui du glucose, il augmente?: triglyc?rides, mauvais cholest?rol, r?sistance ? l?insuline, et m?ne au syndrome m?tabolique, ? la st?atose h?patique, au diab?te gras

Q ? Que penser des d?pistages?

R ? Cesser de fabriquer des malades ? force de d?pistages, de bilans de sant? et d?inventions de maladies, r?duirait bien des couts et souffrances inutiles, sans accro?tre la mortalit? globale. Ils font l?objet de promotions ? la limite du harc?lement alors que leur efficacit? est controvers?e. Ils sont la cause de sur-diagnostics et de sur-traitements. Ils partent de bonnes intentions fond?es sur des id?es fausses pour parvenir ? des r?sultats absurdes.

Q ? M?me pour le cancer?

R ? Les ?tudes bien conduites et statistiquement significatives n?ont jamais ?tabli que le d?pistage r?duisait la mortalit? globale, quel que soit le cancer cibl?. La plupart des personnes qui se font d?pister n?auront jamais de cancer et ne tirent donc aucun b?n?fice des d?pistages tandis que d?autres mourront du cancer malgr? des d?pistages assidus. On d?piste? surtout les l?sions ? ?volution lente? il en va ainsi de nombre de cancers du sein, du poumon, de la prostate et du c?lon.

L?histoire montre une diminution spectaculaire de la mortalit? par cancers du corps ut?rin, des testicules, de l?estomac, de la maladie de Hodgkin? sans doute par modification de l?environnement, du mode de vie, de l?alimentation? Ce r?sultat n?a absolument rien ? voir avec les d?pistages puisque les cancers dont la mortalit? a le plus baiss? au cours des derni?res d?cennies n??taient pas d?pist?s.

Q ? Et le d?pistage g?n?tique?

R ? Jamais un seul g?ne n?est impliqu? dans le d?veloppement d?un cancer ou d?autres maladies non sp?cifiquement h?r?ditaires. Ces tests g?n?tiques ne sont d?aucune aide. Il est trop t?t pour tirer des choix diagnostiques et th?rapeutiques individuels depuis le d?cryptage actuel du g?nome humain. Un moratoire sur les d?pistages des cancers simultan?ment ? une ?valuation rigoureuse de leur efficience, en dehors de toute influence commerciale et politique, s?impose avant de les promouvoir.

Q ? Et les bilans sanguins?

R ? Suite ? leur mode de calcul, les marges des valeurs de r?f?rence r?tr?cissent sans tenir compte de l??ge ni du mode de vie. Il en va ainsi des glyc?mies, triglyc?rides, cholest?rols? et autres valeurs f?tiches en sorte que peu de personnes en bonne sant? on la chance d?avoir aujourd?hui un bilan d?apparence normale.? On finit par donner des chiffres ou images hors normes qui rendent anxieux sinon malade.

Q ? Et la tension art?rielle?

R ? Une pression de 140 / 90 ?tait, jusqu?? il y a peu, normale, elle est maintenant ? traiter si la glyc?mie, le cholest?rol d?passent la ?normale?. Ce n?est pas raisonnable. Pourtant l?utilisation de la pression art?rielle ?moyenne? ? le tiers de la diff?rence entre systolique et diastolique + la diastolique[9]?? m?nerait ? beaucoup moins de pseudo hypertendus sous traitement. Au del? de 80 ans un sevrage des antihypertenseurs devrait ?tre envisag? syst?matiquement, pour ?viter des chutes, d?ficits cognitifs ou pertes d??lan vital r?sultant d?hypotension induite m?dicalement.

Q ? Et les vaccins antigrippaux?

R ? Dans les pays riches certaines vaccinations ? l?efficacit? discutable sont encourag?es et mises ? charge de la communaut??: l?influenza saisonnier et le virus du papillome humain (dit HPV). Pour la vaccination contre la grippe saisonni?re, aucune ?tude ?pid?miologique de grande ampleur n?a d?montr? ? ce jour son impact sur la mortalit? globale l? o? elle est encourag?e

Q ? Et les antiviraux contre la grippe?

R ? Ils se vendent et se stockent de fa?on d?lirante alors que leur utilit? est controvers?e[10]

Q ? Et la vaccination anti HPV?[11]

R ? Ces vaccins abusivement appel?s vaccins contre le cancer du col de l?ut?rus ont ?t? mis sur le march? ? des prix prohibitifs mais d?j? rembours?s dans certains pays riches gr?ce ? un lobbying intensif des firmes aupr?s des minist?res comp?tents. L?efficacit?, et en tout cas l?efficience, font toujours d?bat.

Q ? Vous plaidez pour la valorisation de la m?decine de premi?re ligne?

R ? L?exp?rience apprend qu?il est bien plus important et difficile de former un g?n?raliste[12]?qu?un sp?cialiste. Une m?decine de premi?re ligne performante serait le meilleur garant de soins de qualit? pour tous et d?une s?curit? sociale viable. Les ?tudiants les mieux class?s devraient ?tre s?lectionn?s pour la formation en m?decine g?n?rale, on devrait les r?tribuer aussi bien que leurs coll?gues sp?cialistes. Il faut valoriser[13]?l?acte intellectuel plut?t que les actes techniques, cela vaut aussi pour les sp?cialistes.

Q ? Merci Dr Grosjean


[1]?Alias statut socio-?conomico-environnemental-?ducationnel

[2]?On se croirait au Qu?bec?

[3]?On se croirait au Qu?bec?

[4]?Comme le clame au Qu?bec le groupe M?decins qu?b?cois pour le r?gime public (MQRP)

[5]?Qu?bec inclus

[6]?Par exemple, prendre une statine quand on ne souffre pas de maladie coronaire revient pratiquement ? prendre un placebo qui p?se lourd dans le budget sant?, surtout chez les femmes

[7]?Incidemment ce r?le de ??iatroprotection?? se dit aussi ??pr?vention quaternaire??, concept mis de l?avant par l?omnipraticien Marc Jamoulle, Belge lui aussi?: ? mesures prises pour identifier les patients ? risque de surtraitement, de les prot?ger contre de nouvelles proc?dures m?dicales??. Le terme est inclus dans le Dictionnaire de m?decine g?n?rale et familiale

[8]?Novartis met au point pr?sentement une ??puce dans la pilule?? qui communique avec sa jumelle r?ceptrice implant?e sous la peau du patient, laquelle permet le relais ? un t?l?phone intelligent ou un ordinateur. Elle ?met le signal de sa pr?sence quotidienne dans l?intestin, c?est en quelque sorte un bracelet ?lectronique m?dical ? l?instar de celui des criminels en libert? surveill?e. On commence par des greff?s, o? l?observance se justifie m?dicalement, mais jusqu?o? d?rivera cette surveillance?

[9]?Pour 140 / 90, 17 + 90 = 107 mmHg (puisque 140-90=50, et 50/3 = 17)

[10]?Comme Tamiflu?

[11]?Comme Gardasil?

[12]?Alias m?decin personnel, m?decin traitant, m?decin de famille, omnipraticien

[13]?Donc r?mun?rer aussi bien la recherche des meilleures d?cisions diagnostiques et th?rapeutiques, plut?t que rembourser trop g?n?reusement l?accomplissement de gestes techniques (imageries, interventions invasives?)

Pierre Biron MD

http://gaetanpelletier.wordpress.com/2011/05/17/sante-jusqu%E2%80%99ou-irons-nous/

 

 

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    JE SANGLOTTE DE JOIE A LA PENSÉE QU’IL EXISTE ENCORE UN MEDECIN ASSEZ HONNETE POUR DIRE CE GENRE DE CHOSES

    IL FAUT PUBLIER CET ARTICLE SUR AGORAVOX, DONT LA CENSURE DE TOUTE CRITIQUE DU MEDICAL EST SCANDALEUSE

    Pierre JC Allard