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San Diego: une artiste efface la frontière

Et Ana Teresa Fernández effaça la frontière

Vers 11 heures ce mardi-là, l’artiste Ana Teresa Fernández a mis une énorme échelle contre le mur de la frontière séparant les Plages de Tijuana du Parc national du champ  frontalier de San Diego (Border Field State park), et, en utilisant un générateur et un pistolet à peinture, elle a commencé à peindre les barres d’un bleu poudreux pâle. Elle portait une petite robe de cocktail noire. Et des escarpins noirs.

Ana Teresa Fernández

Erasing the Border (Borrando la Frontera) Effacer la frontière
Huile sur toile
122 x 183 cm
2013

 

Connue pour son exploration de la force et de la sensualité des femmes dans le processus d’exécution du travail, ses images provocatrices de femmes courbées à laver des planchers, à repasser des chemises, ou faisant glisser au sol de longues mèches de cheveux humides, révèlent l’ambivalence de la féminité: sensuelle et remuante, volontaire mais polie, puissante mais vulnérable, assez forte pour effectuer du travail manuel, mais belle sur ses talons.

Le projet de Fernández, « effacer la frontière », situe le corps féminin sensuel/laborieux dans le contexte spécifique de la frontière USA-Mexique, un site où les histoires personnelles, nationales et de genre se retrouvent intersectées. Née à Tampico, au Mexique, Fernández a appris les leçons de la féminité comme jeune fille:

“ « Los hombres quieren a una dama en la mesa, y a una puta en la cama » (« Les hommes veulent une dame à la, et une pute au lit ») est une déclaration que j’ai entendue à quinze ans, et elle résonne encore dans mes oreilles. Pour les femmes contemporaines, il est souvent difficile de concilier les images de vierge et de putain omniprésentes dans notre culture: propre contre sale. Il y a une ligne fine de démarcation autour  de laquelle danser pour les femmes. Grâce à des peintures basées sur des performances, j’explore les territoires qui englobent ces différents types de frontières et de stéréotypes: physiques, émotionnels et psychologiques.” (The New York Optimist)

Pour une femme née au Mexique, la frontière est un symbole puissant. Projetant un avenir dans le nord, Ana Teresa Fernández a fait le voyage  – franchissant la frontière Tijuana-San Diego pour étudier et construire sa carrière – qui est le miroir de la route vers le nord prise par des millions de femmes qui sont venues du sud et du centre du Mexique pour travailler dans les maquiladoras [usines de montage dans les réions frontalières, NdT] et avoir une vie meilleure pour elles-mêmes et leurs familles. Ainsi, la frontière est un site de possibilité utopique. Pourtant, dans le même temps, le mur de la frontière est un rappel agressif de la soumission violente du Mexique à travers les instruments de l’ALENA et de l’Initiative de Merida et la guerre de la drogue en découlant.

Effacer la frontière nous rappelle donc la puissance des visions utopiques, des rêves et de l’imagination.

J’ai été ravie quand, tard dans l’après-midi, un jogger est accouru de loin sur la plage et nous a dit qu’il avait cru  un instant qu’une partie du mur s’était effondrée.

L’étincelle dans ses yeux disait tout. Un jour, ce mur va tomber.

 Ana Teresa Fernández-peintures

 

Ana Teresa Fernández-peintures2

Jill Marie Holslin

Jill-Marie-Holslin
Traduit par Fausto Giudice

 



Merci à Tlaxcala
Source: http://anateresafernandez.com/borrando-la-barda-tijuana-mexico/
Date de parution de l’article original: 13/06/2016

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